Cette histoire est une suite d'une précédente fic, Improbable, pas impossible, qui après 20 chapitres a été terminée il y a quelques semaines. Elle se situait en 1997 et 1998, durant la septième année scolaire de la génération incluant Harry Potter et les autres.
NOTE: AU par rapport au tome 7, bien entendu.
Résumé: Six ans après la fin de la Seconde Guerre des Sorciers, les ex Combattants de l'Hybride vivent dans un monde enfin remis et jouissent d'une société de nouveau stable et équilibrée, société ayant une forte tendance à idéaliser toutes les choses du passé. Mais c'est derrière les parfaites apparences que reposent les honteuses vérités… Secrets, rancoeurs, fautes, vanités, jalousies, autant de maux qu'aucun des jeunes adultes n'est prêt à voir être révélé. Mais une force mystérieuse semble bien décidée à faire tomber Kara, Ellina et leurs amis de leur piédestal…
/…/
Improbable, pas impossible. II.
A maturité
Prologue: Regards neufs.
Beaucoup de personnes au monde diraient qu'il est très difficile de faire montre d'un bas moral en des temps bien ensoleillés. Et en ce milieu du mois d'août de l'année 2004 le ciel était particulièrement clément, d'un riche bleu à peine tacheté de quelques sympathiques nuages blancs. Par conséquent, et il était très naturel que les choses se passassent ainsi, les rues de Londres accueillaient son lot de joyeux promeneurs.
Mais aucune des avenues et impasses de l'historique capitale anglaise n'aurait pu surpasser la bonne humeur, l'agréable agitation et l'excitation ambiante qui se dégageaient du bien secret, étrange et extraordinaire quartier se cachant derrière la singulière auberge d'aspect miteux appelée le Chaudron Baveur.
Des familles se promenaient et faisaient leurs courses. Des retraités profitaient de ce beau temps pour languir en terrasse des cafés et restaurants. Des adolescents majeurs tentaient avidement d'épater leurs compagnons plus jeunes en lançant des sorts par-ci par-là. Des petits chenapans se sauvaient à toutes jambes du lieu de leur dernier larcin. Des parents anxieux accompagnaient leur progéniture pour les premiers achats de leur vie de sorciers, car dans quelques semaines aurait lieu la rentrée à l'école de magie et de sorcellerie de Grande-Bretagne, à savoir la légendaire Poudlard. Les tout jeunes adolescents de onze ans suivaient allégrement leurs parents, les priant tantôt de leur acheter les derniers outils à la mode, essayant tantôt de les faire craquer pour un balai de course. Pourquoi pas le tout dernier né de la Fly International Corporation, toujours en tête de liste après cinq années, le magnifique Foudre de Zeus Z, la version familiale et plus abordable du célèbre et toujours imbattable balai de course Foudre de Zeus, créé en version limitée, possédé uniquement par les plus chanceux et les meilleurs joueurs des meilleurs équipes de Quidditch du monde? On disait même que le célèbre Harry Potter, Celui qui L'a Terrassé, volait sur ce magnifique bijou.
Au milieu des robes, chapeaux, capes et autres tuniques, les promeneurs d'origine moldue se distinguaient aisément, autant de part leurs attirails que grâce à leurs expressions stupéfaites, émerveillées, éberluées voire nerveuses. Aucun n'avait encore conscience qu'il en avait fallu de peu pour qu'ils ne mettent jamais les pieds dans cet univers de magie, et que leurs enfants sorciers restent coincés dans un monde à l'intérieur duquel ils n'auraient jamais tout à fait eu leurs places.
En somme, tout dans l'air détendu du Chemin de Traverse prouvait aux ignorants que depuis plus de six années toute guerre était terminée pour le monde sorcier. La vie avait retrouvé son équilibre, les bâtiments avaient depuis longtemps été réparés et rebâtis, et seuls les monuments aux morts, les plaques de mémoire et les absents prouvaient que deux guerres avaient bien déchiré le monde magique dans l'Histoire récente. Il faisait beau et chaud, tout était calme et la situation économique était de nouveau stable.
Et quoi de mieux pour les affaires? Chaque commerçant se frottait les mains de plaisir. Non seulement l'été était toujours fructueux, mais il était bien connu que le mois d'août apportait le plus gros chiffre d'affaire en raison des rentrées approchantes des écoles et académies de leur monde. Ainsi les jumeaux Weasley, possédant un important commerce de farces et attrapes très célèbre à travers l'Europe, n'en finissaient plus de vendre. Leurs quatre employés gigotaient dans tous les sens, et on aurait presque dit qu'on leur avait lancé un sort de tremblements. L'apothicaire n'en finissait plus de remplir ses pots, chaudrons et étagères. Eeylops, le royaume des hiboux, se voyait être presque dévalisé de ses pensionnaires. Fleury et Bott étaient tellement plein que des sorciers de toutes sortes faisaient la queue devant l'entrée. Chez Madame Guipure, on n'arrêtait plus d'essayer, de farfouiller et d'ajuster.
