Bonjour !

Ouais. Donc. Ceci est une fic longue, sur laquelle je travaille depuis pas mal de temps. J'ai seulement six chapitres de rédigés, et même pas tout à fait corrigés, mais normalement les parutions devraient être régulières.

J'espère vraiment que ça vous plaira, ça me tient assez à coeur.

Alors, par contre, il y aura pas mal de personnages de Final Fantasy qui n'apparaissent pas (encore?) dans KH. Du coup, Irvine vient de FF VIII, Grenat de FF IX (plus connue sous le nom de Dagga, donc il est possible que je me gourre un jour en écrivant, ahah). Les parents de Riku sont Noctis et Luna de FFXV. Voilà voilà !

Bêta-lecteur : Barron P'tit Pois


De lourds nuages gris s'amoncelaient au-dessus de l'eau, pourtant il ne faisait pas froid. Le vent hurlait, poursuivant sa course à toute vitesse comme s'il fuyait quelque chose, entraînant avec lui de petits bouts de mer, minuscules gouttelettes et embruns salés.

Les vagues oscillaient au pied du ponton de bois et le long de la baie, dangereuses, gigantesques, chargées d'écumes... et pourtant lentes, en dépit de la tempête qui régnait dans l'air. Riku aurait qualifié l'eau de violente, n'eut-elle pas la lubie de venir se suicider au ralenti sur les rochers bruns tranchants comme des rasoirs. Toute la scène dégageait une impression d'irréel, de paralysie du temps, en plein cœur du chaos.

Logiquement, avec cette tempête dantesque, les cheveux de Riku auraient dû lui balayer le visage en tout sens et le sel lui piquer les yeux. Cependant, invoquer la logique dans ce tableau maussade serait par essence absurde.

En guise de sensation,il n'éprouvait que le touché du vent sur son visage, l'odeur de la mer dans le nez et le bleu de l'océan dans les yeux, ce bleu qui n'existait que dans les rêves : profond, nuancé de gris et de vert, relevé par le blanc de l'écume.

Il sentait le besoin, le désir impérieux de s'approcher, d'aller voir de plus près. Une voix, sa conscience ou bien le typhon, lui soufflait qu'il pourrait bien y laisser la vie.

L'avertissement résonnait en lui comme une invitation. Il s'accroupit sur les planches de bois vermoulues et courba la nuque pour contempler le spectacle, la surface bleue couvant les sombres abysses.

Au beau milieu de l'obscurité, deux lanternes jaunes le fixaient. Riku oublia la tempête, oublia le bleu et le sel.

Les yeux continuèrent à le regarder sans cligner alors que leur propriétaire remontait doucement des eaux, indifférents aux mouvements des flots. Bientôt se distinguèrent le visage, les mèches noires dansant tout autour telles des ombres se hissant hors des ténèbres.

Riku se pencha encore en avant, incapable de s'en empêcher. Pourquoi le devrait-il ? Ça irait. L'appréhension s'agrippait à son estomac, aussi sûrement que le regard prédateur du garçon captif de l'océan, mais Riku n'avait pas peur, pas vraiment. Au contraire, quelque chose dans cette vision sinistre le rassurait, lui tendit une main qui effleura la surface tumultueuse.

Le garçon ne s'en saisit pas. Il remonta doucement des eaux, d'abord ses cheveux trempés, puis ses yeux dangereux puis ses lèvres. Ce furent celles-ci désormais qui happèrent subséquemment l'attention de Riku. L'ambre n'avait été qu'un appât pour l'amener à l'embrasser, mais est-ce qu'il devait se sentir floué pour autant ? Sa main passa de l'eau jusque dans les mèches d'ombres et il s'inclina encore.

Au moment où il allait l'effleurer de ses lèvres, le garçon le saisit par la nuque et Riku bascula dans les océans. Il n'entendit plus alors que les battements de son coeur, emporté tout au fond des flots par l'étreinte du fantôme, sans inquiétude.

À présent, réellement, tout irait bien.


Riku se réveilla en pestant intérieurement, encore bien trop endormi pour réellement ouvrir sa bouche rendue pâteuse par le sommeil. Encore ces rêves idiots.

