Prise de conscience
Résumé: Et si Oscar avait préféré André à son devoir ?Genre: Romance O/A
Disclaimer : Les personnages et l'univers ne sont pas à moi mais à Riyoko Ikeda…Spoilers: Episode 37, « La nuit du serment aveugle »
Lorsque cette fic commence, Oscar et André font partis des Gardes Françaises. Oscar vient de tendre un piège au jeune homme et a donc confirmation que celui-ci devient aveugle. Préférant taire cette découverte, elle lui demande de l'accompagner au château des Jarjayes.
J'ai écrit cette fic il y a de nombreuses années. C'est même ma première fic. J'ai essayé de la remettre un peu au goût du jour mais soyez indulgents.
Attention, cette fic est pour un lectorat majeur.
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Chapitre 1
Le trajet du retour se passa en silence. Oscar et André, tous deux plongés dans leurs pensées, galopaient tranquillement vers les terres des Jarjayes. Le jeune homme se posait des milliers de questions sur le geste qu'avait eu son amie, peu de temps auparavant. Il n'avait rien laissé paraître mais il avait cru que son coeur allait exploser lorsqu'elle lui avait pris la main. Un geste pourtant si banal pour deux vieux amis comme eux mais qui signifiait tant de choses pour lui.
Depuis déjà plusieurs mois Oscar se montrait si distante. Il n'espérait plus se faire remarquer par la jeune femme. Il lui avait dévoilé ses sentiments mais n'avait obtenu aucun retour et il avait fini par accepter son sort : être son meilleur ami, son garde du corps, son ombre jusqu'à la fin. Mais sa cécité grandissante le désespérait. Comment pourrait-il rester près d'elle? Comment pourrait-il continuer à la protéger une fois aveugle? Que se passerait-il? Que deviendrait-il s'il ne pouvait plus rester auprès d'elle?
Il en mourrait, il le savait. Il préférait disparaître plutôt que d'être relégué au château tandis qu'Oscar finirait par s'éloigner de lui, de ce poids mort et inutile. Et cela, jamais il ne le supporterait.
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Oscar se tourna vers André et regarda les changements d'expression se succéder sur le visage de son ami. Sachant à présent le terrible destin qui attendait le jeune homme, elle ne put qu'imaginer ses craintes.
Comment avait-elle fait pour ne rien voir ? Comment avait pu ignorer les tourments dans lesquels il se débattait depuis des mois ? Quelle piètre amie, elle faisait. Mais à partir d'aujourd'hui, elle se fit la promesse d'être plus proche de lui, de lui faire sentir sa présence et de lui faire comprendre que jamais elle ne l'abandonnerait.
Et comment le pourrait-elle? Lui qui avait toujours été auprès d'elle. A chaque coup dur. A chaque moment difficile de sa vie ?
Oscar savait dorénavant combien elle tenait à lui. Il était devenu sans qu'elle s'en rende vraiment compte, l'être qui comptait le plus pour elle. Il ne s'agissait peut-être pas d'un amour passionné mais davantage d'un amour tendre et complice. Un amour neuf et curieusement si ancien. Un amour présent en elle depuis de nombreuses années mais caché à ses yeux, à son propre cœur.
Que ressentait-elle exactement pour lui ? Cela se limitait-il à des sentiments purs ou bien y avait-il plus ?
Oscar leva les yeux vers André.
L'avait-elle seulement jamais regardé ?
Elle l'observa donc, à la dérobée.
Il était grand, mince et ses épaules larges et solides. Son nez fin et sa mâchoire volontaire lui conférait une noblesse toute virile, mais ce qui se trouvait être le plus saisissant chez lui… étaient ses yeux. Au-delà de sa teinte singulière, c'était la douceur de son regard qui la troublait le plus. Ce regard qu'elle avait vu assombri parfois par la colère, souvent par une détermination qu'elle lui avait reprochée et une fois même par un désir qu'elle avait voulu oublier. Ce regard… qui toujours lui témoignait sa plus grande fidélité. Comment avait-elle pu l'ignorer ?
Un sourire se dessina sur les lèvres d'Oscar et une bouffée de tendresse vint lui inonder le coeur. Ce sentiment était si oppressant, si fort qu'elle dut se détourner, les rênes de sa monture serrées dans ses mains tremblantes. Elle se reprit pourtant.
