Certains croient que la trahison n'est que la nature transcendante de l'être humain, qu'elle s'impose à chacun de manière inexorable et fataliste.
Pour ma part, je crois qu'il s'agit d'un choix. Un choix délibéré et, à bien des égards, foncièrement mauvais, mais un choix tout de même. Suivant cette conclusion, il m'est contraignant, mais néanmoins nécessaire d'admettre mes craintes par rapport à un tel choix.
Tout simplement parce que je suis un traître.
Il est une règle répandue voulant qu'une trahison, quelle qu'elle soit, demande une explication en vue d'une réparation. Or, il n'est pas dans mon intention de me répandre en excuse devant mes propres bourreaux.
J'innove.
J'ai agit selon ma volonté, assumant le choix que j'ai fait il y a trois ans déjà. Je ne serai pas de ceux qui s'inclinent. Je ne serai pas de ceux qui se justifient. Je me contenterai d'être, et l'histoire interprétera la suite selon son bon vouloir.
Moi, Peter Pettigrow, me laisserai guider par ma propre destinée.
Et malgré tout, j'ai peur.
Peur de m'engager sur la mauvaise voie, peur des représailles, peur d'y laisser tout ce que j'ai, aussi peu puis-je posséder en ce bas monde.
Peur de la vie.
Voici mon histoire, un couard s'étant laissé séduire par des idéaux me dépassant largement. Aujourd'hui, je prends conscience de mon choix, ainsi que de ses impacts. Aujourd'hui, j'ai honte de l'homme que je suis devenu, de l'homme que j'ai choisi de devenir.
Aujourd'hui, mes espoirs d'un avenir florissant se fanent et laisse place à l'amertume d'une vie de damné.
Et cela me répugne. Ho oui… Je suis dégoûté par ma propre personne.
Pourtant, mes choix, si peu discernables soient-ils, auront façonnés un avenir dont je suis le seul instigateur, et c'est pour cette raison que je ne puis me détourner de la voie ayant déjà été tracée pour moi. Je resterai seul responsable de mes actes.
En quelque sorte, je suis, et je serai même après la mort, le point culminant d'un récit, le maître absolu d'une quête indissociable de ma réalité.
Et pourtant j'ai peur…
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Je ne peux continuer plus longtemps. Ces aveux m'accablent. J'ai des difficultés à respirer. Tout tourne, tout semble se mouvoir autour de moi, à moins que je ne sois responsable de ce mouvement? Probable. Peu importe, cela m'indispose.
D'un mouvement de main te tente de rétablir l'équilibre autour de moi. Je réalise bien vite, cependant, l'incongruité de mon geste.
« Mais qu'est-ce que tu fais Peter? »
Sirius.
Il n'aurait pas pu attendre un peu pour faire son entrée? Non… Bien sûr que non. Sirius voit tout, Sirius entend tout. Sirius est tout.
Tout ce que je désirerais être.
Je ne peux m'empêcher de jeter un regard contemplatif vers la figure divine que m'incarne Sirius Black. Dans chacun de ces traits, chacun des pores parcourant sa peau laiteuse et sans failles, je ne peux lire que la perfection. Ses lèvres charnues et rougeâtres, contrastants avec l'unité fantomatique de son teint, accentuent la vision divine et omnisciente qu'impose mes yeux sur lui.
Je suis jaloux. Totalement et inconditionnellement jaloux de Sirius Black, et cela me trouble. Celui-ci semble s'en apercevoir, d'ailleurs, car son visage change peu à peu, affichant un air franchement inquiet.
« Peter? Tu vas bien, mon vieux? »
« O… Oui. Je vais bien Sirius. Je me sens un peu étourdi, c'est tout. »
Cette explication semble contenter Sirius. Son regard se détend presque automatiquement. Il me sourit.
« Ouais, je te comprend, Pet! Moi aussi le passage des ASPIC me prend toute mon énergie. J'imagine tout à fait ce que tu vis. »
Si mon esprit affiche un air interdit et que ces mots me pétrifient, mon corps n'en laisse absolument rien paraître.
Comment pourrait-il comprendre ne serait-ce qu'une infime partie du calvaire que j'endure. Sirius constitue la perfection incarnée! Il est tout ce dont un homme pourrait rêver. Je suis jaloux! Futilement, mais pourtant inconditionnellement jaloux.
Pourtant, j'acquiesce. Je ne peux risquer ma couverture sur cette conversation. Sirius me sourit, et prend un air décontracté.