Bref, qui qu'on soit et quoi qu'on y fasse, on ne s'ennuyait pas dans ce bien surprenant quartier.
Cette agitation touchait à peine l'intérieur de cette très vieille boutique étroite nommée Ollivander, dont la façade informait la clientèle et les passants que l'endroit fabriquait des baguettes magiques depuis 382 avant J.C.. Les habitués pouvait y voir les changements survenus depuis la succession du vieil Ollivander qui avait connu un destin tragique. Car si la façade gardait les traces du temps, la boutique était bien plus nette et amicale que six années auparavant. Dans la vitrine étaient mises en évidence quatre baguettes magiques, toutes très différentes les unes des autres, toutes reposant sur des coussins joufflus qui ronflaient doucement. A l'intérieur, les murs étaient toujours recouverts de milliers de boites, certaines poussiéreuses, d'autres immaculées et de création récente. Trois fauteuils dodus étaient mis à la disposition des clients, et un grand bureau de vieux sapin, au centre de l'étroit magasin, était recouvert de papiers, de quelques parchemins, de trois de ces longues et petites boites et - bien plus surprenant - d'un ordinateur portable alimenté, semblait-il, par la magie elle-même. Un passage derrière le bureau menait à l'arrière boutique et à l'atelier, et le tout sentait bon le parfum de bien des bois différents.
Ce fut dans cet étrange et pourtant chaleureux environnement qu'un garçon de onze ans et deux mois pénétra, accompagné par son père et par sa mère. Nerveux, il observa autour de lui, regarda par dessus son épaule ses parents, avant de reporter ses yeux sur les boites et l'endroit. Il se sentait déjà assez isolé de part son short et son T-Shirt, mais se trouver dans ce lieu alors qu'il n'était même pas certain de savoir si c'était le bon endroit…
Même si une clochette avait teinté lorsqu'ils étaient entrés, personne ne vint d'abord à leur rencontre. Il leva ses yeux bleus pour voir, sur le mur au-dessus des boites et quelque peu recouvert par elles, derrière le grand bureau, un étendard représentant l'emblème qu'il avait déjà vu sur des lettres - celui de Poudlard, entouré de la devise de l'école. Le serpent, l'aigle, le blaireau et le lion semblaient l'observer, les quatre couleurs avaient l'air de le tenter. Finalement, le faisant sursauter, une femme entra dans l'étroite boutique par le passage qu'il avait remarqué, habillée avec élégance dans une robe légère jaune pastelle faisant ressortir le blond de ses cheveux mi-longs légèrement ondulés. Les touches vertes de sa tenue sorcière illuminaient également ses yeux émeraude, et des sandales, elles typiquement moldues, terminaient son accoutrement, si on enlevait les quelques fins et élégants bijoux et la baguette qui était enfilée dans un pli de sa robe prévu à cet effet.
Le jeune garçon se rassura en jetant un nouveau coup d'œil à ses parents. Toujours nerveux, il releva les yeux vers la nouvelle arrivée, qui ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans, et bougea anxieusement les mains. Mais le doux sourire qui illumina le joli visage de la sorcière le rassura, car si elle avait eu l'air sombre et préoccupée une seconde plus tôt, les ombres de son regard étaient soudainement chassées par la chaleur et la douceur de sa voix et de son expression.
« Bonjour. Bienvenue chez Ollivander. Je suis Ellina Scott, je tiens cette boutique. »
« Bonjour, madame. »
Il vit ses parents hocher la tête, sa mère - plus à l'aise que les deux autres, fit un sourire poli et sincère à la jeune femme.
« Première rentrée à Poudlard, n'est-ce pas? » lança madame Scott.
Le garçon hocha la tête avec vigueur, soulagé d'avoir une chose de moins à dire. Sa langue était plutôt liée depuis qu'ils étaient arrivés dans cet endroit deux heures plus tôt, et si auparavant il avait été extasié par la nouvelle de son admission à l'école de sorcellerie et profondément soulagé que les étranges événements qui semblaient se produire autour de lui soient expliqués, il se demandait à présent comment il arriverait un jour à s'intégrer dans ce monde si différent de celui dans lequel il avait vécu toute sa vie.
