Une petite histoire sans prétention sur le lien que j'adore entre Kise et Kuroko.

J'ai lu un peu par hasard il y a peu une toute petite histoire en anglais toute mignonne sur ce couple sur AO3 que je n'ai pas réussi à retrouver dans la multitude de fic présente sur le site et j'avais envie d'en faire une aussi.

Mais curieusement, alors que je voulais faire quelque chose de très "cute", je n'ai pas pu me résoudre à faire un Kise tout gentil et fou amoureux de son Kuroko. Parce que Kise ne l'est pas tout gentil et c'est pas moi qui le dit, c'est l'auteur du manga lui-même qui le dit.

La muse qui s'est penchée sur cette petite histoire m'a donc remise sur le droit chemin :-)

Bonne lecture


Appartement de Kise

Kise rentre du lycée et balance d'un geste las son sac sur son lit. Kaijo est un bon lycée, définitivement. L'équipe de basket est impressionnante et expérimentée et malgré le fait qu'elle ne l'ait pas vraiment accueillie avec tous le respect dû à son rang, il est quand même un des cinq membres de la génération miracle, ils les avaient impressionnés par la constance et la rigueur de leur jeu.

Et pour la première fois dans une équipe de basket, il est plus qu'évident qu'il est de loin le joueur le plus fort. Une sensation grisante et à la fois vertigineuse qu'il avait oubliée, se retrouver porteur de tous les espoirs d'une équipe aussi forte que Kaijo.

L'as de Kaijo.

Alors pourquoi se sent-il aussi vide et en colère contre lui-même ?

Il n'a qu'à fermer les yeux pour s'en souvenir avec une acuité qui le transperce comme une lame acérée en plein cœur.

La finale du championnat inter-collège.

Le si impassible Kuroko en pleurs sur le parquet.

Et sa démission du club.

Il avait disparu de sa vie comme il était s'y était invité, dans un sursaut.

Et le monde était devenu tout à coup terne et insipide.

Il avait bien essayé de le retrouver avant la fin de l'année pour lui demander pourquoi. Mais cet enfoiré avait utilisé tous ses dons de magicien pour lui échapper avec une facilité déconcertante. Lui qui pensait être immunisé contre ses petits tours de passe-passe, lui qui pensait être un de ses amis, n'était au final pas suffisamment important aux yeux du petit passeur pour avoir droit à une explication.

Et pourtant après sa rupture, même s'il ne s'agissait que de basket le mot était loin d'être galvaudé, avec Aomine, il avait tant espéré que Kuroko le choisisse comme nouvelle lumière. Si Aomine ne voulait plus de lui dans son ombre, lui Kise était prêt à tout accepter pour jouer avec lui.

Même à ravaler sa fierté et à venir le chercher à Seirin pour lui demander de rejouer avec lui devant toute son équipe, montrant à tous à quel il respectait son basket, lui le cinquième joueurs de la génération miracle.

Et il l'avait vu, sa nouvelle lumière. Ce géant roux, cet idiot qui ne sait rien faire d'autre que de sauter sous le panier. Kagami. Rien que le fait de prononcer son nom le remplit d'une colère irrépressible et il se sent en droit de savoir.

Rageusement, il compose le numéro de Kuroko. Et comble du ridicule, il tombe sur le répondeur du joueur fantôme qui entonne d'une voix neutre

Vous avez bien joint le numéro de Kuroko Tetsuya, je ne suis pas joignable pour le moment….

Bla bla bla, pense Kise dont la colère monte d'un cran…

- Merde Kuroko, c'est quoi ce répondeur idiot on dirait un robot. Et franchement, j'aimerai bien que tu m'expliques pourquoi tu l'as choisi lui comme nouvelle lumière et pas moi.

Kise éteint son portable qu'il balance nerveusement à l'autre bout de la pièce.

Cette voix où la colère masque à peine le désespoir et ce vide qu'il ressent, ce n'est pas lui ça.

A cet instant, il le déteste. Et pourtant, il est persuadé que s'il l'appelait pour lui dire qu'il avait changé d'avis et qu'il était prêt à rejoindre Kaijo, il en aurait pleuré de bonheur.