L'espace d'un instant, elle se prit à imaginer une vie avec lui, loin de tout, loin de cette tempête qui secouait la France. Une image apparut devant ses yeux : André travaillait au champ sous un soleil de plomb et elle venait à lui, vêtue d'une robe de paysanne et d'un tablier blanc ceinturant sa taille. Cela la fit rire. C'était si grotesque, si improbable, si... impossible. Son éducation avait fait d'elle un homme. Jamais elle ne pourrait se sentir à sa place dans le rôle d'une femme. Mais elle savait aussi qu'André ne le lui demanderait jamais. Il l'aimait telle qu'elle était, sans manières et sans fanfreluches.
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Quelques minutes plus tard enfin, ils arrivèrent au château et mirent pied à terre. Oscar tendit les rênes de son cheval à André qui, avec un sourire lumineux, les lui prit des mains. Il avait décidé de goûter pleinement chaque instant qui lui restait en compagnie de la jeune femme. Si sa vie devait finir bientôt, soit! Mais il s'accrocherait le plus longtemps possible à elle.
Oscar le vit se détourner avec soulagement, incapable d'empêcher une rougeur maligne d'apparaître sur ses joues. Que lui prenait-il de sourire de la sorte?
Et ce fut ainsi qu'ils se séparèrent. La jeune femme entra dans le château et André dans l'écurie.
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Debout un verre de vin à la main, Oscar était dans le petit salon lorsque André fit son entrée.
- Mon Dieu, quel temps! Ca s'est incroyablement rafraîchi! dit-il, jetant sa redingote sur un fauteuil avant de se planter devant le feu qui crépitait dans la cheminée.
Sans savoir pourquoi Oscar s'approcha de la veste posée négligemment sur le dossier du siège. Elle fit glisser ses doigts à l'intérieur du vêtement et fut surprise de le trouver si chaud. Rougissante, elle eut soudain l'impression de toucher le corps d'André et elle retira vivement sa main avec l'étrange sensation de s'être brûlée.
Au même moment, le jeune homme se retourna.
- Tout va bien ?
Prise sur le vif, elle se redressa et répliqua plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu:
- Mais bien sûr, voyons!
André baissa la tête, penaud. Prenant sa froideur pour un besoin de solitude, il acquiesça :
- Bien, je te laisse.
Mais il s'avança soudainement vers elle. Le coeur d'Oscar bondit dans sa poitrine lorsque la main d'André se tendit mais il se contenta de se saisir de sa redingote puis se détourna afin de sortir. D'un geste nerveux, la jeune femme passa une main dans ses cheveux.
- Mais que m'arrive-t-il?... murmura-t-elle.
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Un bras reposant sur ses yeux, Oscar était allongée sur son lit et un soupir s'échappa de ses lèvres. Elle n'avait pas eu le temps de penser à elle dernièrement avec tous les devoirs qui lui incombaient. Elle regarda le petit mouchoir rougi qu'elle tenait caché dans le creux de sa main. La crise était finie mais l'avait laissée plus affaiblie que jamais. L'angoisse de ces derniers jours avait fait empirer ses horribles quintes de toux qu'elle avait de plus en plus de mal à cacher.
- André... Mon cher André... Qu'adviendra-t-il de toi lorsque je serai partie? Dans quelle époque troublée vais-je t'abandonner... murmura-t-elle, la voix brisée.
Elle se redressa avec effort. Son front luisait de sueur et la jeune femme passa une main lasse sur son visage fiévreux.
- Oscar... Tu es fatiguée! dit-elle en souriant, désabusée.
Quelqu'un frappa alors à la porte et son coeur s'emballa sans raison aucune.
- Oscar!
C'était Grand-mère...
- Euh... Oui, tu peux entrer! répondit-elle, déçue, prenant cependant bien soin de cacher son mouchoir souillé.
La porte s'ouvrit laissant apparaître une Grand-mère aux gestes pressées.
- Ma petite Oscar, pourrais-tu... ?
La gouvernante s'arrêta net lorsqu'elle vit le visage fatigué de la jeune femme.
- Mon Dieu, Oscar! Tu ne me caches rien j'espère? demanda-t-elle perspicace.
- Te cacher quoi ? répondit la jeune femme en riant doucement. Je me suis assoupie et j'ai fait un cauchemar. Ce n'est que cela, n'aie crainte... Tu voulais quelque chose?
La veille femme hésita, sceptique, puis fit mine d'accepter cette excuse:
- Le dîner est prêt mais je dois aller tout de suite voir ton père. Peux-tu prévenir André de nous rejoindre?