« Avancez, je vous en prie. » invita gentiment la sorcière. « Vous pouvez vous asseoir, sauf toi, jeune homme. Quel est ton nom? »
« Will. Will Rush. Et ce sont mes parents, Mary et Daryll. »
« Enchantée. » répondit madame Scott avec un grand sourire. « Ne soyez pas nerveux. Les premiers pas sont toujours difficiles, mais tout s'arrange rapidement. Comment se passent les achats de la rentrée? »
« Bien, pour le moment. » répondit la mère du garçon, détendue à présent. « Mais nous avons tellement l'impression de n'avoir rien à faire ici. »
« Votre fils est un sorcier, et personne ne peut vous interdire d'être en ce lieu. Et je ne parle pas dans le vent, mais légalement. Depuis que les lois Dumbledore sont passées il y a cinq ans, les sorciers d'origine moldue et leurs familles sont pleinement protégés de toute agression verbale, morale et physique. Vous avez trouvé tout ce que vous cherchiez? »
« Oh oui. Sauf la baguette magique. »
La sorcière sourit.
« Alors tant mieux, parce que vous êtes au bon endroit. Mes prédécesseurs et moi faisons les meilleures qui soit. Viens, approche-toi, Will. Laisse-moi te regarder. »
Will s'empêcha de sourire nerveusement ou de gesticuler tandis que la femme glissait son regard vert sur lui, des cheveux aux doigts de pieds. Ses yeux semblaient le transpercer, et le garçon n'était vraiment pas certain d'apprécier cela. Puis brusquement elle le mesura sous toutes les coutures (mais vraiment toutes!) et finit par hocher la tête et sortir sa propre baguette magique avant de l'agiter. Le ruban vola et alla se ranger seul dans le tiroir.
« Je vois! » s'exclama madame Scott avec un air intrigué. « Tu m'as l'air bien complexe, jeune homme. Entre nous, je suis ravie. Tous les autres jeunes élèves qui sont passés par ici ne m'ont procurée aucun défi. Bouge pas. »
Puis elle tourna les talons et en cinq secondes, elle avait sorti quatre boites de différents coins de la pièce sans même les ouvrir. Toutes étaient identiques pour Will, malgré peut-être l'âge de chacune, mais la sorcière les posa sur son bureau après avoir donné un coup aux parchemins qui la gênaient. Ils allèrent rouler plus loin au sol.
« Alors, commençons. » Elle ouvrit la première boite et en sortit une grande baguette qu'elle tendit à Will. Il la saisit et leva le regard vers elle. « Agite-la. »
Will fit ce qu'elle dit, un sentiment d'excitation montant en lui, mais la seule chose que se passa fut que la chaise derrière le bureau alla se cogner contre le mur plus loin, faisant par là même tomber une horloge. Gêné, Will tendit la baguette à la jeune femme, mais celle-ci sourit.
« Trop longue. » se dit-elle, avant d'ouvrir un autre boite et de lui tendre la baguette magique sombre qu'elle contenait. « Celle-ci contient un crin de licorne. Je doute que cela te corresponde. Je pense que tu caches bien ton jeu, Will. Tu n'es pas timide, n'est-ce pas? »
« Pas vraiment. » répondit-il avec un petit haussement d'épaule.
« Oh non. » informa son père. « Il est très borné, et assez passif, mais en rien timide. »
« Essaye toujours. »
Will refit son geste, mais cette fois-ci seules deux étincelles blanches sortirent du bout de la baguette. Si le jeune sorcier fut assez impressionné de ce résultat, il ne sembla pas du tout satisfaire la vendeuse, qui la lui prit des mains avant de la ranger.
L'une après l'autre, quatre autres baguettes se succédèrent, et Will commençait à être frustré, d'autant plus qu'à présent il se sentait à l'aise grâce à la sympathie de la sorcière.
« Et si on n'en trouve pas qui m'aille? » demanda t-il.
Madame Scott, qui semblait réfléchir, lui fit un grand sourire.
« Quelle idée! » lança t-elle. « Il y a ici des milliers de baguettes magiques, certaines ayant été créées il y a des siècles attendent toujours leurs sorciers. Et si aucune ne te convenait, il y a d'autres endroits où se fournir. Mais ne t'en fais pas, tu es seulement un excellent défi. J'adore ça. Je pense avoir trouvé… Voyons… » Elle alla vers une haute pile et tira une boîte vers le milieu de celle-ci. « Tiens. Je pense que c'est la bonne piste. Les éléments magiques habituels ne te conviennent pas tout à fait. Essaye celle-ci pour voir. Elle est en frêne. 29,7 centimètres. Rigide. Et elle contient une plume de phénix. »
Le cœur de Will fit un bon.
« Phénix? »
« Oui, phénix. Tu en verras sûrement un jour. » rit-elle.
