Tes yeux rougeoient, ils étincellent encore une fois et dans ces prunelles au flamboiement stupéfiant miroitent toute la haine et l'épouvante du monde, une dernière fois. Tes pupilles s'écarquillent, et librement, tu peux contempler la Mort, qui s'offre à toi dans toute sa splendeur.
Alors, les battements de ton cœur s'accélèrent très vite, tu prends conscience de la chose, de ce qui vient de se produire, de ce qui se produira. Tes narines se dilatent, tes traits se tendent d'un coup, ton masque tombe.
Clairement, la stupéfaction se peint sur ton visage, et tout en toi n'est plus que crainte.
Durant cette période incroyablement longue qui fut ta vie, tu eu à affronter des adversaires puissants, tu dû surmonter des épreuves tortueuses, batailler pour te hisser au rang qui devint le tient, mais jamais, jamais tu n'osas regarder, prendre réellement en compte cette éventualité fatale, cette vieille ennemie.
Au lieu de cela, tu l'as fuie. Tu t'es caché, comme un enfant effarouché qui se tapi dans l'obscurité tu t'es évadé, cherchant presque à la défier dans ta frayeur. Tu as ôté la vie d'autres pour qu'on ne puisse pas te prendre la tienne.
Aussi grand que tu aies pu être, elle est restée, toute ta vie durant, celle que tu n'as pas cessé de redouter, ta terreur la plus imposante.
Durant cette période incroyablement longue qui fut ta vie, tu t'es joué d'elle. Tu as essayé d'être le plus fort. Tu as méprisé tous ceux qu'elle a emportés. Mais, chaque fois que tu fauchais l'existence se mêlait une forme d'anxiété au plaisir sauvage qui enflammait ton œil. Tu contemplais l'horreur du châtiment funeste réservé aux hommes, te sentant supérieur. Toi, tu étais beaucoup, beaucoup plus qu'un homme.
Qu'est-ce que la Mort, véritablement ? C'est voir un regard pétillant se muer en vision terne, une âme quitter un corps, un cadavre inanimé s'étaler sur un sol. C'est laisser son souvenir disparaître de l'esprit des autre, quitter les mémoires peu à peu.
Mourir. Renoncer à se démarquer de tous. Abdiquer. Emprunter le chemin faible, le chemin de celui qui suit, qui n'a pas réussi à vaincre son ennemie.
Mourir. L'achèvement d'une vie à laquelle tu as essayé de te raccrocher. La fin d'une existence vide, une existence sans saveur, sans but, sans signification – car jamais tu n'as éprouvé la moindre once de plaisir, jamais tu n'as souri avec la moindre sincérité.
Mourir. Te laisser vaincre, anéantir par un simple enfant.
Livide, agenouillé dans ta plus grande défaite, tout ton être obscurcit ne se concentre plus que sur ce jet de lumière verdoyant, cet éclat terrible qui s'est retourné contre toi-même.
Le noir se fait dans ton esprit asséché, envahissant ton âme scindée.
Aujourd'hui, tu sais que le cadavre étalé sur le sol sera le tien. La vie quittera tes yeux ; lentement, leur étincelle disparaîtra, et tu subiras l'humiliation, comme tous ceux qui ont succombé à la faiblesse avant toi.
Lentement, tu bascules en arrière.
Et, anéantit à la forme de dépouille, ton expression pitoyable de terreur demeurera à tout jamais gravée sur ton visage.
