Ruby sur Cendres
Partie I
— Vermeil. Mycroft. —
La ville. Il aimait la ville, loin des campagnes, protégée par ses murailles et ses portes aux larges battants majestueux. La ville et sa grande place parsemée de piétons les jours calmes et grouillante de monde les jours de marché. Cette ville et ses habitants d'horizons, de milieux et de religions différentes.
Bruges était en effervescence. Le jour de marché approchait. Il voyait de sa fenêtre les marchands et artisans installer leurs étals, prêts à accueillir les premiers et souvent, meilleurs clients. L'économie de la ville se portait bien.
— Sire, votre épouse vous appelle.
Il se retourna et acquiesça.
Le comte Jean Vermeersch possédait une petite fortune familiale et se plaisait à intervenir parfois dans quelques décisions importantes des Leliaerts sans pour autant participer activement à leur vie sociale. Il aimait observer cette classe sociale de riches marchands et nobles flamands prendre les rênes du pouvoir et la refuser aux Klauwaerts qu'il était sensé soutenir. Mais n'ayant jamais porté les jeux politiques dans son estime, il préférait regarder les intrigues se dérouler de loin et s'affairer à son propre entreprise d'importations de textiles anglais.
Son épouse l'attendait. Il devait alors la rejoindre. Le respect qu'il portait pour le sexe faible inquiétait ses proches amis qui le considéraient tantôt comme faible.
Son éducation avait joué un rôle prépondérant dans sa philosophie de vie très étrange, même aux yeux du bourgmestre, un bienveillant homme devenu avec le temps bon ami.
Il quitta son bureau et se dirigea vers la salle commune familiale où son épouse devait sûrement l'attendre. A trente ans, elle possédait encore toute sa beauté flamande de blonde cendrée, le front haut, les sourcils inexistants comme le préconisait la mode. Sans pour autant éprouver un amour courtois à son égard, il lui devait respect et protection. Après tout, elle vivait quotidiennement à ses côtés et lui avait donné cinq merveilleux enfants dont trois avaient atteint l'âge adulte. Et il admirait son intelligence unique chez une femme qu'elle avait transmis à leur fille aînée, Blanche.
— Sire, venez, je vous prie, lui dit-elle en guise d'accueil.
Comme toujours, elle était simplement parée, robe à traîne discrète de couleur bleu marine, la coiffe discrète et socialement acceptée. Lui-même n'avait que peu d'intérêt pour l'apparat.
— Blanche est terrifiée à l'idée de quitter le foyer. Je vous prie, sire. Veuillez bien aller la rassurer, dit-elle.
Pensant bien que cette politesse était feinte pour paraître correcte devant leurs serviteurs, Jean les renvoya du regard. Enfin seuls, il prit les mains de son épouse.
— J'y vais de ce pas, Marie. Mais expliquez-moi. Que pourrait-elle exiger de moi sinon une plaine description de son futur époux?
— Jean, elle vous a toujours adoré. Vous quitter lui est insupportable. Nous aurions peut-être dû l'envoyer au couvent. Elle y serait plus libre d'écrire et de conter.
— Son éducation est considérée profane aux yeux de l'Eglise et de la société. La marier est une bonne décision. Et son époux ne sera pas désobligeant, au contraire.
— C'est un Leliaert. Malgré vos bonnes intentions, je vous sais profondément acquis à la cause brugeoise. Les français ne sauront pas vous accepter comme les Leliaerts. Il faudra tôt ou tard choisir. Et donner la main de Blanche à l'un de leurs partisans...
Le regard de Marie s'embruma. Jean, peiné dans ses convictions, pressa sa main contre son coeur et lui murmura lentement quelques mots doux pour l'apaiser. Mais il connaissait trop bien le coeur de son épouse. Après tout, elle était femme.
— Ne vous en faites pas. Ce Klaas est un homme bon. Il ne fera aucun mal à notre Blanche. A vingt-ans, il est prédisposé à l'amour courtois. Et la beauté et personnalité de notre fille ne pourront que le pousser à l'aimer. Ce sont des jeunes gens d'une nouvelle ère. Je ne peux pas imposer mon point de vue à ma fille. Elle a besoin de la sécurité des Leliaerts et de leur fortune. La famille Van Meerst est très tolérante. Sinon, elle n'aurait pas accepté ce mariage. Marie, veuillez vous reprendre je vous prie. Et j'irais parler à Blanche.