Pathétique, tellement pathétique.


Appartement de Momoi

Une semaine après la victoire de Seirin à la Winter Cup

Après la victoire de Seirin à la Winter Cup, Momoi avait décidé de faire une petite fête réunissant tous les anciens de Teiko. Et personne ne pouvait dire non à Momoi. Même pas Akashi.

Le premier arrivé n'était autre qu'Aomine, suivi de près par son ancienne ombre et Kise aussi énergique que d'habitude tente dès la première seconde d'accaparer toute l'attention de Kuroko, des efforts sans cesse repoussés par Aomine et Momoi qui le couvent d'une attention un peu trop grande à son goût. Puis Murasakibara tente sa chance dans le bol des amuse-gueules préparés par Momoi et retire très vite sa main avant même d'y avoir goûté avec un air apeuré. Et une chose est sûre on peut faire confiance à l'instinct culinaire du géant de Yosen, les talents pour la cuisine de Momoi ne s'étaient pas améliorés avec les années, Kise ne peut s'empêcher d'avoir une pensée presque attendrie pour le calvaire que doit vivre l'équipe de Tôô. Mais le sourire du diabolique capitaine d'Aomine lui revient en mémoire et il se dit que quelque part, il l'avait sûrement bien mérité.

Kise avait prévu une grande quantité de snacks qu'il avait dissimulé dans son sac et qu'il avait prévu de sortir à intervalle régulier pour nourrir le géant aux cheveux violets et s'assurer sa reconnaissance pendant le temps d'une soirée.

Il lui glisse un premier paquet de ses chips favorites avec un de ses sourires qu'il sait irrésistible et Murasakibara a les yeux qui s'illuminent littéralement. C'est presque trop facile.

Midorima et Akashi arrivent en même temps et même si leur ancien capitaine est redevenu celui qu'il était lors de leurs premières années à Teiko, la température avait bien dû baisser de quelques degrés dans la pièce.

A vrai dire, même lui ne peut réprimer un mouvement de recul instinctif qui n'échappent pas au regard d'Akashi qui porte un plateau de shogi sous le bras. Avec Midorima, ils s'installent de part et d'autre de la table du salon, se lançant dans une partie comme ils l'avaient si souvent fait à Teiko. C'est sûrement une façon pour lui de faire amende honorable après la partie entre Shutoku et Rakuzan. Un bon début en tout cas quand il voit Midorima accepter de bonne grâce l'invitation.

Manquerait plus que quelques glaces à l'eau et la petite séance nostalgique serait parfaite pense Kise amèrement en voyant Aomine et Kuroko redevenir en quelques sourires les meilleurs amis du monde.

Et lui est comme avant la dernière roue du carrosse. Celui qui sourit à tous comme un idiot sans jamais vraiment trouver sa place. Il était le petit dernier, celui qui était arrivé à la fois trop tôt et bien trop tard.

Plus la soirée avance, plus il essaye désespérément. Et plus son cœur se vide, se serre et des larmes froides et silencieuses coulent de ses mots vides de sens.

Fatigué comme rarement, il s'assoit sur le canapé et laisse le temps passer. Lentement et péniblement.

Akashi devait prendre un train tôt le matin et prend congé assez tôt, entraînant un Midorima vaguement ensommeillé dans son sillage. Puis c'est au tour de Murasakibara qui avait fini le dernier de ses paquets de chips depuis peu et Aomine qui s'en va sur un « A plus Satsu ! » et l'heure a finalement tourné et les derniers métros ont disparus depuis longtemps.

- Kise, dit Momoi tu peux squatter ce soir si tu veux, vu ce que t'as bu c'est sûrement mieux ainsi.

- Ouais, répond-il les yeux dans le vague.

Alors voilà comment ils avaient dû interpréter sa baisse de régime habituel. Il avait trop bu… Ouais, il avait à peine fini son premier verre. Ces anciens équipiers ne savaient rien de lui et pire que tout ils s'en foutaient.

Un Kise survolté était ennuyant au mieux. Un Kise en baisse de régime était tout simplement oublié.

- Kise kun ?

