Sali~salut les enfants, de retour avec une nouvelle histoire! On dit quoi? Merci maman Papaye! Ahem. Cette fic sera un two ou three shoot, pas plus. De toutes façons, j'ai horreur des grands formats.

Disclaimer: le seul truc qui m'appartient, c'est ma chaise. Le reste est à Oda.

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Chroniques à quatre pieds

Trop d'histoires ont, faute d'un bon narrateur, un goût plutôt fade. C'est toujours les mêmes qui racontent. Les auteurs passent toujours à côté de ceux qui ont le plus à dire. Moi, par exemple je ne paie pas forcément de mine mais j'ai assistée à plus de choses que la plupart des hommes, cela fait tellement de temps que je traîne mon assise en rotin. Plantée sur mes quatre pieds, dans un coin, je vois tout. Les tranches de vies, scènes de ménage ou d'euphorie, je les connais bien. Je ne vous cacherais pas que j'ai un certain goût du romantisme.

Je suis née dans un petit atelier de South Blue, au milieu de la sciure. Mon père était si fier de moi que lorsqu'il m'emmena au marché son cœur se fendilla. Une vilaine matrone m'acquit pour un bon prix. Après tout, j'étais d'excellente manufacture. Mon dos droit, qui me donne encore cette allure altière, loin de l'impressionner, souffrit des larges épaules qu'elle laissait reposer dessus. Elle avait une petite vie monotone, ni détestable, ni admirable. L'ennui me pesait, car, voyez-vous, j'ai l'esprit aventureux et avide de découvertes. Heureusement, un pillage vint me sortir de ma torpeur. Bien évidemment, lorsque c'est arrivé, j'ai bien cru défaillir. Les pirates auraient très bien pu m'éventrer ou me brûler. Mais non. Alors qu'ils renversaient ma propriétaire, j'ai tapé dans l'œil de leur capitaine. Une personne admirable d'ailleurs. Pas toujours distinguée mais très sympathique, avec beaucoup de charme. Sur ses ordres, ses hommes de main m'ont ramené sur leur bateau et m'ont installée dans sa cabine. J'étais terriblement excitée et je pouvais presque sentir les marbrures de mes membres trembler.

Sans même le décider, j'étais désormais pirate.

J'appris le nom de mon capitaine de manière un peu particulière, je l'avouerais. Cependant, je vous prierais de lui accorder tout le respect qu'on lui doit, ou je me verrais contrainte de stopper mon récit. C'était ma troisième nuit sur le bateau, je crois. Les deux premiers soirs, j'avais simplement eu à porter ses habits sur mon assise et regarder le sommeil l'envelopper. Mais cette fois là, nous n'étions plus en tête à tête. Un homme était avec nous. Un blondinet au sourire dérangeant que mon capitaine appelait « Bel-ami », une chose bien rare pour une personne qui crachait avec entrain sur la politesse et les convenances de la société. Leur jeu me rappelait celui que j'apercevais autrefois par la fenêtre, ces enfants qui se courent après, à grands renforts de cris et de rires. Mais parfois la partie se terminait mal. Un de ces petits bout de chair rose tombait, restait un instant stupéfait avant que ses traits ne se déforment, que de l'eau coule de ses orifices béants et qu'il vagisse à se perforer les poumons. Sa mère affolée se précipitait alors vers lui. Dès le lendemain, l'enfant retournait jouer. L'homme n'apprend jamais rien.

Ils se sont courus après, ont joué, riant et criant. Et puis « Bel-ami » est parti, en murmurant un « Adieu, Bonney. On ne se reverra pas. ». Ce fut cette sentence qui provoqua la chute de mon capitaine, encore nue entre ses draps. Mais aucune mère ne vint vers elle. J'aurais voulu m'approcher d'elle, seulement, rappelez-vous, je ne suis qu'une chaise. Une très belle chaise, un concentré de l'art de South Blue, mais une chaise. Mes pieds flanchaient eux aussi, compatissants à sa douleur. Pourtant je gardais mon allure stoïque. Les meubles ne peuvent pas être faibles. Qui aurait confiance en un lit miteux ou une table croulante ? Les babioles a la santé fragile meurent bien vite. Parfois, quand on nous aime beaucoup, on nous emmène nous faire soigner chez les amis de nos pères. Mais le plus souvent, on nous abandonne, nous laissant crever seuls. Rassurez vous, je suis faite d'un bois excellent, je ne flancherais pas -pas avant la fin de mon histoire, au moins-. Je vous l'ai déjà dit, je suis d'excellente manufacture. Vous trouvez sans doute que je parle beaucoup de mes origines, me prenez sûrement pour une snob, mais que voulez-vous, il faut bien savoir se vendre. Et croyez moi, nous sommes bien plus solides qu'aucun de vous. Rares sont ceux de chez nous à qui il échappe une larme de sève ou d'huile. Je ne suis pas pour autant insensible, l'état de mon capitaine me peinait beaucoup. Appeler « Bel-ami » un aussi sale type, c'est vraiment de la bêtise à l'état pur. Les semaines suivantes, elle resta prostrée dans sa cabine, fuyant la compagnie de toutes ces personnes dont le bonheur lui était insoutenable. Et puis enfin, elle se releva, prête à se lancer à nouveau dans le jeu de la vie.

N'avait-elle donc rien appris ?

A suivre.