Elle frappa à la porte.
Elle se souvient d'une fois où elle s'était rendue ici, anxieuse, nerveuse mais pleine d'espoir malgré tout. Elle était repartie, la boule au ventre, le souvenirs d'une main tendue qu'il n'avait pas saisie et d'un regard dirigé fixement vers le sol. Comme si la regarder signifiait accepter. Comme si la regarder signifiait la laisser gagner. Lui laisser la place de dominant, celle qu'il affectionnait tant.
Mais aujourd'hui c'était différent. Elle n'avait pas décidé de venir, il l'avait appelée. House l'avait appelée, elle, Cameron. Il ne le faisait jamais.
Cela changeait beaucoup de choses.
Alors qu'elle entendit le verrou se tourner, elle resserra son manteau autour d'elle. Peut être à cause du froid, peut être par nervosité.
La porte s'ouvrit sur House appuyé à l'embrasure de la porte. Même dans la pénombre, Cameron pouvait distinguer les traits tirés et le visage défait de son patron.
« House, dit-elle dans un soupir lasse. »
Pourtant adepte des remarques acerbes, House ne répondit rien. Il s'écarta et laissa entrer Cameron sans un mot.
Cameron entra dans la pièce, House ferma la porte puis s'approcha d'elle en boitant. La jeune femme se retourna vers lui et le regarda avec plus d'attention : il semblait extrêmement fatigué. Sa main crispée sur sa canne lui indiquait qu'il souffrait encore davantage que d'habitude.
« Pourquoi il faut que vous fassiez ce regard de petit cocker éploré ?
Se cacher, toujours, derrière des remarques mordantes. Pourtant celle ci sonna creux ; Cameron décida de passer outre.
« Arrêter ça. Qu'est ce qui se passe ? Pourquoi vous m'avez appelée ?
J'avais besoin d'une trousse de soin pour… enfin je me suis ouvert le bras.
Comment vous vous êtes fait ça ? C'était délibéré ?
Est-ce que je vous ai demandé quelque chose ? Donnez moi la trousse et ça ira.
Non, c'est hors de question. Vous tremblez, c'est à peine si vous tenez sur votre canne.
Je vais bien, dit il avec force.
Vous n'allez pas bien et vous le savez très bien ! riposta-t-elle en soutenant son regard. »
Elle attrapa son bras :
« Vous êtes brûlant, vous transpirez… en plus vous êtes en manque, murmura-t-elle avec désolation.
Bien sûr que je suis en manque ! Cuddy ne veut plus me donner de Vicodine !
Et elle a raison ! Il faut vous faire soigner House.
Ca suffit, passez moi le désinfectant, les compresses et la Vicodine et allez vous en, dit-il en se retournant vers la porte.
J'ai le désinfectant et les compresses, pas la Vicodine.
Quoi ? s'écria-t-il en se retournant avec rage.
Je viens de vous le dire, je n'ai pas la Vicodine.
Mais vous avez rien dans le crâne ma parole ?
J'aurais pu l'amener. Mais je ne l'ai pas fait. Vous savez très bien ce que j'en pense. Il faut vous sevrer. Vous êtes mon patron, mais cela n'implique pas le fait que je dois obéir à des ordres qui n'ont absolument rien à voir avec mon métier! Je suis médecin, je n'aide pas les junkies !
Ah ! Je l'attendais la petite moralisatrice, et la voilà enfin, c'est pas trop tôt ! Foutez le camp maintenant !
Non.
Non ? répéta-t-il entre amusement et colère.
Je reste que vous le vouliez ou non. »
Le cœur de Cameron s'accéléra : qu'allait-il faire ? Elle se campa avec assurance sur ses deux pieds pour montrer sa détermination.
« Ne pas céder, surtout, ne pas céder. Il aime les gens qu'il lui tienne tête, pensa-t-elle pour elle-même. »
Il se retourna et lui fit face. Il planta son regard bleu glaçant dans celui de la jeune femme. Elle fit tout ce qu'elle pu pour soutenir ce regard : il ne fallait pas qu'elle craque, pas maintenant. Pourtant, il le savait, c'était si facile de la faire céder. Il savait qu'elle gardait toujours ce penchant pour lui – Ah Cameron, si romantique.
« Ah, satané penchant, satané regard et satané visage si sexy… Oh non ne craque pas, même si c'est si tentant. Si tentant… pensa-t-elle tout bas pour elle-même. »
Voyant que le regard n'allait pas suffire, il décida d'utiliser son arme favorite :
« Vous êtes maligne… même limite un peu calculatrice ! Vous savez très bien que je ne peux pas vous faire sortir de force de chez moi ! Enfin je veux dire, je pourrais le faire si j'avais pas ma jambe folle, vous êtes un tout petit gabarit après tout… Mais dans l'état actuel des choses, ce n'est pas envisageable.