Merde

Il était tellement persuadé qu'il avait suivi Aomine dans son ombre. Mais non, il avait encore utilisé sa magie pour apparaître et le surprendre à nouveau. Au plus mauvais moment.

Parce que deux mots de sa part et il ne peut s'empêcher de sourire comme un idiot.

Parce qu'il est capable de se noyer dans ses deux grands yeux clairs et d'oublier en une seconde toute l'amertume qui avait envahi son cœur.

Il se sent perdu, heureux, idiot et tellement de choses encore.

Et à cet instant même, il se hait comme jamais.

- Je vous sors un futon, dit Momoi.

Kise se rend compte que si lui n'a pas trop bu, ce n'est ni le cas de ni de Kuroko ni de Momoi dont les joues un peu plus rouges que d'habitude trahissent son état. Momoi disparait en laissant une couette.

Kuroko s'assoit prêt de lui, posant sur lui un regard troublé par la fatigue et l'alcool.

- Je te laisse le…

Lorsque la tête de Kuroko tombe doucement sur son épaule et l'effleurement soyeux de ses cheveux contre sa nuque le paralyse plus sûrement que n'importe quelle force.

- Kurokochi ?!

Il s'en veut de faire tant transparaître sa nervosité dans ce simple mot. Mais l'odeur d'alcool qui se dégage de Kuroko lui fait comprendre qu'il y a longtemps qu'il ne doit plus être capable de distinguer de telles nuances dans sa voix.

- Désolé, dit Kuroko d'une voix ensommeillée. Aomine a renversé son verre sur moi…

Une façon de marquer son territoire, pense Kise ironiquement. Et ne manque pas de s'estomaquer quand Kuroko se relève et se débat avec lui-même pour enlever son t-shirt poisseux.

- Kurokocchi…

Les yeux de Kise s'agrandissent en voyant se dévoiler la peau pâle de Kuroko dont la tête est encore perdue dans les affres du tissu bleu.

- Tu peux m'aider à me déshabiller, s'il te plait, dit-il d'une voix neutre.

Non… Absolument pas !

Cette phrase dans la bouche de n'importe qui aurait paru indécente.

Dans la bouche de Tetsu, c'est juste innocent. Terriblement et violemment innocent.

Le genre à dévorer tout de suite.

Tu peux pas dire des choses comme ça, Kuroko, pense Kise, se maudissant déjà de ce qu'il allait faire.

- Je suis venu juste après l'entraînement, si tu veux j'ai des affaires de rechange.

- Oh, c'est gentil, dit-il après avoir enfin réussis à se débarrasser de son t-shirt.

Kise sent son self contrôle se dissoudre à mesure qu'il observe les muscles fins et la peau d'albâtre du torse de Kuroko se dévoiler. Merde pourquoi lui avoir proposé un t-shirt de rechange alors qu'il avait un tel spectacle sous les yeux. IDIOT !

Les yeux perdus dans cette vision qui lui ravit une longue minute sa raison, il ne se rend même pas compte que Kuroko commence à être mal à l'aise.

Et lorsqu'enfin il voit le regard un peu affolé de Kuroko le fixer, il se reprend maladroitement :

- Elle doit être terrible ta coach.

- Hein ?

- Parce que tu commences avoir quelques vrais abdos Kurokocchi.

- Oh, pas vraiment, dit-il un peu moins gêné en touchant sa peau blanche. J'ai beau m'entraîner comme les autres, c'est comme si mon corps était figé, incapable d'évoluer. J'avoue que c'est parfois un peu…

Oui, c'est vrai, il n'y avait que peu de différences avec le collège mais elle était quand même là, la fine et délicate ligne de ses muscles fins sous cette peau blanche et douce. Sans s'en rendre compte, Kise laisse ses doigts effleurer le torse du passeur, les yeux étincelants, dévorant littéralement du regard chaque centimètre de la peau dévoilée…

- … frustrant, termine-t-il la phrase de Kuroko dans un souffle en relevant la tête pour plonger son regard dans celui de Kuroko.

Mais la lueur d'affolement qu'il y voit lui prouve encore une fois à quel point il est le seul à éprouver une telle attirance.

