Elena n'a jamais respecté quelconque autorité, n'a jamais obéi à qui que ce soit sauf à elle même, n'a jamais suivi une autre ligne de conduite que la sienne. Braver l'interdit est pour elle une habitude, la témérité une seconte nature, et encouragée par sa fidèle Alba, elle fonce tête baissée, corps et âme, dans une relation défendue avec son biker, qui lui n'imagine pas à quel point il va changer la vie de celle qui n'est qu'une jeune ado en quête d'elle-même.
1 - Happy birthday Elena
- Joyeux anniversaire !
Les quatres ados autour de la table levèrent leur verre en l'honneur de leur benjamine. Alba avala son shot de tequila avant les autres. Elena, la reine de la soirée, la suivit alors que les deux autres regardaient leurs verres avec méfiance. Les deux meilleures amies se regardèrent puis, pouffant de. rire, finirent le plateau de shots à deux, sous le regard effaré de leurs amies. Les deux latinas filèrent au billard, puis à une autre table en compagnie d'hommes bien plus âgés qu'elles. Alba disparut avec l'un d'eux, et s'en fut trop pour les deux plus sages qui quittèrent le bar. À son retour, elle interrogea Elena du regard, qui lui répondit par un haussement d'épaules. Elles avaient l'habitude que leur frivolité et leur folie choque les autres, mais ne se privaient pas pour autant. Deux heures et deux grammes plus tard, le patron qu'elles connaissaient si bien les flanqua dehors. Elle se dirigèrent vers la petite voiture qu'Alba conduisait sans en avoir le droit. Elle démarra et prit la route vers leur petite ville, tout en admirant le lever du soleil. Encore une nuit blanche à leur compteur.
Elles dépassèrent le panneau "Charming" qui marquait l'entrée de la ville, et se sentirent en sécurité, chez elles.
- Home sweet home, lança Alba, de son vrai nom Albera.
Ses parents étaient arrivés clandestinement avec leurs deux enfants, Alba, âgée de 3 ans, et son frère aîné, Eli. Après avoir vécu quelques années dans un quartier de San Diego où personne n'était en sécurité, ils avaient cherché une petite ville calme pour finir leur vie tranquille, et Charming avait été ce qui s'en rapprochait le plus, au premier abord. La réalité était ensuite devenue très différente, mais ils n'avaient pas eu le courage de partir. Une autre petite fille était née, Julianna, et l'existence suivait maintenant son cours, dans un quartier pauvre d'émigrés latinos qui s'entraidaient et faisaient du mieux qu'ils pouvaient pour subvenir aux besoins de leurs familles.
À l'inverse de son amie, Elena vivait ce qui pouvait, en apparence, ressembler un conte de fée. Arrivée de Puerto Rico quatre ans auparavant avec sa mère et sa sœur, elle habitait dans un quartier assez aisé, dû à la situation plutôt confortable de l'actuel fiancé de sa mère. Pour l'aînée, Maya, cette façon de dépendre d'un homme était très dégradant, mais pour leur mère, c'était une manière d'assurer leur avenir et de leur faire oublier la vie misérable de leur enfance. Elena ne se plaignait pas et profitait largement de la situation finacière, mais tous les rêves avaient toujours eut un prix, et c'était le cas pour celui de la jeune fille. Quand la noirceur de la réalité se montrait, et les soirs où son cauchemar recommençait, elle ne pouvait que regretter son enfance à jouer avec des bouteilles sur le trottoir .
Devant la maison des Jimenéz, rien ne bougeait. Un vieux vélo rouillé traînait dans l'entrée, la façade de la maison était sale, et la terre et l'herbe sèche se mélangeait aux deux jeunes filles s'asseyèrent sur le capot rouillé de la voiture en regardant le ciel qui s'éclaircissait de plus en plus. Une autre de leurs habitudes. Regarder le ciel, réfléchir, et parler de leur futur incertain. Alba sortit un joint. Depuis ces quelques mois, et avec leurs vies qui se compliquaient de plus en plus, la drogue était devenue leur seule échappatoire.
- Où-est ce que t'as été fourrer ta tête de fouine cette fois ?
- C'est mon frère qui me l'as donné ...
- Vraiment ? Ton frère t'as filé sa drogue ?
- Bon ok, je lui ai piqué!
- Ahah ! Je le savais. Bien joué chérie!
- C'était tellement facile. Il planque sa came dans mes affaires, c'est un arrangement entre nous depuis une semaine parce que ma mère le surveille, mais elle ne me soupçonnerait pas. Ce con verra jamais que je lui en ai piqué. Ce truc ma beauté, c'est l'avenir!
- Et c'est quoi ton avenir à toi? Pute ? lança Elena
- Et pourquoi pas ?! C'est plutôt cool, non ? Continua son amie, rentrant dans son jeu
- Pff, t'es conne.
- Et toi alors ?! Tu vas suivre les traces de ta sœur ? Une grande carrière d'avocate, de médecin, de sénatrice ..? Tellement ennuyeux, et ... pas marrant !
- Mon idée de futur est un peu plus modeste que celui de ma chère sœur. Et ça devrait sûrement te plaire.. Tu vois, dans deux ou trois ans, on pourrait aller traîner au club des Sons ... Devenir la régulière d'un biker, ça serait chouette, non ?
- Ça serait tellement la classe ! Et moi je serais une pute à bikers, je me les ferais tous !
- Sans déconner, pourquoi ta réflexion ne m'étonne même pas ? Sérieusement, ça me plairait bien je crois ..
- Évidemment ! Je savais que t'y penserais un jour, t'es totalement obsédée par tous ces motards...
- Toi aussi ! Tu fantasmes sur eux dès que tu les croises.
- C'est dans ma nature, chérie.
- Nature, c'est clair que ça te va bien. Tu sais t'en servir. Ça, et tes atouts de charme.
- Et je l'assume entièrement. Mais c'est la grande vie, le rêve américain ! C'est pour ça qu'on a quitté nos trous à rats non ?
- Si tes parents avaient quitté Mexico pour que tu finisse pute en Californie, ils auraient pas dû s'encombrer, ça leur aurait rapporté moins d'emmerdes.
- Connasse !
- Et je l'assume entièrement, chérie. Mais si t'étais restée là-bas, j'aurais fait quoi sans ma pute adorée ?
- Que dalle ! Je suis indispensable, pour mettre un peu de piment dans ta petite vie minable.
- Mais ouais, c'est ça ! Bon, je vais rentrer avant que ma mère me bute. On se retrouve en cours ?
- Dans tes rêves ! On va pas en cours, les cours c'est vraiment de la merde, et ça te servira à rien plus tard ! Pique un peu de fric au fiancé de ta mère, et on file à Oakland !
- Qu'est ce que tu veux faire à Oakland ?
- Comme d'habitude. Boire, flirter, m'envoyer en l'air ..
- Oh, mais quelle classe ! Écoute, je suis fatiguée, bourée, défoncée alors ..
- Chut ! Tu te reposeras quand tu seras morte !
Leurs vies parfois vraiment pénibles ne leur offraient que de rares occasions d'êtres heureuses, mais malgré tout elles tentaient encore de chercher le bonheur en vivant tout à cent à l'heure. Dormir quand elles seraient mortes, c'était assez ironique dans leurs situations. Profiter de la vie jusqu'à ce qu'elle finisse par s'achever. C'était en quelque sorte leur devise, mais également la ligne de conduite qu'elles suivaient. Elena sauta de la voiture, et prit la direction de ce qui lui servait de maison.