Son épouse acquiesça en silence, soumise comme toujours à sa volonté. Il avait eu la chance de l'avoir à ses côtés. Son père lui avait choisi une bonne compagne, loin de ce que certains de ses amis vivaient. Simple, exigeante, soumise, droite, pieuse, chaste. Elle correspondait aux critères demandés chez une épouse modèle. Il n'en était pas peu fier. Et elle possédait un charme tout particulier.
Ce fut donc avec regret et peine qu'il quitta Marie pour aller épier sa fille, sans doute réfugiée dans la vaste et très originale bibliothèque familiale. Contre toute attente, Blanche avait reçu une éducation complète et très masculine. Elle lisait, écrivait, chantait, savait manier l'épée et broder. Une passion dévorante lui faisait lire et mener des expériences sur bon nombres d'animaux et plantes. Il trouvait cela bien étrange pour une jeune fille de bonne société. Mais comme toujours, il ne condamnait pas ces pratiques. Elle lui était dévouée et respectueuse. Presque pieuse.
— Mon père... Mais que faites-vous ici?
Cette voix chaleureuse lui brisait le coeur. Il pouvait compter les heures et minutes qui le séparaient de l'heure fatidique. A seize ans, Blanche allait être mariée.
— Blanche, votre mère s'inquiète.
— Comment est-il?
Il soupira devant son attitude espiègle. Il doutait encore de sa capacité à agir comme bonne épouse.
— Bien bâti, respectueux. Il est jeune.
— Je le sais bien, mon père. Nul ne voudrait épouser un vieillard. Et il n'est pas bien gris encore. Sauf si, comme par magie, vous ne m'avait pas présenté le véritable Klaas mais une représentation humaine embellit.
Il ne put s'empêcher de rire à cette remarque.
— Oh ma fille, venez dans mes bras. Pendant que je le peux encore.
Blanche se précipita dans son étreinte, et il l'encercla, caressant ses cheveux châtains tressés. Elle détestait les coiffes trop blanches, cette mode des sourcils rasés bien qu'elle devrait s'y plier pour les noces.
— Demain. J'ai si peur, mon père.
— Et moi Blanche. Mais vous êtes courageuse et brillante. Votre futur époux, et je vous assure que c'est le véritable, est impatient de vous épouser.
— Je ne sais pas. Je ne l'ai vu que quelques fois. Nous ne nous sommes encore jamais vraiment parlés. Comment faites-vous avec mère?
— Je vous ai laissé plus d'occasions que quiconque de le découvrir. Vous en savez bien plus que vos semblables. Et puis, il jeune. C'est mieux que rien.
— Oui, vous avez raison. Et il a ces beaux yeux bleus. Mais il n'aime pas lire.
— Il joue de la luthe.
— Je le sais.
— Il est destiné à hériter d'une belle fortune.
— Certes, le comfort matériel est important, mais quid de sa personnalité? De ses moeurs?
— Ses parents vivent un amour courtois. Nul doute que lui également voudrait reproduire ce schéma.
— Pas comme vous et mère.
— Nous nous respectons bien plus que la majorité des couples. L'amour courtois n'est pas réservé à tous et comprend des dangers que vous ne connaissez que trop bien.
— Bien sûr mon père.
— Je suis fier de vous, Blanche.
*xXx*
Son âge n'était pas avancé, loin de là. Il avait trente-sept ans, l'âge mature où tout devenait possible.
Son affaire était prospère, ses relations privilégiées et sa famille respectée. La mariage de sa fille aînée avec l'héritier d'une famille proéminente de la noblesse économique et politique de la ville était attendu. On le consultait de tous bords. On le clamait même parfois. En résumé, sa vie était plus que satisfaisante. Ses aspirations étaient assouvies.
Il monta vers sa chambre, croisant celle de son épouse, adjointe à la sienne. Bien que parfaitement amis, son épouse et lui ne partageaient que rarement la couche maritale. Souvent, il se disait anormal dans son désir de la chair. Il était néanmoins en excellente santé.