Il se détourne au plus vite de sa vision pour farfouiller dans ses affaires et lui tend un de ses t-shirts propre. Kuroko le remercie d'un hochement de tête avant de l'enfiler. Bien sûr, le t-shirt ajusté de Kise est deux fois trop grand et même s'il l'avait toujours su, Kise se rend compte à quel point il a l'air petit et fragile à côté de lui. Depuis le collège, Kise et tous les membres de la génération miracle avait pris facilement quelques centimètres aussi bien en hauteur qu'en largeur d'épaule. Kuroko n'avait presque pas changé.

Malgré la fatigue, Kuroko semble lire en lui comme dans un livre ouvert et détourner les yeux comme pour s'excuser de flotter littéralement dans les habits de son ancien équipier.

Mais contrairement à ce qu'il pensait, le respect de Kise ne fait que grandir lorsqu'il se rappelle à quel point Kuroko pouvait être incroyable en plein match.

- T'as vraiment été impressionnant pendant la finale.

- Non, dit-il posément, c'est tout l'équipe qui a été incroyable.

- Kise s'approche un peu plus, pose ses mains sur ses épaules et le regarde droit dans les yeux.

- Non, c'est toi, c'est ta victoire. Depuis le début tu as tout planifié, ton entrée à Seirin, ta nouvelle lumière, ta nouvelle équipe à ton image, c'est ta volonté sans faille t'as permis de surmonter tous les obstacles pour nous battre un à un et nous forcer à regarder la vérité en face. On était tous devenu des êtres méprisables, des arrogants perdus dans un orgueil démesuré et tu nous as ramené à la réalité.

Kuroko recule dans un geste presque craintif devant son regard. Mais Kise ne relâche pas son étreinte.

- Sérieusement, continue-t-il, Akashi peut aller se rhabiller, c'est toi le stratège de la bande.

- Non, répond Kuroko dont le regard bleu se voile. Tout ce que je voulais c'est vous redonner votre amour du basket comme je l'avais retrouvé en rejoignant Seirin.

Kise baisse les yeux, les bras toujours crispés sur ses épaules :

- Seirin, marmonne-t-il sans pouvoir effacer la douleur qui transparaît dans sa voix. C'est pour ça que tu as refusé mon offre, cela ne cadrait pas avec tes plans.

- Non, c'est pas ça.

Pas ça… Le cœur de Kise s'arrête une seconde, trop vulnérable pour se protéger des mots qui découleraient alors qu'il ancre son regard dans celui de Kuroko. Il avait toujours été un peu trop honnête avec lui et il ne sait pas comment il pourrait encaisser un nouveau coup.

- Arrogant, je pense que tu l'as toujours été, dit-il mais perdu comme les autres jamais. Tu étais peut-être obsédé par la victoire comme je l'étais à Teïko, mais tu n'avais jamais perdu ton envie de jouer au basket. Tu lui portes un amour intense et encore immature et j'ai toujours admiré ça chez toi.

Le cœur et la raison de Kise se sont définitivement arrêtés au mot admiré…

- Parce que même si c'était terriblement présomptueux de ma part, dit Kuroko en baissant les yeux, je t'ai toujours considéré comme mon rival.

Kise sourit, un vrai sourire lumineux comme il n'en avait pas retourné depuis bien longtemps :

- Il va falloir que je gagne notre prochain match alors, parce qu'après deux défaites consécutives, tu vas finir par croire que je suis un piètre rival.

Les yeux de Kuroko s'agrandissent et une pointe de rouge vient fleurir sur ses joues et le cœur de Kise se sert devant l'adorable spectacle. Il doit se retenir de ne pas le prendre dans ses bras.

- Non, dit Kuroko, tu as peut-être perdu le match mais le meilleur joueur sur le parquet c'était toi.

- Ca ne sert à rien d'être le meilleur joueur si on ne peut pas faire gagner son équipe, dit-il en baissant les yeux sans voir à quel point ses paroles touchent Kuroko. Alors c'est pour ça que tu ne voulais pas de moi comme ta nouvelle lumière. Tu avais peur que je te prenne de haut ?

