Disclaimers :
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L'univers et les personnages de Sherlock Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle
*Lord Blakwood appartient au film « Sherlock Holmes » de Guy Ritchie
*Elisabeth appartient au film « Young Sherlock Holmes » ( »le secret de la pyramide ») de Steven Spielberg

N/A : Il est évident que pour ce chapitre, même si j'ai essayé de faire au mieux pour que ce ne soit pas trop obscur, il vaut mieux avoir vu les films


L'histoire commence après l'affrontement final entre Holmes et Lord Blackwood, sur le pont en construction… Travelling arrière sur un homme pendu au-dessus de la Tamise. Noir.

L'ombre du passé - Chapitre 1

(Récit du Dr Watson)

- Première partie -

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Mary nous attendait à Baker Street, ainsi que nous en étions convenus. Holmes s'était muré dans un mutisme de mauvais aloi, et c'est tout juste s'il parut remarquer sa présence, la saluant vaguement d'un simple hochement de la tête.
Lorsqu'il m'avait rejoint, après son ultime affrontement avec Blackwood, il était seul. Il n'avait fait aucune mention de Miss Adler dans son compte-rendu à Lestrade, et je ne lui avais posé aucune question, je le connaissais assez pour deviner à sa physionomie qu'il n'était pas d'humeur à supporter la moindre allusion à ce sujet sensible. Cette fois-ci cependant, compte-tenu de l'aventure que nous avions partagée, j'avais osé espérer un autre dénouement.
A peine entré, il attrapa, sur le manteau de la cheminée, une de ses pipes et la babouche dans laquelle il gardait son tabac, ouvrit un tiroir pour prendre l'étui de maroquin que ne lui avait plus vu sortir depuis quelques temps et un petit flacon dans un coffret métallique, se saisit au passage de son violon et alla s'enfermer dans sa chambre. Je secouai tristement la tête, et me laissai tomber lourdement dans mon fauteuil. Le contact des mains de Mary, se posant sur mes épaules, me fit tressaillir.

— Est-ce que tu préfères rester seul?

— Non! Oh, Seigneur, non… Viens, allons ailleurs. Je ne peux plus supporter de le voir, ou même simplement de l'imaginer, faire ça.

Je ne sais ce que je pensais pouvoir fuir en l'entraînant dans le plus proche salon de thé. La vision de Holmes allongé sur son lit, les pupilles dilatées et le regard vitreux me poursuivrait où que je me réfugie, je le savais.
Je dus rester un long moment immobile, la tête dans les mains, lorsque je levai les yeux vers Mary, ma vue était un peu brouillée. Je savais que le moment était venu de lui parler, non seulement pour dissiper tout malentendu entre nous, mais aussi pour tenter d'y voir plus clair en moi-même.
Tout avait commencé quelques jours plus tôt, dans une chambre d'hôpital.

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Aucune fracture, quelques éclats de bois et de briques heureusement assez peu profonds dans la partie supérieure du corps, et des contusions occasionnées par la chute et le choc. Vous avez eu de la chance, le souffle de l'explosion a détruit l'abattoir et les entrepôts et une palissade s'est en partie abattue sur vous. Elle a fait office de bouclier, c'est cela qui vous a sauvé la vie. Vous pourrez sortir dans quelques heures… Oh! et vous avez une visite.

Le chirurgien s'était effacé pour laisser entrer un petit homme en chapeau melon.

Bonjour Watson, mes hommages, Mademoiselle. Heureux de vous voir en aussi bon état, docteur. Je n'en dirais pas autant des docks de la Tamise après votre passage à vous et à votre ami, depuis quelques jours.

Eh bien, je dirais que pour un revenant, Blackwood a des façons très… matérielles de se manifester, depuis sa sortie du tombeau.

Hummm! Quoi qu'il en soit, vous ne me ferez pas croire que vous effectuiez un contrôle sanitaire dans ces abattoirs, qui en outre appartenaient à notre ressuscité. Je ne sais pas que que Holmes a débusqué, mais Lord Coward en personne a jugé bon de lancer un mandat d'arrêt contre lui. Je ne suis pas aussi bête que vous le croyez, et même si je ne calcule pas aussi vite que ce diable d'homme, je sais tout de même additionner un plus un. Votre ami a disparu, je ne sais pas ce qu'il a dans la tête, mais cette fois, il se heurte à très forte partie, et s'il s'obstine à faire cavalier seul, il ne me sera plus possible de le couvrir. Je ne pourrai pas retenir les rênes très longtemps, contre de si hauts personnages.

