Mithraël
La petite fille était en quête de brindilles afin de démarrer le feu du campement. Ses cheveux noir ébène, qui lui arrivaient aux épaules, flottaient derrière elle alors qu'elle marchait d'un pas souple et gracieux. Ses yeux bleu pâle étaient vifs et alertes. Elle adorait la corvée de bois car elle lui permettait d'explorer la forêt. Le clan s'était arrêté depuis une semaine déjà et aucun signe d'hostilité dans les environs. Il y avait un petit village de shems non loin de là mais aucun d'entre eux n'était venu à eux pour le moment. Les elfes restaient dans leur forêt, les humains dans leur village et tout allait pour le mieux. Mithraël n'avait jamais vu d'oreilles arrondies de près mais, même à seulement sept ans, ils la fascinaient. Ils avaient de drôles d'aravels, qui ne semblaient même pas rouler ! Elle se demandait à quoi cela pouvait bien servir un aravel qui ne pouvait se déplacer. Elle l'avait demandé à sa mère :
« Les humains sont rarement nomades Da'len, aussi ils n'ont pas besoin d'aravels. Leurs maisons sont fixes, avait-elle répondu.
- Mais que font-ils en cas de danger Mamae ?
- Ils défendent leur place, ils se battent. Ne t'approches pas de leurs villages Mithraël, nous sommes rarement les bienvenus ». Et elle était partie, non sans déposer un baiser sur le front de sa fille.
Seulement aujourd'hui, la petite elfe s'était aventurée assez près du village. Chargée de ses brindilles, elle observait, dissimulée par les branchages d'un buisson. Les humains étaient plus charpentés que les elfes, mais ils n'en étaient pas laids pour autant. Mithraël étouffa un rire après avoir vu leurs oreilles ridiculement petites et arrondies : « Ils ne doivent rien entendre ! ». Untel revenait avec des lapins attachés à sa besace, un arc et un carquois dans le dos, un autre semblait vendre du poisson, des enfants couraient dans tous les sens en riant et leurs mères travaillaient tout en les surveillant. « Ils ne sont pas si différents ». Elle avait envie de sortir de sa cachette afin d'aller jouer avec les enfants humains. Mais les paroles de sa mère lui revinrent en mémoire. Aussi elle s'apprêta à rebrousser chemin avant que les autres ne s'inquiètent de son absence. Seulement elle n'était pas seule. Elle aurait dû l'entendre arriver, mais elle était trop absorbée par la contemplation du village pour y prêter attention. Il était très grand et portait une brigandine de cuir avec des renforts en acier. Une épée était accrochée à sa ceinture mais le regard de la petite fille s'était arrêté sur la dague qu'il avait en main. Un sourire mauvais éclaira le visage de l'homme, ses yeux chocolat lançaient un regard si menaçant que l'elfe était pétrifiée :
« Regardez ce que nous avons là, une petite oreille pointue envoyée en éclaireur pour espionner ces pauvres villageois, dit-il d'un ton doucereux.
- Non, non, je … je n'espionnais pas, balbutia Mithraël, je regardais c'est tout.
- Tu veux les voir de plus près ? » demanda l'homme avec un ton faussement bienveillant, mais la petite ne perçu pas la menace et son visage s'illumina. Elle s'approcha de l'homme.
« Oh oui ! J'aimerais beaucoup !
- Recule, shem, laisse partir cette enfant ».
Un chasseur du clan surgit des fourrés, accompagné de la mère de la jeune fille, Première apprentie de l'Archiviste. Le chasseur avait bandé son arc et tenait le bandit dans sa ligne de mire. Ce dernier ne réfléchit pas deux fois et se saisit de l'enfant, appuyant la lame de sa dague contre sa joue. La morsure de l'acier était douloureuse, mais pire encore était le feu du poison qui se propageait à partir de la coupure. Mithraël poussa un cri aigu.
