Lorsque la jeune Tallulah Wolf s'était engagé dans la marine, elle s'était fixé des règles, des limites à ne jamais franchir, peu importe la sanction encouru. Sur ce monde d'homme, elle avait posé un regard azur intelligent et perspicace, et très rapidement était parvenu à même un nom sur les démons qui la menaçait. Il y avait d'abords l'Egarement, perdre de vue ce pour quoi elle se battait, puis l'Insensibilité, la Cruauté, l'Indifférence, et enfin, et surtout, la Corruption. Quand d'autre se rangeait sous l'étendard de la Justice prôné par le Gouvernement, Tallulah avait érigé sa propre conception de ce qui était Juste, et, avec sagesse, avait travaillé durement sur elle-même pour s'empêcher toute dérive, pour ne jamais s'éloigner de la ligne de conduite qu'elle avait longuement réfléchis et dessinée. Quand ses certitudes tremblaient, elle relisait le carnet qu'elle avait rédigée à cette époque, où, noir sur blanc, reposait ses Idéaux, ses Rêves et ses Ambitions.
Respecter la hiérarchie. Protéger les civils. Se montrer équitable avec tout un chacun. Ne jamais oublier sa compassion envers ceux qu'elle protéger. Accepter les pleines conséquences de ses actes. Ne jamais regarder en arrière. Ne jamais avoir de regret. Ne jamais renoncer à son entreprise de purifier le Gouvernement. Affronter la réalité, et la dépasser. Ne pas imposer de souffrance inutiles à qui que ce soit, peu importe son état civil. Ne pas perdre sa souplesse, et rester ouverte à la possibilité de se remettre en question. Ne pas se voiler la face.
Tallulah était profondément terrifier par la possibilité d'être corrompu, de devenir un tyran ou de prendre le mauvais chemin. Mais sans assurance ni conviction, elle savait qu'elle n'irait nulle part. Elle avait donc choisi de se faire confiance, et de lutter contre sa propre nature s'il le fallait. Elle était prête à se sacrifier pour voir sa justice triompher, et conquerra petit à petit sa hiérarchie, le cœur de ses soldats, la confiance des citoyens, et la peur de ses ennemis. Rapidement, elle s'imposa comme les yeux de la justice, le juge impartial qui ne fermait les yeux sur aucun délit, et qui pourtant savait se montrer souple quand il le fallait. Elle n'était pas un bourreau, qui sanctionnait aveuglément, la justice n'était pour elle pas aveugle, mais au contraire avait un regard aiguisé qui devait tout prendre en compte.
Parallèlement, elle convenait bien que la Justice ne pouvait s'appliquer que par la force, dans une certaine mesure, et s'employa à devenir forte, pour atteindre un jour le niveau de ses grands hommes qui imposait le respect sans avoir à élever la voix ou jouer des poings, car ils avaient fait leur preuve. Elle ferait ses preuves. Elle fit ses preuves. Elle s'était engagée à 17 ans dans la marine, et avait commencé au plus bas. Mais rapidement, en moins de trois mois, elle se issa au rang de Soldat première classe. A 18 ans, elle était déjà lieutenant et attirait l'attention de ses supérieur par son sérieux et son intransigeance, ses faits d'armes l'avait depuis longtemps élevé au dessus de la distinction homme/femme que l'on pouvait faire dans la Marine, et personne n'aurait jamais osé mettre en question la manière dont elle avait pu obtenir ce grade. A 21 ans elle devenait Colonnel, et à 22 ans elle lança l'opération Purge, consistant à faire le ménage sur près d'une douzaine d'île de Grand Line, où des bases de marines furent construit là où il n'y en avait pas, ou remise à niveau et les soldats formés de manière intensive pour pouvoir faire face et poursuivre le redressement de l'île.
Elle fut applaudie par ses supérieurs tandis que certains de ses collègues grinçaient des dents. Et ce n'était pas fait pour s'arrêter là. Plus les jours passaient, et plus Tallulah parvenait à s'imposer dans la sphère d'en haut, ralliant de son coté des hommes puissants qui se rangeait toujours de son côté dans les rares cas où son comportement résolument indépendant posait problème, tandis que dans l'ombre, elle se créait un réseau d'informateur fidèle et talentueux qui la tenait informé de la moindre vaguelette anormale sur Grand Line. Mais cela était loin d'être suffisant. Elle visait plus haut, toujours plus haut, et plus loin. A 23 ans, elle se lança dans une entreprise qui lui mettrait définitivement à dos certain de ses collègues : elle l'appela l'opération Main Blanche qui dura quatres longues années et qui continu encore à l'occasion. Et elle se mit en chasse de tous les membres corrompus de la Marine, les retrouvant tous patiemment avant de les trainer devant le tribunal martial avec preuve à l'appui. C'est d'ailleurs au beau milieu d'un de ces procès que commence cette histoire.