L'idée pas si incongrue lui vint de se rendormir sitôt son réveil mit en sourdine. Il n'avait nulle part où aller aujourd'hui, vraiment, mais il se détesterait de passer la journée au lit... La fatigue qu'il croyait ressentir n'en était pas vraiment et s'effacerait une fois qu'il serait debout, de l'eau bouillonnant dans la cuisine pour le café et sa vessie enfin vidée.

Des bribes du songe auquel on l'avait arraché se cramponnaient encore un peu à sa conscience, se dissipant doucement comme des volutes de fumée. Il ne put capturer que des échos, la mer et un garçon, plutôt pas mal, sans doute. Les dernières sensations lui soufflaient que ce devait être un beau rêve, mais pas spécialement grivois. C'était déjà ça. Si ses penchants pouvaient lui faire la délicatesse de ne pas s'immiscer dans son sommeil, ce serait encore mieux.

Il rêvait souvent d'un garçon, peut-être le même à chaque fois, quoiqu'il ne parvienne jamais à s'en rappeler avec précision. Il oubliait vite, mais c'était agaçant, et ça durait depuis environ ses seize ans, période à laquelle il avait commencé à comprendre qu'il pourrait éventuellement se trouver attiré par les hommes.

Depuis, Riku essayait de se convaincre que cela ne lui poserait pas de problème, et se donnait beaucoup de mal pour ignorer le problème, tout en se disant, se persuadant, que c'était facile, au final. Il avait eu la chance, dans son malheur, de ne pas être gay, mais bisexuel. Tant qu'il aimait toujours les femmes, ça ne posait pas de problème, si ? Au début, il avait flippé, mais ça allait, il maîtrisait. Personne au monde ne savait, et personne au monde ne saurait jamais.

Mieux valait que cela n'arrive pas aux oreilles de son père. Si ce dernier avait renoncé à la tradition de mariage arrangé, ne souhaitant que le bonheur de son fils unique, il comptait tout de même sur lui pour fournir des héritiers à l'entreprise familiale.

Ces réflexions le mirent de mauvaise humeur, comme à chaque fois. Il ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer tous les reproches, tous les regards déçus, si ça se savait. Mais ça ne se saurait pas. Pourquoi cela s'ébruiterait-il ? Il n'avait même pas à jouer le jeu, juste à faire mine qu'une partie de lui n'existait pas. Juste à détourner le regard et les pensées.

Il y arrivait bien le jour, mais quand il dormait...

Eh merde.

Rien n'allait dans son sens, ces derniers temps, hein ?


« Meeeec ! J'suis vraiment désolé pour toi ! »

Riku haussa les épaules, jouant avec la paille de sa limonade. Il allait devoir s'habituer aux démonstrations de pitié pendant un bon moment.

« Tu peux vraiment pas redoubler ? demanda Irvine en sirotant son gin tonic.

-Ça ne marche pas comme ça. C'est une école prestigieuse. »

Il songea à tout l'argent que ses parents avaient investi dans ses études de pilote et se sentit encore plus enfoncé dans la honte et la médiocrité. Certes, c'était facile, pour eux, de dépenser autant, et ça ne leur avait pas vraiment manqué, mais tout de même. Ils avaient investi en lui et il les avait déçu.

Bien sûr qu'ils ne lui en voulaient pas, qu'ils l'aimaient quoiqu'il arrive, et toutes ces choses, mais Riku ne parvenait pas à ressentir ça, dans l'immédiat. Il se doutait que c'était sa propre estime de soi qui faisait défaut et l'aveuglait. Mais s'en douter, ça n'effaçait pas le sentiment désagréable d'échec.

« Et un pot de vin, ça marche pas ?

-J'ai pas envie d'avoir mon diplôme en trichant. Et je ne pense pas, ce serait dangereux. »

Coller dans les airs un pilote qui n'avait pas passé tous les tests risquait de coûter la vie d'innocents. Riku ne tenait pas à être un danger public, en plus du reste.

Ah, au moins, il se réconfortait en se disant qu'il avait bien fait de ne pas s'engager dans une carrière d'astronaute, au final. Ç'aurait été encore plus difficile, il se serait sûrement fait recaler dès la première année...

C'était le début de l'été et il faisait chaud sur la terrasse du petit café, même à l'ombre. Riku leva le regard vers le parasol blanc et bleu planté au milieu de leur table. Il avait cru que rejoindre Irvine cet après-midi l'aiderait à se changer les idées. Son ami étant déjà au courant du désastre de ses examens, il comptait même sur le fait qu'il ne pose pas de questions à ce sujet. Malheureusement, Irvine était du genre à mettre les deux pieds dans le plat, et de bien appuyer jusqu'à y imprimer la forme de ses semelles.

