Lupin :

Avec un soupire d'épuisement, je range le balais dans le placard et éteins les lumières. À tâtons, je cherche ma veste, tentant tout de même de faire le moins de bruits possible. Il est tard et si je fais trop de boucan, les voisins vont gueuler. Quand je l'ai enfin trouvé, je l'enfile et sort du café. Les clés tournent dans la serrure et un frisson me parcoure le dos. Merlin qu'il fait froid !

La rue est plongée dans la pénombre et je me reprends à grogner contre mon patron qui n'a vraiment pas l'ombre d'un sentiment de pitié pour moi. Il pourrait comprendre quand même ! C'est pas humain de me faire tenir le bar jusqu'à trois heures du matin ! Pas deux jours après la pleine lune ! Bon, en même temps, c'est un moldu et il n'est pas censé être au courant pour mon statut de loup-garou. C'est vrai. Je suis injuste. N'empêche que moi, je suis nase ! S'était la pleine lune i peine deux jours et je travaille déjà comme un bœuf ! Si Pom-pom me voyais, elle me hurlerait dessus.

Soufflant dans mes mains pour les réchauffer, je piétine un instant devant la porte arrière du local et part au petit trot. Je suis fatigué mais si je ne bouge pas, James, Sirius et Peter ne retrouveront qu'un glaçon à la place de mon corps. Je préférerais tout de même pouvoir écrire mon testament avant. Bien que je n'ai pas grand-chose à léguer... Bref. Je n'ai pas envie de mourir de froid quoi.

Mais enfin, malgré mes plaintes, je suis tout de même bien content d'avoir ce travail. Au moins, je fais quelque chose de mes mains et je gagne de quoi payer mon loyer. C'est toujours ça. Comme s'était impossible de seulement songer à trouver un emploi du côté sorcier, j'ai été obligé de chercher du côté moldu. Et même si mon aspect débraillé lui a d'abord inspiré de la méfiance, le gérant à quand même accepté de me prendre à l'essai en tant que garçon de salle. Et il m'a gardé. Je ne sais pas si c'est pas pitié où pour mes véritables compétences face à un balai, mais je ne suis pas sûr de vouloir savoir. Ça ne me plairait pas.

Au petit trot donc, je remonte la ruelle. En début de soirée, les rires des enfants résonnaient dans les rues et il y en a même qui sont passé me voir. Ça a un peu égayé ma nuit. Faut dire que dans un bar, à part des ivrognes, on ne voit pas grand-chose... Donc je leur ai filé des bonbons et, malgré leur promesses de morts plus terribles les unes que les autres, ils m'ont aussi remercié à grand renfort de cris. J'aime bien Halloween. C'est le seul moment de l'année où les monstres comme moi sont un peu mit en valeur. En même temps, de ce côté-ci de Londres, j'ai vu beaucoup d'enfants déguisés en sorciers. S'ils savaient...

À la recherche d'un coin tranquille pour transplaner, j'ai l'impression de marcher au milieu d'un épais brouillard. Ces derniers jours ont été tout simplement affreux. Entre faire face à ma transformation sans faire de victimes et sans perdre mon boulot, je n'ai pas eu beaucoup l'occasion de dormir depuis quatre jours. La mission qu'on nous avait confiée à Peter et moi a été un fiasco total et je suis encore sous le coup de la tristesse face à la mort des frères Prewett qui ont été pris dans une embuscade la semaine dernière. Je les aimais bien... Ils m'avaient accepté comme j'étais depuis le début et Gidéon, tout particulièrement, semblait vraiment vouloir devenir mon ami. Mais il est mort. Ils sont morts. Je n'y peux rien.

Avec tout ça donc, je ne tiens plus sur mes jambes que par un miracle du ciel et c'est vraiment par la volonté des dieux – auxquels je ne crois que très peu – que je ne me désartibule pas en transplanant à la limite de mon village. D'un geste fatigué je me frotte les paupières et me dirige vers ma maison. Elle ne paye pas de mine, mais c'est chez moi. Et j'ai même réussit, avec l'aide de James, à m'aménager un petit jardin devant.

À la vus de ma porte et, du coup, à la pensé de mon lit, un gigantesque bâillement me prend. Je ne veux plus qu'une seule chose, m'effondrer et dormir. Par pitié.

