Happy End of Time - Le Docteur -
La silhouette des Time Lords commence à s'effacer, la rupture du lien les renvoyant vers le Verrou Temporel de la Guerre du Temps.
Le Docteur se jette en avant et attrape la cheville du Maître. Il le tire vers l'arrière, luttant pour ramper sur le marbre trop lisse. Déséquilibré, le Maître tombe lourdement, son torse heurtant les deux marches. Il semble enfin réaliser ce qui se passe et trouve la force de se repousser des deux bras, prenant appui sur les marches pour s'extraire de la bulle avant qu'elle ne se referme.
Haletant, les deux hommes gisent sur le sol parsemé des débris de la verrière. Le Docteur, d'abord couché sur le dos, se redresse lentement en position assise, n'osant y croire. « On l'a fait, dit-il incrédule, on a réussi ». A ses côtés le Maître recroquevillé sur lui même, essaye de reprendre sa respiration. De plus en plus souvent, son squelette apparait en une lueur bleue à travers sa peau. Puis, dans le calme relatif, après cet épisode mouvementé, on entend soudain quatre petits coups tapés doucement contre une vitre.
Le visage du Docteur se fige. Il croyait avoir échappé à son destin et voici que celui-ci vient quand même à lui. Non par son ennemi de toujours, ni par les Time Lords, mais par celui qui ne veut que son bien, celui qui l'aime de tout son cœur. Wilfred. Wilf enfermé dans une des cabines de commande de la foudre nucléaire. Il lève les yeux et regarde son destin tapoter la porte de verre. Le vieil homme fait un salut de la main.
« C'est fini, questionne-t-il ? C'est que … il y a un drôle de bruit ici, ça me fait un peu peur. Pouvez-vous me faire sortir ?
– Oui, fait le Docteur, se mettant debout, bien sûr. »
Il reste un moment ainsi, les mains sur les hanches. Puis il relève la tête, un sourire triste aux lèvres. Allant et venant le long des deux portes, il dit :
« C'est la foudre nucléaire, elle est restée en marche, à son maximum, et elle a atteint le niveau critique.
– Oh, il faudrait que je sorte, alors. Est-ce dangereux ? »
– Non, si on ne touche à rien, le verre Vinvocci la contient. Mais si on touche au moindre bouton, même celui d'ouverture de la porte, elle va déborder dans les cabines. »
Pour le faire sortir, le Docteur doit entrer dans l'autre cabine, appuyer sur le bouton et il sera irradié. Mortellement.
« Laissez moi là, alors, dit Wilf, laissez moi, je suis un vieil homme, j'ai fait mon temps et j'en ai eu bien plus que ce que j'espérais avec vous. Je suis allé dans l'espace », ajoute-t-il avec un petit rire.
Le Docteur toujours debout, les mains sur les hanches, secoue la tête en regardant le sol, puis il la redresse et se dirige vers la porte.
« Non, non, ne faites pas ça, non !
– Il faut faire vite. A trois, vous ouvrez la porte de votre côté. »
Comme il saisit la poignée, il se sent tiré violemment en arrière et pirouette sur lui-même pour garder son équilibre. Lorsqu'il fait à nouveau face aux cabines, le Maître a déjà appuyé sur le bouton et Wilf est sorti, courant vers lui.
« Docteur, vous allez bien ? »
La foudre nucléaire envahit les cabines. Le Maître s'effondre sur le sol, hurlant de douleur, tout son corps absorbant les radiations. Son squelette apparait dans une couleur rouge sombre à travers sa peau. Puis il y a un « clong » retentissant et tout le système s'arrête, les deux portes s'ouvrant en même temps.
Le Docteur, se précipite vers son meilleur ennemi. Il le soulève de terre et crie au vieil homme : « Au TARDIS, vite ». Ils courent à travers les couloirs et les escaliers pour regagner l'écurie où les attend le TARDIS. Etonné de la légèreté de son fardeau, il jette un coup d'œil à la tête qui ballotte contre son épaule. On voit toujours le squelette à travers la peau. Non plus en bleu ou rouge, mais comme un squelette ordinaire. Il a l'impression que le Maître devient de plus en plus léger.
