La journée était fort bien entamée, le soleil dardait ses rayons ardents à travers des écharpes de brumes sur la forêt proche de la ville côtière d'Outo. Pourtant une si belle mâtinée de printemps était souillée par la présence d'êtres contre nature dans la forêt. Au sein même de cette dernière, onis et humains s'affrontaient. Un petit convoi de marchandise en direction d'Outo était manifestement tombé dans une embuscade tendu par les vils démons. De part et d'autre des chariots de marchandises des soldats, des mercenaires à la solde des riches marchands de la ville pour être exact se battaient pour repousser jusqu'en enfer ces abominations. Pourtant en surnombre les mercenaires semblaient avoir du mal à repousser les créatures agiles et fortes qui les harcelaient, frappant depuis les frondaisons avant de se replier dans les fourrés.
Au milieu de cette scène de combat deux individus tranchaient nettement, une jeune femme drapée dans une cape carmin, et un petit garçon qui ne la lâchait pas d'une semelle. Elle était de petite taille, aux cheveux châtains qui lui arrivaient à mi hauteur et qui portait un regard d'émeraude désolé sur ce combat. Particulièrement belle, elle devait être âgée d'un peu moins de la trentaine. L'enfant à ses côtés ne lui ressemblait en rien, vêtu sobrement de vêtement en cuir, brun et portant un regard de saphir fasciné sur la bataille il semblait être l'opposé même de la jeune femme. Il laissait lui aussi ses cheveux de jais lui tomber sur les épaules comme pour imiter la personne à ses côtés.
« Observe bien » lui murmura-t-elle alors qu'elle descendait du chariot d'un petit bond agile suivi dans l'instant par l'enfant. Elle avait sortie une clé d'une poche de sa robe, qu'elle tenait maintenant dans sa paume ouverte, bras tendus devant elle. Elle psalmodia quelques ces quelques mots : « Clé détentrice du pouvoir stellaire, révèle moi ta véritable apparence. Au nom du pacte obéis moi. Release. » La clé se métamorphosa littéralement, grandissant pour atteindre une taille supérieur à celle de la jeune femme, entièrement rose pâle, se finissant par une étoile jaune au centre d'un cercle dont deux ailes ornaient les flancs.
Avisant que deux onis avaient percés la barrière défensive des mercenaires et s'approchaient trop des chariots, elle fouilla un instant dans ses amples vêtements pour en sortir deux morceaux de papiers, de forme rectangulaire, sur lequel des kanjis étaient dessinés à l'encre de Chine. Elle lança les deux rectangles de papier en direction des ennemis les plus proche et ils s'y fixèrent comme par magie. Avant que les créatures n'aient pu les arracher, elle avait tendu son bâton vers les deux créatures, marmonnant à chaque fois « Fire » quand le bâton visait une des créature. Le papier s'embrasa, suivit dans l'instant par les créatures qui périrent dans un cri inarticulé. Un des mercenaire qui accourait pour renforcer la ligne de bataille la remercia d'un signe de tête avant de repartir au combat. A ses côtés; l'enfant dardait un regard plein d'admiration sur la jeune femme. Après cela elle remonta dans le chariot, sous les yeux étonnés du garçon.
« Vous ne les aidez pas plus maîtresse Sakura ? » interrogea-t-il visiblement très surpris.
La dite Sakura porta un regard panoramique sur la bataille et constata que les mercenaires reprenaient l'avantage avec ces deux adversaires de moins.
« Je pourrais les aider » répondit-elle en souriant « Mais cela ne serait pas très gentil pour ces mercenaires de leur voler une prime bien méritée en accomplissant leur travail à leur place. Les onis sont assez affaiblis, ils vont reprendre le dessus d'une seconde à l'autre. ». Confirmant ses paroles, une minute n'avait pas passé que le dernier oni s'écroulait une lame plantée dans ce qui devait lui servir de gorge. Le petit garçon descendit du chariot pour aller observer plus en détail les créatures maintenant mortes. De forme vaguement humaine, elles ne semblaient pas faites de matière réelle mais plutôt d'ombre, voir d'un quelconque gaz ou d'un liquide mais certainement pas d'une matière solide. Leur corps était entièrement noir, et ondulait par endroit, leur donnant un aspect nébuleux. Ils semblaient être dépourvus d'yeux, le seul orifice visible de leur corps était une bouche de taille impressionnante garnie de croc à en faire pâlir d'envie un tigre du Bengale. En outre, leurs mains se terminaient par des griffes de la taille d'une dague, et capable de trancher même l'acier. Ces adversaires n'étaient pas à prendre à la légère. L'enfant observa aussi que les êtres étranges étaient marqués sur le front par un symbole rouge. Celui qu'il observait représentait un oeil dans un orbe de flamme. Alors qu'il l'observait, le corps se décomposait peu à peu en de nombreux fragments de matière sombre, et en quelques minutes toute trace des onis avait disparue. Pendant ce temps, la magicienne s'était rendue à l'avant du convoi se dirigeant vers un couple de combattant étonnant. Une petite bretteur redoutable, fine lame soit disant la plus crainte d'Outo, et un grand combattant élancé qui avaient pris l'habitude de se battre dos à dos, le redouté duo Naoko Takashi Yamazaki. Le capitaine Yamazaki menait en effet cette petite troupe de combattant avec brio depuis des années, comme en témoignait ces multiples blessures, mais bien que sa partenaire n'en portait aucune elle ne se battait pas moins elle aussi depuis aussi longtemps que lui.
