Résumé : Roxas De Lorentis membre d'une famille fortunée, se retrouve otage de l'Organisation XIII, un groupe criminel. Profitant de son amnésie, Axel, l'un de ses membres, a pour mission lui faire croire qu'il est l'un des leurs. Mensonges après mensonges, la relation entre les deux jeunes hommes évoluera jusqu'au point de non-retour. L'élan, le saut, l'envol, la chute et le choc, ou l'histoire de deux âmes perdues.

Yaoi, UA, Romance, Humour, Amitié, Drame, Action...

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Square Enix, et plus particulièrement à ce génial Nomura :)

Contexte : Le monde vit sa seconde révolution industrielle. La technologie est sur le point de connaître un essor fulgurant, mais seuls les plus fortunés pourront en profiter. En effet, de véritables déséquilibres économiques séparent les quelques familles chanceuses de la population de miséreux vivant dans les bas-fonds des villes. A Illusiopolis, la solution à cette injustice est la même qu'ailleurs : pour s'en sortir, nombre de victimes de la pauvreté se muent en criminels. La ville est devenue un repaire de gangs qui s'attaquent aux hautes familles afin d'accroitre leur richesse et leur puissance. Parmi eux, l'Organisation XIII, est sur le point de gagner cette guerre du crime.

Remarque : Cette histoire traite de l'amnésie. J'ai dû faire quelques recherches sur la mémoire ( enfin, les mémoires puisque j'ai appris qu'on en a plusieurs) et sur son fonctionnement pour être un minimum cohérente. Cependant mes connaissances sont extrêmement limitées, j'ai tenté de rester cohérente tout en préservant l'histoire de longues explications scientifiques risquant d'être fausses. J'espère que, si vous en connaissez plus que moi, vous serez indulgents.

Cette fic m'a passionnée dès l'instant où j'ai commencé à l'écrire. Je me suis appliquée plus que jamais. Je suis tombée amoureuse du AkuRoku ( grandement à cause du personnage d'Axel uhuh) et après avoir lu Les Bannis ont droit d'amour ( lien dans mes favoris), je me suis décidée à me lancer. Ça devait être un one-shot, puis une fic courte de 3, puis 5 chapitres. C'est devenu un long truc qui n'est pas encore fini, bien que j'approche de la conclusion. J'espère que vous aurez autant de plaisir à suivre les aventures de Roxas et Axel que j'ai en ai eu à les écrire :)

L'histoire est séparée en 5 parties. La première fait un chapitre. Les autres sont plus ou moins longues.

Je tiens aussi à dire que je suis à la recherche d'un bêta-lecteur pour l'histoire en elle-même, sa structure, le respect des persos, etc. Si vous êtes intéressés... ;)


Le Saut de l'Ange (Un millier de débris) :

Partie 1 : L'élan

Ça faisait des mois qu'il le cherchait, des semaines qu'il n'y croyait plus, des jours, qu'il avait renoncé. A quoi bon ? Il avait disparu, envolé, le joli blond aux yeux bleus ! Parti, parti avec ses questions naïves, ses rires doux et son insupportable entêtement. « Et toi, comment tu t'appelles ? ». Axel, abruti, je m'appelle Axel. C'était ce qu'il aurait dû lui répondre.

Allongé sur son canapé miteux, les yeux fixant un point dans le vide, il balançait entre deux états, l'éveil et le sommeil profond. Depuis combien de temps était-il avachi là, sans manger ni boire ? Quelle apparence il devait avoir ! Il se permit d'esquisser un sourire amer. Le grand, beau et fier Axel, admirez-le, dans toute sa splendeur ! A votre bon cœur, une petite pièce pour le grand brigand au cœur brisé !

Il y avait tant de choses qu'il aurait dû faire, à vrai dire. Le tuer, tout d'abord. Ç'aurait été un bon début. Ne surtout pas le laisser entrer dans sa vie. Ne pas proposer cette idée stupide qui avait causé sa perte.

Ou alors, à l'inverse, aurait-il dû le laisser en paix ? Ou mieux, tout lui avouer dès le début ?

Conneries, tout ça. S'il fallait refaire le passé, Axel serait remonté bien plus loin. C'est sa vie entière qu'il aurait changée, et les choix qu'il avait faits, chacun des choix qui avaient été des erreurs. Mais on ne remonte pas le temps, n'est-ce pas ? Alors il était là, condamné à ressasser ses misérables souvenirs en attendant que le temps les efface peu à peu de sa mémoire. Si c'était encore possible.

Un peu plus éveillé que d'habitude, il se redressa un peu sur son lit. Ses yeux parvinrent à discerner à travers l'obscurité étouffante de son appartement la bouteille qu'il avait entamée avant de sombrer. Il s'en saisit, but quelques gorgées et la reposa. Il voulait dormir encore un peu. Un vrai sommeil, cette fois, sans ces cauchemars étranges où il apparaissait, hurlant comme un pauvre enfant à qui on a volé son jouet.

Un enfant. N'était-ce pas ce qu'il était, du moins au début ? Un enfant avide de découvrir un monde inconnu, qui avait grandi bien trop vite. Et Axel avait été le responsable, puis la victime de cet éveil prématuré. L'ancien enfant était parti, et lui se retrouvait là, dans son petit appartement pourri, à demi conscient, tout espoir de le retrouver envolé. Seuls restaient de leur histoire des souvenirs emplis de nostalgie et de remords, comme un millier de débris éparpillés sur le sol.


« Roxas. Ils disent que c'est mon prénom. Ils disent que je suis leur ami. Je n'ai pas d'autre choix que de les croire, mais il y a ce vide en moi qui me terrorise malgré tout. Tout me parait si étranger, tout semble appartenir à un passé qu'on m'a arraché. Ils disent que j'ai perdu la mémoire, mais que je n'ai pas tout oublié pour autant. Comme si mon cerveau avait choisi certaines choses à garder précieusement et décidé d'en rejeter d'autres. Je sais que ce qui est au-dessus de moi s'appelle ciel, je sais que ce qui est sous mes pieds se nomme sol. Je sais que je respire de l'air et que dans ma poitrine bat un cœur. Mais je ne sais pas qui je suis, ce que j'ai fait de ma vie, qui sont ceux que j'aime, ou ceux qu'au contraire je méprise. Je ne suis même pas certain de savoir ce que signifient réellement ces mots. Ils disent que c'est comme une renaissance. Ça veut dire que mon ancien moi est mort ? Est-ce que je le retrouverai un jour ? »


Tout avait débuté au mois d'avril. L'air se réchauffait peu à peu après un hiver qui avait paru ne jamais cesser. Réunis dans le somptueux salon de la villa de Xemnas, ses alliés et lui débattaient du sort du corps inanimé qu'on avait ramené ce soir-là. Nonchalamment installé sur un des canapés hors de prix de leur chef, Axel baillait sans retenue, agacé face à la longueur que prenait la discussion. Leur mission avait duré toute la nuit et avait été un peu éprouvante. Il n'espérait qu'une chose : pouvoir enfin s'endormir.

Mais les autres ne parvenaient pas à se mettre d'accord. Muet, Xemnas semblait ne même pas écouter, dos à eux, fixant par l'immense baie vitrée la mer d'arbres qui s'étendait au loin. Quelle injustice, tout de même, qu'il habite dans une si grande baraque dans un coin paradisiaque, quand Axel se tapait un appartement minable en pleine banlieue, non loin même des bidonvilles qui bordaient la capitale. Il était prêt à parier qu'il n'en profitait même pas ! Il était certainement constamment cloitré dans son bureau, à lire ses dossiers, appeler des connaissances prêtes à les couvrir, organiser les divers trafics dont il était l'instigateur… Avant de leur confier les sales tâches, à eux, petits soldats du grand Xemnas.

Le soldat Saïx interrompit les autres, se dressant face à eux, ses longs cheveux se balançant lentement dans son dos. L'atmosphère perdit quelques degrés, et Axel ne put s'empêcher de faire mine de frissonner. Son ancien ami l'ignora superbement et déclara :

- Rien ne sert de le tuer. Vous n'avez pas l'air de saisir le principe d'un otage. Il est dans notre intérêt de le garder en vie.

- Voilà, bonne idée, demandons une rançon et basta! approuva Axel.

- On pourrait au moins lui couper quelques doigts et les envoyer à sa famille ? proposa Larxène, visiblement en pleine forme.