« La clef, dans ma poche, Wilf, prenez la » Ils sont arrivés aux écuries.
Tout en courant, le souffle court, le vieillard sort la clef.
« Appuyez dessus simplement »
Dans un woosh woosh caractéristique, le TARDIS réapparait.
« La porte, ouvrez la porte »
Ils s'engouffrent dans le vaisseau spacio-temporel et le Docteur pose doucement le Maître sur le sol. Maintenant on ne voit plus seulement le squelette à travers la peau, on voit aussi le sol du TARDIS à travers le corps. Il perd de sa substance, il disparait. Le Docteur, agenouillé près de lui, promène ses mains à quelques centimètres au dessus, comme si ce geste pouvait faire cesser le phénomène. L'affolement le gagne, il ne sait pas quoi faire.
« Régénère-toi, dit-il.
– Je … ne … peux pas », répond le Maître d'une voix à peine audible.
Il y a peut-être un moyen … peut-être. Il n'est pas sûr que ça marche, mais il faut essayer. Il glisse les mains sous le T-shirt rouge et tâtonne à la recherche des battements de cœurs. Il sent à peine le torse du Maître sous ses doigts. Puis il se concentre et la lueur de la régénération sort de ses mains envahissant peu à peu le corps. Le phénomène de disparition semble alors ralentir, puis stopper.
Seul Wilf, debout à côté des deux hommes, est le témoin visuel du changement qui s'opère. Le Docteur, les yeux fermés, concentré sur sa tâche ne voit pas peu à peu le sol du TARDIS commencer à s'estomper à travers la tête de son ami. Puis le squelette disparait sous la chair et la peau reprend son opacité, brillant de la lueur affaiblie de la régénération. Par contre il sent le torse reprendre de la consistance, les battements des deux cœurs se renforcer jusqu'à redevenir normaux.
Deux mains saisissent ses poignets rompant le contact.
« Non, crie-t-il, je n'ai pas fini !
– Ca suffit », répond la voix du Maître.
Il s'est redressé sur un coude et le repousse.
« Tu vas mieux, tu n'es plus mourant, mais tu ne pourras toujours pas te régénérer, il fallait me laisser continuer. »
– Ca suffit, j'ai dit », répète le Maître.
Puis il se lève péniblement et ajoute :
« J'ai besoin d'une douche, de vêtements propres et surtout j'ai faim, j'ai terriblement faim.
– Pour tes deux premiers souhaits, tu connais le chemin. Pour le troisième, je t'emmène sur Pantagrua. »
Après avoir déposé Wilf chez lui, le Docteur se met à virevolter autour de la console, démarrant le TARDIS pour un long voyage jusqu'à Pantagrua. Il rit et ne cesse de parler.
« Avec ton génie et mon intelligence, on trouvera bien un moyen pour que tu puisses te régénérer à nouveau. » dit-il et il ajoute.
« Tu te souviens quand nous avons essayé de construire un TARDIS dans une remise ? Nous avions sept ans et nous ne doutions de rien. Et nous avons presque réussi. Notre engin a explosé après avoir fait un saut de quelques secondes dans le futur éparpillant les jouets que nous avions mis dedans pour tester. »
– Que j'avais mis. Tu voulais le tester avec TOI dedans. »
– Nous avons été punis. La plus sévère des punitions pour nous alors : séparés pendant une journée entière. »
Le Maître, habillé de frais avec un de ces costumes sombres d'une élégance simple qu'il affectionne, assit sur un des sièges, le regarde babiller. Le son dans sa tête a cessé au moment où le verrou temporel s'est refermé définitivement. Il se sent bizarre, la tête vide. Il ne sait pas encore si c'est un bien ou un mal, ni quelle orientation sa vie va prendre maintenant.
Pendant ce temps, quelque part sur Terre, Ood Sigma attend en vain, les pieds dans la neige, pour chanter sa chanson.
