Avec l'OS "Commencer à l'envers" j'ai eu idée de faire cette fiction. Je ne sais pas où elle va mener, ni même si elle sera longue, mais c'est une envie comme une autre.

Les publications seront irrégulières.


Quand j'étais petite je disais toujours que je voulais être médecin. En grandissant j'ai compris que ce métier resterait un rêve. Je suis issue du parcours classique d'une famille désunie, et trop nombreuse, pour envoyer en études supérieures sa progéniture. Des parents divorcés, l'aînée d'une fratrie de quatre enfants, il a fallu faire un choix. Je ne pouvais pas demander à l'un de mes parents de porter la charge des frais de scolarité pendant dix ans sachant que j'avais des frères et sœurs après moi.

J'ai alors choisi de quitter la maison. Je n'ai pas ruminé longtemps sur ce choix. Entre travailler et gagner de l'argent ou choisir une voie de garage, pour ne pas couter trop cher, et ne rien pouvoir faire je n'ai pas eu longue hésitation. J'ai pu travailler rapidement grâce à un atout majeur que je possède depuis bien des années, ma beauté.

Cette beauté c'est de famille, grande, élancée, une poitrine généreuse mais pas dans l'excès, brune, bouclée, teint hâlé, yeux verts, je ressemble à ma mère lorsqu'elle avait mon âge. Je plais énormément aux hommes et les hommes me plaisent, je ne m'en cache pas. Je suis ce que l'on pourrait appeler une femme volage. Je n'ai nullement l'envie de me consacrer à un seul homme et je n'en ai pas du tout les moyens, avec la vie que je mène.

J'ai pourtant connu un garçon qui a fait chavirer mon cœur au lycée, mais notre histoire a vite avorté avec mon envie d'envol. Mon départ pour Miami il ne l'a pas compris, comme je n'ai pas compris pourquoi nous ne pouvions pas rester ensemble. Nos chemins se sont donc séparés le jour de mon départ et quand j'y pense maintenant ce n'est pas plus mal. Il n'y avait pas de place pour lui dans ce que j'allais entreprendre, comme il n'y a aucune place pour personne maintenant.

Je ne laisse aucun homme partager ma vie, ni même aucun membre de ma famille. Je n'ai pas honte de ce que je fais ni même de ce que je suis. Cependant la vision de mon métier est plutôt négative et je ne voudrais pas, par les ragots des autres, être la honte de ma famille. Alors pour tous mes proches, je ne suis qu'une serveuse d'un club branché de Miami. Ce qui explique mes longues absences. Je peux prétexter, travailler tard le soir voire même la nuit et donc dormir la journée … très bonne couverture lorsque je ne réponds pas au téléphone.

Je n'ai jamais imaginé que je trainerais mon métier comme une lourde charge, c'est peu glorieux, je ne m'en vante pas mais je ne le déteste pas, c'est assez paradoxal. La vision de mon travail est bien trop péjorative pour que j'en parle ouvertement aux gens, je n'ai pas envie d'être jugée, montrée du doigt, je veux juste qu'on me laisse tranquille.

Je ne serai pas ce que je suis toute ma vie, je le sais. Mais ce métier est fait de nombreux paradoxes ou du moins la manière dont je le gère. Je suis libre, libre de mes horaires, de mes jours de travail, libre de choisir ma manière de travailler et d'accepter ou non ce travail. J'ai une sensation de liberté, fausse liberté. Je suis en parallèle attachée à des chaines, devant rester dans la case du mensonge pour mes proches, amis et famille. Enchainée par la contrainte de ne pas faire de vague, de ne pas choquer et préserver les miens. Ce job est tellement ambigu, comme tout ce que je peux ressentir.

Il m'arrive de me plaindre de mon boulot, mais comme tout le monde. Je n'ai pas la vie dont je rêvais étant gamine, je n'ai pas la paye que je veux. Je trouve parfois mon travail misérable, ma paye insuffisante, je me plains d'être fatiguée tout ça comme n'importe qui. Mais ce métier me fait vivre et je veux pouvoir et dois gagner de l'argent facilement… ah l'argent…

Ces doux billets verts qui me brûlent les doigts… la délicieuse sensation de papier froissé entre les mains, le bruit des billets qui frottent entre eux, l'odeur…. J'aime savoir que je dispose d'argent même si je n'ai pas une fortune. Je paye toutes mes factures, j'envoie un peu d'argent à ma famille, je m'achète beaucoup de fringues et de chaussures. C'est fou ce que l'on est bien mieux habillé avec des vêtements classiques et bon marché plutôt qu'avec de la haute couture.

Bref, je profite de ce que la vie m'offre et pour l'instant ça me va. Je vis sans trop me poser de question.

Il y a trois choses qui motivent les Hommes dans ce monde, le pouvoir, le sexe et l'argent. Je dispose d'un pouvoir particulier, celui de contrôler de nombreux hommes. Le sexe c'est où je veux et quand je veux, j'aime côtoyer divers partenaires et je n'aime pas la routine. Et l'argent j'en dispose suffisamment pour vivre à ma manière. Je ne sais donc pas par quoi je suis motivée maintenant … hormis le fait de toujours disposer de ces trois cartes à jouer.

Mes trois cartes principales, sexe, pouvoir, argent et mon atout, mon physique.

La sonnerie de mon téléphone retentit alors que je souffle la dernière bouffée de ma cigarette. Cette sonnerie si spéciale c'est ma patronne. Je me mets devant ma fenêtre avant de décrocher pour voir si cette soirée va me plaire.

- Lina, c'est Betty. Tu veux travailler aujourd'hui ?

- 28°C, humidité ambiante, je ne sais pas si ça va m'aller.

- Miami Beach dans une heure et jusqu'à 22h00, classique pas très juteux. Liste Betty.

- Non, je bossais hier soir, contacte Jane, elle a besoin de travailler en ce moment.

- Ok a plus. Dit Betty avant de raccrocher sans me laisser le temps d'en placer une.

Je travaille pour Betty depuis plus de quatre ans, c'est une femme d'affaire, une véritable business woman. Elle doit avoir une quarantaine d'année, mais depuis que je travaille pour elle, nous fêtons tous les ans ses 35 ans. Elle est franche, directe, speed, elle est montée sur ressort. Cette femme est une professionnelle avec un cœur en or. Elle comprend mes possibles refus et mes exigences.

Quand je suis arrivée en ville, débarquant de mon Alabama natal, elle m'a offert un job rapidement alors que j'étais sans expérience. Elle n'a pas hésité à parier sur moi, elle a eu confiance et je fais aujourd'hui partit de ses meilleurs éléments, voilà pourquoi je peux me permettre de choisir mes missions.

Mais aujourd'hui je n'ai pas envie de travailler… quand je vois la soirée qui se dessine je préfère penser à la nuit que je vais passer. J'ai envie de m'éclater, la soirée sera chaude je le sens, cette nuit est faite pour moi et je serais sous les feux des projecteurs ! Il me reste à définir le lieu qui me couronnera de succès avec un homme magnifique, mais avant de penser à tout ça… je décroche mon téléphone pour appeler ma petite sœur qui a, une fois de plus, essayé de me joindre en vain hier soir.


Une petite review ?