- Très bonne idée, coupons des doigts et finissons-en.

- La ferme Axel, répliqua sèchement la blonde.

- Je t'apportais mon appui, fit-il remarquer.

Elle leva les yeux au ciel, l'air de dire qu'elle savait pertinemment qu'il soutiendrait n'importe qui dans l'espoir que la séance prenne fin. Le destin du petit otage l'intéressait peu.

A cet instant, Zexion fit irruption dans la pièce, une expression indéchiffrable sur le visage.

- Il s'est réveillé, déclara-t-il stoïquement.

Xemnas se retourna enfin, une lueur d'intérêt brillant dans les yeux.

- Et il y a autre chose…

Et bien qu'il l'annonce, non ?

- Il ne se souvient de rien.

Ah, voilà qui changeait la donne. Xaldin sembla s'épanouir, il se leva.

- Ça signifie qu'on peut lui faire croire ce qu'on veut. On peut l'utiliser à notre guise.

- Voilà ! s'exclama Axel. Faisons lui carrément croire qu'il est notre pote, l'otage deviendra une arme comme ça ! Tout le monde est d'accord ?

Tous semblèrent approuver, étonnés pour la plupart par son idée. Ravi, il se leva à son tour. Affaire réglée, il pouvait retourner dans son appartement miteux piquer un somme bien mérité.

Malheureusement, Xemnas, le destin, ou cette pute de vie ne semblaient pas d'accord avec ses plans. Il aurait dû s'en aller à cet instant, faire mine de ne rien entendre. Mais quand Xemnas parle, on se tait et on écoute.

- C'est une bonne idée, Axel, fit-il, ses yeux plantés dans les siens.

- Ah, merci, j'en suis pas peu fier ! tenta-t-il de plaisanter.

- L'instigateur d'une aussi bonne idée devrait en être l'exécuteur.

- Ah, merci, je trouve auss…pardon ?

Ce n'était pas prévu ça ! Xaldin était parfait pour ce rôle, il manipulerait le gamin à la perfection. Lui il avait autre chose à foutre que de se charger d'un boulet. Il avait des missions à exécuter et il travaillait toujours mieux seul. Et puis, il essayait de garder un semblant de vie malgré tout : il avait tout de même le droit de souffler de temps à autres, non ? C'était tout simplement hors de question.

- Je serais tout à fait apte à exécuter cette mission, proposa Xaldin.

Xemnas posa ses yeux sur lui. On pouvait y lire une espèce de mépris qui n'était pas surprenant : Xaldin avait échoué sa partie de la mission cette nuit-là.

- Axel peut se montrer tout aussi manipulateur que toi.

- Et il fait moins peur, ricana Larxène.

Mais de quoi elle se mêlait, l'autre blondasse ?

- Je fais vachement flipper, au contraire ! Les enfants ont peur de moi quand j'arrive, j'vous jure ! Il me ferait pas confiance !

- C'est à toi de faire en sortes qu'il t'apprécie et te prenne pour son coéquipier.

- Son co…

Xemnas esquissa un sourire et Axel regretta de ne pas l'avoir fermé une bonne fois pour toute ce jour-là.

- Il nous faut rattraper le désastre de cette nuit. Roxas et toi faîtes équipe depuis quelques années. Il est un criminel de haut rang, tout comme toi. Vous êtes même amis, et tout comme nous, il lutte contre les De Lorentis.

Sa propre famille.

- Je…

- C'est ce que tu lui diras. Un otage, c'est utile Saïx. Mais un otage qui ne sait pas qu'il en est un… c'est encore mieux. Ta mission commence maintenant Axel.

Le piège s'était refermé sur lui. Il n'avait simplement pas encore idée de son ampleur. Résigné, il poussa un profond soupir et leva les mains au ciel.

- Comme vous voulez… Amène-moi à sa chambre Zexion.


Après avoir traversé quantité de salles scandaleusement luxueuses, ils débouchèrent sur celle où l'on avait allongé le jeune – anciennement – comateux. Un rapide coup d'œil en arrière lui indiqua que Larxène et Xaldin les avaient suivi, certainement curieux de voir la façon dont il allait s'en sortir.

La chambre était somptueusement décorée… et c'était absolument écœurant. Dentelles, dorures et soieries donnaient à Axel une irrépressible envie de répandre le contenu de son estomac sur le sol. Soit Xemnas aimait le kitch, soit il avait confié la décoration à ses domestiques… Réflexion faite, Axel imaginait mal son boss en train de réfléchir à la couleur adaptée à ses rideaux.

La voix de Zexion le tira de ses passionnantes pensées :

- Tu es encore réveillé…

Il s'écarta d'un pas sur la gauche, dévoilant aux yeux d'Axel le garçon auquel il allait devoir mentir. Il avait perdu quelques couleurs depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, et une rougeur marquait sa peau sur le côté de son visage. Il semblait aussi épuisé que perdu, et ses jolis yeux bleus allaient et venaient, cherchant désespérément quelque chose quelque part. Peut-être un endroit familier auquel s'accrocher.

« Un petit oisillon », songea Axel, se retenant de ricaner. Un petit oisillon hors de son nid, sur le point de se faire dévorer par la vilaine Organisation XIII.

Le gamin remit une de ses mèches blondes en place, puis son regard croisa le sien, s'y accrocha. Déstabilisé, Axel s'éclaircit la voix, se força à afficher un sourire sûr de lui et lança joyeusement :

- Il était temps que tu te réveilles ! Et on me dit que tu te souviens de rien en plus !

- Je… marmonna le blondinet.

- Tu, tu ! Tu as dormi trop longtemps, voilà ! Tu te souviens de quoi au juste ?

Le gamin entrouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Face à son hébétement, Axel se permit un soupir.

- Bon… de quoi tu te souviens pas, plutôt ?

- Mon prénom… marmonna le blond. Comment je m'appelle ?

Ah, il savait prononcer des phrases ! Axel sourit à nouveau, amusé de devoir rappeler à leur otage son prénom. Et s'il lui en inventait un nouveau ? Un truc marrant, genre Alphonse ou Hubert. Hippolyte, Bertrand, Jacques…

- Roxas, tu t'appelles Roxas, fit la voix de Zexion.

Marcel, Jean-Louis…

Axel se tourna vers Zexion, l'air boudeur.

Le rabat-joie ! Ils avaient la possibilité de rire un peu et l'autre couillon lui donnait son vrai prénom.

- Roxas… répéta l'enfant, comme si son nom avait une saveur étrange.

- Tu fais partie de l'organisation XIII, poursuivit Zexion.

Eh oh, il était clairement en train de lui piquer sa mission, là. Il l'aurait compris de la part de Xaldin, ou encore de celle de Larxène, mais les deux restaient à l'arrière, muets. Certainement désireux de le laisser se dépêtrer tout seul de la situation dans laquelle Xemnas l'avait mis.

- L'Organisation XIII ?

« Ouais, c'est bien ce que j'ai dit », voulut répliquer Axel, agacé. Qu'il arrête un peu de répéter sans cesse ce qu'on lui disait avec un air stupéfait !

- Exactement. Une organisation de criminels qui volent, trafiquent des trucs, tuent des gens de temps en temps, tout ça, tout ça… tu verras, c'est sympa !

Roxas posa à nouveau les yeux sur lui et Axel dut lutter pour ne pas détourner le regard : son air de petit chiot battu le gênait vraiment. Bon, peut-être qu'il ne s'y prenait pas bien : après tout, Roxas avait peut-être gardé les valeurs de son ancienne vie, le convertir au crime n'allait pas se faire en une phrase. Il fallait lui inspirer confiance.

- Et toi ? Tu t'appelles comment ? demanda le blond.

Première étape, se présenter :

- Moi, c'est Axel, déclara-t-il, souriant. C'est retenu ?

Par miracle, le gamin ne répéta pas « Axel » comme un demeuré, il se contenta d'acquiescer. Deuxième étape, inventer un passé commun :

- On faisait équipe, toi et moi, jusqu'à… l'accident.

- J'ai mal à la tête…Qu'est-ce qui m'est arrivé ?

- Tu… t'es pris un poteau sur la tête.

Un silence pesant s'installa dans la pièce, et Axel comprit qu'il fallait vite qu'il trouve autre chose.

- Enfin, pendant une de nos missions, un mec qu'on devait buter… t'a frappé sur la tête avec un poteau.