« Tu vas faire quoi, du coup ?

-Bah, mon père veut que je commence à bosser dans l'entreprise, pour me former.

-Ça serait arrivé un jour, t'façon. Eh, allez, reprend-toi, mon pote ! C'est pas la fin du monde ! »

Ça, Riku n'en mettrait pas sa main à couper.

Il faisait trop beau, le ciel sans nuage ne collait pas à son humeur, pas plus que l'attitude d'Irvine, qui suspendait sa tentative de consolation pour se retourner ostensiblement au passage de chaque fille en robes courte.

Il était comme ça, Irvine, pas vraiment concerné par quoi que ce soit hormis sa propre personne et ses quelques conquêtes occasionnelles. Il arborait un look de cowboy, lunettes de soleil et santiags, qui paraîtrait hors de propos chez quelqu'un d'autre, mais qui lui allait étrangement bien. Parfois, il semblait sortir d'un de ses films romantiques qui se finissent avec un plan sur une voiture décapotable filant dans le soleil couchant, alors que le titre s'affichait en lettres colorées et que le générique commençait à défiler. S'il le rencontrait maintenant, Riku ne pensait pas qu'il se sentirait enclin à nouer une amitié avec un énergumène pareil. Cela dit, il le connaissait depuis l'enfance, et il connaissait aussi toutes les qualités qui ne se voyaient pas au premier abord chez son ami.

« Bon, bref finit par reprendre Irvine avec un air mutin. J'vais coller un sourire sur ta tronche de déterré. Viens on sort, ce soir ! On a qu'à dire à Grenat de venir avec nous, elle est rentrée au pays pour les vacances ! »

Riku haussa les épaules. Il ne se sentait pas d'humeur à donner le change dans un endroit où la moitié des gosses de riche de la région traînerait sans aucun doute. D'un autre côté, cela lui ferait du bien, certainement, de passer du temps avec Grenat. Il ne l'avait pas revue depuis presque un an, puisque la jeune fille faisait ses études en Espagne.

« Pourquoi pas... »

Mais même cela ne pourrait pas le tirer de sa détresse.

Ç'avait été son rêve, de devenir pilote. On avait souvent tenter de l'en dissuader, mais il s'était accroché, trimant comme un acharné pour entrer dans les meilleures écoles, priant pour que sa vision ne diminue jamais... Jusqu'à ce que ses résultats déjà passables deviennent carrément médiocres. Il tombait de haut, sans même avoir décollé.


Globalement, Riku ne pouvait pas se plaindre de son sort. Pour ses études, personne d'autre que lui-même n'était à blâmer, avec tout ce dont il disposait pour réussir. Pourtant, et même s'il ne s'en plaignait pas – comment est-ce qu'il aurait pu se plaindre, hein ? – il ressentait parfois... une sorte d'inconfort. Pas réellement de la déprime, mais quelque chose comme un mal-être...

Ç'aurait pu simplement venir de la culpabilité d'être trop riche, mais sans doute pas. Même si effectivement, il obtenait plus ou moins tout ce qu'il désirait, tant que ça s'achetait. L'entreprise familiale, encore dirigée par son grand-père, fleurissait sur tous les plans. Logiquement, Riku devrait reprendre la société plus tard, seule réserve que son paternel avait émis quant à son envie de devenir pilote. Il l'avait laissé poursuivre son rêve malgré tout, mais à présent...

Retour à la case départ. Le destin, sans doute, si une telle chose pouvait exister en ce monde terne et morne.


La voiture se gara dans l'immense allée de terre battue. Riku sourit en voyant la grande maison devant laquelle ils se trouvaient, qui ressemblait presque à un château, avec ses éclairages nocturnes enfouis parmi les buissons parfaitement taillés et la grande fontaine qui, paisiblement, continuait son œuvre...

Lorsqu'il était petit et qu'il venait jouer chez Grenat, la cour se trouvait déjà dans ce même état, au millimètre près, et il lui sembla que cette fontaine continuerait de couler jusqu'à la fin des temps. La pensée le rassura et l'angoissa tout à la fois.