Lorsque Will prit la baguette et l'agita, un vent froid envahit la pièce. Déçu, ne voyant pas de différence avec tout ce qu'il s'était produit jusqu'à présent, il reposa l'instrument dans sa boite. Mais madame Scott l'observait à présent avec un intérêt pensif, une expression étrangement fermée sur le visage.
« Je vois. » fit-elle simplement, avant de s'en aller dans l'arrière boutique. Elle en revint deux minutes plus tard avec une boite en excellent état dans les mains. « Il se peut que j'aie trouvé. » Elle ouvrit l'écrin et le laissa se saisir lui-même de la baguette qu'elle contenait. Elle était de taille moyenne, légèrement recourbée, presque noire.
Dès qu'il l'eût entre les mains, il sentit une douce chaleur en lui et soudainement un halo de lumière jaune soleil l'entoura. Il leva les yeux vers la sorcière pour la voir sourire doucement, presque pensivement.
« On l'a trouvée? » demanda t-il.
Elle secoua la tête.
« Non. Elle t'a trouvé. Elle t'a choisi. C'est une baguette spéciale, Will. Les licornes et les dragons entre autres fournissent le principal composant de la plupart des baguettes magiques, mais ce ne sont pas les seuls. D'autres créatures et êtres magiques peuvent parfois fournir des éléments, mais ils sont plus volatiles et il est bien plus délicat de leur associer un bois ou de trouver la bonne taille, la bonne forme. Celle que tu as dans la main, je l'ai moi-même créée il y a un an, tout juste. 26,8 centimètres, ébène, plutôt souple et contenant une plume de Chouette Lunaire. Ce composant est aussi rare que les plumes de phénix. Je suis très fière de cette baguette magique, et je dois te dire, Will Rush, qu'elle te mènera certainement très loin. »
Enchanté, Will observa sa baguette magique avec révérence.
« Vraiment? »
« Une personne très chère à mes yeux possède également ce genre de baguette, c'est ce qui m'a poussée à mettre la main sur une de ces plumes et à m'atteler pendant douze longues semaines à la fabrication de cet instrument. Prends-en bien soin, Will. La baguette magique d'un sorcier est essentielle, elle est l'extension de toi-même. Ne la néglige jamais, ne la perd jamais, ne la quitte jamais. »
Alors que son père réglait madame Scott pour la baguette et le kit de nettoyage, Will observa l'étendard de Poudlard. Sa mère discutait avec la charmante vendeuse.
« Tout ici est si étonnant! Nous allons rester un peu pour visiter les boutiques. »
« Oh oui! Mon père y vient toujours de temps en temps. »
« Votre père est un moldu? » demanda Daryll, semblant intéressé. Will se rapprocha d'eux.
« Oui. » sourit madame Scott. « Je suis d'origine moldue. Vous n'êtes pas les seuls, ne vous en faites pas. Beaucoup de jeunes sorciers sont de sang mêlé ou d'origine non magique, même si ça n'a pas d'importance. »
« C'est quand même un soulagement de vous l'entendre dire. Nous nous sentons si déplacés ici. »
« Je m'en doute, mais gardez à l'esprit que tout n'est pas si différent. »
« Tout s'est bien passé pour vous? Vous êtes allée à Poudlard, n'est-ce pas? » s'enquit la mère de Will. « Nous sommes un peu inquiet pour notre fils. »
« Oui, je suis allée à Poudlard, et tout s'est très bien passé. Il sera très encadré, je connais quelques membres de l'équipe enseignante et croyez-moi il n'aura aucun mal à s'intégrer. »
« Dans quelle Maison étiez-vous? » demanda Will, que la question intriguait vraiment. « J'ai lu les chapitres sur Poudlard dans le Guide Sorcier Pour Moldus Confus. »
La sorcière laissa échapper un doux rire.
« Vous avez bien de la chance d'avoir ces guides. Ils n'existaient pas treize ans en arrière, quand j'avais onze ans. Personne ne s'était réellement soucié de cela. Pour ton information, j'ai fait mes études à Poufsouffle. »
« Le blaireau, c'est ça? » demanda t-il, observant l'étendard avec avidité.
« Tout à fait cela. Et si tu deviens l'un des nôtres, je suis certaine que tu porteras ses couleurs avec fierté. »
« Est-ce que c'est vrai que je ne pourrai pas aller à Serpentard? »
« Il serait grandement exceptionnel qu'un enfant de deux moldus y soit réparti, mais pas impossible. Ca s'est vu, mais pas plus d'une fois par siècle, et encore! Salazar Serpentard - et sa descendance d'ailleurs, n'était vraiment pas un être tolérant. »
« Nous avons lu les chapitres sur les Guerres des Sorciers. » s'enquit le père de Will avec inquiétude.