« Bon. C'est pas tout ça Peter, mais il faut rejoindre Remus et James au troisième étage. Notre plan d'hier ne s'appliquera pas tout seul. Prêt à en faire baver aux Serpentards, mon vieux? »
Je reste muet, il ne semble pas s'en formaliser. Avec force, il m'assène une puissante tape dans le bas du dos. Sous l'impact, mon souffle est coupé et je stoppe la marche que nous avions entamée pour nous rendre au lieu de rencontre.
Mais Sirius ne s'occupe déjà plus de ma présence. Il avance à pas conquérants, faisant fi des regards appréciateurs des filles sur notre passage.
Le pas légèrement boiteux, je reprends donc ma marche et remonte bientôt au niveau de Sirius.
Sa présence m'apaise. Aux côtés de Sirius Black, tout semble pouvoir se réaliser. Tout est à portée de main. Des idées de grandeur m'assaillent.
Si seulement je n'étais pas, l'espace d'un instant, la figure invisible des magnifiques Maraudeurs. Si seulement on pouvait, même un bref moment, s'apercevoir que j'existe bel et bien.
Je ne suis pas de ceux qui s'imposent, comme eux.
Et pourtant, ils m'ont tous les trois offert leurs amitiés. Une amitié dont je me serai contenté durant quatre longues années, avant de me rendre compte de la mascarade que représentait ce tableau.
Car c'est bel et bien une mascarade que tout ceci. Pourquoi, sinon, aurais-je intégré les fameux Maraudeurs, si ce n'est de leurs idées perverses et malveillantes de pseudo-compassion? Je ne suis, pour eux, qu'un outil, fruit de la compassion, résultante absolue d'une traîtrise plus que justifiable à mon esprit.
Qui d'entre nous était faible? Qui d'entre nous n'avait sa place parmi les grands? Qui d'entre nous se faisait manipuler, harasser par ceux qu'il considérait comme ses meilleurs amis. Ceux à qui il aurait pu donner sa vie jadis.
Moi, moi, toujours et encore moi.
Les choses avaient décidément bien changées depuis notre première année au collège. Chacun avait fait sa route, chacun avait laissé sa trace indélébile sur Poudlard, à jamais reconnaissant du passage des Maraudeurs.
Tous… sauf moi.
Nous arrivons enfin au troisième étape. L'espace d'un instant, perdu dans mes pensés, j'en viens à oublier la raison de notre présence ici. C'est Remus, accroupi sur un petit chaudron d'étain, seul au milieu d'une classe désaffecté, qui ravive le souvenir de notre présence.
Plan, Serpentards, rigolade, blablabla….
Oui… Je me souviens à présent.
« Bonsoir. »
Je sursaute violemment. Plongé dans la pénombre, jamais je n'ai senti la présence de James au coin de la classe. Seul, cigarette à la main, air suffisant collé au visage, notre idole nationale James Potter observe attentivement la potion crépitant au centre de la salle, annonciatrice de vils desseins.
« Ça faisait longtemps qu'on avait pas fait de farce sur les Serpentards, James. » Si Sirius n'avait pas remarqué la présence de James, son expression n'affiche aucune peur, aucun trouble. Au contraire, il affiche un air malicieux, enfantin même.
« Je sais Sirius, je vous demande pardon. » rétorque James pas l'air vexé du tout. « J'étais plutôt occupé ces derniers temps, tu sais. »
Sirius hoche la tête d'un air entendu.
Encore une énigme dont j'ignorerai à jamais la nature profonde. Je soupire.
James tourne sa tête vers moi daignant soudainement et inespérément m'accorder un peu d'attention. Une attention à laquelle je me suis désespérément accroché… trop longtemps.
« Pet, tu peux sortir un instant, s'il-te-plaît? Je dois parler à Sirius et Remus en privé. »
J'aurais dû m'y attendre. Ne suis-je qu'un pantin à leurs yeux? Suis-je membre des Maraudeurs par obligation? Par habitude?
J'ose attendre une seconde, attendant une quelconque protestation de Remus ou Sirius face à mon départ.
Sirius semble se demander ce que je fais encore dans la pièce.
Remus, le regard ne se détournant pas d'un cil de sa potion, ne semble pas se rendre compte de mon existence.
Dans un bref, mais non moins signifiant soupire, je cède et claque la porte à ma sortie, me demandant pour une énième fois les raisons de mon existence.