- Un poteau…

- Tu sais ce que c'est ? demanda Axel, un sourire narquois sur les lèvres.

- Ouais, ouais… j'ai pas oublié ce genre de choses.

- Donc t'es assis sur un… ?

- Lit.

- Lit qui se trouve dans une… ?

- Chambre, répondit Roxas, plus brusquement cette fois.

- Une chambre ça sert à… ?

- Dormir, fit le blond, agacé.

- Ah, ça, pas toujours !

- Je crois qu'on a compris, Axel, coupa Zexion.

Larxène pouffa dans son dos et Xaldin marmonna quelque chose. Certainement qu'il aurait été mille fois plus à l'aise dans ce rôle qu'Axel. Et c'était peut-être vrai. Mais c'était à lui qu'on avait confié le rôle du salopard manipulateur, et Axel exécutait toujours les ordres.

- Je plaisantais juste avec mon pote, Zexion ! assura-t-il avant de se tourner vers Roxas. Tu le sais plus, mais on est de grands amis toi et moi !

Le visage de Roxas passa de la méfiance à l'épanouissement et Axel regretta immédiatement ses paroles : inspirer confiance, d'accord. Mais pas trop, non plus ! En trouvant en lui non pas un allié mais un ami, le gamin allait déverser tous ses espoirs sur lui. Mon Dieu, dans quel merde s'était-il…

- Je me souviens de toi.

Les pouffements de Larxène s'étouffèrent et le sourire d'Axel se crispa. A ses côtés, il sentit Zexion se raidir.

- A…ah ?

- C'est flou… mais je me souviens de toi. Juste de ton visage. Et… de tes cheveux.

- Ah… mes cheveux… Ah !Ah ! C'est clair qu'ils sont marquants ! On en voit pas des comme ça partout hein ! Tu m'étonnes que tu t'en souviens !

L'atmosphère se détendit un peu et Axel lança son sourire le plus radieux à Zexion, l'air de dire « c'est bon, je gère, regarde comme on est copains ! ». Après tout, s'il ne se souvenait que de son visage, ce n'était pas grave. Au contraire, ça ne pouvait que servir sa mission.

Ça ne sembla pas convaincre l'autre puisqu'il ne bougea pas d'un pouce.

- Et mon nom de famille ? interrogea subitement Roxas.

- Johns…on.

Johnson… Johnson ! Axel sentit le regard glacial de Zexion posé sur lui.

- Roxas Johnson… ok.

Le blond se redressa, lança son premier vrai sourire à ceux qui lui faisaient face. Axel se demanda ce qu'il lui prenait, d'un coup.

- Je suis prêt à reprendre ma vie. T'as raison, euh… Axel ?

Il attendit un mouvement d'approbation de sa part. Axel acquiesça.

- J'ai dormi trop longtemps. J'ai dû rater plein de trucs !

De petit enfant effrayé, il venait de passer à jeune homme déterminé en l'espace d'un instant. Axel ne put retenir un sourire amusé. Peut-être que ça allait être plus intéressant que prévu, finalement.

- Oh tu sais, t'as juste dormi quelques heures, mais va falloir que je te réexplique tout. On en a du boulot mon vieux !


Il avait fallu un peu de temps pour que Roxas parvienne à se remettre sur ses jambes. Un coup dans le dos d'Axel de la part de Larxène lui avait fait comprendre qu'il était supposé l'aider. A contrecœur, il avait dû soutenir l'adolescent tandis qu'il tentait faiblement de se lever. Lorsqu'il se mit à faire quelques pas dans la pièce, Axel se permit de foudroyer Larxène du regard. Cette dernière esquissa un sourire amusé avant de se retirer, lançant au passage qu'ils avaient « pleiiiin de choses à se raconter ! ». Xaldin suivit, et après une légère hésitation Zexion aussi.

Ils étaient ensuite sortis afin que Roxas prenne un peu l'air. Ils croisèrent Demyx en chemin qui rentrait visiblement chez lui. Lorsqu'il fut certain que leur otage ne pouvait pas le voir, il lança un sourire moqueur à Axel qui lui répondit par un majestueux doigt d'honneur. L'éclat de rire de Demyx qui suivit attira l'attention de Roxas qui se retourna et demanda ce qu'il y avait.

- Rien, rien, grogna Axel en l'écartant du garçon hilare.

- C'est qui ?

- Demyx. Un bouffon geignard qui se fait dessus à chaque mission.

- Je t'entends ! cria le concerné depuis l'arrière.

- Tant mieux ! lança Axel sans se retourner, secouant sa main en l'air comme pour lui dire au revoir.

Il surprit le regard curieux de Roxas sur lui et lui adressa un sourire rassurant.

- Fais pas cette tête, c'est un bon pote.

- Ça se voit pas vraiment… Tu l'as traité de bouffon geignard.

- Qu'il soit mon pote n'empêche pas que je dise la vérité à son sujet !

Ils arrivèrent dans le jardin de la villa de Xemnas. Il s'étendait à perte de vue, arbres immenses, fleurs aux couleurs éclatantes, buissons taillés et fontaines luxueuses bordaient les chemins qui le parcouraient. Roxas ne put retenir son ébahissement.

« Bah, ta famille a mille fois mieux… si tu savais. »

Axel lui, n'était plus émerveillé par le spectacle depuis bien longtemps. A ses débuts, il avait adoré parcourir le jardin, rêvant que le moindre arbrisseau lui appartenait. Désormais, tout ça n'était que feuilles et herbes sans intérêt.

- Bon, commençons par le commencement ! déclara-t-il tandis qu'ils empruntaient un des chemins. Tu t'appelles Roxas Johnson, tu nous as rejoints i ans et on travaille en binôme depuis.

- T'étais là avant moi ?

- Yep.

- Et… j'ai commencé il y a deux ans… mais j'ai quel âge ?

Ah, question piège ! Quel âge il avait déjà ? Il était certain que Saïx en avait déjà parlé. Il avait récupéré ses affaires personnelles comprenant ses papiers d'identité et avait parlé de sa date de naissance… Bon sang, pourquoi n'avait-il pas été plus attentif ?

« Il a le même âge que son cousin… ils sont pratiquement nés le même jour» avait-il déclaré. Son cousin avait du mal à les payer car il n'avait pas accès à la fortune de ses parents puisqu'il n'était pas majeur… pas encore. Axel réfléchit à toute allure : Xemnas avait dit qu'il allait falloir patienter quelques mois de plus pour mettre la main sur l'argent que la famille de Roxas lui devait. Donc, d'ici quelques mois, le cousin serait majeur. Donc Roxas aussi.

- 17 ans, répondit fièrement Axel.

- Et toi, t'as quel âge ?

Pourquoi le lui demandait-il ? En quoi ça pouvait bien l'intéresser de savoir son âge à lui ?

- 21 ans. Et donc, l'Organisation XIII…

- T'as commencé quand, toi ? l'interrompit Roxas.

- Commencé quoi ? demanda Axel, un peu agacé.

- Bah… à faire tout ça.

« Eh gamin, je dois t'inventer une vie, pas te raconter la mienne. C'est déjà suffisamment compliqué comme ça ! »

- Je sais plus trop…

- Parce que si j'ai commencé il y a deux ans… ça veut dire que j'avais quinze ans. C'est pas tôt ?

Axel se rembrunit :

- J'ai commencé au même âge que toi.

Il resta silencieux un instant, conscient du malaise que ça risquait de faire naître chez son otage. Tant pis pour lui, il n'avait qu'à arrêter de fouiner là où il ne fallait pas. Ils passèrent à côté d'une fontaine dont le marbre blanc projetait des jets d'eau dans les airs. Le liquide semblait s'envoler un instant, puis la pesanteur le rattrapait, et il s'affalait sous son poids avant d'exploser en un millier de gouttes au contact avec l'eau stagnante qui l'attendait en-dessous.

Roxas le sortit de sa contemplation avec une nouvelle question :

- En quoi ça consiste ce qu'on fait à l'Organisation XIII ?

Il y avait plus d'assurance dans sa voix et une lueur déterminée brillait dans ses yeux. Exactement comme lorsqu'il s'était redressé sur son lit. C'était étonnant de voir à quel point le gamin tenait à récupérer ses souvenirs. A sa place, Axel aurait été un ravi de tout oublier.

