Avant-propos : Je ne suis que le créateur que de certains personnages originaux, les autres sont l'oeuvre des divers auteurs qui ont contribué à la mythologie de Batman et sont la propriété de DC Comics. Deux choses à savoir si vous vous lancez dans cette fic :

- Batman n'apparaît pas avant la fin du prochain chapitre.

- Melinda Conroy, un "Original Character" (OC) ou "Personnage Original" de me création, est l'héroïne (voire le super-héroïne) de l'histoire, aussi est-il normal que l'action soit centrée sur elle et qu'elle soit davantage mise en avant.

Cette fanfic est vraiment une détente pour moi, à côté de l'écriture sérieuse d'un roman pensé pour être édité. J'ai toujours vraiment aimé l'univers de Batman, que ce soit le justicier masqué, ses alliés, Gotham City, les méchants aux divers problèmes mentaux, etc. Mais je n'aime pas m'incruster et reprendre des uniquement des personnages existants pour inventer un récit "fanfic", il me faut avoir une activité créative assez importante et ça passe toujours par des OC. Je publie la fic surtout parce que je pense dommage de la laisser végéter sur mon PC, cependant je ne vais pas mentir, je ne suis pas contre qu'elle plaise, et qu'on me le fasse savoir par des reviews, donc n'hésitez pas !

L'univers dépeint ici se base sur un mélange des différentes versions de Batman en comics, des jeux vidéos du studio Rocksteady et un peu aussi de la version de Nolan. Bonne lecture !


JE SUIS MELINDA CONROY

J'ai lu un jour dans une bande dessinée qu'un être humain ne se définit pas par sa nature mais par ses choix. L'acquis l'emporterait sur l'inné. Mais pour ma part, l'inné m'avait empêché de faire de nombreux choix et ce jusqu'à mes 22 ans lorsque je fus poussée hors de la maison de ma famille par des parents qui craignaient ce dont j'avais hérité à la naissance. Et à l'époque je ne leur donnais pas vraiment tort : je me craignais moi-même.

Pourtant, le destin avait voulu que mon arrivée dans une ville particulière et ma rencontre avec des gens plus que particuliers inverse cette vision que j'avais de moi et de ma « particularité ». Ce n'était pas une évidence en ce qui concernait la ville, loin de là. J'étais désœuvrée, perdue, je ne me voyais pas d'avenir, et par le hasard des voyages en fraude dans divers trains et bus, je m'étais finalement retrouvée à Gotham City. Oh, je savais ce qui m'y attendais, mais lorsque j'avais vu cette destination à la gare routière, j'avais été piquée par la curiosité et mon relatif désespoir m'avait fait oublié toute prudence.

Je me rappelais vaguement de ce que l'on disait de cette ville côtière du New Jersey, en tout cas assez pour savoir qu'elle était mal famée pour ceux qui n'avaient pas les moyens de vivre dans les quartiers huppés. Mais je m'en moquais, je n'étais pas à ça près. Le jour de mon arrivée – bien que même le jour à Gotham City paraissait toujours extrêmement sombre, je suis parti dans la mauvaise direction et après une dizaine de minutes de marche, je me suis faite agressée par trois hommes mal sapés et puant l'alcool. Je n'étais pas très intéressante niveau butin, je n'avais que mon baladeur MP3, quelques dollars, quelques fringues et quelques barres chocolatées dans mon sac. Mais ça ils ne le savaient pas, et je suppose que j'étais déjà un butin assez satisfaisant en soi.

Je n'étais pas terrorisée. J'avais déjà eu à faire à des voyous, peut-être pas de cette trempe, mais des agresseurs quand même. J'avais également fait face à des flics, ce qui est autrement plus intimidant. J'étais moi-même une délinquante, mais pas du genre vol avec agression. Je n'aimais pas l'idée de faire du mal ou de simplement traumatiser quelqu'un avec une arme, j'étais sûre que j'aurais été rongée par la culpabilité. Ce n'était pas le cas de ces trois types-là.

Je n'étais même pas dans une ruelle. Je marchais dans une rue où la moitié des commerces étaient abandonnés, ou certains bâtiments tombaient en ruines et où les passants étaient rares et furtifs. D'ailleurs, je vis certaines personnes passer sur le trottoir d'en face sans s'arrêter ou sans même prendre leur téléphone. Comment les blâmer ? Jouer les héros était toujours dangereux. Je me demandais avec quoi j'allais m'en sortir, s'ils allaient se contenter de mon vieux sac à dos militaire rapiécé et de son contenu de peu de valeur, ou s'ils allaient demander une compensation en nature.

Et puis l'un d'eux sortit un couteau papillon qu'il manipula dans le vide comme pour m'intimider. Pourtant, même si intérieurement je me forçais à rester calme et rationnelle, je ne cachais pas ma peur, synonyme de soumission. C'était ma chance. J'avais enlevé mes gants dès que je les avais vu arriver vers moi – une des rares situations dans lesquelles mon don se révélait une bénédiction. Aussi lorsqu'il me prit le poignet, je n'eus qu'à me débattre légèrement pour pouvoir poser mes doigts sur sa peau rugueuse et poilue.