Il se regarda dans un miroir, jolie bijou qu'il avait acquis lors d'une expédition en Extrême-Orient. Ses cheveux bruns avaient des reflets roux, il était pâle, yeux bleus clairs. Sa carrure était élancée. Il dépassait aisément ses pairs de par sa taille inhabituelle. Il se dirigea vers la cheminée et inspecta les quelques cannes qui y étaient accoudées. Il en saisit une par habitude. Une fine épée était dissimulée dans l'instrument. Il aimait l'avoir à ses côtés.
Jean était un homme d'habitude et de rituels. Tous les matins, il se réveillait à la même heure, se rendait présentable, lisait quelques missives. Ensuite, il allait à l'office avec son épouse. Il terminait la matinée par des réunions quotidiennes avec ses employés. Après une courte pause déjeuner, il se promenait dans la ville et rencontrait des connaissances et partenaires commerciaux. Lorsque la ville l'appelait, il allait assister à des assemblées, tantôt avec les Leliaerts, mais plus souvent avec les Klauwaerts dont il était issu. Ce n'était que par sa grande intelligence et réussite qu'il parvenait à asseoir cette position particulière. Rares étaient ceux qui s'entendaient avec les deux bords sans heurts. Il terminait ensuite l'après-midi par des travaux dans son bureau. Le souper était réservé à sa famille avec laquelle il prenait le temps de converser et de se refaire une bonne humeur. Blanche était l'aînée. Suivaient un fils, Hugues, son héritier, et une seconde fille, Anne, qui n'avait pas encore douze ans. Tous ses enfants avaient reçu une éducation similaire, sans réelle distinction de sexe ou de rang dans la fraternité. Son aînée était érudite et curieuse. Son fils, aventurier et impatient de l'accompagner en expédition. Sa dernière préférait les arts. Ses amis lui reprochaient souvent son manque de rigueur dans l'éducation de sa progéniture mais il pensait avoir fait le bon choix. Marie l'encourageait dans ce sens. Mais en même temps, Marie n'avait pas grands mots à dire.
— Père, je vous dérange peut-être.
Son fils, Hugues, entra dans sa chambre. Il avait encore pleuré, en grand émotif qu'il était.
— Vous pourriez encore vous voir. Après tout, Blanche ne partira vivre que quelques ruelles plus loin. Et j'ai convenu avec les Van Meers qu'elle pourra venir nous visiter aussi souvent qu'elle le souhaiterait.
— Vous semblez avoir conclu un mariage très avantageux pour eux.
— Bien dit, mon fils. Les Van Meers ont certes de la noblesse Leliaert, mais leur richesse est compromise par les récents mésaventures de leurs expéditions. Ils ont grandement besoin de notre soutien à la fois économique et politique. J'ai arrangé une situation plus que prometteuse pour votre soeur. N'ayez crainte. Je l'aime bien trop pour la laisser épouser un bon à rien, dit-il en pressant l'épaule de son jeune fils.
Ce n'était pas courant pour un père de famille d'aimer à ce point sa progéniture. Mais c'était son désir. Il aimait vraiment ses enfants et la perte en bas âge de deux de sa progéniture lui avait littéralement brisé le coeur. Un fils, une fille. Tous deux morts de maladie. Heureusement, sa dernière avait tenu le coup et surmonté plusieurs fièvres violentes. Elle était forte.
— Allez voir votre mère. Elle a besoin de réconfort. Et appelez-moi Blanche, je vous prie, demanda-t-il à son fils.
C'était une bien belle journée. Le mariage de sa fille allait être une réussite.
La tristesse qu'il éprouvait à l'idée de la voir partir le rendait maussade. Sa fille adorée et chérie qu'il aurait souhaité voir accomplir de grandes choses, voyager, prendre les rênes de son empire avec Hugues et Anne. Mais la société n'autorisait pas les femmes à vivre cette vie.
*xXx*
— Jean, à votre place, je me ferais plus discret dans mes positions.
— Que voulez-vous dire exactement, Paul? s'enquit en retour Jean.
Son conseiller et meilleur ami faisait les cents pas dans son bureau, la cape encore sur les épaules, les mains nouées derrière le dos.
— J'admire votre aisance entre les deux camps, mais sachez que le peuple n'aime pas les partisans des français. Il ne tient pas dans son estime les Leliaerts. Et l'on vous sait les conseiller et assister à leurs réunions. Vous traitez d'affaires avec eux et...