Kuroko baisse les yeux nerveusement et Kise le force à relever la tête :

- Je n'aurai jamais fait une telle chose. Jamais.

- C'est pas pour ça, avoue Kuroko.

- Alors pourquoi ?

- Est-ce que c'est vraiment important ?

Kise ouvre grand les yeux. Kuroko n'a jamais été du genre à se défiler devant quoi ou qui que ce soit. Et à cet instant, il prend peur parce que s'il est sûr d'une chose c'est que si Kuroko hésite c'est certainement pas pour se protéger lui-même. Il n'a pas la moindre once d'égoïsme en lui pour penser à lui avant de penser aux autres, cela ne peut être que pour le protéger lui, son rival.

- Pour moi, oui, dit Kise avec tout le calme qu'il est capable de rassembler à cet instant.

Kuroko se recule doucement et les mains crispées de Kise se détachent de leur emprise. La distance entre eux le fait trembler.

- Au collège, dit Kuroko, quand j'ai commencé à développer mon basket, j'ai appris à observer les gens, à comprendre leurs habitudes, à lire en eux. Personne n'a jamais vraiment fait attention à moi, du coup j'ai toujours pu lire dans les regards, les sourires, les gestes, les non-dits…

Merde…

Le cœur de Kise est à deux doigts de sortir de sa poitrine.

Kuroko est gentiment en train de lui dire qu'il sait et ce depuis le premier jour.

Dans son esprit, les images du passé se succèdent à la vitesse de l'éclair. La façon dont il l'avait méprisé les premiers jours à Teiko. Ce type son tuteur… Ce joueur incapable de mettre un panier un titulaire ? Impossible.

Et il l'avait vu jouer et son cœur s'était arrêté. Il avait gagné son respect. Profond et aussi grand que celui qu'il éprouvait pour Aomine.

Tu verras à quel point il est exceptionnel… C'est ce qu'Aomine lui avait dit quand il l'avait questionné. Il n'aurait jamais imaginé à quel point.

Avec le temps, son respect n'avait jamais diminué bien au contraire mais il avait laissé de la place à quelque chose d'autre, de bien plus profond, de bien plus destructeur.

Un besoin, une envie, un désir. Quelque chose d'irrépressible et terriblement égoïste qui le fait trembler. Un sentiment si noir et intense qu'il réprime de moins en moins.

Violent et immature, comme son amour du basket.

Il est perdu et pire que tout Kuroko sait à quel point.

Et il l'avait toujours su.

- J'arrivais à lire sans problème tous les gens que je croisais, tous les joueurs même Akashi.

Achève-moi vite, pense Kise amèrement sans pour autant baisser le regard.

- Tous sauf toi, termine-t-il.

- Hein ?!

C'est tout ce que son cerveau est capable de formuler à cet instant. Kise relève un peu trop vite la tête et fixe incrédule Kuroko. Il ne se rend même pas compte à quel point il est près de Kuroko qui lui jette un regard affolé.

- J'ai jamais réussis à savoir ce que tu pensais vraiment de moi à Teiko, dit Kuroko. J'ai jamais trop su si tu respectais vraiment mon jeu ou si tu…

- Je quoi ?

- Tu ne me voyais pas comme un challenge dans ta compétition avec Aomine ?

- Quoi ?!

Des monosyllabes, pense Kise, c'est à peu près tout ce que son cerveau est capable de commander à sa bouche. Quel idiot !

- J'avais un peu l'impression que tu pensais que d'une certaine façon j'appartenais à Aomine et du coup que tu devais me ravir à lui pour le dépasser.

Kise commence à se rendre compte à quel point il est proche de Kuroko. Et qu'au final, il avait été plus perspicace qu'il ne l'aurait cru

Il avait toujours été jaloux du lien entre la lumière et l'ombre de Teiko.

Oui, il avait eu envie de le ravir à Aomine.

Furieusement.