Merci Lestrade, vous êtes un chic type, mais je vous assure que je ne sais absolument pas où peut être Holmes en ce moment.

Comme vous voudrez, Watson, Mais réfléchissez à ce que je vous ai dit. Je vais vous laisser vous reposer, maintenant. Portez-vous bien. Au revoir Miss Morstan.

L'inspecteur sorti, Mary, qui s'était retirée dans un coin pour nous laisser en tête à tête, revint s'asseoir à côté de moi et prit ma main dans la sienne. Elle m'avait raconté, un peu plus tôt, la visite nocturne de Holmes déguisé en médecin, et malgré les griefs qu'elle conservait à son égard depuis notre soirée gâchée au Royal, elle avait été extrêmement touchée par son air inquiet et bouleversé, ainsi que par la culpabilité exacerbée dont il faisait montre.

Cet homme tient à toi plus que tout au monde, John! Maintenant je comprends mieux son ressentiment envers moi. Je ne suis pas une oie blanche, s'il existe entre vous…

Mary! Comment peux-tu penser… Les liens qui nous unissent sont certes…. Mais pas… Oh et puis zut! Je suppose que je ferais mieux de tout te raconter, mais pas maintenant, le temps presse. Nous devons retrouver Holmes avant la police. Aide-moi, veux-tu?

Quelques minutes plus tard, nous hélions un fiacre et nous faisions conduire à Baker Street. Je n'avais pas menti à Lestrade, je ne savais pas au juste où se cachait Holmes, bien que j'eusse deux ou trois petites idées sur la question. Il fallait que je change de vêtements, et je devais vérifier s'il ne m'avait pas laissé un message. Par bonheur, Mrs Hudson était sortie, et nous n'eûmes pas à subir ses questions.
Une surprise nous attendait dans le salon. A notre entrée, la jeune femme se leva vivement du fauteuil où elle était assise.

Docteur Watson! Enfin, vous voilà… Grâce au ciel vous allez bien!

Miss Adler… mais que… comment…

Je suis absolument désolée d'avoir forcé votre porte, mais je suis inquiète pour Sherlock. J'espérais le trouver ici, mais… Regardez!

L'avis de recherche occupait la majeure partie de la première page du journal qu'elle déplia devant moi.

Lestrade m'avait mis au courant, mais je ne pensais pas que cela aurait pris si vite autant d'ampleur. Je dois absolument le trouver le plus vite possible. Veuillez m'excuser une minute mesdames.

Je passai dans ma chambre. Mon attention fut aussitôt attirée par un bocal cylindrique recouvert d'une loupe, posé sur le dessus de ma commode, et je souris en me remémorant la tête de Holmes lorsque j'avais libéré les mouches qu'il avait mis des heures à capturer pour son expérience. Maintenant, je savais où le trouver.
Echanger mes vêtements crasseux et déchirés contre une tenue correcte ne me prit que quelques minutes, et lorsque je revins dans le salon, les deux jeunes femmes avaient fait connaissance et semblaient très bien s'entendre… En tout cas pour exiger avec un bel ensemble de m'accompagner.

Il n'en est pas question! Quelqu'un doit rester ici, au cas où je me tromperais. Si Holmes repasse par ici, il doit immédiatement savoir ce qu'il en est, et où je suis allé. Mary, je t'en prie, je ne voudrais pas que tu le prennes mal, mais en cas de besoin, je pense que Miss Adler…

…Serait parfaitement capable de vous seconder.

Termina l'intéressée en exhibant un pistolet qui n'avait rien de féminin et dont elle n'avait nullement l'air d'ignorer le maniement. Avec un sourire un peu forcé, Mary s'avoua vaincue. Je glissai ma propre arme dans ma poche et nous nous mîmes en route.

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La « sortie de secours » où Holmes nous avait poussés faisait correspondre le refuge avec la maison d'à côté, d'où nous sortîmes tranquillement par la porte de derrière. Après avoir pris connaissance de ses instructions, je m'occupai du bateau, pendant qu'Irène retournait à Baker Street, où elle avait laissé ses valises en rentrant de la gare, pour se changer et prendre des vêtements pour Sherlock.
Le plan de mon ami se déroula presque exactement ainsi qu'il l'avait prévu, à cette exception près qu'il n'y eut pas besoin d'un second jugement pour Blackwood. Ainsi que Holmes l'avait déclaré, le diable attendait son dû, et il était impatient!