« Tu peux m'abattre maintenant oreilles pointues, mais vise bien, il serait dommage d'abimer encore plus cette belle petite » dit le hors-la-loi avec un sourire carnassier. La mère de Mithraël posa la main sur le bras du chasseur, lui intimant silencieusement de baisser son arme. Il s'exécuta mais ses yeux bleu pâle foudroyaient du regard l'humain.
« Voilà qui est mieux, maintenant … argh ! » l'homme hurla de douleur. Le brassard protégeant le bras tenant la dague avait pris feu. Il lâcha la petite par réflexe. Cette dernière n'avait aucune brulure, mais l'entaille sur sa joue n'était pas belle à voir. Elle suintait déjà. Sa mère se précipita vers elle et la pris dans ses bras, l'enfant était inconsciente, vidée de toute énergie. Le chasseur ne parvint pas à éteindre le feu qui s'était déjà propagé jusqu'à l'épaule, puis embrasait une partie de son visage :
« Abrège ses souffrance, Vhenan, ordonna-t-elle à son compagnon.
- Dirthara ma » murmura ce dernier à l'adresse du bandit avant de décocher une flèche qui lui transperça le crâne.
Iohris gela l'humain afin d'éviter que le feu ne se propage et n'alerte les villageois. Elle sentit les larmes monter à ses yeux quand elle regarda sa fille. La lame était certainement empoisonnée, la petite allait en garder une cicatrice – elle lança un sort pour purger le sang de Mithraël du poison- . Mais ce n'était pas pour cela que la jeune femme pleurait. Ce n'était pas elle qui avait mis le feu au brassard du bandit et Zathnarel n'était pas un mage – elle nettoya la plaie avant de se remettre en route pour le camp afin de la suturer- . Seule sa fille avait pu faire cela. Elle la serra plus fort dans ses bras, les larmes ne s'arrêtaient pas. Zathnarel, le chasseur et père de Mithraël, la tenait par la taille, les yeux également emplis de tristesse. Ils avançaient comme deux âmes en peine. Ils ne pourraient se dérober à la règle. Ils ne pourraient cacher les pouvoirs de leur fille, l'Archiviste sentirait sa magie dès leur arrivée. Le couple s'arrêta alors à mi-chemin, ils s'enlacèrent, leur fille entre eux deux, et laissèrent leurs larmes couler en silence.
Si les dalatiens n'avaient pas de Cercles de magie, ils n'étaient pas pour autant invulnérables au danger que pouvaient représenter les mages. Aussi, aucun clan ne devait avoir plus de mages que nécessaire. Lorsque les pouvoirs d'un membre se manifestaient et que le nombre maximum de mages était déjà atteint, ce dernier devait trouver un autre clan. Il était exilé. Dans le cas des enfants, l'Archiviste envoyait des messages aux clans à proximité afin de ne pas laisser les jeunes âmes aller à une mort certaine en les abandonnant dans les bois. Mais dans certains cas, il n'y avait pas de clans à proximité…
Mithraël avait eu de la chance dans son malheur. Le clan Lavellan avait pu la prendre en charge. Même si elle n'était jamais vraiment parvenue à s'intégrer car elle restait « l'étrangère », les autres la respectaient. En effet ses pouvoirs étaient puissants mais elle les utilisait surtout pour les soins, et n'hésitait pas à apporter son aide à ceux qui en avaient besoin. L'Archiviste avait toujours veillé sur Mithraël comme si c'était sa propre fille. Il avait fini par la prendre comme Première apprentie à ses seize ans compte tenu de son potentiel, ouvrant alors la jeune fille à d'autres savoirs. Mithraël avait une préférence pour l'école du feu, d'autant plus qu'elle avait un don inné pour cet élément. Un an après, elle subissait le rituel du Vallaslin, en silence comme le voulait la coutume. La douleur était pourtant vive mais la jeune femme n'avait pas failli. Elle avait choisi un des symboles de Mythal, la Protectrice, car comme sa mère elle voulait utiliser ses pouvoirs pour aider les siens. Peut-être la déesse avait-elle veillé sur elle lorsque le bandit l'avait attaquée et avait conduit ses parents jusqu'à elle. Aussi par cette marque, Mithraël lui prouvait sa reconnaissance.
