Il pleut mais il fait chaud, sous sa capuche son front est moite de sueur.

A travers ses paupières fermées, il arrive à percevoir les rayons du soleil devenus rouges. La rumeur de la ville bourdonne dans ses oreilles. Mal de tête. Il enjambe la clôture, et entre dans le parc.

Son parc.

Il se laisse glisser dans le bac à sable, proche de l'entrée. Des frissons. Le sable mouillé, sa froideur. Le vent chaud, désagréable.

Poisseux. Ses habits sont poisseux, et puants. Mais ça ne le dérange pas. Non, ce qui le gêne c'est le sable. Sale. Il ose salir son trésor. Son honneur.

Le sable ne lui procure pas la fierté, qu'il ressent avec ces tâches pourpres imprégnées sur ses vêtements.

Il l'a vaincu. Impitoyablement. Devant ses hommes, il l'a battu.

À mort.

C'est lui le mâle, maintenant. Personne ne peut plus rien y faire.

C'est son parc.

Son cœur palpite de joie.

Faux.

Il ne veut juste pas s'avouer, que son corps est répugné par tout ça. Que l'odeur du sang sec sur son t-shirt, lui donne des hauts le cœur. Et que le regard que lui ont lancé ces hommes le rend tout chose. Toutes ses pensées sont tourneboulées.

Ces types. Les larmes sur le visage de l'un d'eux, et les yeux exorbités de celui allongé à terre, le corps couvert de bleus, et de sang.

Parce-qu'il a gagné.

Mais ils n'acceptent pas le jeu.

Mauvais perdants.

Des pas précipités. Des cris. De la rage.

Il se lève, il fuit. Ses petites jambes font le plus vite qu'elles peuvent, mais son long torse est lourd. Il a mal au ventre, ses boyaux sont retournés. Ses longs bras se cognent dans les passants, les poteaux, les branches.

La peur est trop sourde, elle le ronge tellement fort qu'il n'arrive pas à ressentir autre chose.

La douleur ce n'est rien, face à ce sentiment qui lui coupe le souffle. Comme un étau autour de sa trachée.

Il trébuche, s'engouffre dans une des rues grises de cette fin d'après-midi de juin.

Panique. Cul de sac. Crise d'angoisse. Sa respiration, déjà faible, devient sifflante, son cœur bat si puissamment dans sa cage, que son torse en tressaute. Il pleure de tout son saoul.

Piégé comme un rat, contre un mur. Il les dépasse tous d'une tête. Pour la première fois, ça le gêne.

Roué de coups, à terre.

Le retour de bâton.

Ses os craquent, son sang coule. Sur sa fierté. Son propre fluide remplace celui regorgeant son t-shirt. Son accomplissement, souillé par son sang de gamin stupide.

Maintenant, il n'est plus homme.

La tête enfoncée contre le sol, il redevient ce gosse de seize ans, jouant les grands.

Lui, tout ce qu'il voulait c'était son parc. Son antre. Là où rien ne l'atteignait. Là où il ne se sentait jamais inquiet, là où la vie ne le rattrapait pas. Sa maison.

Sauf que cette chienne de vie est sournoise.

Il est tombé en plein dedans. Cette chose vicieuse, la violence.

Alors il subit.

Il sent son souffle se réduire, sa gorge devenir douloureuse, et ses yeux s'assécher. Celui qui pleurait tient une batte.

La même qu'il a utilisé, lors de son exécution.

Et d'un grand coup, il frappe.