« Colonel Juck Blad, vous êtes accusés d'avoir collaboré avec des pirates à plusieurs reprises dans le but de vous enrichir, au détriment des populations brimé par les susnommés pirates. Reconnaissez-vous ces fait ?
_ C'est n'importe quoi, s'écria l'accusé en frappant violemment la barre, je n'ai jamais rien fait de tel, c'est cette garce qui a tout inventer pour s'attirer les fleurs de la hiérarchie !
_ Nous avons pourtant les témoignages de nombreux villageois, ainsi que l'enregistrement de dépenses anormalement élevés par rapport aux rémunérations de votre poste. Pouvez-vous nous fournir des explications sur ces faits ? » Continua impassiblement le juge.
Une jeune femme dont la chevelure bouclés blondes tombait au niveau de ses épaules contemplait la scène d'un regard bleu marine qui ne trahissait aucunes émotions assistait au spectacle depuis le premier rang, fixant l'accusé de son regard perçant, ne laissant ni les gouttes de sueurs glissant de son front, ni le va et vient paniquer de son regard lui échapper. Il était coupable, et pour elle s'est affaire était déjà de l'histoire ancienne. Elle n'aimait pas particulièrement assister à la débâcle de ce qui avait été autrefois un fier membre de l'organisation protégeant le monde et assurant la justice, mais elle savait que sa présence faisait forte impression sur les jurés, et que le contraste entre sa froide certitude et la panique orageuse de l'accusé faisait souvent pencher la balance en sa faveur. Si pour que justice soit faite elle devait s'ennuyer une heure ou deux, et bien soit ! Elle n'avait à vrai dire pas mieux à faire en ce moment, depuis que le reste de la marine, encouragé par son zèle, avait repris l'opération Main Blanche et s'appliquait à faire tomber tous les fruits pourris de l'arbre.
Elle ne laissa pas trahir son agacement, ni son impatience, ni son ennui, et resta une image glacé et policé qui inspirait tellement confiance à ses supérieurs, donnant l'impression qu'elle n'avait aucune idées derrière la tête, qu'elle ne cogitait pas, et que tout ce qui la guidait était une simple ambition pour les plus haut grades. Elle ne savait plus vraiment quand cette carapace froide et impassible avait entouré son être, mais elle ne s'en souciait guère, c'était un autre moyen pour servir ses ambitions, et ça l'aidait beaucoup actuellement. Un coup de marteau lui indiqua que la sentence avait été décidé et c'est sans surprise ni sentiments qu'elle vit se faire mener l'homme dont elle venait de ruiner la carrière. Pour un peu elle aurait haussé les épaules, c'était de sa faute à lui s'il avait mal viré de bord, elle lui rendait même service en le remettant sur le droit chemin.
Elle se leva et fit jouer sa fine mais non moins puissante musculature, engourdi d'être resté assise sur ces bancs de boit dur. Elle sorti de la salle après un bref hochement de tête pour le juge qui le lui rendit. Dehors l'attendait son second, le taciturne mais néanmoins colérique lieutenant commandant Lance, dont la crinière rouge était difficile à manquer. De quatre ans son aîné, il était plutôt du genre soldat de l'ombre, et bien souvent son mérite passait à la trappe, de son propre chef il avait décidé de servir sous les ordres de Tallulah, et il servait les ambitions de son Colonel au détriment des siennes. La jeune femme lui était reconnaissante, mais ne s'y attardait pas plus que ça, après tout il faisait ce qu'il voulait. Mais il avait toute sa confiance et bien souvent elle louait le ciel d'avoir un second pareil. Et il le savait le bougre, à en juger à ses rictus satisfaits lorsqu'elle lui déléguait des charges importantes.
« Du nouveau ? » Lui demanda-t-elle.
