Titre : Cavale
Synopsis : Cinq ans se sont écoulés et les Quatre Cavaliers ont repris le cours normal de leurs vies. Mais lorsque Daniel est arrêté par le FBI, ses anciens compagnons comprennent qu'ils sont eux aussi recherchés. Il est temps pour eux de se retrouver.
Disclaimer : Les personnages et l'univers d'Insaisissables ne m'appartiennent pas. J'écris pour le plaisir et non à des fins lucratives.
Chapitre 1
Pacific Grove, sur la côte californienne, en plein mois de juin. C'était un jour où il ne faisait ni vraiment chaud, ni vraiment froid. À dire vrai, dans cette ville de quelques seize mille habitants, la température montait rarement au dessus de 22°C. Mais si la chaleur n'y était pas, Pacific Grove avait bien d'autres avantages. Henley adorait cet endroit : l'architecture victorienne des maisons, le son des vagues qui se brisent sur les rochers, les papillons qui viennent s'y réfugier par centaines … Pour elle, c'était vraiment un petit coin de paradis.
La première fois qu'elle y était venue, elle avait sans doute onze ou douze ans, ses parents l'y avaient amené pour les vacances d'été mais elle n'en avait pas gardé un très grand souvenir. Pourtant lorsqu'elle avait accepté d'emménager avec Daniel, le nom de cette ville lui était revenu très naturellement. Et quelques mois après ça, ils s'installaient comme un charmant jeune couple dans un bel appartement à quelques pas de l'océan. Le bâtiment où ils vivaient avait une superbe façade couleur prune percée de grandes fenêtres blanches. Il s'élevait sur trois étages, dominant les résidences aux alentours. Henley et Daniel habitaient au dernier, juste sous les combles. Ce n'était pas très grand mais suffisant pour eux ainsi que pour la fillette qu'ils avaient mis au monde, un peu plus de deux ans auparavant. Son nom était Emmeline Ashley Mabelle Atlas, mais ses parents avaient pris l'habitude de la surnommer affectueusement Emmie. C'était une petite brunette dont le joli minois ressemblait trait pour trait à celui de sa mère. Et depuis son arrivée, Henley avait fini par se persuader que la grande aventure des Quatre Cavaliers était bel et bien terminée.
Cependant ce jour-là, alors qu'il n'était que dix heures, quelque chose allait lui prouver qu'elle avait tort. Elle s'était levée tôt pour emmener Emmie à son dernier rendez-vous obligatoire chez le pédiatre tandis que Danny avait décidé de rester à l'appartement pour trouver du travail. Depuis qu'ils avaient fait un peu trop parler d'eux il y avait cinq ans de cela, les Cavaliers devaient rester des plus discrets. Officiellement, ils n'étaient pas recherchés mais officieusement, c'était une autre histoire … Et en réalité, Daniel ne se considérait bon qu'à une chose : la magie, chose qu'il ne pouvait pratiquer en toute discrétion. Sa petite-amie avait parfaitement réussi sa reconversion – elle avait obtenu une place à l'agence immobilière la plus proche de chez eux – mais lui s'était débrouillé pour manquer toutes les occasions et pour rater autant d'entretiens que possible. Pendant longtemps, son attitude avait été un sujet de discorde au sein de leur couple mais quand Henley lui avait appris qu'il allait être père, Danny avait commencé à réaliser qu'il agissait comme un enfant et qu'il était temps de grandir un peu, d'autant plus qu'ils allaient bientôt être trois et qu'un bébé demandait des dépenses assez importantes. Mais les mauvaises habitudes ont la vie dure puisque malgré toute l'énergie qu'il dépensait à rechercher un emploi, personne ne voulait de lui. Il était toujours trop jeune, trop peu qualifié, trop lent … Il ne se laissait cependant pas décourager. Henley appréciait ça, elle aimait savoir qu'il faisait des efforts pour elle, ou plutôt pour la famille qu'ils formaient. En sortant de la clinique, elle regarda la petite qui se débattait dans ses bras en riant et songea qu'elle avait les même yeux que son père, des yeux vifs et un peu mystérieux. Cette découverte lui arracha un large un sourire. C'est bien la fille de Danny, songea-t-elle en embrassant la petite joue rose d'Emmie qui était trop occupée par un chat en train de grimper dans un arbre pour réagir. Henley la reposa au sol et, tout en lui tenant la main, elle prit la direction de l'appartement. La bambine marchait à côté d'elle en regardant tout autour. Elle s'émerveillait devant tout ce qu'elle voyait sans remarquer que sa mère était toute enthousiaste de la voir si heureuse. Ensemble, elles tournèrent à l'angle de la rue quand une sonnerie les arrêta. Henley reconnut celle de son téléphone. Elle s'agenouilla près de la fillette qui l'interrogeait du regard sur la provenance de ce bruit inattendu. Une fois eut-elle retrouvé l'appareil tout au fond de son sac à main, Henley en regarda l'écran. L'appel venait du portable de Danny. Elle décrocha.
« Danny ? »
Elle entendit un soupir de soulagement au bout du fil.
« Henley … tu es encore chez le pédiatre ?
- Non, on vient de partir.