Qu'est ce que vous préférez ? Restez seul avec votre jambe et votre bras souffrant ou me permettre de restez ici et donc de vous soignez. Hum ? »
Il ne répondit rien, et abaissa le regard. C'était sa façon à lui de donner son accord.
« Bien, alors asseyez vous.
Rha, le boss devient patient et le sous fifre devient boss. Honnêtement, vous avez rêvé ça toute votre vie non ?
Taisez vous un peu, dit-elle en souriant, le premier qu'elle lui concéda depuis qu'elle avait franchit la porte. »
Ils s'assirent sur le canapé, House déposa sa canne près de lui alors que Cameron ouvrit sa trousse de soin. Elle releva la manche de son patron, nettoya puis pansa sa plaie.
L'entreprise se fit sans un mot : elle aurait aimé lui dire quelque chose de rassurant mais elle ne trouva rien. Il aurait aimé lui dire « merci » - après tout, s'il avait appelé Chase ou Forman, ils ne seraient jamais venu, mais il trouvait ça trop niais.
Une fois qu'elle eut fini, elle approcha ses mains de la ceinture de House. La réaction de celui-ci ne se fit pas attendre :
« Oh Oh Oh ! On se calme là ! Qu'est ce que vous faites ?
Votre jambe…
Ma jambe ? demanda-t-il perplexe.
Je vais vous la masser, ça va vous faire du bien, dit-elle en sortant une pommade de la trousse.
Je peux le faire, dit-il, cachant difficilement son appréhension.
Je suis là, autant que je serve à quelque chose. »
Il voulu rétorquer mais ne trouva rien. Il se contenta d'hausser les épaules :
« Allez-y. »
Il préféra enlever son pantalon seul. Il avait présentement du mal à imaginer sa collègue le faire, pur question éthique, bien sûr.
Elle commença le massage. Ce n'était pas joli à voir. Mais c'était lui. Alors elle s'en fichait.
Lui tout de suite, un peu moins.
Elle passa et repassa ses mains sur sa jambe. La douleur diminuait un peu. Elle était douée, vraiment douée. Trop douée peut être ?
« Pourquoi tu avais accepté ? C'était risqué, trop risqué. Elle est attirante. Elle l'a toujours été. Elle t'a attiré dès le départ. Mais comme tu es House, tu as préféré jouer, c'est tellement plus drôle. Malheureusement, tu es a été pris à ton propre jeu. »
« Ca va ? demanda-t-elle. Ca vous a fait du bien ?
Heu… oui. Oui.
Ok, dit-elle d'un sourire un peu troublée, voila, c'est bon. »
Il se rhabilla. Cameron rangea sa trousse puis se retourna vers son patron. Instantanément, leurs regards plongèrent l'un dans celui de l'autre. C'était inattendu, mais c'était là. Ni l'un ni l'autre ne pouvait le nier. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais se résigna.
Il avait très envie, très envie de l'embrasser. Il savait qu'il regretterait, qu'il ne devait pas mais il s'en contre foutait, comme il se contre foutait de beaucoup de choses d'ailleurs. Sauf de l'embrasser, là, sur son canapé.
Son cœur à elle, pulsait de plus en plus vite. Elle avait très envie qu'il l'embrasse là, maintenant. Elle en avait tellement rêvé. Il fallait qu'elle continue de capter son regard, il ne fallait pas qu'il se détourne. Sinon, elle le savait, elle le perdrait.
Il approcha sa main, caressa sa joue. Elle frissonna à ce contact. Lentement, il vint près d'elle puis doucement il captura ses lèvres. Après quelques secondes, elle se sépara de lui, leurs lèvres toujours à quelques centimètres.
« Pourquoi ?
Pourquoi quoi ? murmura-t-il contre sa bouche, en caressant une mèche de ses cheveux.
Pourquoi vous faites ça ?