- Alors… comment résumer tout ça, soupira-t-il. Notre chef, c'est Xemnas. Tu le rencontreras après, c'est un mec un peu flippant, mais tant que tu fais ce qu'il te dit, il te fait pas de mal. Il gère pas mal de choses, et les gens comme toi, Demyx et moi, on exécute ses ordres pour que tout fonctionne.

- Et les ordres…

- Ca dépend des missions. Des fois on vole un truc, on va faire flipper quelqu'un pour le faire chanter, on fait des livraisons, on enlève des gens… Faut être polyvalent, c'est des années de boulot !

- Et donc parfois, on tue des gens ?

Roxas s'était arrêté de marcher et fixait un jardinier qui s'activait sur une haie. Axel réfléchit rapidement à la façon dont il allait aborder le sujet : ce n'était pas dans la nature de Roxas d'assassiner des humains de sang-froid. Il était habitué à une vie de prince pourri-gâté, il n'avait certainement jamais commis le moindre méfait. Jamais eu à commettre.

Axel devait modifier entièrement sa personne. Et pour cela, il fallait qu'il lui crée un passé, une personnalité que Roxas allait devoir assimiler.

- Ça arrive. T'es particulièrement doué pour ça !

- Vraiment…

- Bah, t'as certainement tout oublié, mais après deux ans de pratique, tu visais mieux que moi ! Un champion du flingue.

Un soupçon de fierté sembla apparaître sur le visage de Roxas. Il leva les yeux vers lui :

- J'te jure, j'avais les boules quand je te voyais tirer ! Mais c'est bon… maintenant que t'as tout oublié je suis de nouveau le meilleur.

- Tu pourrais m'apprendre ?

- Tu rêves mon vieux ! Je te donnerai pas la chance de me voler la vedette à nouveau !

Sa réplique parvint à arracher un rire à Roxas. Il était en bon chemin. Axel se remit à marcher et l'autre consentit à le suivre.

- Si on exécute bien les missions, on reçoit des primes par Xemnas. Et il nous file des meilleures missions, plus importantes, et donc mieux payées. Du coup, c'est un peu la guerre entre les membres de l'Organisation. Ils veulent tous se faire leur place, devenir le chouchou de Xemnas.

- Nous deux aussi ?

- Ah nan, on fait partie des exceptions. Toi et moi, on fait ce qu'on nous demande, on empoche l'argent et basta. Xemnas aimerait carrément bâtir un empire, il aimerait amasser assez de fortune pour prendre le contrôle d'Illusiopolis. C'est pas nos affaires, ça.

- Illusiopolis ? répéta Roxas, interloqué.

- Ah ouais, c'est la ville où on se trouve, expliqua Axel en étouffant un bâillement. Enfin, ce que tu vois ici, c'est pas vraiment représentatif. Je te montrerai vers chez moi une fois, ça te rappellera des souvenirs…

Ils bifurquèrent à gauche, prenant le chemin qui menait à la villa de Xemnas. Axel estimait qu'il avait assez couvé le petit blondinet pour le moment, il avait bien le droit de le refiler aux autres quelques heures, le temps de retourner dormir chez lui. Il était temps qu'il se repose.

- Donc, je m'appelle Roxas Johnson, j'ai 17 ans, je travaille pour l'Organisation XIII, un groupe de criminels dont le but est de régner sur Illusiopolis, la ville où je vis. Je fais équipe avec toi, Axel. Et je suis un super tireur.

- Joli résumé. C'est un bon début.

- J'ai l'air d'avoir une vie assez palpitante, sourit Roxas.

- Oh, ça, t'as pas idée !

- Et les autres, à part Demyx, toi, moi et Xemnas, il y a qui ? Ceux qui étaient dans la chambre…

- Larxène, Xaldin et Zexion. Une salope, un con et un mec qui tire toujours la gueule.

Roxas rit doucement.

- Quoi ? Je ne dis que la vérité, fit Axel en haussant les épaules.

- J'aime bien ta façon de présenter les choses. T'as l'air d'adorer tout le monde.

- Ca se sent tant que ça ? ironisa Axel.

A vrai dire, il ne détestait pas Larxène. Il avait, durant quelques temps, entretenu quelque chose qui ressemblait à une relation avec elle. Jusqu'à être lassé de son côté méprisant et cruel qui l'avait pourtant charmé au début.

« Et puis bon, c'est pas que j'aime pas le côté passionnel au lit, mais j'ai encore les marques de ses ongles dans le dos. Sale tarée. »

Xaldin et lui ne s'étaient jamais grandement appréciés, et cette mission n'arrangeait rien. Axel était persuadé que par jalousie, et par désir de prouver à Xemnas qu'il aurait dû en être le responsable, Xaldin était prêt à tout foutre en l'air. Il faudrait s'en méfier.

Quant à Zexion… et bien, c'était son côté stoïque intellectuel qui avait tendance à agacer Axel. C'était physique, voilà.

- Il y a d'autres gens, non ? poursuivit Roxas.

Des questions, encore et encore… Si ça continuait comme ça les prochains jours, Axel allait devenir fou.

- Ouais… Saïx est le bras droit de Xemnas. C'est celui qui prend le plus à cœur toute cette histoire de domination d'Illusiopolis. Tu le reconnaitras facilement, il a des longs cheveux bleus…Me regarde pas comme ça, on a des problèmes de style capillaire chez nous !

- Je vois ça, sourit Roxas.

Ils atteignirent l'entrée de la villa, quelques explications et le calvaire prendrait fin.

- Sinon, Xigbar est l'un des plus anciens de l'Organisation… Vexen s'occupe de toute la logistique derrière nos missions. Lexaeus, tu l'entendras pas parler, il tue quand on le lui demande et c'est tout. Luxord s'occupe particulièrement de tout ce qui est stratégie, c'est un vieillard, tu verras. Et Marluxia… il a des cheveux roses.

- C'est tout ce que tu trouves à dire sur moi ? fit la voix du concerné.

Axel leva les yeux vers le sommet des escaliers, où se tenaient Xaldin et Marluxia. Le premier sondait Roxas et Axel se mit instinctivement devant lui : un mot de trop, et sa mission était un échec.

- Tu as l'air d'aller mieux, déclara froidement Xaldin en descendant de quelques marches.

- Oui, répondit sur le même ton Roxas.

Axel fut surpris de constater qu'il ne se laissait pas déstabiliser.

- On est allés faire un tour dans le jardin, pour qu'il marche un peu, raconta Axel, ses yeux rivés sur ceux de Xaldin.

- Oh, tu as redécouvert le somptueux jardin de Xemnas ! intervint Marluxia en les rejoignant. N'est-ce pas un endroit merveilleux ? Je crois me souvenir que tu l'adorais presque autant que moi !

Axel aurait dû se réjouir qu'ils jouent le jeu, mais ils ne lui inspiraient aucune confiance. Et puis quelle idée de dire à Roxas qu'il aimait se balader dans un jardin quand Axel essayait de le convaincre qu'il était un grand criminel !

- Tu prends tes rêves pour des réalités, Marluxia. Tout le monde n'a pas ta passion des fleurs.

- Vous devriez, elles nous enseignent tant de choses.

Sa voix avait perdu de sa chaleur, et son sourire s'adressait désormais à Axel.

- Aussi belles qu'elles soient, elles finissent toujours par se faner.

Avertissement reçu, lui non plus n'allait pas le laisser en paix. Marluxia faisait partie de ceux qui auraient voulu qu'on tue le jeune Roxas afin d'assurer à sa famille que l'Organisation XIII ne plaisantait pas. Voir son ennemi se balader là devait l'exaspérer.

- T'as qu'à t'acheter des fleurs en plastique, répliqua Axel en poussant Roxas devant lui.

Les deux en restèrent muets de stupéfaction. Roxas, lui, ne dit rien jusqu'à ce qu'ils arrivent devant la porte du bureau de Xemnas. Axel se mit alors face à lui, s'efforçant de prendre un air amical et rassurant.

- Ca va bien se passer, ok ? Il faut juste que tu lui montres que tu récupères tes souvenirs.

- Qu'est-ce que je risque sinon ?

Et un mensonge de plus !

- Bah… s'il ne te juge pas apte, peut-être qu'il risque de te gicler de l'Organisation ! Tu sais pourquoi elle s'appelle Organisation XIII ?

Roxas secoua la tête.