« Ne vous en faites pas, elles sont bel et bien terminées. »
Mary fronça les sourcils.
« Tout de même. Beaucoup ont perdu la vie, des centaines de moldus et de sorciers. Et l'histoire de ce jeune Harry Potter, quelle tragédie. »
« Sans lui ce monde ne serait pas ainsi, et ni vous ni moi ne serions ici. »
« Il n'y avait pas que lui, à première vue. Et ce qui nous a touché aussi, ce sont ces gamins de l'école qui ont participé à cette horrible bataille il y a quelques années. Tant de morts et de blessés, le livre ne donnait pas plus de précisions, mais tout de même. Ces jeunes devaient être bien courageux, et même fous. »
Un sourire étrange, à double sens, se dessina sur le visage de madame Scott.
« Oui. Ils devaient l'être. » dit-elle doucement.
Ses parents ne semblèrent rien remarquer, mais Will sentit ses sentiments à la fois sombres et fiers, mélancoliques et paisibles.
« Les auteurs du livre parle de cette guerre avec une telle révérence et une joie presque indécente, c'est vraiment très étrange. »
« Ce guide a été écrit un an à peine après la fin de la Seconde Guerre, juste après le passage des lois Dumbledore qui sont des conséquences directes des combats contre Voldemort. Vous avez certainement du mal à comprendre le soulagement, la joie et la libération qui consumaient les sorciers. Une vague sans précédent de changements a eu lieu au Ministère, dans les codes de lois sorciers aussi, dans la mentalité des gens, dans les institutions. Ça a changé l'histoire, totalement, et surtout pour les sorciers d'origine moldue et les peuples magiques comme les elfes de maison. Les deux années de guerre ouverte ont été très difficiles, très sombres. Mais même lors de tout cela les étudiants de Poudlard ont été très protégés. Ils étaient chanceux, même. A l'abris. »
« Jusqu'à cette fameuse Bataille de Poudlard et ces…comment les appelez-vous déjà? Combattants de l'Hybride? »
« Si cette bataille a grandement marqué les esprits c'est surtout à cause du nombre d'étudiants tombés cette nuit-là, et aussi parce qu'il s'agissait de Poudlard, qui a vu depuis bien des siècles grandir quasiment tous les sorciers du Royaume-Uni. Tous les sorciers, sans exception, gardent dans leur cœur une grande place pour ce lieu. »
« Enfin, quelle histoire. »
« Oui. Quelle histoire. »
Will observa la sorcière, et finalement celle-ci leva le regard vers lui. Elle lui fit un sombre sourire, et il comprit que les ombres qu'il avait vu plus tôt dans ses yeux étaient bien peut-être en partie dues à cette fameuse guerre.
« Un conseil. » dit-elle doucement alors qu'ils partaient après avoir dit au revoir. « Si vous voulez que Will s'intègre au mieux et profitent pleinement de son temps au château, il serait bien d'aller faire un tour au magasin des jumeaux Weasley. Tous les enfants sorciers ont de leurs accessoires, même si la plupart est interdit à l'école. Et un animal de compagnie peut aider également. »
« Merci. » sourit la mère de Will.
« Au revoir. »
Will laissa ses parents sortir, et alors qu'il allait faire de même il tourna la tête vers Ellina Scott.
« J'en prendrai soin. » promit-il.
« Je sais. Et profite de Poudlard. Les années à venir seront parmi les plus belles de ton existence. »
Will sourit, hocha la tête et partit.
Ainsi il ne vit pas la sorcière se détourner, soupirer et retourner dans l'arrière boutique, enviant l'innocence et la situation du garçon qui serait bientôt à Poudlard, entouré d'amis, d'ennemis, de professeurs, de magie, dans un cadre simple, fermé.
Car au-delà, tout était bien plus complexe.
HHH
La toute jeune sorcière arriva par la troisième cheminée et pénétra dans le hall. C'était la première fois qu'elle mettait les pieds ici, et elle observa autour d'elle avec avidité. C'était grand, presque aussi grand que le hall du Ministère et davantage luxueux. Une fontaine représentant un dragon endormi se trouvait au centre de l'endroit, et tout autour pas moins de onze cheminées étaient installées et ne cessaient d'accueillir sorciers partant et arrivant. Le sol était recouvert d'un élégant marbre blanc, et là bas, à la droite de la jeune fille, se trouvait un long comptoir derrière lequel quatre sorcières, deux sorciers, un elfe de maison et un gobelin accueillaient et renseignaient les gens. Au dessus d'eux, voletant juste sous le très haut toit se trouvaient une dizaine de boules blanches qui illuminaient le hall d'une lumière brillante, et juste en-dessous, zigzaguant même parfois entre elles, circulaient des hiboux et des chouettes, et même des missives magiques.