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Je me mis à parler sans réfléchir. Puisque lui ne raconterait jamais rien à quiconque, il fallait que je mette moi-même des mots sur la souffrance de mon ami, pour pouvoir enfin l'appréhender complètement, et avoir peut-être une petite chance de pouvoir l'aider à la soulager un peu. Cela, je l'ai compris plus tard, mais sur le moment, les paroles jaillirent sans que je puisse les retenir.

— Tout le monde croit que j'ai rencontré Holmes en 1881, ainsi que je l'ai relaté dans mes récits. S'il est vrai que je le retrouvai cette année-là par l'intermédiaire d'une relation commune (1), j'avais en réalité fait sa connaissance bien des années auparavant. C'était au début de décembre 1870. J'avais changé d'école en cours d'année et il fut la première personne que je rencontrai dans mon nouvel environnement. Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui, il était alors ouvert et chaleureux, et nous sympathisâmes immédiatement. Nos relations allaient prendre fin brutalement trois semaines plus tard, lorsqu'il fut injustement renvoyé à la suite des perfides manigances d'un condisciple jaloux, mais pendant ces trois semaines, il se produisit une série d'événements incroyables, qui allaient définitivement sceller son destin, et dans un certain sens également celui de plusieurs autres personnes, dont le mien.
Il peut sembler difficile d'imaginer un Holmes de 16 ans, avec déjà toutes ses incroyables facultés, mais gai, bon compagnon, heureux de vivre… et follement amoureux de la nièce de son mentor, un professeur à la retraite, qui logeait dans l'enceinte de l'école. Elle s'appelait Elisabeth, elle était blonde, très jolie et également très éprise. Je devins leur ami à tous les deux, et nous affrontâmes ensemble ce qui devait être notre première affaire, elle se termina hélas tragiquement par la mort d'Elisabeth, assassinée par l'un des pires criminels que j'ai connus à ce jour. Holmes mit fin à ses agissements, mais nous ne pûmes empêcher l'issue fatale. Les larmes qu'il versa ce soir-là emportèrent définitivement avec elles sa jeunesse et son goût de vivre, je vis littéralement sous mes yeux l'adolescent insouciant et amoureux se transformer en un homme solitaire et renfermé. Il partit peu après chez son frère Mycroft, et je n'en entendis plus jamais parler pendant les onze années qui suivirent.
J'entrepris mes études de médecine l'année suivante. J'avoue qu'au départ, ma vocation avait été, comme cela est souvent le cas, influencée par la tradition familiale, mais j'avais été tellement désemparé par l'agonie d'Elisabeth, pour laquelle je n'avais rien pu faire pendant qu'Holmes luttait dans un combat désespéré et sans merci contre son assassin, que je m'étais juré de tout faire pour que ce sentiment d'impuissance ne se renouvelle jamais.
Lorsque je fus contacté par Conan Doyle, du Strand, pour relater les enquêtes de mon ami, celui-ci me fit promettre de ne jamais révéler à quiconque cette partie de son passé, et j'ai tenu ma parole… jusqu'à aujourd'hui.
Il avait juré à Elisabeth mourante de ne jamais aimer une autre femme, et il n'a jamais failli à sa promesse, ne nouant jamais plus avec la gent féminine, que de rares et épisodiques aventures d'un soir. La seule qui aurait pu changer quelque chose à cela, tu l'as rencontrée aujourd'hui. Mais Holmes ne se pardonne pas son attirance pour elle, il a le sentiment de trahir son serment.
Depuis quelques mois, j'avais presque réussi à le détourner de l'influence de la cocaïne, mais j'ai bien peur que le retour d'Irène Adler ne réduise tous mes efforts à néant. Qui sait ce qu'il a bien pu se passer entre eux pour qu'elle ne revienne même pas récupérer ses bagages. J'avais pourtant espéré un moment, ces derniers jours, le voir retrouver, grâce à elle, un peu de goût à l'existence, mais je crains que cet espoir ne soit une fois de plus qu'une chimère.
Voilà, tu sais tout maintenant, de la nature des liens anciens et profonds qui nous unissent. Je suis le seul témoin qui reste de ce passé et je crois qu'il a peur de perdre ce lien ténu, le seul qui l'unisse encore de façon tangible à Elisabeth. C'est ce qui explique en partie cette jalousie et cette agressivité à ton égard, mais je pense également que malgré ses dénégations, il a peur de retrouver cette solitude sans fond d'où nos retrouvailles et notre amitié l'avaient tiré.

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(1)-Voir "Une étude en rouge"

TBC


Un très grand merci aux « reviewers ». Je ne réponds pas toujours individuellement, mais le cœur y est !