— Mais mon coeur reste profondément brugeois.
— Allez dire cela au peuple. Votre richesse et réussite attirent déjà bien les jalousies. Il ne faut pas que cela ternisse votre réputation et je dirais même... Votre sécurité. Et avec le mariage de Blanche avec un... Leliaert... Que diront-ils encore? manqua de s'emporter Paul.
— Je vous en prie. Nous sommes en 1308 et dans une ville prospère et civilisée. Rien de bien méchant ne m'arrivera si ce n'est quelques mauvais placements ou désistements d'alliés. Les Leliaerts sont essentiels à la ville tout comme les Klauwaerts. Ce ne sont que des mésententes de politiciens. Rien de ceci importe lorsque l'argent entre en compte.
— Vous avez raison, Jean... Mais l'on ne prédit pas l'avenir. A votre place, je ferais du mariage de Blanche un évènement discret. Et je me méfierai des français.
— Votre absence me pèsera sur le coeur. J'aurai espéré vous voir parmi mes invités demain.
— Hélas, le commerce n'attend pas. Je dois partir dans quelques heures. Mais cher ami, je m'inquiète. J'entends des choses pas claires. Des murmures se propagent sur une possible émeute... Réfléchisez-y. J'ai trop d'affection pour vous et votre famille pour vous laisser seuls dans l'ennui...
Jean secoua la tête.
— Vous êtes toujours si méfiant...
— Et vous, Jean. Toujours si confiant en l'homme. Comment pourrais-je agir autrement en votre présence? Nous nous complémentons.
— Depuis notre enfance, cher ami. Depuis nos premiers pas je dirais même.
— S'il vous plaît... Peut-être faudrait-il attendre quelques temps avant de célébrer ce mariage.
— Si la raison est que vous souhaitez être présent... Je suis désolé pour vous cher ami! La météo s'annonce clémente et j'ai bien trop organisé tout ceci pour le repousser.
Paul soupira et pressa l'épaule de son ami.
— Des choses se passent. Vous le savez vous aussi.
— Cette histoire avec les français ne risque pas d'aller bien loin. Très vite, l'on s'habituera à leurs manies étranges. Et ils seront bons pour le commerce!
— Certes... Mais le peuple...
— Paul, allez-y. Je surveillerai votre famille et je vous raconterai tout à votre retour.
*xXx*
— Bonne nuit, père, murmura Blanche avant de l'étreindre.
Comme il allait chérir cet instant! Sa fille. Sa Blanche allait bientôt le quitter.
— Je vous aime, je suis si fier de vous. Ma chérie. Ma Blanche... lui dit-il en retour avant de la relâcher.
Blanche écarquilla les yeux. Puis elle fondit en larmes. Il n'avait jamais prononcé ces mots devant ses enfants, se contentant de les féliciter à demi-voix et les prendre dans ses bras. Mais il avait besoin de parler, de lui dire ce qu'il avait sur le coeur.
Ce fut avec le coeur lourd qu'il referma la porte de sa chambre derrière lui et se dirigea vers sa couche. La nuit allait être bien longue.
*xXx*
Il faisait horriblement chaud. Jean avait la bouche sèche. Comme lorsqu'il était pris de fièvre. Ou bien de stress. C'était après tout le jour du mariage de sa fille, Blanche. Il lui restait encore quelques heures à passer dans la maison familiale.
Mais rien de ceci n'expliquait la chaleur qui l'envahissait. Jean ouvrit les yeux. Les bougies n'avaient pas été éteintes.
Etrange.
D'un geste maitrisé, il s'empara d'une tenue de jour et s'empressa de l'enfiler. Il sortit de sa chambre.
Avec prudence, il se dirigea vers la chambre de son épouse. Il constata la porte ouverte. Une bougie était à terre, la fenêtre ouverte. Marie n'était pas là.
Il précipita le pas. Une à une, il ouvrit les portes des chambres. Toutes étaient vides.
Son coeur lui tambourinait la poitrine. Rien de bon ne s'annonçait.
Jean longea le couloir qui le mena vers l'escalier. Il dévalisa les marches. La ville était en éveil. Cela n'arrivait jamais. Bruges ne vivait que le jour, rarement la nuit.
