Quand le manteau sombre de la nuit nous recouvre enfin, j'arrive un peu à me détendre. L'air est frais et la musique du vent dans les arbres offre une berceuse aux habitants de la nature. Toute chose s'endort petit à petit, doucement, silencieusement. Et toi aussi, petit à petit, doucement, silencieusement, tu poses tes mains sur mon corps, ton menton dans mon cou, tes lèvres sur les miennes. Je me hisse sur la pointe des pieds pour mieux participer aux baisers, et la rafale qui s'engouffre alors dans mon tee-shirt et mes épaisses mèches de cheveux me fait frissonner d'une sorte d'enthousiasme triste, ou plutôt, de liberté nostalgique j'ai l'impression qu'à ce moment précis je pourrais m'envoler, qu'on pourra s'envoler, ensemble, main dans la main, rien que tout le deux, et que l'amour teintera de couleurs vives nos ailes noires, rendant notre union visible aux yeux du monde. J'ai l'impression que les plumes de mes sentiments ont enfin ta permission pour pouvoir s'enflammer à leurs guises d'ardeur amoureuse, de palpitations assourdissantes, du plaisir des découvertes charnelles enfin, tu me laisses réchauffer de ton feu, les brulures de mes désirs et de mes frustrations.

Pourtant ce bonheur n'est qu'éphémère, et juste de savoir cela me transperce de froid alors même que mon corps est en ébullition.

Mais l'amertume de la brieveté n'est rien comparée à ce qui se passe après, le lendemain, lorsque la lumière trop forte du jour nous aveugle de réalités. Après tout, pendant la nuit, au moins, nous pouvons rêver. La danse silencieuse de nos corps entre les ronflements de la forêt n'a pour spectateur que les feuilles et les buissons applaudissant parfois au gré du vent. Au moins, la nuit, nous sommes seuls, tout le deux, sans personne pour nous voir, et nous-même, nous ne nous voyons pas le noir et le bleu du firmament ont englouti la couleur de tes cheveux et de tes yeux. Oui, même si c'est court, au moins, la nuit, l'obscurité masque l'expression d'aversion de ton visage; parce que tu sais, quand on est visible, que la lumière du soleil perse toute chose, ta colère et ton dégout à mon égard sont visibles aussi. Seule la nuit, pesante de noirceur, parvient à me faire oublier, le temps d'un songe lourd, ce regard de haine que tu m'adresses constamment, en le recouvrant de son immense manteau sombre qui enveloppe tout. Alors, si je peux rester un peu dans tes bras sans apercevoir cette haine, et ne distinguer que ta silhouette, douce, bienveillante, amoureuse peut-être, cela me convient.

« Je t'aime Kageyama. »

Comme d'habitude, son visage d'ombre, sa bouche attrapant la mienne, et la lune ricanant dans le ciel furent la seule réponse qu'on m'accorda.