C'est la fin du monde, une fois de plus. La plus grande menace du Commonwealth a été anéantie : l'Institut. J'en ai la nausée rien qu'à y penser. Ces images… Elles vont me hanter l'esprit jusqu'à ma mort. Celles de mon fils, Shaun. Il était mon dernier espoir, ma raison de vivre. Mais il m'a trahi. Et maintenant, il repose parmi les cendres du C.I.T. Mon ancienne vie me manque terriblement. Je repense sans cesse à ce qu'aurait pu être mon avenir. Un avenir sans bombes, sans danger et surtout… Entouré des personnes que j'aimais le plus.
J'ai pensé plusieurs fois à le faire. À chaque fois je me disais que j'allais retrouver ce qui m'a été enlevé et que tout allait redevenir comme avant. Mais c'était des conneries. C'est grâce aux Miliciens que j'en suis là aujourd'hui. Je leur ai offert mon aide et ils ont fait de même. Je me dis chaque jour que je n'ai pas la vie facile, mais au moins, j'ai un toit sur la tête, à manger, de l'eau courante et de la bière à volonté… Mais même avec l'aide de ces gens, parfois ce n'était pas assez.
Le soir même où j'ai abattu Kellogg, je m'étais enfermé dans mon ancienne maison, à Sanctuary. Je m'étais défoncé au Jet, assis sur le divan, devant les restes de la télévision. J'avais fumé une dernière cigarette que j'écrasai dans un vieux cendrier sale, sur la table basse. Je pris l'alliance de ma femme Nora et je la serrai fort dans ma main gauche. Avec celle de droite, je tenais mon pistolet 10 mm contre ma tempe. Je pris une grande inspiration, mais mon doigt resta bloqué sur la gâchette. Une main douce et froide m'avait empoigné l'avant-bras et au même moment, je m'effondrai en larmes. La dernière fois où j'avais pleuré dans ma vie, c'était à la naissance de Shaun. La même main m'enleva violemment le pistolet, le déposant sur la table. La personne vint s'asseoir à mes côtés en m'enclaçant. Je reconnus immédiatement ce vieux trench en cuir rouge et cette douce odeur sucrée camouflée par celle de la cigarette. Nul doute, c'était Piper.
Piper est une jeune journaliste pour le Publick Occurrences, le journal de Diamond City. Lors de notre rencontre, dans cette même ville, elle disait avoir des problèmes avec le maire Mcdonought, car elle le soupçonnait d'être un synthétique. Dès le premier coup d'œil, j'étais tombé sous son charme. Elle a un de ces caractères qui l'a rend si unique.
Elle m'avait ensuite trainé dans son bureau pour réaliser une entrevue sur mon histoire, ayant connu le monde avant la Guerre. En échange, elle m'avait proposé de m'accompagner et de couvrir mes arrières lors de mes escapades dans les Terres Désolées. Pourquoi refuser?
Cette femme… Elle m'a tellement aidé. Le soir où je croyais que tout était fini, elle était là, assise à mes côtés pour m'écouter. Des larmes coulaient sur ses joues. Ça l'attristait de me voir ainsi. Elle m'avait dit, avec la gorge nouée :
« Blue, mais qu'est-ce qui t'arrives..? »
Blue. Le surnom affectif qu'elle m'avait donné lors de cette fameuse entrevue. Elle faisait référence à la combinaison bleue que je portais lors de mon séjour dans l'abri. Ce soir-là, nous sommes restés silencieux pendant un bon moment. Piper s'est ensuite approché de mon visage, l'a pris entre ses mains et m'a embrassé. Ses lèvres douces et brûlantes à la fois, qui contrastaient contre les miennes… Je pouvais sentir leur chaleur me submerger. C'est à ce moment que tout est devenu clair : j'étais amoureux. Mais encore là, je sentais ce petit sentiment de culpabilité enfoui au plus profond de mon être se réveiller. Ma femme Nora. Même si elle est décédée, elle gardera toujours une place dans mon cœur. J'ai fais mon deuil, j'ai passé à autre chose. On ne peut pas échapper à la réalité.
Depuis ce baiser, il ne s'était pas passé grand-chose entre Piper et moi. Du moins, jusqu'à aujourd'hui…
Je fermai les robinets. L'eau chaude continuait de glisser le long de ma peau tatouée. Je pris une serviette propre que je me passai dans le visage, avant de la nouer autour de ma taille. Avant même de traverser la pièce, Codsworth toqua à la porte.
- Monsieur? Vous êtes attendu à l'arrière du Château!
- Ça ne peut pas attendre? Répondis-je, impatient.
- Non j'insiste!
- Bon, d'accord. Je serai là dans un instant, finis-je par céder.
Je me rendis dans mon bureau et j'ouvrai la grande armoire, là où tous mes vêtements y sont rangés. Je sortis un vieux t-shirt, un jean troué et des sous-vêtements propres que j'enfilai rapidement, empressé d'aller voir ce qui m'attendait. Je passai vite-fait devant le miroir, fixant mon immense cicatrice longeant mon nez et me dirigeai vers l'arrière du château.
Tout le monde était assis autour du feu et se retournèrent dès mon arrivée. Preston, Strong, Cait, Nick, Codsworth, Hancock, Curie ainsi que… Piper. Ses yeux noisette fixèrent les miens le temps d'une seconde. Elle me parut plus belle que jamais.
- Mais qu'est-ce que vous faites ici? Demandais-je, les sourcils froncés.
- Nous désirons célébrer notre victoire, répondit Preston, une Gwinnet à la main.
- Et ouais! Gloussa Cait.
-Cela fait un bout de temps que nous n'avons pas pris de temps pour nous, dit Nick de sa voix éraillée.
- Et bien je n'ai pas de problème avec ça, affirmais-je avec un sourire en coin.
- Eh tout le monde! Vous avez entendu le général? Demanda Preston.
- Ouais! C'est l'heure de se bourrer la gueule! Balança Cait, sans gêne.
- Et le futur sera un peu plus clair maintenant, marmonna Hancock.
La dernière chaise libre était, bien évidemment, à côté de Piper. Je me tus et j'allai m'asseoir. Codsworth s'approcha et me tendit une bouteille de Gwinnett Ale que je pris sans broncher.
- Tenez monsieur.
- Merci mon vieux.
Je décapsulai ma bouteille et je bu une bonne gorgée. Cela faisait longtemps, effectivement.
- Ça, c'est mon robot préféré, s'exclama Preston.
Un silence lourd s'installa par la suite. Tout le monde buvait et ne savait pas trop quoi dire. Piper et moi échangeâmes quelques regards, malaisés. Elle se tourna vers moi et me demanda tout bas :
- Est-ce que ça va?
- J'ai perdu quelqu'un aujourd'hui. Quelqu'un de très important pour moi. C'était tout ce qui me restait, répondis-je d'un ton sec.
- Je comprends. Ça signifie beaucoup pour moi aussi. Tu n'es pas seul Blue.
Je lui répondis que par un faux sourire, rempli de remords.
Hancock se leva, brisant le malaise, suivi de Cait, Nick et de tous les autres.
- Trinquons à notre victoire contre l'Institut et à l'avenir du Commonwealth! S'écria Hancock.
Nous cognâmes nos bouteilles ensemble et nous buvions une bonne rasade.
- Ça, c'est un nouveau départ, lança Preston.