- D'accord. »
Sa voix était un peu tendue. Ce n'était pas normal. Elle fit signe à Emmie de se taire lorsque celle-ci se mit à demander pourquoi elles s'étaient arrêtées. Pour toute réponse, la fillette croisa les bras et fit mine de bouder. Mais la jeune mère était trop préoccupée par cet appel curieux pour y prêter attention.
« Vous êtes encore loin ?
- On sera là d'ici deux minutes.
- Très bien, très bien. »
Le silence revint, plus oppressant et plus effrayant. Henley sentait que quelque chose n'allait pas et que Daniel n'était pas dans son état normal. Elle n'aurait pu dire en quoi, mais elle le connaissait suffisamment pour dire qu'il agissait bizarrement. Se sentant mal à l'aise, elle prit la petite main d'Emmie qui cessa aussitôt de faire la moue. Ses petits yeux brillants fixèrent sa mère sans savoir ce qu'il se passait, se posant mille questions auxquelles cette dernière ne pouvait répondre. Elle était bien trop jeune pour se douter de quoi que ce soit. Mais Henley commençait déjà à émettre une dizaines d'hypothèses en silence.
« Danny, tout va bien ?
- Oui, bien sûr. »
Mais elle était sûre que c'était un mensonge. Il pouvait bien tromper n'importe qui avec ce genre de déclarations mais pas elle. Pourtant, elle avait la sensation qu'insister était une grossière erreur. Était-il en danger ? Ou plutôt, étaient-ils en danger ? Elle avala sa salive nerveusement et pensa qu'il était peut-être temps de raccrocher quand elle entendit Daniel reprendre :
« Hey … Henley ...
- Oui ?
- Je t'aime. »
Son cœur s'accéléra brusquement. Ce n'était pas dans ses habitudes de confier ses sentiments ainsi, sans raison et de surcroit au téléphone. Elle commença à avoir vraiment peur : elle le sentait tendu, il lui disait qu'il l'aimait … cette situation avait tout du mauvais scénario de thriller hollywoodien. Henley posa les yeux sur sa fille qui tentait de récuper sa petite main. Qu'était-il en train de se passer ? Que devait-elle faire ? La voix de Daniel la sortit encore de ses pensées :
« Henley, ne rentre surtout pas ! Prends Emmie et pars ! Pars très vite ! »
Il y eut une sorte de vacarme et le téléphone fut raccroché sur l'instant. Henley ne se rendit pas immédiatement compte de ce qu'il venait de se passer. Quelques secondes s'écoulèrent sans qu'aucune expression autre que la surprise transparaisse sur son visage. Puis elle lança l'appareil dans son sac et prit sa fille dans ses bras, supposant qu'elle ne serait pas capable de courir lorsque le moment viendrait. Mais au lieu de fuir comme Daniel le lui avait ordonné, elle se précipita vers l'appartement en sachant pertinemment qu'elle risquait d'être attrapée à son tour. Plus elle avançait, plus son cœur frappait sa poitrine avec violence. Bientôt, le sang commença à lui battre les tempes. Elle avait tantôt chaud, tantôt froid et bientôt, ses muscles se raidirent. Elle venait d'arriver à l'angle de sa rue. Devant l'appartement étaient garées plusieures voitures noires et quelques hommes attendaient devant la grande porte, une arme au poing et un gilet pare-balles marqué du sigle FBI dans le dos. Pendant un court instant, Henley cessa de respirer et elle serra un peu plus fort sa fille contre son cœur. Il y eut tout à coup du bruit à l'intérieur et la porte s'ouvrit : d'autres agents en sortirent, emmenant avec eux Daniel Atlas. Ils marchaient tous tête baissée quand soudain, Danny la releva et son regard croisa celui de sa petite-amie. Cette dernière crut une seconde qu'il ne l'avait pas remarquée, puis en y réfléchissant, elle pensa qu'il avait fait comme si de rien n'était afin qu'elle ne soit pas repérée. La jeune mère n'y croyait pas. Tout allait si bien jusqu'à aujourd'hui … La police fédérale n'était plus à leurs trousses depuis bien longtemps mais pourtant, ses agents étaient là, devant chez elle, et ils lui prenaient son amant, sa moitié. Peu à peu elle se mit à trembler. Emmie le remarqua, s'écarta légèrement de sa mère et demanda ce qu'il se passait dans un anglais plus ou moins correct. Mais Henley ne répondit pas. Elle pivota aussitôt sur elle-même et se précipita dans le sens inverse, n'ayant à l'esprit qu'une chose : fuir loin, fuir le plus loin possible pour échapper aux autorités et s'assurer qu'on ne la séparerait jamais de son enfant.
Assis à l'arrière de la voiture, les mains menottées, Daniel jeta un regard dans le rétroviseur du véhicule. Il la vit, debout au coin de la rue, tenant Emmeline dans ses bras. Qu'elle était belle … Pourquoi est-elle encore là ? se demanda-t-il avant qu'elle ne prenne la fuite. Il poussa un soupir de soulagement en réalisant que personne ne l'avait vue puis se laissa retomber sur la banquette en songeant à ce pourquoi on venait de l'arrêter.