Et bientôt apparut son amie, en tenue de soirée noire, plutôt sage, mais qui allait bien avec son teint pâle et ses longs cheveux sombres. En un an, elle n'avait pas changé – elle ne changerait plus – quoique quelque chose dans son sourire paraissait un peu différent, un peu altéré, de façon positive. Elle ouvrit la portière pour se glisser dans l'habitacle, et le chauffeur démarra aussitôt.

« Salut !

-Salut, répondit Riku. Tu vas bien ? »

Elle hocha la tête, et entreprit de lui raconter un peu son année, surtout le dépaysement du début, avec le bon sens de ne pas lui renvoyer la question. Grenat possédait davantage de tact qu'Irvine. Son défaut principal résidait dans sa grande naïveté, qui se comprenait. Ayant reçu une éducation à domicile, si ses deux amis n'avaient pas été là, elle n'aurait probablement connu que l'intérieur de sa maison-château, et les soirées mondaines. Décidément pas un sort enviable.

Au fil de la discussion, Riku comprit ce qui avait changé. Elle conversait avec davantage d'aisance, un peu plus de familiarité, paraissait épanouie...

Ils passèrent chercher Irvine, qui fit son entrée bruyamment, comme toujours, ses lunettes de soleil encore sur le nez bien qu'il fasse déjà nuit.

« Salut la famille ! Eh Grenat, t'as pris du poids, nan ? Le prend pas mal hein, ça te va bien.

-Eh bien, probablement, oui. J'ai... découvert tout un tas de choses, en Espagne. Les fast-food par exemple. »

Bien que surpris, Riku préféra laisser Irvine réagir. Ce dernier haussa les sourcils et siffla, impressionné.

« Eh bien, la princesse découvre le monde réel ! C'est ton mec qui t'a corrompu à coups de hamburgers ?

-Son quoi ? intervint Riku.

-Elle t'a pas dit ?

-Il n'y a rien à dire, Irvine ! rétorqua sèchement leur amie. Djidane n'est pas mon petit ami, juste un très bon ami. Je n'aurais jamais dû t'en parler...

-Allez, arrête, t'as des étoiles dans les yeux !

-Comment ça, des étoiles ? »

Elle pouvait bien nier tant qu'elle le jugeait nécessaire, mais effectivement... Comment avait-il pu passer à côté ? Évidemment que Grenat était amoureuse ! Maintenant que Riku le savait, la chose crevait les yeux. Il se sentit heureux pour elle, sincèrement, et aussi légèrement bizarre.

Il n'était jamais tombé amoureux, lui. Il y songeait, parfois, comme quelque chose d'agréable qui n'arriverait jamais. Il ne parvenait tout simplement pas à imaginer le genre de personne avec qui il se sentirait bien.

« Bah des étoiles, la taquina Irvine, comme quand on est amoureux, quoi ! Allez raconte, qu'est-ce qui te plaît chez lui ?

-Ce n'est pas drôle...

-C'est parce qu'il est pauvre ? Le sentiment d'interdit, tout ça tout ça ? »

Ouch. Elle grimaça, et Riku aussi. Le tact légendaire de leur ami frappait encore et toujours... Voilà pourquoi elle niait avec tant d'énergie ! Le détail avait son importance. Sa mère ne la laisserait jamais nouer une relation avec quelqu'un d'une condition sociale moindre. Si beaucoup de riches se fichaient désormais de ce genre de considérations, d'autres seraient prêts à déshériter leurs propres enfants pour moins que ça.

« C'est bon, laisse-la tranquille, intervint alors Riku pour calmer le jeu. On arrive, de toute façon. »


La fête battait son plein dans le club huppé. Riku apercevait souvent des visages connus, parfois seulement de vue. C'était un curieux microcosme, dans lequel il évoluait. Tout le monde se connaissait au moins de réputation et Riku s'échinait à esquiver les discussions hypocrites depuis le début de la soirée, profitant de l'obscurité relative pour se fondre parmi les Ténèbres, slalomant entre les lueurs fluos qui descendaient du plafond.

Irvine avait disparu rapidement une fois entré. Parfois, Riku l'apercevait de loin, toujours entouré d'une petite foule de minettes en jupes courtes. Ça le faisait sourire, et il se disait qu'il devrait faire la même chose – dans des proportions moindres – que ça lui changerait probablement les idées, mais le cœur n'y serait pas. Et puis, il n'était pas habitué à aborder les gens de front, comme ça.