Évitant un sorcier très pressé, puis deux Aurors en profonde conversation, la jeune fille se dirigea vers le comptoir et s'éclaircit la gorge pour attirer l'attention d'une vieille sorcière à l'air bourru, qui selon son badge devait répondre au nom de Raslyn.
« Puis-je vous aider? » demanda t-elle d'une voix râpeuse.
La jeune fille lui sourit.
« Sûrement. Je m'appelle Ranasel Dray, je travaille pour la société Magicolis, et j'ai un paquet pour mademoiselle Kara Sallington. »
« Remplissez le formulaire et laissez le paquet ici. »
« Désolée, mais je dois le remettre en mains propres. »
Face au regard perçant de la sorcière, Ranasel fit de son mieux pour paraître gênée.
Finalement Raslyn hocha la tête.
« Deuxième ascenseur de gauche. »
« Merci! »
Souriant, Ranasel s'en alla en direction des ascenseurs, situés derrière le comptoir. Elle pénétra à l'intérieur du deuxième et attendit que les portes se ferment, appréciant la grandeur et le luxe simple de la cabine. Mais après tout, elle se trouvait à ce que les sorciers nommaient le Siège, au beau milieu du vieux Londres moldu. Et cet endroit, créé en grande partie magiquement un demi-siècle en arrière, abritait les bureaux anglo-saxons de direction de quasiment toutes les multinationales du monde entier et des grandes entreprises du Royaume-Uni, chacune ayant un niveau attribué. On ne pouvait y pénétrer que par un réseau de cheminées surprotégé, et y avoir accès uniquement grâce à des codes précis valables une seule fois.
Une voix douce s'éleva soudainement dans l'ascenseur.
« Bienvenue au Siège, mademoiselle Dray. Quel niveau? »
« Euh…je l'ignore. »
« Niveau un: McFord&Associés, Angleterre. Niveau deux: Fontaine Entreprise, France. Niveau trois: Fly International Corporation, Canada. Niveau quatre: McMorton House, Ecosse. Niveau cinq: Bureaux de Salem, Etats-Unis. Bureaux de Durmstrang, Bulgarie. Bureaux de Beauxbâtons, France. Niveau six: Toledad Inc., Espagne. Niveau sept: Groupe Sallington, Angleterre. Niv-»
« Niveau sept, s'il vous plait! »
L'ascenseur se mit en route et Ranasel n'eut même pas à attendre deux secondes avant que les portes ne s'ouvrent.
« Niveau sept: Groupe Sallington. Bonne journée, mademoiselle Dray. »
Sans un mot, Ranasel s'avança dans une grande pièce circulaire élégante, meublée de bois sombre et de mobilier ancien. Un elfe rabougri se tenait assis derrière l'imposant bureau, si bien qu'il avait l'air minuscule, même s'il était installé sur un coussin volant à soixante centimètres au-dessus du fauteuil. Derrière ce bureau, le long du mur circulaire, se trouvaient cinq portes, de tailles et de formes différentes.
« Bonjour! » lança l'elfe jovialement.
Ranasel se dit qu'il n'y avait pas de doute. Depuis les lois Dumbledore, la plupart des elfes de maison était bien joyeux, surtout ceux qui avaient décidé d'être libres. Et plus le temps passait, plus nombreux les elfes libres étaient. Ils touchaient ainsi un salaire et pouvaient même effectuer d'autres travails que domestique, comme celui étant dans le hall, ou celui-ci.
« Bonjour. Je suis Ranasel Dray, j'ai un paquet à remettre en mains propres à Kara Sallington. »
« Approchez! Miro veux voir le paquet! Miss Ranasel Dray peut le déposer ici! »
La jeune fille fit ce que l'elfe lui demanda et déposa le colis au bord du bureau, entre quatre petites sphères qui se mirent brusquement à briller d'une lumière vive et pâle. Elles s'éteignirent.
« Miro déclare le paquet inoffensif! Miss Ranasel Dray devra patienter quelques secondes car Miss Kara est en entrevue avec son - »
Une des portes s'ouvrit, celle la plus proche de Ranasel, et une jeune femme en sortit, conversant avec quelqu'un juste derrière elle. Elle était assez grande, et mince, ses longs cheveux bruns retenus par une élégante broche d'argent. Ses grands yeux couleur chocolat reflétait intelligence, fierté et, la jeune fille le remarqua, fatigue. Les vêtements étaient sans hésitation luxueux et coûteux, les tissus, la forme, la coupe, tout criait sur-mesure. Un homme plus âgé la suivait, les cheveux châtains, les yeux pétillant de vie, une belle robe de sorcier et des chaussures moldues. Il portait une alliance et avait l'air très avenant.