- Parce qu'à sa création, il y a des années, ils étaient treize. Ceux qui n'étaient pas à la hauteur sont morts, les autres, Xemnas les a éjectés. Il les a ensuite remplacés par des gens comme toi et moi. Donc si tu veux garder ta place, va falloir être rassurant !

Ça, ce n'était même pas un mensonge : Xemnas avait gardé le nom d'origine, mais leur nombre n'avait cessé de varier, jusqu'à stagner à celui de douze depuis quelques années. Axel réalisa qu'avec Roxas, ils étaient désormais treize. Marrant de voir comme le hasard faisait bien les choses parfois !

Il ouvrit la porte et pénétra dans la pièce, Roxas sur les talons. Saïx était debout à côté du bureau de Xemnas qui y lisait des documents. Plus étonnant : Larxène se tenait face à eux. Elle se retourna et s'écarta dans un sourire lorsqu'elle les vit.

- Roxas, fit Saïx en hochant la tête. Tu sembles aller mieux.

- Oui, répondit-il simplement.

- Nous parlions justement de toi, annonça Larxène.

- Vraiment ? fit Axel, méfiant.

- On se demandait si tu étais en état de rentrer chez toi.

Rentrer chez lui ? Axel n'avait pas pensé à ce détail : où allaient-ils loger le gamin ? Il n'allait pas rester indéfiniment chez Xemnas, mais il n'avait nulle part ailleurs ou aller…. A moins que monsieur le boss ne lui paie un appartement à lui, quand les autres devaient se débrouiller tout seuls !

« Ça serait quand même le comble… »

- Je ne sais plus où j'habite, annonça la voix de Roxas.

- Axel ne t'a pas dit ? fit mine de s'étonner Larxène.

Roxas se faisait certainement avoir, mais lui la connaissait parfaitement : sa fausse surprise masquait quelque chose qui allait ne pas lui plaire, c'était évident. Elle prenait un bien trop grand plaisir à jouer le jeu.

- Tu vis pourtant chez lui depuis que vous faîtes équipe !

Axel crut qu'il allait s'étouffer. Il contint malgré tout sa surprise, se contenta de faire les gros yeux à Saïx.

- Tu as l'air tout à fait apte à rentrer chez vous, décréta ce dernier, ignorant la détresse de son ancien ami.

« Le salaud », ragea intérieurement Axel. Son appartement était déjà assez petit pour une personne ! C'était de plus le seul havre de paix relative qu'il lui restait, le seul endroit où il pouvait se reposer sans penser à toutes ces missions. Y emmener Roxas, c'était y emmener son boulot.

-C'est vrai, on habite ensemble ?

Roxas le dévisageait et Axel n'eut d'autre choix que de hocher la tête. Il ne pouvait pas les contredire devant lui. Et puis, en y réfléchissant, il aurait dû s'en douter : quelle autre solution avaient-ils ? Xemnas n'aurait jamais payé un appartement à l'un d'entre eux, alors à un pauvre otage… Et Roxas n'avait pas d'autre endroit où vivre. Ce mensonge était tout trouvé pour les sortir de cette situation compliquée.

- Les loyers sont trop chers dans cette ville, déclara Axel tout en fixant Saïx, du coup la colocation c'est la solution idéale.

Colocation… Rien que le mot lui donnait envie d'étrangler Larxène puis de l'utiliser pour frapper Saïx et son visage imperturbable. Axel vivait seul depuis des années et ne s'en portait que mieux.

- Bien, maintenant que cette histoire est réglée…

Axel se retourna vers Xemnas. Il s'était redressé, abandonnant sa paperasse sur le bureau. Il avait cette manie de ne rien dire pendant un moment avant d'intervenir brusquement, comme pour rappeler qu'il était présent, et qu'il était le chef.

- Roxas, de quoi te souviens-tu ?

Voilà, le test. Axel ne savait pas s'il devait espérer que son protégé assigné le réussisse ou au contraire s'il devait prier pour qu'il échoue. Après tout, si Roxas se souvenait d'éléments de son ancienne vie, la mission prendrait fin. Peut-être même devraient-ils le tuer car il en avait trop appris. Marluxia serait content, Xaldin aussi, puisqu'Axel aurait échoué sa mission. Ça lui ferait certainement perdre quelques grades dans l'estimation de Xemnas, mais ça lui semblait un bon prix à payer.

Mais comment se mettait-il à penser ? Il avait toujours fait ce qu'on lui demandait de faire sans rechigner. Ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait commencer. Ça ferait trop plaisir aux autres. Et puis, ça ne durerait pas bien longtemps… Pendant qu'il tentait de convaincre Roxas qu'il était l'un des leurs, les autres contactaient sa famille pour les informer de la situation. D'ici quelques jours, toute cette histoire prendrait fin.

Roxas récita son texte tel qu'Axel le lui avait appris. Le nom des membres - sans les sympathiques descriptions que son nouveau mentor en avait fait- , le but de l'Organisation, son âge…

- Et puis, je me souviens d'Axel.

Ah, il avait oublié ça. Comment allait réagir le big boss ?

- Oui, c'est ce qu'on m'a dit, déclara pensivement Xemnas.

Ses yeux se posèrent sur Axel qui ne broncha pas. Ils le sondèrent quelques instants avant de revenir sur Roxas.

- Certainement parce qu'il était ton ami, intervint Saïx.

Roxas hocha la tête. S'il avait su, le pauvre. Axel se doutait bien que la raison de ce souvenir était toute autre.

Après quelques minutes de plus, il fut « autorisé » à rentrer chez lui avec Roxas. « Obligé » aurait été un mot plus convenable, mais il se garda bien de le faire remarquer. Saïx se proposa de présenter Roxas aux membres restant dans la villa, laissant à Axel un moment de répit. Il les observa s'éloigner, mais à peine Roxas eut-il disparu de sa vision que Larxène y apparaissait.

- Comment se passe cette mission ? demanda-t-elle de sa voix venimeuse.

- Merveilleusement bien, affirma Axel. Je le tiens, il me croit son meilleur pote. Donnez-moi deux-trois jours et je vous l'envoie tuer son propre cousin.

- Ça pourrait être un plan intéressant, approuva Larxène.

C'était une façon de parler, mais l'idée de massacrer des gens enchantait toujours l'unique femme de l'organisation. Axel le faisait quand on le lui demandait, mais elle aurait été capable de supplier Xemnas de lui confier l'ordre d'un meurtre si on le lui avait refusé. L'idéal était que la victime soit faible et désarmée, elle n'en tirait que plus de plaisir.

- Et tu te réjouis à l'idée de partager ton appart' minable avec ton nouvel ami ?

Axel fronça les sourcils : il était prêt à parier qu'elle avait proposé l'idée à Xemnas.

- Evidemment, ricana-t-elle, je te connais assez pour savoir que l'idée de partager quoique ce soit avec quiconque te répugne. Je me demande si tu es vraiment la bonne personne pour cette mission…

- Je le suis, coupa Axel.

Sur ce, il laissa là la jeune femme. Il chercha quelques minutes avant de débarquer dans la salle où se trouvaient Saïx, Roxas et Luxord. Il ne fit pas attention à ce qu'ils disaient et appela l'otage.

- Allez, on rentre !


Axel avait du mal à définir comment la perte de mémoire de Roxas fonctionnait : il y avait des choses dont il se souvenait, comme ce à quoi certains objets servaient, ou qu'à 15 ans il était étonnant de se lancer dans le crime. Mais il était incapable de déterminer ce qu'était un métro ou encore semblait perdu face au comportement des gens dans ce dernier.

Peut-être tout simplement ne s'était-il jamais rendu dans ce genre d'endroits auparavant, durant son ancienne vie. Les familles fortunées vivaient dans les hauteurs de la ville ou à son Sud, dans des régions comme celle où Xemnas avait acheté son petit palace. Il n'y avait pas de pauvreté là-bas, pas de gens qui se bousculaient, pas de mendiants et certainement pas de métro.

Depuis la villa, ils avaient dû marcher longuement avant d'arriver à un arrêt de bus. Ce dernier les avait éloigné des jolies maisons pour les entrainer vers de jolis immeubles. Puis ils avaient pris un autre bus, et les jolis immeubles avaient fait place à de moins jolis immeubles. Enfin, l'arrivée dans le métro avait offert à Roxas la vision d'un monde qu'il n'avait pu oublier, puisqu'il ne l'avait certainement jamais connu. Les prémices de ce qui l'attendait chez Axel.