Grenat, elle, avait disparu entre les nombreuses connaissances lui demandant de ses nouvelles. Oh, il ne s'en faisait pas trop pour elle. Malgré ses manières et son langage un peu précieux, elle ne se laissait pas marcher sur les pieds.

« T'es tout seul ? »

Au début, Riku ne fut pas certain que la phrase lui était destinée. Avec tout ce monde et ce bruit, difficile de s'y retrouver. Pourtant, lorsqu'il leva la tête, il vit que quelqu'un le dévisageait, l'air insouciant. Malgré la luminosité altérée, il finit par reconnaître Zell Dincht, l'héritier en second d'une petite banque. Il n'en avait vraiment pas l'air, comme ça, et la rumeur prétendait que le vide entre ses deux oreilles résonnait lorsqu'il se cognait la tête. Il ressemblait davantage à un petit comique d'une école de prolétaires qu'autre chose. Une énorme tatouage tribal lui mangeait la moitié du visage – cela dit, une fois la surprise passé, on devait reconnaître que ça ne lui allait pas trop mal.

« Ah, euh non, mes amis sont occupés.

-Bah faut t'occuper aussi ! C'est quoi, cette tête d'enterrement ? »

Riku se retint de lever les yeux au ciel, modela un sourire peu convainquant et songea à partir avant que d'autres semi-inconnus ne l'abordent pour faire des commentaires sur sa morosité. Il aurait dû se douter que, lorsqu'Irvine prétendait vouloir lui remonter le moral, il ne voyait en réalité qu'une occasion de plus de s'amuser, peu importe que ce soit le cas de son ami ou non.

Il cherchait une réponse qui n'incluait pas de confier son échec cuisant, lorsqu'un jeu de lumière lui fit apercevoir une lueur blanche à la limite de son champ de vision.

Il se décala un peu pour mieux regarder derrière l'épaule de son vis-à-vis. La lueur était une fille, qui se détachait du décor par sa luminosité, sur laquelle rebondissaient les flashs des néons : robe blanche, cheveux blonds, peau pâle. Une espèce d'aura d'irréalité l'entourait, et elle lui souriait doucement, comme on pourrait sourire à une connaissance aperçue de l'autre côté d'une foule. Riku fronça les sourcils, fouillant sa mémoire à la recherche d'un souvenir. De loin, difficile de dire s'il l'avait déjà croisée.

« Oh, mec ! le rappela un peu sèchement Zell. Qu'est-ce qui se passe ? T'as pris un truc ? »

La question ne trahissait pas d'inquiétude pour lui. Les rumeurs allaient bon train, chez les gosses de riches. Riku lui envoya un sourire polie, le regardant à peine.

« Non, pardon, une pote m'appelle. À plus ! »

Il n'avait détourné les yeux que quelques secondes, mais déjà la jeune fille blanche lui tournait le dos, commençant à se glisser dans la foule, avec une tranquillité et une aisance étonnante. Elle paraissait déplacée dans le paysage, avec sa robe courte mais trop simple, ses gestes lents. Riku fit quelques pas pour la suivre, luttant à contre-courant de la masse de gens qui dansaient.

Et puis il s'arrêta, soudainement envahi par la perplexité. Il ne la connaissait pas, si ? Que pourrait-il bien lui dire une fois qu'il l'aurait rattrapée ? Si ça se trouvait, elle avait souri à quelqu'un qui se trouvait derrière lui, comment savoir ? Non, il avait dû se tromper en croyant que le regard lui était adressé. Cela ne lui apporterait rien de la poursuivre, et il se ferait l'effet d'un gros lourd.

« Riku ! Est-ce que tout va bien ? »

Grenat l'avait rejoint, un pli soucieux en travers des sourcils. Riku se recomposa un visage rassurant.

« J'ai juste envie de rentrer. C'était pas une bonne idée.

-Je comprends, fit-elle avec gentillesse.

-On se revoit dans la semaine ? suggéra-t-il. On pourra mieux discuter.

-Bien sûr. Si tu as besoin de quoi que ce soit...

-Évidemment. »

Il s'éclipsa aussi simplement que cela. Les autres pourraient appeler leurs chauffeurs respectifs pour rentrer – même si Irvine ne passerait sans doute pas la nuit chez lui, alors il ne s'inquiétait pas.

