Salutations distinguées!
Pour les quelques passants qui auraient lu le premier Chapitre de "Later", sachez que le deuxième est sur le feu! Mais il se prolonge à n'en plus finir et il va falloir un petit moment avant que je ne décide de le soumettre à vos petites mirettes.
En attendant voici le premier chapitre de ma nouvelle fanfiction. Un crossover Glee/Hunger Games (et oui c'est la mode!) que j'avais vraiment envie de commencer depuis quelques moments.
Pour les paires, j'ai tiré au sort. Le sort a donc choisi un duo plutôt inattendu pour le premier chapitre.
Voilà donc!
Brittany. Brittany Susan Pierce.
Ses yeux s'ouvrirent sur le faux-plafond de sa nouvelle chambre.
D'un revers de main, elle essuya la pellicule infinitésimale de transpiration qui recouvrait son front.
Son propre nom résonnait encore à l'intérieur de son cerveau, prononcé par cette voix agaçante et poussée, voix que chacun appréhendait en ce moment même. Elle en avait rêvé les quinze nuits précédentes.
Sa peau était brûlante, malgré le froid qui ankylosait ses jambes. Et elle ne pouvait empêcher toute la partie supérieure de son corps de frissonner. Le rythme de ses pensées était devenu de plus en plus saccadé, ne se résumant qu'à des images d'un passé dont elle faisait le deuil, à des fragments d'une existence dont il lui semblait qu'elle n'avait pas fini avec.
Le radioréveil annonçait trois heures cinq.
Ses parents lui manquaient. Son chat lui manquait. Katniss lui manquait.
Elle avait réussi à l'embrasser une dernière fois avant qu'on n'empoigne ses bras avec une force titanesque. D'un geste machinal, elle lécha ses lèvres sèches, essayant de se remémorer le goût qu'avaient celles de son amie lorsqu'elles s'écrasaient sur sa bouche.
Elle reposa son visage sur l'oreiller et sanglota silencieusement.
Cours. Il faut toujours courir.
Il choisit un point au hasard, à une centaine de mètres de là. Ses jambes se mirent en marche seules, sans qu'il l'ait vraiment décidé. Tandis qu'elles s'agitaient à une rapidité épatante, il s'affairait à compter les secondes.
11 secondes et des poussières. C'était bon. C'était très bon.
Il n'eut pas besoin de reprendre son souffle. Il était doué pour ça.
Burt l'avait vu en lui. