Note : le titre n'évoque pas ce que vous croyez... Il est directement tiré d'une parole de Frodon (Lord of the rings) tentant de mettre des mots sur ce qu'il ressent à porter l'Anneau jour après jour. Il est vite devenu une évidence pour résumer les sentiments de Sam dans cette fic.
A savoir : L'histoire se passe au début de la saison 5. Je suis partie du principe que l'épisode "Traquenard" ("Between two fires") n'a pas existé...
Pour le reste... Je vous laisse juges! Première fic, premiers commentaires...
- Non, Jack, la vérité, c'est que vous vous êtes toujours plutôt fichu de l'importance que pouvaient avoir ces artefacts !
L'archéologue s'échauffait.
- Daniel, arrête ton char une minute, tu veux bien ?
- Les heures que j'ai passées à étudier ces foutus signes, vous vous …
Le signe du colonel interrompit brutalement un Daniel exaspéré. Index nonchalamment pointé vers son interlocuteur, Jack lui jeta un regard interrogateur et taquin :
- Vous avez dit quoi ? Arte-quoi ? … Non, Daniel. Je crois que j'ai plutôt parlé de « tas de cailloux »…
- Jack !
Teal'c haussa un sourcil en même temps que le ton montait entre les deux hommes, et Carter, qui retenait difficilement un sourire devant la pique de son supérieur, tentait désespérément de calmer son coéquipier, la main posée sur l'avant-bras de Daniel.
SG-1 terminait son déjeuner au mess au milieu d'une énième joute verbale entre Daniel et O'Neill, lorsque retentit l'alerte. Daniel, coupé au milieu de son élan, regarda fixement Jack : la même idée leur effleura l'esprit en même temps, et ils se levèrent d'un bond, suivis par Carter et Teal'c.
Ils rejoignirent le général Hammond dans la salle de contrôle. Jack soupira de soulagement : non, ce n'était pas SG-5 rapportant fièrement quelques tablettes de plus qui viendraient encombrer la tanière de Daniel, et qui seraient inévitablement devenues la nouvelle lubie de l'archéologue pour quelques jours. Un coup d'œil à son coéquipier lui confirma qu'ils avaient tacitement parié sur la même chose : Daniel semblait dépité, ce qui tira inexorablement un sourire au colonel. Sourire qui s'effaça lorsqu'il comprit qu'il s'agissait d'une activation extérieure non reconnue. C'était rarement bon signe. Ils attendirent fébrilement un code familier qui les inciterait à ouvrir le bouclier. Rien ne vint. Quelques secondes avant que la porte ne se désactive derrière l'iris, ils virent celui-ci se déformer légèrement une silhouette minuscule apparut.
- Schrödinger ! s'exclama Sam en se précipitant vers les escaliers.
Son cœur battait à tout rompre en arrivant dans la salle d'embarquement elle avait immédiatement perçu une démarche inhabituelle chez le chat de Narim. Quelque chose clochait.
Ses doutes furent confirmés, et l'angoisse l'étreignit : Schrödinger s'était affalé sur le flanc, sale au point qu'on percevait à peine sa fourrure rousse. En s'approchant, elle constata avec douleur que la bête était blessée, et sacrément blessée : une flaque de sang augmentait à vue d'œil sous l'animal, qui faisait entendre une respiration des plus rauques. En soulevant précautionneusement le chat, elle découvrit la plaie béante qui ouvrait son abdomen. Schrödinger n'en avait plus pour longtemps.
Une nausée lui monta à la gorge à la vue de cette vie fragile qui s'enfuyait entre ses doigts, et une angoisse sourde lui tordit le ventre lorsqu'elle réalisa ce qui se passait. Le chat... bientôt mort… Narim… Que se passait-il dans son monde pour que Schrödinger soit envoyé dans un tel état ? Pourquoi Narim n'était-il pas venu en personne ? Etait-ce un appel à l'aide ? Un dernier adieu ? Elle n'osa pas s'attarder sur cette dernière hypothèse. Elle tomba à genoux dans un gémissement de douleur. « Narim ! » supplia-t-elle intérieurement. C'est à ce moment-là seulement qu'elle saisit le lien qui s'était établi entre eux, cette complicité, cette tendresse naturelle qui s'était imposée sans qu'elle en ait réellement conscience, ce noble respect dont il l'avait entourée depuis le début, et qu'il savait si bien rendre dans un sourire rayonnant. Des images déferlaient confusément dans son esprit sans qu'elle puisse stopper le flot de sentiments qui les accompagnaient. Le regard dont il l'avait enveloppée dès leur rencontre ce fameux sourire qu'il arborait à chacune de ses visites au SGC cette prévenance, quand il se souciait de sa santé et de son bien-être ce baiser échangé avant son départ la première fois le trouble, le bouleversement qui l'avait saisie lorsqu'il lui avait fait entendre ses sentiments pour elle. Elle ressentit alors une profonde terreur à l'idée qu'un malheur ait pu survenir à l'homme qu'elle s'avouait aimer peut-être enfin.
Sam fut tirée de sa torpeur par le colonel O'Neill qui s'approcha doucement :
- Carter ? Venez à l'infirmerie. Frasier pourra faire quelques observations et nous éclairer peut-être sur ce qui se passe.
Elle ne bougea pas, repliée sur elle-même, secouée par un sanglot, caressant machinalement le poil souillé de l'animal. Les mots de son supérieur venaient de loin, comme renvoyés en écho par un immense précipice. Pourquoi sa réaction émotionnelle était-elle aussi violente ? Elle aurait voulu résister à cette vague de sentiments et réagir comme aurait dû le faire le major Carter, non Samantha, en s'écroulant de faiblesse devant tous ces regards qui la fixaient. O'Neill, quant à lui, grimaça de gêne, ne sachant comment lui suggérer qu'il partageait sa détresse. Les mots étaient si dérisoires. Mais la laisser seule à son chagrin était si lâche. Et l'entourer de ses bras, l'apaiser, la bercer, comme son instinct le lui dictait, serait tout aussi inapproprié. Il chassa bien vite cet élan de son esprit. S'agenouillant à ses côtés, il lui effleura le bras, simplement, et l'incita à se relever. Alors que Carter redressait la tête, il croisa le regard le plus profondément désespéré qu'il n'eut jamais connu. Un regard enfantin, perdu, seul, égaré dans le noir, la douleur et l'effroi. Désemparé par tant de souffrance, il détourna le sien et entreprit d'aider son second à descendre la rampe, en la soutenant fermement par les épaules. Il n'avait jamais été à l'aise pour trouver les mots justes, les gestes réconfortants dans ce genre de situation. Il le savait. Le mieux était de gérer ces moments-là avec sang-froid et professionnalisme, et éviter toute maladresse. Ce qu'il fit.
