Olivier Dubois préparait son sac à dos, sous l'oeil désapprobateur de son chat Ernest.
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Ernest était entré dans la vie de Olivier lors de sa dernière saison au club de Flaquemare.
Ses camarades, moqueurs, lui avaient expliqué qu'après sa carrière, c'était le seul qui lui resterait fidèle.
Ce qui s'était vérifié.
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Avec les années, il avait retiré du mur les médailles et coupes, et y avait placé des photos d'Ernest.
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Pourtant, Ernest n'était pas un chat heureux, ce jour là.
Il savait que quand Olivier ressortait son énorme sac à dos et sa parka, c'est qu'il allait l'abandonner aux voisins pendant plusieurs semaines.
Ernest ne savait pas pourquoi, Olivier ne lui avait pas expliqué en quoi consistaient les campagnes de test de balais.
Ernest était un esprit simple. Sa vie consistait à courser des mulots, manger des croquettes, faire la sieste et sa toilette.
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Celle d'Olivier n'était pas beaucoup plus compliqué. Il préférait juste voler à la chasse aux rongeurs.
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Les pilotes d'essai de balais sont assez rares.
Le métier est dangereux. Les tests doivent être faits dans un endroit sans moldu et très froid.
Le froid paralyse la magie pour ne garder que les capacités des artefacts ensorcelés.
Certains pilotes d'essais sont aussi ingénieurs en balais. C'était le cas de Olaf Olafsson et de sa fille Sigridur Olafsdottir.
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Sigridur resserrait les sangles de son sac à dos sous l'oeil d'Olaf.
- Tu feras attention avec le numéro 3. Je ne suis pas convaincu par ces capillaires en métal, dit Olaf.
- Je pense que tous les concurrents vont sortir des modèles comme ça. Il fallait bien tester sur un des balais, lui répondit Sigridur.
Olaf, exaspéré, grommela.
- S'ils sortaient tous des balais en mousse, ça ne serait pas une raison pour que nous aussi nous fassions un prototype.
Sigridur balaya le salon du regard.
- Tu n'as pas vu mes raquettes ? J'étais sûre de les avoir mises sur la table basse.
- Sur l'enclume, j'ai changé les fixations.
Sigridur se dirigea vers le fond du salon qui tenait plus de la forge que d'une pièce à vivre confortable.
Revenant chargée de ses raquettes et de divers outils, elle regarda son père.
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Olaf était très grand, très large, très musclé. Un viking comme l'aurait imaginé des enfants.
Sa barbe, longue et impeccablement peignée était rouge. Ses cheveux parfaitement blancs étaient très soigneusement coiffés.
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Depuis leur arrivée d'Islande, presque vingt ans plus tôt, Il ne transportait plus sa hache à deux têtes en permanence. Elle était suspendue au mur, près de son bouclier.
Sigridur se souvenait encore de son père manoeuvrant l'arme d'une main lors de débats houleux en Islande. A douze ans, elle avait essayé de la décrocher par jeu. Elle avait eu beaucoup de mal à la soulever pour la ranger et avait failli y perdre son pied. Olaf pleurait encore de rire en évoquant cet épisode.
Maintenant, Sigridur aurait parfaitement pu la manier. Mais maintenant qu'elle était anglaise et ingénieure en balais en train de rédiger une thèse de doctorat, la hache n'avait plus aucune utilité. A part sur certains des prototypes de balais les plus frustrants, peut être.
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Sigridur avait les cheuveux aussi blanc que son père, plaqués sur sa tête par des tresses complexes.
Sigridur comme Olaf avaient ce regard dur et cet abord froid des gens dont les sourcils sont blancs. Leurs lunettes, qui rétrécissaient leurs yeux, renforçait l'impression de cerveaux toujours en activité, occupés à calculer des valeurs d'énergies cinétiques ou des frottements.
Ce n'était pas le cas. Comme beaucoup de passionnés, tous les sujets les interressaient. Un fou rire général dans un pub avait démarré lors d'une conversation sur les patrons de tricot. Par ailleurs, ils étaient tous les deux bienveillants et pédagogues, convaincus que le reste de l'humanité devaient autant s'interresser qu'aux à tous les sujets.
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- Tu ne vas pas utiliser ces capillaires métalliques pour ta thèse, n'est-ce pas ?
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Sigridur devait soutenir sa thèse de conception mécanique et magique l'année suivante. Elle préparait un prototype révolutionnaire de balai. Tante Nimbus et son père suivaient avec un intérêt non feint ses recherches. Wilhelma Nimbus n'était pas vraiment sa tante, mais elle la connaissait depuis l'enfance, et elle avait mérité ce titre plus honorifique que familial.
- Je ne pense pas. J'ai eu l'impression en soufflerie que ça provoque des petits arcs thaumiques. Je vais tester en conditions réelles, mais je ne crois pas que ce soit l'avenir.
Son père se rengorgea. Il lui tapota fièrement la tête, comme il l'avait toujours fait depuis que Sigridur savait déchiffrer son nom, et comme il continuait à le faire. Surement parce qu'elle arrivait toujours à déchiffrer son nom.