- ... Bien sûr...
La porte se referma.
Pourquoi le fait de devoir parler à André ou ne serait-ce que s'approcher de lui la mettait soudain si mal à l'aise? Il y avait à peine quelques heures, elle se disait qu'elle devait se rapprocher de lui et voilà que maintenant cela la terrifiait... De quoi avait-elle soudain si peur? De perdre tout contrôle ? De ne plus être maîtresse de ses actes, ni de ses pensées? Elle avait toujours été la seule à prendre ses décisions. Elle avait toujours été la plus forte face à n'importe quelle situation. Une fois, une seule fois elle avait fui lâchement. C'était lorsque Mr de Fersen avait découvert la véritable identité de l'inconnue du bal. Et depuis, elle s'était juré de ne plus jamais faire preuve de faiblesse. Et voilà qu'à nouveau, elle se sentait troublée et elle détestait cela.
Oscar redressa la tête et chassa son malaise d'un revers de la main. Si elle parvenait à faire face à dix hommes armés, elle parviendrait bien à dépasser cela !
Elle sortit donc de sa chambre et se dirigea vers les quartiers des domestiques. Elle arriva devant la porte d'André et sans hésitation aucune, frappa deux coups. Une voix lui répondit aussitôt :
- Entre! J'ai fini!
Oscar tourna la poignée et se figea sur le seuil. André venait à peine de sortir du bain et eut juste le temps de fermer son pantalon lorsqu'il découvrit la jeune femme.
- Oh, c'est toi! Excuse-moi je croyais que c'était Grand-mère, dit-il en riant doucement de la situation, apparemment nullement gêné d'être à moitié dévêtu devant elle.
Après tout ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait ainsi. Mais pour Oscar, c'était très différent. Un son étranglé s'échappa de ses lèvres et la jeune femme sortit précipitamment, sous le regard ahuri de son ami. La porte claqua violemment et sa voix s'éleva à travers le battant refermé.
- Tu pourrais t'habiller convenablement avant de laisser n'importe qui entrer dans ta chambre !
Après ce coup d'éclat, Oscar s'appuya contre la porte, le souffle court. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux, une habitude ces jours-ci...
- Mon Dieu je deviens folle, murmura-t-elle rageusement. Je me comporte comme une pucelle.
Cette dernière réflexion la fit sourire... Elle l'était, après tout. Elle était novice en amour. Elle pouvait commander une centaine d'hommes, partir en guerre et se battre jusqu'à ce que mort s'en suive... Tout cela ne lui faisait pas peur. Mais faire fasse à l'homme qu'elle aimait et rester de marbre lui semblait beaucoup plus difficile. Elle en était même incapable. Elle réalisa alors qu'elle se battait contre quelque chose d'inévitable. Son comportement était ridicule finalement. Pourquoi devrait-elle lui cacher ses sentiments alors que lui avait eu le courage de les lui avouer. Elle l'aimait. Elle le savait maintenant, il suffisait juste de l'accepter. Accepter que son sourire, sa chaleur et sa douceur la troublent. Qu'à la vue de sa nudité, elle se pâme comme une idiote.
Oscar se mit à rire doucement.
Son coeur si lourd devint soudain plus léger. Accepter cet amour était en fait la seule chose qui pouvait la soulager. Elle comprit à cet instant qu'elle était amoureuse, qu'elle était pour la première fois de sa vie une femme amoureuse. Rien de comparable avec les émotions éprouvées pour Mr de Fersen. Cet amour-là, celui qu'elle ressentait pour André bouleversait sa vie, remettait en cause une partie de son être qu'elle refoulait depuis toujours.
Les hommes avaient bien le droit d'aimer alors pourquoi pas elle ? Après tout, en acceptant cela, elle ne reniait pas ce qu'elle était devenue. Elle continuerait à faire ce qu'elle croyait être juste. Elle continuerait à se battre pour ses idéaux.
La porte s'ouvrit brusquement, la faisant sursauter.
- ...Oscar... Je te demande pardon, je ne voulais pas te choquer.
La jeune femme sourit tendrement.
- Ca n'a pas d'importance. Viens, allons manger, déclara-t-elle en lui prenant le bras. J'ai une faim de loup, ce soir !
Surpris par ce changement d'humeur si soudain, André haussa les épaules. Oscar était décidément très lunatique, ces jours-ci.
A SUIVRE…