Il hocha négativement la tête et ils prirent tout deux le chemin pour rejoindre le navire. La route se fit en silence, les deux marines n'étaient pas des bavards et la jeune femme était trop occupé à réfléchir à ses prochains mouvements pour perdre du temps en discussions inutiles. Elle avait entendu quelques rumeurs inquiétantes au sujet d'une nouvelle branche du Gouvernement qui se chargeait des tâches ingrates et pour la plupart immorales, et ça l'inquiétait grandement, autant que ça l'agaçait. A quoi bon faire le ménage dans un coin de la pièce si c'était pour que la poussière fuie vers un autre coin ? Honnêtement, elle savait qu'elle devait procéder par étape, et que certain cap ne pourrait être franchi que grâce à une nouvelle promotion mais elle avait également l'intime conviction qu'il ne suffisait pas de nettoyer sur son chemin pour se débarrasser de la saleté : il fallait frapper un grand coup une bonne fois pour toute. Et la conscience qu'elle n'en était pas encore capable l'ennuyait grandement. Ce n'était pas assez rapide quand même, et alors même qu'elle était considéré comme un prodige pour être arrivé à ce niveau-là en si peu de temps, elle avait l'impression de faire du surplace.
Elle prit une grande inspiration pour se détendre et chassa d'un revers de main toutes ses réflexions qui ne l'avançaient en rien. Un pas à près l'autre, elle continuerait d'avancer, en gardant la vision d'ensemble. Cela prendrait le temps qu'il faudrait, et comme dans toute épreuve d'endurance elle ne pouvait pas se permettre sur un coup de tête de griller toute ses cartouches d'un coup. A côté d'elle, Lance restait d'un stoïcisme à toute épreuve, mais il se relâcha imperceptiblement devant le changement d'humeur de sa chef. Il n'appréciait pas particulièrement quand elle commençait à ruminer sombrement, et c'était toujours un soulagement quand elle parvenait à s'en débarrasser et à revenir vers une humeur égale. De plus, elle avait la fâcheuse tendance à se défouler en concoctant des entrainements sadiques à ses soldats qui les épuisaient tous physiquement et psychologiquement, sans pour autant les dispenser de leur tâches quotidiennes, ce à quoi Daniels ne pouvait que compatir. Oui, le Colonel Wolf était un démon de l'intransigeance, et si parfois elle compatissait à leur souffrance, elle n'y mettait pas fin pour autant. Il se souvenait encore du discours qu'elle leur avait fait avant de prendre la mer, elle venait tout juste d'être promue colonel, mais déjà son sérieux la faisait passer pour plus gradé encore.
« Vous tous autant que vous êtes, vous êtes faibles. Vous n'avez pas la force nécessaire pour accomplir ce pour quoi vous vous êtes engagés, et à votre niveau actuel, nombre d'entre vous ne serait pas capable de revenir sain et sauf sur terre, auprès de vos familles ou de vos amis… Alors qu'allons-nous faire ? On vous a mis sous mon commandement, et il est hors de question que je renonce à prendre la mer ! J'ai besoin d'un équipage, mais un équipage de faiblard ? Laissez-moi rire (elle n'avait absolument pas l'air de rire en l'occurrence) ! Je n'ai pas besoin de chair a canon ! Je n'ai pas besoin de bouc-émissaire ! J'ai besoin de soldats ! De Marines ! Ce que l'on va faire ? Nous allons prendre la mer, tous autant que nous sommes, et je vais faire de vous des soldats ! Pas un jour ne passera sans que vous ne vous entrainiez dur, pas un jour ne passera sans que vous ne deveniez plus fort, et tant que vous ne serez pas devenu des marines, vous devrez vous faire a l'idée d'être protégé par une femme. Il y a sur mon navire trois règles ! Protéger les civils au péril de votre vie, ils sont notre priorité première ! Venez à bout de vos adversaires, remportez tous les ocmbats que vous engagez, sinon chacune de vos défaites vous vaudra une heure d'entrainement en plus. Et enfin… Restez en vie ! Personne ne mourra sous mon commandement, me suis-je bien faite comprendre ? Si l'un d'entre vous a le malheur de mourir, ce sera une injure personnelle, un affront que je ne pourrais pardonner, et vous le regretterez ! Est-ce que c'est clair ?! »
Elle n'haussa jamais la voix, se contenta de les dévisager les uns après les autres avec froideur, les jaugeant, les défiant de lui désobéir, et ce jour-là, même lui s'était senti galvanisé par la détermination sans compromis de son nouveau supérieur hiérarchique. Par la suite, bien sur, il s'était rendu compte qu'elle était loin d'être une machine et qu'elle pouvait vraiment se montrer agaçante sur certain point, typique d'une femme, comme la marque de son thé, la tenue des soldats a table, les manières et le vocabulaire de ses hommes, elle avait un avis sur tout, même sur comment éplucher des pommes de terre, et souvent, il était pris d'une envie violente de la jeter par-dessus bord ou de lui cogner la tête contre un mur. Mais même s'il avait essayait, il n'aurait probablement pas réussit à l'attraper et aurait fini au mieux pendu par les pieds sur le pont principal, au pire a récurer les sanitaires pour les mois à venir. La sonnerie d'un Den Den Mushi le tira de ses pensées.