Elle n'avait jamais nourri de haine aveugle envers les humains au point de vouloir tuer tous ceux qu'elle croisait. Pour elle, il y en avait des bons et des mauvais, tout comme il y avait de bons et de mauvais elfes, nains, qunari,… Tous les shems n'étaient pas responsables de la chute de leur civilisation et les évènements qui avaient mené à une Marche Exaltée contre la Dalatie ne semblaient pas être seulement imputés à la haine des humains mais aussi à l'inaction des siens lors du Second Enclin. Il y avait toujours plusieurs versions d'une histoire. Néanmoins, elle souhaitait que ceux de son peuple qui voulaient vivre parmi les shems soient respectés et non relégués dans des bascloîtres ou pire, faits esclaves comme à Tévinter. Elle ne cèderait jamais sur ce sujet. Une personne était une personne et non un objet, penser le contraire était inacceptable. C'était une vision utopiste, mais c'était la sienne.
Elle n'avait plus de nouvelles de ses parents, le Cinquième Enclin avait ravagé leur clan il y a dix ans de cela. Maintenant une guerre entre mages et templiers faisait rage et menaçait de faire sombrer Orlaïs et Férelden dans le chaos. Même son clan n'était pas épargné, ils avaient déjà dû repousser des templiers qui voulaient s'en prendre à leurs mages. Aussi, après avoir eu vent d'un Conclave censé aboutir sur des propositions de paix, l'Archiviste y avait envoyé sa Première apprentie afin qu'ils en apprennent plus. C'est avec une pointe d'excitation que cette dernière avait préparé ses affaires et enfourché son hahl avant d'entamer la longue route vers le Saint temple cinéraire. Les humains l'avaient fascinée étant petite et elle était loin de se douter qu'elle allait passer autant de temps à leurs côtés.
Milva
Dans les quartiers dédiés aux invités de marque du château de Dénérim, deux Gardes des Ombres et un mabari faisaient face à l'âtre dans un silence de plomb. Le molosse de guerre était lové sur une peau d'ours, mais ses oreilles étaient dressées, comme s'il attendait qu'un des deux autres brise le silence. L'elfe dalatienne ferma ses yeux gris. Ses cheveux argent étaient noués en une haute queue de cheval serrée, comme à son habitude. Elle était petite, même pour une elfe, son corps était fin mais musclé grâce à des années passées comme chasseur dans son clan et à son entraînement de Garde. Elle rouvrit ses paupières et ses yeux en amande observèrent son compagnon avec une tendresse non dissimulée. Ce dernier avait une mine contrariée, ses iris noisette semblaient perdus dans le vague. Il passa une main dans ses cheveux châtains en soupirant avant de se tourner vers la femme qu'il aimait :
« C'est à moi d'y aller » dit-il d'un ton dur.
Milva s'approcha d'Alistair et passa ses bras derrière la nuque du Garde afin de l'enlacer. Ce dernier répondit à son étreinte en enserrant la taille fine de l'elfe. Cette dernière répondit alors :
« Vous devez en apprendre plus sur les rumeurs qui nous parviennent d'Orlaïs. En tant que Commandeur-Garde de Férelden ils risquent de ne pas apprécier que je mettre mon nez dans leurs affaires.
- En tant que Commandeur-Garde de Férelden, vous ne pouvez abandonner vos Gardes et partir courir le monde, répliqua Alistair.
- Nathaniel est plus que capable de me remplacer le temps que je retrouve ce scientifique, répondit doucement l'Héroïne.
- Ce n'est qu'une piste Milva...