Mais Viviane ne connaît pas la pitié. Du moins c'est ce que je me dis quand j'aperçois brusquement une ombre dans l'encadrement de la porte. Mon cœur s'arrête alors de battre et je ne sais comment, ma baguette se retrouve dans ma main. C'est pas vrai... Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce soir ? Je ne peux pas me battre ce soir !

Sachant que ce genre de plainte est complètement inutile face à des mangemorts, je me contente de serrer les mâchoires. Comme si les mages noirs allaient accepter de me laisser tranquille avec un simple « Ah, non désolé mais ce soir je suis trop fatigué pour me battre avec vous. Revenez demain. » ! Il n'est même plus nécessaire de me cacher car l'ombre se tourne d'ores et déjà vers moi. Qui que ce soit, il m'a vu.

Je n'ai pas envie de mourir. Mais la partie rationnelle de mon cerveau me fait remarquer que dans l'état de fatigue où je suis, je ne peux absolument pas espérer gagner contre un adversaire en pleine possession de ses moyens. Surtout que les mangemorts viennent rarement tuer leurs victimes tous seuls. Il doit avoir des amis cachés dans l'ombre.

Mais alors que je m'apprête à vérifier la distance qui me sépare de la barrière anti-transplanage – si je ne suis pas sûr de gagner au combat, les battre à la course me semble bien plus probable – l'inconnue sort de l'ombre et je reconnais la gueule cassée de Fol œil. Un soupir de soulagement intense s'échappe de mes lèvres. C'est un Auror. Pas un mage noir.

Ma main tremblante à un peu de mal à ranger ma baguette et mon geste tire un grognement de mécontentement à mon vis-à-vis.

« Tu n'es pas assez méfiant Lupin ! Un jour tu vas te faire descendre ! »

Je suis trop fatigué pour répondre et je me contente de secouer vaguement la main en signe d'excuse. Il a raison, je le sais. J'aurais dû l'interroger d'abord. Tant pis. Sa réaction actuelle me prouve que c'est lui. Ça suffit.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? Demandais-je avec lassitude. C'est pour une mission ? Vous voulez me tuer ou quoi ? Je suis vraiment trop fatigué ce soir. Je ne pourrais...

- Ça n'est pas à ce sujet, me coupe mon interlocuteur.

- Quoi alors ? »

Si ça n'est pas pour me faire bosser, pourquoi m'empêche-t-il de me coucher ? Ne voit-il pas sur mon visage que je serais capable de m'effondrer sur place pour dormir ?

« Il faut que je te parle Lupin.

- C'est très urgent ?... Parce que là...

- Non. Ce n'est pas urgent. C'est grave. »

Il est très fort. Avec un simple mot, il a réussi à transformer ma fatigue en inquiétude totale. Parce que je sais très bien ce que signifie le mot « grave » pour nous. Une mission s'est mal passée. Quelqu'un est mort.

Aussitôt, mon cœur accélère et je réfléchie à toute vitesse. Qui était en mission ce soir ? Qui risquait le plus de ne pas s'en sortir ?

« Dumbledore ? Sirius ? »

Je sais bien qu'il y en a d'autre. Mais égoïstement, je ne pense qu'aux plus importants pour moi. Rien d'autre n'arrive jusqu'à mon organe cérébral. Est-ce que mon ami va bien ? Est-ce que le professeur à qui je dois tout est toujours en vie ?

À mon grand étonnement – et agacement – Fol œil éclate d'un rire sans joie.

« Black ! S'exclame-t-il avec un rictus. Parlons-en !

- Quoi ? Que lui est-il arrivé ? »

L'Auror pose sur moi un regard que je ne parviens pas à déchiffrer. Je n'ai jamais été très à l'aise avec lui. Je n'ai jamais sût ce qu'il pensait de moi, de ma condition. Je ne sais s'il m'apprécie, me déteste, ou si je l'indiffère simplement. Habituellement, ça ne me dérange pas car j'ai appris à ne pas prendre garde aux regards des autres sûr moi. Seuls comptes ceux de mes amis. Mais ce soir, quand il ne se dépêche pas de me rassurer au sujet d'un de ces amis justement, une colère noire me prend.

« Parle ! Que lui est-il arrivé ?!

- Tu ne devrais pas t'inquiéter autant pour ce traître, crache-t-il brusquement avec une grimace de dégoût. Il ne le mérite pas. »

Traître ? Traître ?! Mais de quoi me parle-t-il ? Sirius ? Un traître ? Envers qui ? Pourquoi ?

