House s'écarta alors tout doucement des lèvres de la jeune femme avant de répliquer sur un ton ironique :

-Humm… Vous savez, loin de moi l'idée de vous interrompre, mais… Si vous vouliez impressionner vos parents… A mon avis ils sont déjà loin.

Cuddy se pinça les lèvres et dévisagea House quelques secondes avec un regard plein d'appréhension, puis fixa les deux chaises vides en face d'elle en affichant une mine résignée. Elle poussa un léger soupir, et se laissa finalement retomber sur sa chaise, comme si tous les malheurs du monde venaient de s'abattre sur ses épaules.

-Oui, je sais…

House esquissa alors une grimace embarrassée. Malgré son don naturel pour être un salop en toutes circonstances, il ne pouvait se permettre de laisser cette partie de lui s'exprimer face à la détresse de sa patronne. Il savait trop bien ce que c'était que d'avoir des parents qui vous gâchent la vie… D'autant plus qu'elle embrassait fabuleusement bien !

Il tenta donc de jouer la carte de l'humour :

-Alors j'imagine que vous allez devoir payer l'addition ? Railla-t-il.

-J'en ai peur, soupira la jeune femme.

S'en suivit alors un court silence, pendant lequel Cuddy fixait pensivement les deux chaises vides en face d'elle, laissant à son employé tout le loisir de se perdre dans son décolleté.

Elle reprit finalement avec lassitude en tournant la tête vers lui, ce qui eut pour effet de l'interrompre dans son étude minutieuse :

-Le bon côté c'est que vous avez réussi à les exaspérer avant que l'on ai finit nos entrées.

Il leva un sourcil, surprit de sa réponse, puis reprit avec ironie :

-Dommage… Si j'avais su, je m'y serais employé dès le début.

La jeune femme esquissa un léger sourire. Il était incroyable, pensa-t-elle, même dans les pires circonstances, il réussissait encore à la faire sourire.

Mais en repensant à ce qui venait de se passer, l'angoisse la gagna à nouveau, et elle appuya ses coudes sur la table et sa tête dans ses mains. Elle regardait à présent dans le vide et semblait pensive.

Devant l'attitude accablée de sa compagne, House posa négligemment sa main sur la cuisse de la jeune femme, et ajouta sur un ton qui se voulait le plus rassurant du monde :

-Aller, ne vous en faîtes pas, je vous paye le resto pour cette fois de toutes façons.

A ces mots, elle toussa de rire, puis enfouit son visage dans ses mains. Trop d'émotions se bousculaient dans sa tête au moment présent, et il était hors de question qu'elle laisse paraître quoique ce soit, surtout devant House.

D'abord cette altercation avec ses parents, chose qui ne s'était pas produite depuis des années, et qui allait sans doute conduire à de graves complications avec le reste de sa famille… Et puis il y avait House, qui était étonnamment gentil avec elle et…Qu'elle venait d'embrasser !

La main de House, quant à elle, n'avait pas bougé. Elle eut même le plaisir de sentir la cuisse de la jeune femme bouger, presque imperceptiblement de droite à gauche, sous le frottement du tissu de sa jupe.

Ce geste étonna fortement House. Bien sûr, il ne s'attendait pas à ce qu'elle le gifle, ou qu'elle lui fasse un esclandre : La jeune femme savait très bien qu'il adorait par-dessus tout la provoquer en vantant les mérites de son physique. Et ce n'était pas la peloter qui allait lui faire peur… Seulement, dans le cas présent, il s'attendait plutôt à ce qu'elle recule doucement sa jambe, ou tout simplement qu'elle attende qu'il retire sa main.

Ce doux contact lui indiqua qu'elle avait besoin de tendresse et de réconfort, le genre de choses dont il était pratiquement incapable.

Il resta alors immobile, et se contenta de caresser le plus câlinement dont il était capable sa cuisse de son pouce.

Sur ce, elle releva légèrement la tête et appuya son visage dans sa main droite, comme pour se cacher du diagnosticien, essuya ses yeux humides de larmes, puis se tourna enfin vers lui.

-Merci, dit la jeune femme avec un regard plein de gratitude.

Pour seule réponse, il hocha la tête d'un air entendu, et ne put s'empêcher de garder son regard plongé dans celui de sa patronne.

Mais pour écourter ce moment de gêne, il flatta la cuisse de Cuddy avant d'ajouter :

-Bon, on y va ?

Cette fois, Cuddy sourit franchement et se leva à sa suite. Cependant, au même moment, un jeune serveur se présenta à eux, prêt à débarrasser et à prendre la commande suivante.

-Madame, Monsieur, puis-je vous aider ?