« Wolf j'écoute » Répondit sèchement le colonel.
« Euh.. Colonel ? » parla le Den Den Mushi d'une voix hésitante. « Vous savez les pirates que vous nous avez demandé d'attrapé ? Il y a comme un petit problème… »
« Il se sont échappé ? »
« Non ! On les a tous attrapé sans problème, non le problème est plus… technique. »
« Et bien qu'attend tu, parle ! »
« Il n'y a plus de place dans les cellules du navire, Colonel. »
Il y eut un moment de flottement, et Tallulah eut l'air pensive, tandis qu'une goutte de consternation pendait au front de son second. C'était la troisième fois en l'espace de six mois que ça leur arrivait ! Un jour ils finiraient tous par coulé à cause d'une surcharge en prisonnier !
« Ils ont un bateau ces pirates j'imagine ? » repris la blonde.
« Bien sur ! »
« Dans ce cas retirer en les voiles, les rames et les canons, ainsi que les mats, et accrocher la carcasse à l'arrière de notre vaisseau et enfermez les y. On y laissera quelques soldats pour les surveiller et on remorquera tout ça à Impel Down. Une petite visite s'impose. »
« A vos ordres ! Puru. »
« Arrêtes d'afficher cette tête, je sais que tu jubiles ! » S'écria Lance en levant les yeux aux ciels.
« On a pas pris la mer pour rien » Apprécia sobrement Tallulah marlgès son regard plus brillant.
« Ces derniers mois tu as démonté plus de sept équipages de pirate, ainsi qu'un réseau underground de vendeurs d'esclaves, et passé en justice une demi-douzaine de marines corrompu. De toute façon on ne prend jamais la mer pour rien avec toi ! » Râla-t-il. « On doit être l'équipage le plus productif de Grand Line, et encore là tu n'as fait que nous faire dériver sans but précis, je n'ose même pas imaginer quand tu vas te mettre un objectif en tête ! »
« Tu as fini de te plaindre ? Tu préfèrerais être affecté à Logue Town peut être ? Je suis sûr que Smoker sera ravis de t'accueillir. Si tu n'aimes pas ton boulot, change, c'est tout ce que j'ai à dire ! » Répliqua Tallulah en levant le menton de manière snob.
Tous deux savaient très bien qu'il adorait leur activité, et qu'avec elle au moins il ne s'ennuyait plus, mais ils ne pouvaient s'empêcher de se chamailler comme ça de temps en temps, c'était un des rares moments où ils pouvaient s'exprimer un peu sans porter préjudices à leur image sérieuse et froide, et c'était un des rares mouvement d'humeur que l'un comme l'autre s'accordait. Finalement ils arrivèrent au navire qui mouillait au port et Tallulah constata avec plaisir que ses hommes avaient bien travaillé. Ils étaient déjà près au départ, le ravitaillement et les arrestations avaient été achevées et il ne manquait plus qu'eux pour partir. Pour un peu elle aurait soupiré d'aise : elle adorait la productivité et l'efficacité ! Une fois embarquée elle déclara presque gaiement : « En route ! Direction Impel Down ! » Et comme ses soldats était trop joyeux à son gout, elle rajouta : « Une heure d'entrainement quand on aura atteint le large ! ». Elle sentit très clairement le regard réprobateur de son second qui grimaça un « sadique » avant d'aller inspecter le bateau qu'il tractait. Elle eut un sourire discret car personne ne pouvait la voir : elle adorait cette vie !