« Nous devrions les licencier, ces deux-là. » disait la jeune femme.
Il sourit avec affection et amusement et secoua la tête.
« Allons, un avertissement suffirait, et tu le sais. Sois un peu indulgente. »
« Ce que je sais, Remus, c'est que j'en ai assez de tous ces incompétents, et que réparer leurs âneries ne m'intéresse pas. » Il était clair pour Ranasel que la sorcière n'avait aucunement envie d'être indulgente. « Tu fais virer au moins l'un des deux. »
« C'est toi le patron. » soupira t-il. « A plus tard, Kara. »
Il fit demi-tour et pénétra dans son bureau.
« Miss Kara, la jeune miss ici a un parquet pour vous! »
Kara Sallington leva le regard vers Ranasel et hocha la tête.
« Suivez-moi. » dit-elle, et la jeune fille obéit.
Elle pénétra dans le bureau de la riche et plutôt célèbre jeune présidente du Groupe Sallington, et alors qu'elle observait la pièce bien meublée dans les tons verts et noirs (certainement un mélange pratique et un reste de ses années à Serpentard), miss Sallington, âgée d'à peine huit ans de plus que Ranasel, s'assit à sa place.
« Je suis Kara Sallington, comme vous l'aurez compris. Asseyez-vous, je vous en prie. » invita t-elle avec un sourire poli, le premier depuis que Rana l'avait vue sortir du bureau de Remus Lupin, son Conseiller.
« Enchantée, je suis Ranasel Dray, je travaille pour l'été chez Magicolis et je dois délivrer ça pour vous. »
Elle déposa sa charge sur le bureau et donna le formulaire à remplir par la même occasion. Une plume enchantée vint de suite griffonner seule les informations dans les blancs, alors que miss Sallington tapotait du bout de sa baguette le carton qui s'ouvrit. Elle y jeta un coup d'œil et haussa un sourcil, avant de se fixer de nouveau sur Ranasel, une lueur nouvelle dans les yeux.
« Il n'y avait aucunement besoin de me l'apporter en mains propres, n'est-ce pas? » dit-elle simplement, son ton illisible.
Ranasel lui fit un demi-sourire coupable.
« Non. C'est vrai. »
« Pourquoi avoir perdu ce temps dans ce cas, mademoiselle Dray? »
« Eh bien, pénétrer au Siège, et en plus dans vos bureaux…l'occasion ne se représenterait pas de si tôt, du moins pas dans les deux ans à venir. »
« Tu envisages de faire carrière dans l'économie et la gestion? »
« J'aimerais assez, oui. »
« Tu étudies à Poudlard? »
« Oui, j'entre en sixième année. Je suis préfète. »
« Félicitations. Alors, que pense-tu de cet endroit? »
« Impressionnant. Agréable. »
« Je suppose que si tu voulais me donner ça en mains propres, un simple livre, c'était aussi pour rencontrer l'héritière Sallington qui tente désespérément d'échapper aux gnomes de Magic People? »
Ranasel ne parvenait pas vraiment à savoir si Sallington était ennuyée, amusée ou neutre, et son regard la rendit nerveuse, elle qui d'ordinaire était totalement à l'aise dans n'importe quelle situation.
« Pas pour les raisons que vous semblez croire. Je fais partie de ceux qui ont accès à la Chambre des Fondateurs. » informa t-elle, et elle fut intriguée par l'expression qu'elle put lire dans les yeux de son interlocutrice. « Mes amis et moi avons mis quatre ans pour trouver la Chambre, vous savez. Ceux qui veulent y accéder doivent la découvrir par eux-mêmes, c'est la tradition maintenant. J'ai lu ce que vous et vos amis avez écrit dans les parchemins, et aussi ce qui est dit dans le Manuscrit de la Vie, et pour nous vous êtes tous des légendes. »
« Les légendes sont très souvent déformées. Nous ne sommes pas tout ce que les gens s'inventent. »
Ne sachant que dire face à l'expression lasse et amère de la jeune femme, Ranasel continua:
« L'année passée nous avons découvert la Salle sur Demande également, et on sait que c'est là que l'AD et la PG se réunissaient. »
« Pourquoi voulais-tu me rencontrer, au juste? »
Ranasel s'empêcha de rougir, et fut stupéfaite de ne pas y parvenir.