Complètement conscient qu'en disant la vérité, il allait devoir payer au moins quatre entrées d'un hôtel cinq étoiles hors de prix, House décida d'improviser, et l'aborda en prenant son air le plus sérieux :

-Bonsoir. Nous sommes médecins à l'hôpital de Princeton, et nous avons été bipé, nous devons donc nous rendre là-bas en urgence.

-Mais… Mais, et l'addition ? Qui va payer vos repas ? Fit le jeune homme, décontenancé.

-C'est une question de vie ou de mort ! Affirma House sur un ton de reproche.

Lorsqu'il jeta un coup d'œil à Cuddy, il s'aperçut qu'elle observait la scène avec un petit sourire amusé, curieuse de voir comment il allait s'en sortir.

-Non, écoutez, si vous partez, il faudra que quelqu'un paye la note. Dans le cas contraire, je devrais en informer mon supérieur, et ce sera à lui de décider de la marche à suivre.

House poussa alors un soupir en levant les yeux au ciel, avant de reprendre, plus déchaîné que jamais :

-Mais enfin, le temps que votre petite cervelle d'attardé calcule combien on vous doit, le patient que JE soigne aura le temps de mourir 3 fois d'affilés ! Vous savez ce que ça veux dire « en urgence » ? Hurla-t-il

Toute cette tension avait réussi à attirer l'attention des autres clients du restaurant, et suite aux hurlements de House, le Maître d'Hôtel vint enfin à leur rencontre :

-Excusez-moi Monsieur, y a-t-il un problème ?

S'apercevant que la situation commençait à s'envenimer, Cuddy se mit un peu à l'écart de sorte qu'on ne la remarque pas et commença à fouiller discrètement dans son sac.

-Un problème ? Oh non, aucun, ironisa House en élevant de plus en plus la voix.

A ces mots, il se tourna aussitôt vers le serveur, et reprit :

-Qu'est-ce que vous voulez que je dise à la famille de mon patient quand on devra l'envoyer manger les pissenlits par la racine, hein ? Qu'il est mort à cause d'un crétin de serveur qui ne pensait qu'à bien faire son travail pour ne pas avoir de petit malus sur sa paye à la fin du mois ?

-Monsieur, la question est simple : Soit vous quittez ce restaurant dans 5 minutes tout au plus en ayant payé ce que vous nous devez, soit ce sera la police qui devra vous emmener au poste pour une petite entrevue, mais dans ce cas-là, vous êtes sûr de condamner votre patient, déclara calmement le Maître d'Hôtel.

A ces mots, House eut un petit sourire, et hocha pensivement la tête sans le quitter des yeux.

-Très subtil… Vous essayez de me faire culpabiliser de ne pas payer l'addition, comme ça je vous paye quand même pour avoir la conscience tranquille… Et tout le monde est content, hum ? Seulement je vais vous apprendre un truc : Je me fiche royalement des patients, tout ce qui m'intéresse ce sont les diagnostiques, répliqua-t-il sur un ton désinvolte.

Le Maître d'Hôtel resta un moment interdit, mais se reprit rapidement en détournant la conversation avec un air sceptique, afin de réussir à faire enfin céder cet odieux personnage :

-Et puis qui me dit que vous êtes vraiment docteurs tous les deux, et même si c'était le cas, qui me dit que vous avez vraiment été appelés en urgence à l'hôpital ?

-Oh, ce ne serait pas moral, fit House, faussement outré.

-Oui, mais d'après moi, vous n'avez pas plus de…

Cependant, il fut soudain interrompu par deux petits bips agaçants. Les deux intéressés saisirent chacun leurs bippers, et stoppèrent les hurlements de ces derniers tout en lisant et en comparant les messages inscrits sur leurs petits écrans digitaux.

-Tachycardie ? Au moins ça peut confirmer l'hypothèse de Foreman, commença Cuddy en levant la tête vers House.

Pris de cours, ce dernier la dévisagea un moment, jusqu'à ce qu'elle n'insiste en fronçant les sourcils pour qu'il comprenne le stratagème, ce qui ne lui prit pas plus de quelques secondes :

-Quoi, l'angine de poitrine ? Vous rigolez, ce gars n'avait même pas de signes d'insuffisance coronarienne quand on est partis, comment voulez-vous que ça lui arrive, couché dans un lit d'hôpital ? Se défendit ardemment House en entrant enfin dans le jeu de la jeune femme.

-Bon, on verra ça en route de toutes façons, on n'a plus le temps maintenant, si nous n'établissons pas un diagnostique très vite, nous allons le perdre.

Sur ce, elle enfila sa veste et prit son sac, avant de se tourner vers les deux employés de l'hôtel et de leur déclarer avec son air le plus grave :

-Je suis désolée mais nous devons vraiment y aller, fit-elle en prenant précipitamment le chemin de la sortie.

-Ça urge ! Leur souffla House en passant devant eux pour rejoindre sa compagne.

Les deux hommes les laissèrent finalement partir en affichant des visages sidérés.