- C'est pas comme la villa du chef, hein.

Roxas ne répondit rien. Il semblait abasourdi par tout ce qu'il voyait. Les gosses à moitié nus, couverts de saleté qui couraient entre les passants, les femmes et les hommes vêtus comme des souillons, les pauvres tendant leurs bras à l'indifférence du monde…

Il régnait dans la station une humidité et une chaleur étouffantes. Axel y était habitué, mais il crut perdre Roxas lorsque celui-ci vacilla.

- T'as l'air encore mal en point, toi ! fit remarquer Axel. Va falloir reprendre des forces mon vieux !

- Ouais… Qu'est-ce qu'ils font les gens, par terre ?

- Ils mendient, répondit Axel en haussant les épaules. Ils demandent de l'argent, quoi.

- Et pourquoi ?

- Bah parce qu'ils en ont pas !

Roxas observa une femme agenouillée, la tête baissée, la main tendue devant elle. Personne ne s'arrêtait.

- Et pourquoi personne ne leur donne rien ?

Axel ne put contenir un sourire amusé. Un enfant, voilà ce qu'on lui avait confié ! Il fallait tout lui apprendre, mémoire perdue ou non.

- Tiens, va lui filer une pièce, ordonna Axel en tendant la petite pochette noire qui contenait la paie de la mission de la veille.

Roxas hésita une seconde, puis s'exécuta. Il se pencha vers la femme, sortit une pièce qu'il lui tendit, et en un instant, la femme lui frappa le ventre violement, se redressa, s'empara de la bourse et s'enfuit… avant de se cogner contre le corps d'Axel. Elle leva la tête vers lui, effarée. Il pressa son poignard contre sa poitrine.

- Tu vas me rendre ça, d'accord ? sourit-il.

Lorsqu'elle fut partie, Axel rangea soigneusement sa bourse dans la poche intérieure de son blouson puis fit signe à Roxas de le rejoindre. Ce dernier affichait un air à la fois surpris et révolté.

- Voilà pourquoi personne ne lui donne de l'argent. Voilà pourquoi personne ne donne de l'argent à personne. Fais confiance à quelqu'un, et il te bouffera. Tu ne dois me faire confiance qu'à moi, c'est compris ?

Roxas acquiesça, toujours troublé par sa mésaventure. Axel lui désigna deux hommes qui paraissaient discuter.

- Si tu regardes leurs mains, ils se passent de la drogue. Là-bas, un policier fait mine de surveiller les lieux, mais juste avant un mec est passé vers lui et lui a tendu un billet pour acheter son silence. A ta droite, ce garçon a l'air de draguer cette fille, mais en fait, c'est une prostituée… tu sais ce que c'est ? Non, évidemment. Il la paie pour coucher avec. Tu sais ce que c'est, coucher avec quelqu'un ?

- Bien sûr que je sais, répliqua Roxas, boudeur. Enfin je crois…

- T'as qu'à en payer une, de prostituée, et tu sauras. Là, cette femme très classe qu'on vient de croiser, elle est connue pour être l'une des plus grande criminelle de la région. Comment aurait-elle eu de si belles fringues, autrement ? Le monde dans lequel on vit est comme ça.

- Et c'est pour en sortir qu'on fait tout ça.

Axel posa ses yeux sur Roxas, sourit à nouveau. « C'est pour en sortir que je fais tout ça. Tu n'es pas de ce monde, toi. » Et c'était finalement plutôt plaisant de faire chuter le petit prince de son château aux bas-fonds de la ville. Voilà ce que les gens comme lui ne voyaient pas, l'autre face d'Illusiopolis : la misère et le crime, la souffrance et la corruption. Larxène et son sadisme auraient adoré ça, et c'était à lui, Axel, que revenait la joie de trainer avec lui monsieur Roxas De Lorentis dans la débauche.

« Je vais te salir, mon beau. Même si un jour tu dois te rappeler de ton ancienne vie, tu ne seras plus jamais le même. Je vais te salir, avec du sang, avec des larmes, avec la misère de ce monde, peu importe. »

Le trajet se déroula sans problème. Axel expliqua le principe du métro, des stations, comment se passait la vie dans la banlieue… Il lui dit que s'il voulait survivre là-bas, il fallait qu'il s'endurcisse et redevienne le Roxas qu'il avait été. Celui qu'Axel avait inventé, le criminel qui n'hésitait pas à tirer lorsqu'on le lui demandait.

Roxas semblait accepter ce qu'il lui racontait . Le fait que le visage d'Axel soit le seul dont il se souvenait devait faire en sortes qu'il ait confiance en lui. Ainsi, il assimilait facilement les mensonges qu'il lui balançait.

C'était tellement facile.

Ils arrivèrent au quartier d'Axel. Lorsqu'ils émergèrent à la surface, Roxas se figea, comme hypnotisé par la vue qui s'offrait à lui. Des tours de dizaines d'étages s'élevaient partout autour d'eux, reliées entre elles par des passerelles qui semblaient sur le point de s'effondrer. C'était comme si la ville avait plusieurs étages, comme s'il y avait tellement de gens entassés là que la terre ferme ne suffisait pas à tous les contenir.

Les murs étaient délabrés, l'air puait la pollution, des voitures roulaient un peu partout, menaçant de renverser les passants aux mines atterrées. Le monde semblait avoir perdu toute ses couleurs entre la villa de Xemnas et ce lieu qu'Axel était forcé d'appeler « chez lui ». Chez eux, désormais.

« Regarde, regarde le monde tel qu'il est. »

A certains endroits, le ciel était tellement barré par les passerelles que la lumière du soleil ne perçait plus. Des lampadaires aux ampoules usées éclairaient faiblement certaines ruelles malfamées où rodait une racaille pire encore que celle qui peuplait le métro.

- Fais attention, ordonna sèchement Axel en faisant signe à Roxas d'avancer.

- On n'est pas censés être des criminels de haut rang ? Ils ne nous font pas peur, nan ?

Ah mais quel petit chieur celui-là ! Axel était un criminel de haut-rang, pas lui ! Il pouvait le protéger dans la limite du raisonnable, et s'il perdait leur otage, il allait se faire massacrer par l'Organisation.

- Ils sont bien plus dangereux que nous, répondit sèchement Axel.

- Pourquoi ? On n'est pas censés être plus forts ?

- On l'est. Si Xemnas nous ordonnait de tous les tuer, on le ferait sans soucis. Il y aurait du sang et leurs tripes sur tous les murs avant qu'ils n'aient eu le temps de remuer un doigt.

- Alors…

- Mais, coupa Axel, on n'a pas reçu ces ordres. C'est ça, la grosse différence entre eux et nous, et c'est ce qui fait qu'ils sont si dangereux : ils ne sont pas cadrés. Personne ne les dirige. Ils sont tous indépendants et imprévisibles. Et stupides, aussi. Y'a rien de plus dangereux que la stupidité. Alors tant que tu seras pas redevenu le Roxas que tu étais, fais attention.

Il le guida à travers la foule, l'écartant des dangers potentiels. Roxas repéra un marchand de fruits dont la couleur blanchâtre indiquait qu'ils n'étaient pas de la première fraîcheur, et ça dût lui faire réaliser qu'il avait faim puisqu'il s'en plaignit.

- On bouffera un truc à la maison, assura Axel.

Voilà qu'il allait devoir le nourrir, en plus de tout ! Et évidemment, Xemnas n'avait pas songé à lui donner de l'argent pour le dédommager.

Ils arrivèrent finalement à son immeuble. Axel ne prit pas la peine de composer le code et se contenta de donner un grand coup de pied dans la porte d'entrée qui s'ouvrit à la volée. Roxas le suivit, muet.

- Ils ont toujours pas changé le verrou, soupira Axel.

Ses voisins savaient qui il était et ne prendraient donc jamais le risque d'aller lui dérober quelque chose. C'était son ultime rempart contre les cambriolages, ces derniers étant courants. De toute manière, Axel avait installé une vieille caméra de surveillance achetée à un revendeur il y avait quelques années. Installée à l'entrée et cachée par un cadre, elle lui avait permis de retrouver ses premiers cambrioleurs. Il avait mis le feu à leur appartement pendant qu'ils dormaient. Qu'ils en soient sortis vivants ou non, la rumeur avait vite tourné, et son appartement était désormais particulièrement épargné par les vols.

