Dans sa chambre, un rayon de lune traversait la fenêtre et projetait sur le sol et sur les murs une lumière blanche et pâle, conférant à la pièce des allures de nuit féérique. Il faisait froid à cause de l'hiver qui s'infiltrait partout, autant dans les rues tapissées de blanc que sous les draps épais de la chambre d'auberge où Karin, dans un état de semi-conscience qui l'empêchait de dormir, essayait de trouver un peu de chaleur. Cela faisait quatre heures maintenant que la rousse aux cheveux de feu tentait de sombrer dans les bras de Morphée, mais en vain. Ses pensées ne lui appartenaient plus, son esprit était vide, ses yeux pourtant d'une couleur si ardente fixaient, impassibles et glaciaux, le plafond d'ivoire de la chambre. Karin était lentement entrain de s'évaporer, laissant place à une marionnette docile. La jeune femme au tempérament plein de vie, de feu, de passion, de sentiments n'arrivait plus à combattre ce froid qui l'entourait depuis toujours. Si froid… Sur les draps couleur de neige, les cheveux de Karin formaient comme une flaque de sang autour de sa tête, et ce contraste était renforcé par les éclats de lune soulignant sa peau pâle. Au milieu de ce visage d'une beauté délicate semblant venir d'un autre monde, deux orbes d'un rouge brûlant livraient un ultime combat contre cet abandon, cette dépendance totale dont elle était victime. Il était trop tard. La lune s'était cachée derrière d'épais nuages de pluie, plongeant la pièce dans un noir sinistre. Une femme, allongée dans le lit d'une auberge fermait les yeux, fatiguée. Dans cette chambre sombre, elle ressemblait à un ange fragile, cassable, à peine vivant. Seule une respiration faible indiquait sa présence en ce monde. Cette femme, manipulée par sa solitude et son désespoir, venait d'éliminer toute trace de Karin pour se transformer en une créature au cœur de glace et à la rigueur de fer. Vide. Dans une chambre, une femme dormait. Dehors, la pluie tambourinait contre les vitres… Karin pleurait.