« Ne dis pas n'importe quoi ! M'exclamais-je. Sirius est tout sauf un traître ! Je ne te laisserais pas insulter mon ami ! Lui, James et Peter sont les seuls que je n'ai jamais eus. Et les meilleurs !

- Alors je suis désolé, répond-il sans une once de pitié. Mais tu n'as plus d'amis. »

Même lorsque l'on m'a annoncé ma condition, je n'avais pas eu cette impression. Cette impression horrible qu'une personne gigantesque nous écrase d'un coup de talon où que toute la lumière du monde s'écarte de nous pour nous laisser dans le noir.

Mon regard se fixe sur l'Auror mais je ne le vois plus. Sa phrase tape contre mon crâne comme un marteau sur une enclume et je ne parviens plus à réfléchir. Pourquoi n'aurais-je plus d'amis ? James, Sirius et Peter ? Et même Lily ? Pourquoi me tourneraient-ils le dos ?

Fol Œil dit que Sirius est un traître. Traître envers qui ? Envers moi ? Il aurait changé d'avis à mon sujet ? C'est vrai qu'à ma dernière transformation je l'ai sérieusement amoché et qu'il était en rogne… Mais il sait que je ne fais pas exprès ! Que ce n'est pas ma faute ! Il pourrait vraiment me tourner le dos à cause de ça ?... Et James est comme son frère et Peter est si influençable…

Oui, c'est cela. L'histoire se répète inlassablement. Je suis de nouveau seul à cause de ma nature. De nouveau seul parce que je suis un loup-garou.

Je devrais être hors de moi face à leur trahison mais j'ai juste l'impression que le monde à cesser de tourner. Mes jambes se dérobent sous moi et je tombe en arrière, trop abasourdis pour pouvoir réagir.

« Je vois que tu as compris, soupire Fol Œil d'une voix compatissante. Je suis désolé. »

Il observe un silence pour me laisser le temps de me reprendre mais je ne veux qu'une chose : Qu'il me laisse tranquille et dégage. Je veux être seul pour exprimer mon chagrin.

« Il faut que tu te reposes, tu es épuisé, marmonne-t-il cependant. L'enterrement se déroulera Lundi et ne t'en fait pas. Black ne restera pas libre longtemps. Je me chargerais personnellement de son procès. Il ira à Azkaban.

- L'enterrement ? Balbutiais-je, perdus. Azkaban ? Mais… De quoi tu parles ?

- Je sais que c'est dur à admettre, me répond-il d'un ton bourru. Mais plus vite tu te feras à l'idée, plus vite tu t'en remettras. Black est un mangemort maintenant. »

A ces mots, mon sang ne fait qu'un tour. J'ai beau ne plus être son ami, Sirius reste le mien. Et je ne laisse personne insulter mes amis de la sorte. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me relever aussi vite mais je plaque à présent l'Auror contre le mur – ma force de loup aidant beaucoup – et le secoue comme un prunier en hurlant :

« Ne dis pas de conneries ! Jamais Sirius ne pourrait être un mangemort ! Il les haït plus que tout !

- Tu crois ? Réplique-t-il d'un ton sec. Il a pourtant un frère et une cousine chez eux ! Il a changé de camps ! Il nous a tous trahis !

- C'est un mensonge ! Un mensonge !

- Mais alors tu n'as vraiment rien comprit ? Me demande-t-il soudain avec scepticisme, sans chercher à se dégager.

- Compris quoi ?! Que tu ne sais rien ?! Que tu accuses sans connaître ?!

- J'accuse sur des faits et des preuves ! S'exclame-t-il, indigné que je remette en question sa façon de travailler. Je sais que Black était le gardien du secret des Potter et que Tu-sais-qui est allé chez eux plus tôt dans la soirée ! Je sais que Black a tué Pettigrew il y a moins de deux heures, ainsi que treize moldus au milieu d'une rue passante ! Je ne sais pas ce qu'il te faut de plus ! »

Je suis incapable de répondre. Ce qu'il me dit n'a aucun sens. James, Peter et Lily ? Morts ?! Sirius ? Un mangemort ?! Ça ne rime à rien ! C'est impossible !

Brusquement, une phrase que Fol Œil a prononcé plus tôt prend tout son terrible sens dans mon oreille.

« L'enterrement… C'est…

- Celui des Potter, me répond l'Auror en se dégageant de ma poigne sans force. On ne peut pas enterrer Pettigrew. Nous n'avons retrouvé qu'un doigt de lui.