L'ascenseur mit quelques temps à se mettre en marche, et une éternité à atteindre l'étage d'Axel – le septième. Roxas resta muet pendant qu'il ouvrait la porte, puis ils entrèrent.

- Bienvenue à la maison ! s'exclama Axel, se forçant à être enthousiaste.

Roxas, lui, n'y parvint pas, ne cachant pas sa déception face à l'endroit où il était supposé habiter.

- Fais pas cette tête, tu croyais qu'on vivait dans un palace ?

Roxas pénétra lentement dans l'appartement, comme prudemment. Axel prit les devants et s'avança sans même retirer ses chaussures.

- On est pas vraiment amateurs de ménage, si tu vois ce que je veux dire. Mais on a une télévision, et crois-moi, c'est rare ici !

Face à l'air interrogatif de son supposé ami, Axel soupira. Evidemment, il ne savait pas ce que c'était.

- Une télé, c'est une espèce de boîte où il y a des images dedans… des images qui bougent… enfin bref. Là, c'est la cuisine.

Il ouvrit la porte, dévoilant une minuscule pièce où on était parvenu à caler un frigo, une cuisinière et un lavabo dans lequel s'entassait la vaisselle qu'il aurait dû faire il y avait de cela un mois. Axel écrasa un cafard qui passait par là.

- Putain, y'en a encore !

Un crissement lui indiqua que Roxas en avait écrasé un autre. Il se tourna pour admirer l'air de dégoût qu'il affichait.

- J'ai un produit pour les tuer, on en foutra sur le sol après, décréta Axel avant de continuer son chemin. Là, c'est le truc qui nous sert de salle de bain. La chasse d'eau a dû mal à fonctionner et l'eau de la douche devient froide au bout de dix minutes, si jamais.

Autre élément qui faisait que leur cohabitation allait être un enfer pour Axel.

- Et là, c'est ma…notre chambre.

Axel se retourna pour désigner la pièce par laquelle ils étaient entrés. Roxas l'observa quelques instants. Ses yeux allèrent du lit posé en face de la vieille télévision à la petite fenêtre qui offrait une vue incomparable sur le vieux couple d'en face avant de finir sur l'armoire posée juste à côté. Puis ils revinrent sur le lit, et Axel se crispa. Encore une chose à laquelle il n'avait pas pensé.

- Il n'y a… qu'un seul lit ?

Roxas se tourna vers lui, la dangereuse question sur le bout des lèvres. Axel ignora sa gêne et le coupa avant qu'il n'ait le temps de la poser :

- J'ai un matelas, tu dors dessus, mentit-il. Je l'avais enlevé pendant que tu étais dans le coma.

Le blondinet eut cette fois du mal à avaler le mensonge, mais il ne dit rien. Axel partit à la recherche du fameux matelas sous son propre lit. Il avait été le sien jusqu'à ce que l'odeur nauséabonde qu'il dégageait devienne trop insupportable. Son petit luxe avait été de carrément s'offrir un nouveau lit, plus grand, plus confortable. Refourguer cette épave à un gamin habitué à de la literie de haute qualité lui arracha un sourire.

Il installa le matelas à côté de son lit, partit à la recherche de vieux draps et d'un coussin qu'il posa dessus.

- Voilà, conclut-il en s'allongeant sur son propre lit.

Il poussa un soupir de soulagement. Enfin !

- Axel…

- Hm ?

- Je peux me changer ?

Il se redressa. Roxas portait une chemise qui, s'il elle n'avait pas été autant sale, aurait trahi son rang. En dessous, son jeans était déchiré au niveau de ses genoux. Le problème était qu'il n'avait pas ses vêtements chez Axel, puisqu'il n'habitait pas chez lui.

- Euh, ouais… Et puis je vais te filer un truc à manger aussi.

Ne pas oublier de s'occuper de lui. Il fallait lui inspirer confiance. Axel comprit avec déception que sa sieste allait devoir l'attendre. Il se mit sur ses pieds et se dirigea vers son armoire. Roxas était bien plus petit que lui, qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir lui refiler ?

- Euh… faut croire que tous tes habits sont à la laverie, mentit-il. Un endroit où on lave les fringues.

- Ah…

- C'est ce qui arrive quand on n'a que trois tee-shirts ! Je t'ai pourtant dit qu'il fallait que t'achètes plus de vêtements !

Roxas mordit à l'hameçon, puisqu'il haussa les épaules d'un air gêné.

- Euh… désolé ?

- T'excuses pas pour quelque chose dont tu te souviens pas ! J'imagine que tu sais pas où est la laverie ?

Roxas secoua la tête.

- Alors je vais te les chercher. Reste ici. T'as qu'à regarder la télévision.

Il alluma cette dernière, déclenchant la surprise de Roxas. Axel le dévisagea un moment, amusé.

- T'as vu, les gens bougent et parlent ! se moqua-t-il.

- Oh, ça va !

Pour la première fois, Roxas lui répondait sur un ton de défi. Axel se surprit à apprécier le changement : un peu de caractère ne lui ferait pas de mal au gamin.

- Y'a de la bouffe dans le frigo, sers-toi… le frigo, c'est le truc blanc dans la cuisine.

- Je m'en souviens, répliqua Roxas, bougon.

Bien évidemment, Axel ne se rendit pas à la laverie. Il grimpa plutôt les escaliers de son immeuble jusqu'à déboucher sur l'étage qui s'ouvrait sur une passerelle. Il la franchit, ignorant le vide qui le menaçait sous ses pieds. D'escaliers en escaliers, de passerelles en passerelles, il finit par arriver à une place marchande construite sur le toit d'un immeuble. Il entra dans la première boutique de vêtements qu'il vit et se rendit au rayon homme. Il s'empara de tee-shirts de couleurs sombres basiques, d'une veste bleu marine, de caleçons bons marché et d'une paire de jeans au hasard. Il estima la taille de Roxas de mémoire et passa à la caisse. Le prix affiché lui donna envie de menacer le vendeur avec son arme, mais l'idée de s'attirer des ennuis supplémentaires le convainquit de se contenter de payer.

« Elle va me ruiner cette mission… »

Lorsqu'il rentra chez lui, Roxas fixait la télévision, comme fasciné. Un homme y expliquait comment préparer le café avec sa nouvelle machine d'une marque quelconque. Axel resta là quelques instants, à observer l'enfant adossé à son lit, cherchant dans les images qui défilaient devant lui quelques souvenirs de sa vie passé.

Pauvre gamin.

- Tiens, tes fringues, lança Axel en jetant le tas sur le lit de Roxas.

Il avait retiré les étiquettes et jeté le sac du magasin. Le blond jeta un regard perplexe à ce qu'Axel lui avait ramené.

- J'ai des goûts… spéciaux.

D'un côté, Axel avait pris les premiers vêtements classiques qu'il trouvait. Du noir, du gris, du sombre et du sombre. Et qu'il fasse avec, hein, parce que c'était lui qui avait payé !

Axel dût lui apprendre à utiliser une cuisinière et comment préparer des pâtes. Roxas faillit faire brûler le tout, mais mis à part cet incident et l'agacement d'Axel de se voir lentement transformer en nounou, tout se passa bien. Ils mangèrent silencieusement devant la télévision qui fascinait définitivement Roxas, puis, après quantité de questions – c'est quoi ça ? Et ça ? Pourquoi ils font ça ? – le sommeil finit par le gagner, au plus grand soulagement d'Axel. Il éteignit la télévision, les lumières, ferma les volets et vérifia que la porte était bien verrouillée, puis retira son pull et son jeans. Il se tourna vers Roxas, qui restait là, sans bouger.

- Tu vas pas dormir comme ça ? Je viens de t'ach…te ramener tes fringues, tu vas pas dormir avec ! On crève de chaud ici.

Roxas hocha la tête, retira ses vêtements. Axel continua à le fixer, conscient de la gêne que ça occasionnait chez son « colocataire ». Quoi, il avait du mal à se dessaper devant lui, le petit gosse de riche ? C'était sa mémoire qui avait tout effacé, ou n'avait-il jamais montré son corps à personne d'autre qu'à son reflet dans la glace ? « Puceau », songea Axel, amusé.

Il était assez petit et fin, mais ses muscles se dessinaient légèrement sur ses bras et son torse. Sa peau était pâle. Pas vraiment le genre d'Axel, qui s'il préférait les femmes à la peau claire, avait un faible pour les hommes un peu bronzés. Et grands. Un peu comme Saïx.