- Nous avons déjà fait avec bien moins Vhenan, répondit cette dernière en souriant. Il faut en avoir le cœur net. Je ne laisserai pas l'Appel nous priver de pouvoir vieillir à deux.
- Je ne suis pas sûr de vouloir voir des rides sur ce visage, plaisanta le Garde, aïe ! » L'elfe venait de lui donner un léger coup de poing dans l'épaule.
- Vous aurez des rides avant moi Alistair ! Espérez seulement que je ne me trouve pas d'humain plus jeune une fois guérie » continua-t-elle avec un sourire narquois.
Le Garde fit une moue triste et désespérée. La dalatienne se fit berner par son manège et l'embrassa passionnément avant d'ajouter : « Après dix ans vous pensez encore que je puisse vous quitter ».
- Non, mais j'aime tellement vous entendre le nier que je suis capable de tout pour vous le faire dire, répondit-il l'œil rieur, aïe ! » Nouveau coup de poing.
Milva s'éloigna de quelques pas avant de reprendre sur un ton sérieux :
« La route sera longue, dès demain je devrais me préparer. Il faut que je laisse mes directives à Nathaniel. Mon absence ne devra être remarquée que lorsque j'aurais mis le plus de lieues possible entre Dénérim et moi.
- Je ne peux vous laisser partir seule…
- Mais je ne serai pas seule » le coupa-t-elle. Un aboiement fit écho à ses paroles. Hatchi s'était levé et avait rejoint sa maîtresse, fièrement dressé sur ses quatre pattes. Elle caressa affectueusement son fidèle mabari, lui aussi avait vieilli, mais il était toujours en pleine forme.
« Me voilà rassuré au plus haut point, ironisa Alistair, ne pourrions-nous pas faire route ensemble jusqu'à Orlaïs ? risqua-t-il, bien qu'il connaissait déjà la réponse.
- Non, on ne doit pas nous voir ensemble. Par précaution vous ne devez pas montrer que vous êtes impliqué. Personne ici ne doit savoir où je vais, ni pourquoi répondit l'elfe d'un ton sans réplique.
- Comment saurais-je que vous n'êtes pas en danger, que vous n'avez pas besoin d'aide ?
- Je trouverai toujours un moyen de vous contacter » le rassura-t-elle.
Alistair soupira, une fois que Milva avait une idée en tête, impossible de lui faire changer d'avis. Le fait de la savoir voyager seule le répugnait. Ils avaient déjà été séparés. Comme lorsqu'elle avait rénové Fort Bastel tout en défendant Amaranthine et rencontré des engeances douées de parole ; pendant que lui nettoyait Férelden de ces monstres une fois que la horde qui avait fait marche sur Dénérim avait été mise en déroute. Mais elle avait toujours été entourée, alors qu'à présent elle partirait seule. Enfin, seule avec son molosse. Il céda néanmoins, voyant qu'il ne pourrait rien faire pour l'en empêcher. Plantant alors ses yeux noisette dans les iris gris de Milva, il prit une voix malicieuse chargée de sous-entendus :
« J'imagine alors que nous passons nos dernières nuits ensemble avant une longue séparation ».
Le regard de cette dernière s'illumina et après avoir demandé à son mabari de les laisser, un léger sourire se dessina sur son visage :
« Alors tâchons de les rendre inoubliables » répondit-elle.
Note : Bonjour, bonjour !
Cela fait un moment que l'idée d'écrire sur DAI me trotte dans la tête. J'ai finalement sauté le pas ! Ceci est ma première fiction, aussi n'hésitez pas à donner votre avis afin que je puisse m'améliorer.
J'ai plusieurs chapitres d'avance, mais l'histoire n'est pas terminée. Notamment pour les parties impliquant l'Héroïne de Férelden. J'ai fait le choix de tout de même commencer à poster afin de pouvoir faire des modifications selon les retours que je pourrais avoir.
Bien sûr, l'univers et les personnages appartiennent à Bioware