- Mais pour la première fois de ma vie, continue Kuroko, quelqu'un faisait vraiment attention à moi, recherchait mon approbation pour un oui, pour un non. Moi qui avais toujours été insignifiant, moi que personne n'avait jamais remarqué, j'étais soudain devenu assez important dans la vie de quelqu'un ne plus pouvoir rester dans l'ombre. C'était déroutant et ça l'est toujours, je ne sais toujours pas vraiment comment réagir face à autant d'attention que je ne me mérite pas vraiment. Mais…

Kise n'en peut plus de se retenir et prend Kuroko dans ses bras. Il s'était retenu beaucoup trop longtemps et le sert comme si c'était la dernière fois qu'il pouvait le faire. Comme si sa vie en dépendait.

- Kise kun ?!

Kise enfouit sa tête dans le cou de Kuroko, aspirant à plein poumon cette odeur enivrante qui lui fait perdre un peu plus la raison.

Il sent Kuroko se tendre sous son étreinte. Plus d'une fois il l'avait entouré de son affection étouffante mais là c'est différent et Kuroko n'est pas assez aveugle pour ne pas s'en rendre compte.

Kise ferme les yeux et concentre toute sa volonté sur ce simple geste qui lui coûte tant. Et il se détache à regret de celui qui hante un peu trop ses pensées et ses rêves, le souffle court.

- T'as vraiment aucune idée de ce que je peux penser de toi ? demande Kise.

- J'arrive jamais à savoir quand tu es sérieux ou quand tu te moques de moi, dit Kuroko un peu vexé. Et j'ai l'habitude de décrypter les gens facilement, c'est vraiment déroutant.

Kuroko qui fronce les sourcils avec cette moue perplexe. Kise avait rarement vu quelque chose d'aussi adorable et il se fait violence pour ne pas lui sauter dessus.

Et au final, il se rend compte qu'il a bien peu de volonté et entoure Kuroko de ses bras. Mais cette fois, il n'y a ni empressement, ni urgence dans son geste.

- Kise kun, je suis vraiment fatigué là. Je tombe de sommeil.

Mais Kise ne desserre pas ses bras bien au contraire.

- Kuroko ?

Kuroko sursaute devant le sérieux soudain de Kise qui le prive de son surnom habituel. Il se sent curieusement bien fragile entre ses bras.

- Kise kun ?

- Est-ce que je peux dormir avec toi ?

A vrai dire Kise ne lui laisse pas le temps de répondre, l'entraîne doucement sur le futon toujours entre ses bras et curieusement, alors que le sommeil a déjà bien engourdi ses paupières et ses muscles noués, il ne se sent ni déplacé, ni gêné. Au contraire, la chaleur et les gestes lents de Kise lui arrache ses derniers doutes. Et alors qu'il est à deux doigts de s'endormir la tête contre le torse de son rival, Kise lui murmure à l'oreille :

- Je vais te dire un secret Kuroko, jamais je ne me suis moqué de toi.


Le lendemain

6h35

Gare de Shinjuku

Akashi consulte le panneau d'affichage. Son train pour Kyoto est à l'heure et il a quelques minutes pour se rendre sur le quai lorsque son téléphone vibre dans sa poche.

Il attrape d'un geste son portable et consulte ses messages. Momoi lui avait envoyé une photo accompagnée d'une phrase.

Tu avais raison.

La photo dévoile Kuroko endormi contre le torse de Kise qui l'entoure de ses bras protecteurs. Le grand blond a beau dormir, le sourire qui illumine son visage ne trompe personne.

Momoi ne l'avait pas appelé car elle aurait eu du mal à lui cacher la peine qui lui enserre le cœur en ce moment même. Lui aussi le ressent cet étau glacé qui lui coupe le souffle.

Akashi avait vu le respect de Kise se transformer peu à peu un amour inconditionnel et il avait compris le jour où Kuroko s'était levé au milieu de la foule pour encourager Kise pendant son match contre Haizaki avec un « Je crois en toi Kise kun » que quelque chose avait aussi changé dans le regard du joueur fantôme.

Même si le principal intéressé ne l'avait pas encore compris, il lui faudrait du temps.

Et pour une fois, il aurait aimé avoir eu tort.

Kise, pense-t-il, si tu loupes ta chance, je ne t'en laisserai pas une deuxième. Je ne suis pas aussi généreux.