« J'ai parié que je pourrais vous rencontrer avant la rentrée. Nous avons tous rencontré Ellina Scott à Ollivander et le professeur Baldwin à Poudlard, bien sûr, et même l'Auror Thomas qui est venu faire un discours à la journée des métiers il y a deux ans. Plusieurs amis ont parlé à Luna Lovegood. Mais personne n'était arrivé à rencontrer l'un des Serpentard membre de la PG. »
« Personne, hein. Nous sommes pourtant des humains accessibles. »
« Difficilement, mais je réussis toujours. »
« Dray. Ton père est herboriste, pas vrai? »
« Oui. »
« Tu es de sang-mêlé, non? Dans quelle Maison étudies-tu? »
« Gryffondor. »
Un rictus de dessina sur les lèvres de la jeune femme, alors qu'un soupçon de mélancolie se déposa dans sa voix.
« Malgré les amitiés, j'ai entendu dire que la rivalité entre les Gryffondor et les Serpentard était toujours présente. »
« C'est vrai. »
« Tant mieux, sans cela Poudlard ne serait plus Poudlard. » Une sonnerie retentit provenant de son bureau. « Excuse-moi. » dit-elle, avant de tapoter du bout de la baguette magique un étrange objet rectangulaire, duquel s'éleva soudainement une voix.
« Dame Sallington? »
« Que me voulez-vous, Jack? »
« Il y a eu un soucis à Paris chez Hope&Magic. »
« Quel genre? »
« Le sort de triage des manuscrits n'a pas été assez souvent renouvelé dans une des salles de réception à première vue. Il a déraillé, c'est la pagaille. »
« Et en quoi ça me concerne? Il y a un directeur chargé de gérer la maison d'édition, la délégation ce n'est pas pour les hiboux! »
« Le problème est qu'il faut votre autorisation pour tout ça, madame. »
Kara soupira.
« Ce soir? »
« Oui, madame. »
« Je m'en chargerai. » dit-elle avant de redonner un coup de baguette à l'étrange boite. La communication s'arrêta. Elle leva de nouveau le regard vers Ranasel. « Tu veux vraiment faire carrière dans cette branche? Tu vois, je ne rentrerai encore pas chez moi ce soir, pas avant une heure impossible du moins. »
Rana sourit, sachant bien qu'aucune réponse n'était attendue.
« Alexine Polton, une Serpentard qui a fini sa scolarité en juin dernier, disait toujours qu'elle vous connaissait très bien. »
« C'est le cas. » affirma Sallington. « Alex et moi avons correspondu pendant toute sa scolarité. Je l'ai d'ailleurs vue récemment. »
« Personne ne la croyait, même si Abigail et Joris, les préfets et ses amis, le confirmaient. Je la croyais. »
« Pourquoi cela? »
« Parce qu'elle ne semblait pas être du style à mentir. Elle aidait toujours les première année de sa Maison, vous savez, surtout ceux qui avaient l'air perdu. J'aime bien faire pareil à Gryffondor, c'est d'ailleurs comme ça que je me suis liée d'amitié avec Alexine. »
« Tu aimes aider les perdus? »
« C'est peut-être une chose qu'on a en commun. » osa avancer Rana.
Un voile recouvrit soudainement les yeux de Sallington, mais elle ne la contredit pas.
« Je vais devoir partir. » s'excusa la Gryffondor en se levant. « Je dois rentrer chez moi pour dîner. Je ne veux pas faire attendre ma famille. »
« Bien sûr. » répondit la présidente d'une manière calme, pourtant Rana eut l'étrange impression qu'elle venait de toucher une corde sensible sans le vouloir.
« Merci pour tout, vous êtes plutôt cool, pas du tout comme le dit votre réputation. »
La jeune femme haussa un sourcil.
« Je vais prendre ça comme un compliment, un exploit, venant d'un Gryffondor. »
Lui souriant avec espièglerie, acceptant la taquinerie, Ranasel s'apprêta à quitter le bureau, quand Kara l'interrompit.
« Si l'été prochain tu cherches un stage rémunéré et si tu souhaites toujours faire carrière dans cette branche, écris-moi, je te trouverai sans problème quelque chose. »
Stupéfaite et ravie, Rana hocha la tête.
« Merci, Dame Sallington. Passez une bonne soirée, et que Merlin vous garde. »
La jeune fille partit, pressée de raconter tout cela à sa famille et à ses amis.
Dans le bureau, Kara Sallington soupira et se laissa tomber dans son fauteuil, une sombre expression au visage. Elle enviait cette fille, si libre et légère, sa vocation, son envie, et même ses idées fausses et son idéalisme.
Cette jeunesse et cette liberté paraissaient pour elle envolées depuis bien des éternités.
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