- Non… C'est impossible !... Tu mens ! »

Et avant qu'il n'ait le temps de réfuter, je me sauve en courant. Ça ne peut pas être vrai. Ils ne peuvent pas être morts ! Et surtout pas depuis tout ce temps alors que je ne me doutais de rien !

Se mêlant à mon angoisse extrême, un sentiment de honte me prend à la gorge. Comment ai-je pu être aussi nombriliste ?! Comment ai-je pu penser que mes amis me tournaient le dos avant de songer qu'il avait pu leur arriver quelque chose ?!

Mais non. Ça ne peut pas être vrai. Je me répète ça en boucle, essayant de me convaincre moi-même. Alors que j'arrive à la lisière du village, un sourire tordu par la peur étirer mes lèvres. Je suis sûr qu'ils vont bien. Je vais aller chez James et Lily et nous nous moquerons de ma peur avant que Sirius et Peter n'arrivent. Tout ira bien.

Dans ma précipitation, je me désartibule. Mon bras saigne et la douleur fait comme des points lumineux sur les bords de ma vision. Mais je repars au pas de course, bien que titubant un peu, la main crispée sur ma plaie.

J'ai peur. Mon cœur et ma tête refusent de croire à la mort de mes amis et pourtant, tout me cri que c'est la vérité. Plus je me rapproche de la maison des Potter, plus il y a du monde. Ce n'est absolument pas normal pour un petit village comme celui de Godric's Hollow. Je ne comprends pas ce que font ces gens. Certains ont l'air choqué, d'autre ont l'air joyeux. Rien de très claire.

Violemment, je les écarte de mon chemin. Je veux voir James ! Je veux voir Lily ! Je veux qu'ils dégagent tous de là et me laisse passer !

« Poussez-vous ! » Hurlais-je brusquement de ma voix la plus puissante.

Les gens à côté de moi s'écartent immédiatement avec frayeur et certains ont même l'extrême obligeance de cesser de sourire. C'est trop aimable ! Sans y prendre plus garde, je cours vers la maison de mes amis.

Et là, le monde s'effrite sous mes pieds. Toute l'aile droite de la bâtisse au premier étage a explosé là où se trouvait la chambre d'Harry. La porte d'entrée est défoncée et les équipes de St-mangouste et du bureau des Aurors sont déjà là.

Comme un automate, je m'avance vers deux Aurors qui rient de bon cœur. Pourquoi sont-ils heureux ? J'ai envie de les frapper, de les mordre, de les déchirer pour faire taire cet éclat de bonheur à côté des ruines de la vie de mes amis. Mais je me contiens.

« Où sont James et Lily Potter ? » Demandais-je d'une voix rauque qui me semble insensible.

Celui qui riait cesse soudain et fixe sur moi un regard sévère. Je tremble de la tête aux pieds sans comprendre ce qui m'arrive. Est-ce la peur ? L'inquiétude ? La tristesse ? Je ne sais pas.

« Vous n'avez pas le droit d'être ici Monsieur, me dit le jeune Auror. Cette zone est interdite aux civils.

- Où sont James et Lily Potter ? Répétais-je sur le même ton.

- Vous m'avez entendu ? Je vous ordonne de partir. »

Je n'ai pas le temps de réfléchir que ma baguette est déjà pointée sur son front. En fait, ce n'est plus moi qui dirige mon corps. Si ça ne tenait qu'à moi, je me replierais sur moi-même et tenterais de repousser le monde extérieur loin de moi. Et au lieu de ça, me voilà en train de menacer un élite des représentants de l'ordre. Peut-être sera-t-il assez gentil pour me tuer...

Mais son camarade tend une main entre nous et me regarde d'un air triste. Il est jeune. Plus que moi. Et il est bien plus intelligent.

« Où sont James et Lily Potter ? » Questionnais-je pour la troisième fois en me demandant si j'arriverais un jour à prononcer d'autres paroles.

Sans un mot, il me montre du doigt une équipe de médicomages. Ils sont cinq et s'affairent par-ci par-là. Je pense qu'ils sont plus en train de recueillir des indices pour les Aurors plutôt que s'occuper des blessés. Mais de toute façon, des blessés, il n'y en a pas. Il n'y a que des morts.

Soudain, mes yeux s'arrêtent sur deux formes blanches allongées à l'écart. Deux corps sans vie, recouverts d'un drap.