Arrêter d'essayer de trouver une réponse à tout hum ? »
Il l'embrassa de nouveau, plus profondément cette fois. Une de ses mains caressait toujours son visage alors que l'autre se perdait dans ses cheveux. Les deux mains de la jeune femme saisirent doucement sa nuque pour le rapprocher plus près d'elle. Alors qu'ils reprirent tous les deux un peu d'air après cet intense baiser, Cameron ne put s'empêcher de poser une main sur le torse de House pour lui demander de ne pas réitérera le geste, bien qu'elle en mourrait d'envie :
« Je ne sais pas si vous êtes très bien placé pour me dire ça… »
Il attendit un instant puis en secouant la tête, il se leva et se retourna pour partir. Pourtant, Cameron ne voyait pas la chose ainsi ; elle toucha doucement ses jambes puis chuchota :
« House. »
Il se retourna et baissa le regard sans réussir à masquer son étonnement. Elle se leva doucement, ses mains caressantes, jusqu'à arriver à sa hauteur. Elle caressa doucement son torse à travers sa chemise puis, plantant son regard dans le sien :
« N'ayez pas peur d'être vulnérable devant moi.»
Elle avança son visage et malgré un bref recul de la part de son patron, elle l'embrassa avec douceur.
« N'ayez pas peur… »
Cette paroles l'acheva et mit fin au mur qui avait subitement ressurgit à l'entente des mots de la jeune fille. Plus de mur, plus de peur… plus rien. Il la serra contre lui et l'embrassa langoureusement. Sa canne s'échoua au sol.
Elle se sentait si petite, si fragile entre ses deux bras mais c'était si agréable, si bon.
Tous deux ne comprenaient pas vraiment ce qu'il se passait. Trop de questions se bousculaient dans leurs têtes.
Pourquoi ? House n'avait même pas prit la peine de répondre à Cameron… Tout simplement car, pour une fois, le grand House n'avait aucune réponse. Son attitude était comme un symptôme qui ne collait pas avec son diagnostic . Un peu emmerdant mais au final très excitant.
Elle s'interrogeait : Et après ? Toujours contrôler ce qui allait arriver, ça, c'était son truc à elle. La prévoyance. Tout le contraire de lui en somme. Est-ce que cela mènerait à quelque chose ? Etait-ce la faiblesse d'un soir, d'un seul soir ? Et si je mettais fin à cela tout de suite et si je m'en allais ? Cela m'éviterait assurément de souffrir. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas m'échapper de ces bras, j'ai envie que cela continue, j'ai envie qu'il m'embrasse et qu'il me fasse l'amour. Et peu importe les conséquences. J'ai envie de ça. J'en ai besoin.
Leurs baisers devinrent de plus en plus profonds, de plus en plus empressés. Cameron glissa ses mains dans le dos de son patron qui s'acheminèrent sous sa chemise. House aida la jeune fille à se débarrasser de son pull qui vola quelques mètres plus loin. Ils enlevèrent leurs chaussures avec plus ou moins de difficulté et se dirigèrent doucement vers la chambre sans cesser de s'embrasser. Cameron déboutonnait la chemise de House et lui, dégrafait son soutien gorge d'une main experte tout en l'embrassant sensuellement dans le cou. Elle gémit sous l'effet de son baiser ce qui n'échappa pas à son patron : il fit glisser ses lèvres jusqu'à ses seins afin de la faire brûler encore et encore... Instantanément, les mains de la jeune fille agrippèrent les cheveux de son amant alors que sa tête bascula en arrière. Il la retint d'une main dans son dos. Soutien gorge et chemise rejoignirent le sol.
Revenu à sa hauteur, il la serra contre lui pour pouvoir sentir le contact de la peau contre la sienne et encadra son visage pour l'embrasser passionnément. La jeune fille se cambra de désir : les mains de House glissèrent alors jusqu'à la magnifique cambrure de son dos. Ses mains remontèrent puis se posèrent sur ses joues. Cameron déposa à son tour les siennes sur celles de House puis sépara ses lèvres. Elle avait envie de lui dire quelque chose, mais quoi ? Qu'elle était heureuse, qu'elle se sentait bien, qu'elle en avait rêvé ? Oui, tout cela était vrai mais était-ce nécessaire de lui dire ? Il devait déjà s'en douter.
« Quoi encore Allison ? chuchota-t-il avec amusement. »
Elle sourit à l'entente de son prénom dans sa bouche.
« Non, rien, embrasse moi. »
Il sourit à son tour de l'usage du tutoiement.
« Je préfère ça. »
Sur ce, il s'exécuta. Les vêtements s'éparpillèrent au sol au fur et à mesure qu'ils s'acheminèrent vers la chambre. House s'assit sur le lit ; elle le rejoignit bien vite en s'asseyant sur lui à califourchon. Alors qu'il caressait son dos et sa nuque déjà baignée de sueur, il jeta un dernier coup d'œil à son salon puis ferma la porte avec son pied.