Une fois la porte de l'endroit suffocant passée, Riku se retrouva dans l'air frais, dans la rue ponctuée d'arbres sombres qui bruissaient doucement au passage du vent. La musique de la boîte lui parvenait encore un peu, étouffée.

Il songea un moment à rentrer à pied. Il faisait bon, et il préférait être seul, mais son appartement se trouvait loin en bordure de la ville. Il aurait pu rejoindre la maison de ses parents, plus proche, mais l'idée d'avoir de la compagnie le lendemain au réveil le fit soupirer à l'avance. Il ne voulait pas qu'on lui demande si ça allait. Il trouva son téléphone dans la poche de sa veste.


Une silhouette observait le jeune homme qui attendait dans la fraîcheur de la nuit, hésitante. Fallait-il essayer une nouvelle approche ?

Non, pas maintenant. Déjà, elle sentait sa présence dans ce monde faiblir, et elle n'aurait pas suffisamment de temps pour tenter quoi que ce soit aujourd'hui.

Qu'il se repose, pour l'heure. Autant lui accorder encore un peu de répit, si elle le pouvait. Après, il ne serait plus possible de revenir en arrière, et les événements allaient s'enchaîner, sans leur laisser aucun repos.

Elle sentit sa propre image papilloter, alors que Riku montait dans une voiture hors de prix, puis elle disparut totalement.


L'asphalte, et une odeur de pétrole.

Les lampadaires diffusaient une lumière pâle dans le brouillard gris d'un jour morne. Partout autour de lui résonnaient les bruits de la foule, des rires, des éclats de voix, le crissement des pneus et les coups de klaxons, quelques aboiements même.

Mais il n'y avait personne.

Ni humains ni animaux ni voitures, ni vent dans les branches des maigres arbres engoncés dans leurs petits carrés de terre sèche, prisonnier des dalles du trottoir.

Riku était seul dans la ville morte, seul parmi les longues routes et les hauts bâtiments, les feux rouges, tous figés dans leur teinte orangée intermédiaire, suspendus dans le temps. Pourtant, des bruits de roues lui sifflaient aux oreilles, parfois juste à côté de son oreille, des éclats de rire le faisaient sursauter comme si quelqu'un se trouvait juste dans son dos.

Mais Riku avançait. Il savait qui il devait retrouver. Aucune image ne lui venait en tête, aucun nom, rien qu'une essence, mais il savait, de cette certitude permise uniquement dans les songes.

Il erra à travers les rues un moment, un instant ou une éternité, avant de trouver une silhouette qui lui tournait le dos, immobile au milieu d'un carrefour à quatre voies, puis le silence tomba autour d'eux comme une chape de plomb. Riku avança, parce qu'il n'y avait que ça à faire. Il avança, et en même temps grandirent ces impressions de familiarité et de fascination.

Bientôt il fut tout près de l'autre, un peu plus petit que lui, de ses mèches noires. Riku leva une main pour le toucher, pour attirer son attention, pour éviter qu'il ne s'envole, ne se dissipe sans préavis comme il savait si bien le faire. L'air était silencieux, comme si l'univers retenait lui aussi son souffle.

Mais avant qu'il n'ait pu l'effleurer, l'autre se retourna à demi, dévoilant un œil jaune vif, un sourcil arqué en une expression d'amusement cruel. Riku sut qu'il allait encore disparaître, et son cœur se serra.

« Je t'ai eu » prononça le garçon d'une voix basse, suave.

Et soudain il ne fut plus là, et le monde explosa tout autour de bruit de la vie alentour surgit de nouveau, en même temps que la foule, que les milliers de personnes qui soudain se pressèrent pour traverser alors que leur feu piéton passait aux vert, que celui des automobiles viraient de orange à rouge. Personne ne le bouscula, mais personne ne le traversa non plus. Les voitures klaxonnaient pour un oui ou pour un non.

Aucune trace de lui.

Lorsque Riku se réveilla, son nom vacillait sur le bout de sa langue.


... Alors ?

A priori, niveau publication, ce sera un chapitre toutes les semaines.

N'hésitez pas à donner un avis, j'ai beaucoup bossé sur ce premier chapitre !

Bonne journée/soirée !