Mes mains tremblent tellement que ma baguette me glisse entre les doigts. Je traverse l'espace qui me sépare des cadavres d'un pas titubant et tombe plus que je ne m'accroupis, à genoux entre eux. J'ai peur de ce que je vais voir.

« Monsieur ? Vous n'avez pas le droit d'être ici. Qui êtes-vous ? »

D'un air hagard, je relève la tête vers la médicomage qui me parle. Depuis combien de temps n'ai-je pas bougé ? Depuis combien de temps suis-je immobile devant les corps sans faire aucun geste ? J'ai du mal à comprendre ce que la jeune femme me dit tellement ma tête est embrouillée et ne réagit plus à rien de ce qui m'entoure.

« Je… Balbutiais-je sans parvenir à dire quoi que ce soit d'autre.

- Mais vous êtes blessés ! S'écrit-elle brusquement en sortant sa baguette. Vous vous êtes désartibulé ! Comment-ce fait-il que vous ne soyez pas évanoui ? »

C'est vrai, mon bras est en sang, j'avais oublié… Comme si le fait de m'en souvenir rendait la blessure plus réelle, je suis brusquement pris de vertiges.

« Oh là, marmonne la femme en me retenant. Il faut soigner ça tout de suite. Venez avec moi.

- Non… Je ne veux pas.

- Ne faites pas l'enfant ! Vous risquez de vous vider de votre sang ! »

De tout manière, mon sang, il est pourrit. Contaminé et contagieux jusqu'à la moelle. Je n'en ai rien à faire. Je viens déjà de perdre tout ce à quoi je tenais. Alors un peu de sang en plus où en moins…

« Je reste avec eux ! M'écriais-je en m'accrochant à un des deux corps quand elle essaye de me relever.

- Mais qui êtes-vous enfin ?

- Leur ami… »

Enfin elle comprend et se tait. Elle est vraiment lente à la détente tout de même. Et moi je regarde les formes allongées des deux premières personnes à ne pas m'avoir fui. J'étais seul, ils m'ont sortis de l'ombre. Eux deux d'abord. Eux deux les premiers. Ils ont été les premiers à venir me parler de leurs pleins grès et à présent, ils ne me diront jamais plus un mot.

D'une main tremblante, j'attrape le drap auquel je m'étais accroché et le tire vers moi. Le teint blafard de Lily me prend à la gorge. Comment peut-elle avoir un visage aussi calme ?! Comment peut-elle avoir l'air si serein dans la mort ?!

« Lily… »

Derrière moi, la médicomage marmonne des formules pour mon bras mais sa voix ne me parvient que comme un bourdonnement désagréable. Plus rien n'existe autour de moi à part le visage figé de mon amie qui occupe tout mon champ de vision. Je suis heureux que les Aurors aient fermé ses grands yeux verts parce que je n'aurais jamais pu y faire face. Impossible.

Ce n'est pas de mon fait si je tends le bras vers le corps de son mari. Je ne contrôle plus aucuns de mes gestes et pourtant, lorsque le drap se soulève, c'est bien moi qui ferme vivement les paupières. C'est trop dur à regarder. Trop dur de voir ses cheveux toujours aussi bordéliques comme si la vie ne l'avait quitté. Trop dur de constater que tout est vrai et qu'il est mort également. Trop dur de regarder le cadavre de mon meilleur ami.

Je me demande d'abord d'où vient le gémissement que j'entends mais quand mon front rencontre doucement mes genoux, je m'aperçois que c'est moi qui l'émets. Un violent sanglot secoue alors mes épaules et la rage me prend.

« Sirius ! C'est de ta faute ! »

A cet instant, le souffle glacial qui se pose sur moi me semble irréel. Il glace mon cœur au plus profond de moi et attise brusquement ma colère. Fol Œil n'avait pas mentit. James et Lily sont morts. Peter aussi sans doute. Tout ça par la faute de Sirius. Sirius qui a trahis son presque frère, Sirius qui a tué Peter de ses mains, Sirius qui m'a replongé dans la solitude.

La solitude est la pire des amies et aussi la plus fidèle. A peine vient-elle m'entourer les épaules de son étreinte glacée que mes pleures se mût en hurlement et je sens la médicomage se crisper à côté de moi. Mais je m'en fiche bien. Je hurle. Je hurle ma rage et ma tristesse. Je hurle ma douleur et ma peur. Notre passé est détruit. Tout est détruit. Sirius à tout détruit.

Ce soir, les maraudeurs sont dissous.