Matsuda a toujours aimé Light-kun. C'est normal après tout –logique. Light est agréable, intelligent, calme, et, ce qui ne gâche rien, il est plutôt beau garçon.

Il sait que Mikami l'aime aussi –non, c'est faux. Il ne l'aime pas.

Il l'admire, il admire Kira, le vénère, le considère comme le seul et unique Dieu, son seul et unique Dieu.

Ce n'est pas ce Light-kun que Matsuda aime. Ce n'est pas le même. Peut-être (sûrement, en fait, pense t-il amèrement) était-ce une façade, une personnalité inventé de toute pièce par le machiavélique jeune homme qui se dissimulait derrière l'admirable étudiant.

Lui et Mikami sont semblables –ou presque- par cet amour aveugle qu'ils ont pour Light Yagami.

Il y a dans le regard de Mikami Teru de l'admiration, de la dévotion, de la vénération, de l'amour et du désir –et de la folie.

Matsuda ne sait si ce regard l'effraie ou le dégoûte au plus haut point, mais surtout, il se dégoûte lui-même d'avoir également, en moindre mesure, ressenti les mêmes sentiments à l'égard de Light-kun.

Et tandis qu'il abandonne tout cela et qu'une haine rageuse et presque folle s'empare de lui pendant que Light-kun commence à écrire, qu'il prend son arme et tire, tire, il entend –ou croit entendre- Mikami hurler en voyant le sang de son Dieu couler.

Il y a dans le regard de Mikami Teru, quand il regarde Dieu –de toute façon il n'en détache plus les yeux- et lorsqu'il apprend que c'est lui qui l'a désigné, qu'il est le Judas malgré lui de son Dieu, une haine et une honte incommensurable- et Matsuda se demande comment il peut avoir honte maintenant, et pas avant, pas en tuant des centaines de gens, pas en appelant Light-kun « Dieu », pas en abandonnant toute raison…mais Mikami ne se rend déjà plus compte de rien, à part Light Yagami.

Là est la différence, pense t-il. Il a pu aimer Light, l'admirer et même parfois le désirer, ses fantasmes ne sont pas blasphématoires, Kira n'est pas son Dieu, Light n'est pas Dieu.

Le sang de Light coule encore. Les cris continuent. Mikami continue de hurler. Mais Matsuda n'entend plus rien. Juste un long bourdonnement dans ses oreilles pendant que tous ses souvenirs de Light Yagami brûlent en un long autodafé, emmenant au loin le sang, les combats, des histoires de Death Note et de pommes rouges comme le péché, des histoires de Judas et d'un garçon qui se prenait pour un Dieu.