Le souvenir de leur amitié perdue et de la raison de leur discorde fit perdre toute bonne humeur à Axel.

- Quand on se couche, on dit bonne nuit, déclara-t-il automatiquement en s'allongeant enfin.

Il ne sut pas si Roxas s'en souvenait ou non car il ne répondit pas.

- Bonne nuit, insista Axel.

- Bonne nuit.

La voix s'éteignit et la pièce fut bientôt plongée dans un silence glacé. Un silence qui aurait dû faire la joie d'Axel, mais étrangement, le sommeil peina à s'emparer de lui. Il balança entre deux états pendant des heures, la chaleur étouffante le retenant de justesse en éveil, et sa fatigue le poussant à somnoler à moitié. Lorsqu'il réalisa qu'il était en nage, Axel se redressa finalement. Il mit quelques secondes à émerger totalement, puis réalisa enfin qu'il n'était pas le seul éveillé.

Roxas fixait un point invisible devant lui, les genoux repliés contre son corps frêle. Sa peau luisait à la faible lumière que projetaient les appareils électroniques en veille de la pièce. Il était trempe, lui aussi.

- Il fait putain de chaud, hein… marmonna Axel.

Roxas lui jeta un regard surpris, hocha la tête, puis retourna à sa contemplation du vide. Il était à mille lieux de lui en cet instant. Comment le ramener à lui, comment lui faire croire qu'ils étaient amis quand le gamin lui semblait totalement étranger ? Il devait le sentir, percevoir qu'en réalité Axel ne l'appréciait pas. Peut-être même savait-il que tout ça était du vent.

- T'arrives pas à dormir ?

Nouvel hochement de tête. Axel soupira : pas bavard, décidemment.

- A cause de la chaleur ? A cause de ta perte de mémoire ?

- Les deux.

- Aaah… c'est clair que c'est pas évident comme situation.

Axel s'assit au bord du lit et s'étira. Bon sang, il était épuisé ! Roxas devait l'être aussi, il fallait qu'ils dorment les deux, Dieu savait ce qui les attendait le lendemain. Axel était censé se charger de lui, il ne pouvait pas ramener une loque humaine à Xemnas.

- Tu veux en parler ?

Roxas hésita quelques secondes, avant de tourner la tête vers lui. Ses yeux bleus brillèrent un instant, quelques mèches retombèrent sur son front.

- Je suis comment ?

Axel s'était attendu à tout sauf à ça. Il fronça les sourcils.

- Comment tu es ? Euh… petit, blond. A moitié à poil en cet instant précis.

- Je te parle pas de ça, râla Roxas. Mon caractère. Est-ce que je suis quelqu'un de bien ?

Ah. Ça, c'était la question piège absolue. Axel se voyait mal affirmer qu'un criminel était quelqu'un de bien. Mais Roxas ne semblait pas prêt à accepter l'idée d'être une personne fondamentalement mauvaise.

- C'est pas à moi de te le dire… tenta Axel.

- T'es mon ami… le seul, apparemment. Ma vie est dévouée à cette Organisation... T'es la seule personne dont je me souvienne. Alors c'est à toi de me le dire, oui.

Il avait du répondant, le petit con ! Et qu'est-ce qu'il allait lui dire, lui ? Bah oui, certainement qu'il était quelqu'un de bien, du moins, selon sa façon de voir les choses ! Quand on a tout, aucune raison de perdre ses valeurs. Mais si réellement, Roxas avait vécu dans le même monde qu'Axel, sa vision du bien et du mal aurait changé du tout au tout. Et actuellement, il était censé avoir vécu dans ce monde.

- Ceux qui vivent là-haut pensent que nous ne sommes pas des gens biens, déclara Axel. Ils ne comprennent pas que parfois on n'a pas le choix. On n'a pas eu le choix, toi et moi. On se débrouille comme on peut, c'est tout. T'es un bon co-équipier. Tu penses aux autres avant de penser à toi, tu m'as sauvé la vie plein de fois. Tu t'es appliqué pour devenir plus fort, ce qui a fait de toi un meilleur tireur que moi. Tu prends pas de plaisir à exécuter les ordres, tu le fais parce que c'est ton devoir. Ça ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais. Et puis… tu t'en souviens pas, mais t'es un très bon ami. On a partagé beaucoup de choses, toi et moi. Je choisis pas mes amis par hasard.

Il y aurait presque cru lui-même. Et la lueur d'espoir qui brilla dans les yeux du petit Roxas faillit le faire culpabiliser un peu. Mission accomplie : il lui faisait confiance.

- Les riches… pourquoi ils n'aident pas les plus pauvres ?

Axel éclata de rire, déclenchant la stupéfaction de Roxas.

- J'ai vraiment tout à t'apprendre, hein ! Les riches sont égoïstes, ils ne se soucient pas de nous ! Ils pomperaient jusqu'à notre dernière pièce d'argent s'ils le pouvaient. C'est à cause d'eux si on en est là !

« A cause de gens comme toi. »

- C'est dégueulasse… marmonna Roxas.

Axel rit à nouveau. L'ironie de la situation était si belle que même la fatigue ne pouvait empêcher son hilarité. A moins que ce ne fut l'épuisement lui-même qui n'en fut à l'origine. Il se calma, par peur de ramener la méfiance chez son otage.

- T'as raison. C'est des salauds. Et toi et moi, on va le leur faire payer.

« Sauf que tu n'es qu'un outil pour ça. »

Roxas esquissa un sourire, puis il se fana et le trouble réapparut sur son visage.

- Depuis que je me suis réveillée, j'ai l'impression d'être complètement perdu. Je ne comprends pas comment j'ai pu oublier ma propre vie alors que des choses moins importantes me semblent évidentes. Je suis un être humain. J'ai un cœur et des poumons. Mais je ne me souviens pas d'avoir respiré avant aujourd'hui.

- C'est comme une renaissance.

- Et ça signifie que le Roxas d'avant est mort ?

Axel ne sut quoi répondre. Il commençait à se sentir mal à l'aise.

- Est-ce que je vais redevenir comme avant ? Ma vie me parait tellement… étrangère.

« C'est parce qu'elle l'est… »

Un sourire réapparut sur les lèvres de Roxas, il releva doucement la tête et planta ses yeux bleus dans ceux d'Axel.

- Heureusement qu'il y a toi. J'veux dire… t'es la seule chose qui me rattache à mon ancienne vie. T'es mon seul lien… et, désolé de te dire ça, tu dois m'en vouloir de t'avoir oublié, mais t'as l'air d'être plutôt cool.

- Bien sûr que je t'en veux de m'avoir oublié ! s'exclama Axel. Et je suis pas seulement « plutôt » cool.

- Ça, je peux pas encore le savoir, sourit Roxas.

La discussion prenait une tournure étrange. Il s'amusait à le chercher, maintenant. Axel décida de s'allonger à nouveau, rompant le contact visuel entre les deux.

- Allez, rendors-toi. Je sais pas ce que Xemnas va nous sortir comme mission demain, conclut-il.

- D'accord… Bonne nuit.

Après quelques secondes de silence, Roxas l'appela. Axel contint son agacement et se força à répondre poliment :

- Ouais ?

- Je suis content que le Roxas que j'étais t'ait choisi comme ami.

L'agacement s'évanouit instantanément. Un soupçon de gêne s'empara d'Axel. Le pauvre idiot. Naïf comme il était, il avait tout gobé. Qui savait dans quel état il allait sortir de cette histoire ?

- Moi aussi… marmonna-t-il avant de fermer les yeux.


Elan : nom masculin

Mouvement effectué pour s'élancer, impulsion ;

Ardeur, mouvement subi provoqué par une passion.

« L'élan fait partie du saut » Halil Sarkis


Voilà, voilà, j'espère que vous avez apprécié :) Ceux qui m'ont lue sur le fandom Naruto savent que j'aime raconter ma vie en fin de fic, que je jongle souvent du léger ou grave et que j'adore faire évoluer mes personnages. Je vais éviter de trop m'étendre, pour ne pas casser le rythme de l'histoire, mais attendez-vous effectivement à du changement.

N'hésitez pas à commenter, et comme je l'ai dit, si quelqu'un est intéressé, je cherche un bêta-lecteur ou une bêta-lectrice :)