Il sauta les dernières marches et s'engouffra dans la salle commune. La lumière était allumée. La porte grande ouverte. Il faisait chaud. Trop chaud. Comme si l'on avait baigné sa maison dans une fournaise, un feu de cheminé ardent. Jean se pressa le visage. La fumée du dehors entrait dans la pièce. Il se décida à sortir de la maison.
Un brouhaha incessant l'enveloppa aussitôt. Ainsi que des pleurs. Des cris. Des gémissements. Et des flammes, des flammes par dizaines, des flammes hautes et flamboyantes, vermeilles tant elles étaient mûres et incendiaires. Les maisons croulaient. Les gens mourraient.
Il regarda face à lui, guettant les maisons de ses amis. Paul n'était plus là pour sa famille et il lui avait promis de veiller dessus. Mais sa vision se troubla par le feu qui s'y dégageait. Son ami n'avait jamais été clair dans son positionnement, suivant ses pas en matière de diplomatie économique. Il avait donc raison. Les émeutes... Sa famille.
Sa famille...
Jean recula de quelques pas, le regard haggard, le coeur battant la chamade. Sa famille disparue et lui, seul...
Lentement, il regarda autour de lui, dans un rayon proche. Il referma les yeux. Puis les rouvrit.
Et à ses pieds, la robe de chambre ensanglanté de sa fille ainée. La tête de son fils. Le corps gisant de son épouse. Et sa petite dernière, le visage pâle et regard apeuré dans le vide de la nuit macabre.
Peu à peu, Jean s'enfonça dans un noir ténébreux pour échanger le bruit contre un silence de mort.
*xXx*
La chaleur était intérieure.
Ses entrailles brûlaient à feux ardents. Il ne voyait que rouge, que sang. Sa bouche ne sentait plus rien. Il brûlait. Il criait. Il avait mal. Si mal. Il hurlait. Ce mal qui lui rongeait la peau, les organes, le sang de ses veines qui coulait, dégoulinait, consumait son corps et le brûlait.
L'enfer. Il était en enfer, expiant ses pêchés et son corps de pêcheur. Il succombait de l'intérieur. Il s'accrochait à du bois. Ses poumons le torturaient. Il n'entendait que du feu. Il pleurait de larmes incandescentes.
— Tout ira mieux.
Il se consumait. Lentement. Il se déchira les entrailles et hurla. Il cria, gueula, rugit sa douleur, tirant sur ses membres, aveuglé par ce noir de cendres et ce vermeil qui l'englobait.
Et puis soudain, le calme. Le vermeil qui devint écarlate, orange, puis noir.
Il s'écroula sur la planche de bois, évanouie une nouvelle fois.
Une main diaphane lui caressa le torse avec une tendresse rare. La robe était blanche. Les cheveux détachés blonds cendrés.
— Je suis désolée, mon cher. Mais je vous ai choisi.
La femme se retourna. Ses yeux bleu nuit se refermèrent quelques secondes. Elle termina de lécher une goutte de sang abandonnée sur son menton.
— Bienvenue dans mon monde, Mycroft.
*xXx*
Il s'appelait Mycroft.
Elle le dévisageait.
Il tenait un verre d'un liquide rouge sang.
Elle hocha la tête.
Le liquide lui brûlait la gorge. Il s'en rendait dépendant. C'était le paradis. Il grogna de plaisir.
— Mycroft Holmes. Je trouve que cela vous va bien, dit-elle.
Il n'était plus Jean Vermeersch.
— J'ai le regret de vous informer que Bruges ne vous sera plus autorisé pour quelques dizaines d'années.
— Pourquoi? murmura-t-il en terminant son verre.
— Vous comprendrez très vite.
— Et comment devrais-je vous appeler?
— Appelez-moi mère.
Elle lui tendit la main. Il l'attrapa. La poigne était féroce.
— Oui mère, répondit-il en se courbant.
Elle lui sourit tendrement.
L'épisode en question n'est autre que les Matines de Bruges de 1308. Un peu d'histoire ne fait pas de mal. Mais excusez des erreurs s'il y en a. Je ne suis pas historienne après tout et ai tendance à la flemme!