« La situation est sous contrôle capitaine, nous pouvons repartir » signala-t-elle. Sur l'ordre du capitaine mercenaire le convoi reprit sa longue route vers Outo.
Moins d'une heure plus tard les remparts d'Outo étaient en vue. Sakura sentait déjà par avance l'odeur de l'iode, la senteur des marchés et du vieux port qui constituaient le cœur de la ville. Et plus encore, elle se languissait de son retour chez elle. Son amour devait l'attendre là bas, sans aucun doute avec impatience mais aussi avec inquiétude, quoi de plus normal après tout, son travail n'était pas de tout repos.
Le convoi entra dans la ville par la porte du sud, et fut accueilli par une pluie de fleur de cerisiers jetées par la foule en liesse. Depuis des semaines la liaison entre Outo et le reste de l'île était coupé, mais enfin une expédition avait réussi à traverser les contrées hostiles et à ramener des denrées nécessaires au bon déroulement du commerce avec l'Europe et l'Afrique. Bientôt Outo serait de nouveau une ville des plus active recevant des visiteurs des quatre coins du globes pour acheter ses marchandises. La ville était déjà prospère comme pouvait le constater l'enfant qui ne l'avait jamais vue, les rues étaient pavées et bien tracées, des rangées de demeures toutes de pierre allant de celles des plus pauvres en simple pierre jusqu'aux plus riches demeures faites dans du marbre qui s'alignaient le long de la voie principale, ainsi que de nombreuses échoppes proposant des produits tantôt traditionnels comme du thé ou du riz, tantôt des produits exotiques comme tout ces fruits importés d'Afrique, ou l'acier en provenance d'Europe.
Le convoi s'arrêta en premier devant une grande propriété dotée d'un immense jardin qui devait être plus grand qu'un hectare d'ailleurs. C'est ici que Sakura et son acolyte laissèrent les chariots poursuivre leur route sans eux. Avant de repartir Yamazaki lui signala que ce serait un plaisir pour lui et ses hommes de l'avoir avec eux le soir même à la taverne pour décompresser autour d'un verre de saké fédérateur, elle déclina cependant l'offre, ayant de plus grands projets pour la nuit.
L'après midi même la magicienne avait énormément de choses à faire, et son protégé avait amplement mérité une pause. Certes la nuit le port d'Outo était assez malfamé, mais pas autant que celui de Singapour ni d'Osaka, et de jour la garde municipale quadrillait la ville pour s'assurer qu'aucune rixe n'éclate. Qui plus est Yamazaki passerait les deux prochains jours dans toutes les tavernes du coin avec ses hommes, et si son adorable disciple avait un quelconque problème, elle était sûr que les dits mercenaires s'assureraient qu'il ne lui arrive rien. En effet ce dernier avait noué de nombreux liens d'amitiés au cours du voyage. Désormais décidée, Sakura ouvrit la bourse qu'elle gardait serrée à sa ceinture et en tira deux pièces d'argents qu'elle remit à l'enfant.
« Tiens ! » lui dit elle « J'ai des choses à faire avec le maire tu peux disposer de ton après midi. Nous nous retrouverons ce soir à la salle des festivités. » l'enfant accepta l'argent, salua sa maîtresse et avant de partir, déclara avec un sourire espiègle « J'ai bien comprit, je vous laisse vous dire des mots doux sans moi, passez une bonne après midi maîtresse. » Embarrassée le rouge montait aux joues de Sakura, mais elle ne put répliquer, son adorable disciple avait déjà disparu dans la foule avant toute possibilité de représailles. Elle soupira. Décidément l'enfant était incorrigible.
Sakura s'engagea enfin dans l'allée menant à la riche demeure. Celle-ci était bordée par deux rangées de cerisiers, en fleurs à cette période de l'année qui donnaient une touche de gaieté supplémentaire à la demeure de pierre immaculée. Le grand amour de sa vie devait se languir quelque part derrière ces murs de pierre blanche qui réfléchissaient le moindre rayon de soleil de cette belle après midi de printemps. Elle arriva devant la porte après ce qui lui semblait être une éternité. Son cœur battant la chamade, elle frappa à l'huis , très vite un vieux majordome grisonnant vint lui ouvrir la porte.
« Mlle Kinomoto ! Vous êtes attendue par le maire dans le salon » lui indiqua-t-il.
« Ah Wei, vous m'avez manqué ! Merci beaucoup, je m'y rends de ce pas. »
Pourtant, malgré sa déclaration, Sakura n'avança pas beaucoup, sortie du hall d'entrée de marbre blanc, elle n'avait pas fait deux pas dans le corridor menant au salon que quelqu'un se jetait dans ces bras et que de douces mains venaient l'enlacer au niveau des épaules. Surprise par cette arrivée soudaine, elle réagit lentement, passant sa main avec douceur dans les cheveux noirs tant aimés étreignant elle aussi la personne qui l'enlaçait. Elle releva légèrement son visage vers celui d'albâtre qui lui faisait face, avant de poser ses lèvres sur celles blanches et fines du visage de son amour. Leur lèvres se croisaient en un ballet gracieux tantôt l'une contre l'autre tantôt ne se touchant plus que par la commissure, mais toujours avec beaucoup de passion.
« Tu m'as manquée... Tomoyo. » parvint à articuler Sakura entre deux baisers passionnés.