C'était un expert en maniement du couteau, il avait travaillé sa technique de toute évidence. A peine l'avais-je touché que des dizaines de techniques et mouvements s'incrustèrent dans mon esprit, ainsi qu'une envie prononcée de coucher avec une femme – frustration sexuelle oblige. L'homme au couteau était un nerveux et se considérait comme un loser en quête permanente de vengeance contre Dieu savait quoi. Je me débattit un peu plus violemment pour me libérer et mordit son poignet pour qu'il lâche son emprise sur son couteau. L'effet de surprise fit le reste et dès que j'eus la lame entre les mains je me mis à leur taillader les vêtements, les bras et la poitrine. Je voyais chaque tentative d'interception m'arriver dessus et je répondais par un coup de couteau. Blessés dans leur chair comme dans leur fierté, les trois truands finirent par partir en m'insultant de tous les noms. Je les regardai partir avec un regard dur, comme si j'avais voulu leur apprendre une leçon sur la vie. Bien sûr, je n'en menais pas large à ce sujet, ma vie ne ressemblait à rien et je pouvais seulement me féliciter d'avoir su utiliser mes foutues mains et d'avoir gardé mon calme. Je pouvais également remercier le sort d'avoir fait qu'aucun d'eux n'avait d'arme à feu.

Je jetai un œil à l'extrémité de chacun de mes doigts, là où se trouvaient ces symboles noirs circulaires étranges apparus dès ma naissance. J'essayais un maximum de ne pas avoir de contacts avec qui que ce soit par ces doigts maudis. Mais j'avais déjà assez expérimenté la chose pour connaître ses effets sans être surprise. Tout s'était bien déroulé, j'avais assuré. Si Gotham City était aussi prometteuse en terme de danger, il était certain que mes doigts allaient se révéler utiles. Je ne demandais qu'une excuse pour m'en servir sans avoir honte et sans repenser aux regards à la fois apeurés et sévères qu'avaient pu avoir mes parents les rares fois où j'avais eu la faiblesse de leur laisser voir que je m'étais servie de cette capacité.

En traînant un peu dans des coins moins glauques et dangereux mais pas non plus très propres, en demandant ici et là à coups de petits sous-entendus, je finis par rencontrer quelqu'un qui pouvait me fournir un petit boulot malhonnête assez pépère : coursière. Travaillant une seule fois pour un type baraqué et moustachu que je jurais être russe et dont je n'ai jamais su le nom, je fis ensuite la rencontre de Chad Rubens. Un peu plus âgé que moi, vêtu de fringues à la mode un peu voyantes mais pas trop, il avait l'avantage d'avoir un visage un peu poupin et un sourire de gentil, ce qui mettait ses interlocuteurs à l'aise, moi la première. Il savait cependant trouver les mots justes pour montrer à ses partenaires commerciaux qu'il ne plaisantait pas dans les affaires. Il versait dans un peu tous les trafics et trouvait parfois les gens pour « récolter » de l'argent et casser les genoux de ceux qui ne se montraient trop radins. Je suis devenue rapidement sa coursière attitrée.

La raison ? Ca n'avait rien à voir avec mon don étrange pour le coup. J'avais le visage même de l'innocence et je tâchais toujours d'avoir l'air assez propre sur moi pour ne pas attirer l'attention des flics : vêtements acceptables et peu voyants, hygiène correcte, pas trop de piercings – j'avais uniquement des boucles d'oreille et un piercing sur le nez, de quoi être passe-partout aussi bien devant les clients de Chad que devant des policiers en civil. J'avais en outre pour seule extravagance une mèche blanche sur le devant et qui symbolisait le blanc dans mon identité, ce don sans origine ou explication.

En plus de mon apparence et de mon attitude discrètes, j'étais une gymnaste confirmée et j'avais développé depuis un temps déjà un certain talent pour trouver des chemins alternatifs. En cela, Gotham était fantastique : entre échelles de secours, murs en briques, enchevêtrement de poutres et autres fils, maisons collées et toits plats, il m'arrivait souvent de prendre de la hauteur pour mener à bien mes missions.

Chad appréciait mon travail et il m'appréciait tout court. Je ne lui avais bien entendu rien dit de mon aptitude spéciale et avait prétendu une hypersensibilité des mains bidon pour justifier le port quasi-permanent de mes gants. Il m'avait avoué me trouver trop intelligente pour faire le travail que je faisais tout en reconnaissant qu'il aurait eu du mal à se passer moi. J'étais sûrement plus maline que les filles qui passaient dans son lit ou qu'il trimballait avec lui dans les clubs, j'étais même sûrement plus intelligente ou cultivée que lui, mais ce n'était pas un défaut de QI qui m'avait conduit dans ce milieu. Je n'avais aucune considération pour une société qui n'avait vu en moi qu'une sorte de curiosité effrayante. Dans ma ville natale, petite bourgade du Middle West, les médecins, les profs, les autres élèves et leurs parents et surtout mes propres parents n'avaient jamais eu une opinion très haute de ma personne. Ce que je pouvais faire, tout le monde ou presque le savait mais personne n'avait prévenu de journaliste ou de télé, ça ferait jaser et le patelin voulait rester loin de tout ça. Alors on essayait de ne pas trop évoquer le problème tout en me jetant souvent des regards craintifs ou réprobateurs. Peut-être avaient-ils d'ailleurs crains que je n'utilise mon don pour leur faire du mal s'ils prévenaient des gens d'ailleurs.

Alors ici, à Gotham, où je recommençais à zéro après avoir détruit moi-même une vie déjà en branle dans la région d'où je venais, où j'avais trouvé un logeur-protecteur qui en plus de ça me payait, où je pouvais mettre à profit mes quelques talents tout en gardant secret le plus grand d'entre tous, où je pouvais me sentir vivante et libre, aidée par le sentiment de défiance envers les pouvoirs établis, j'étais heureuse.

Jusqu'au jour où je me suis retrouvée nez à nez avec Batman.


Ce chapitre est une introduction du personnage principal comme son nom l'indique. les chapitres à venir seront deux fois plus long, voire davantage. J'espère que cette mise en bouche aura titillé votre curiosité !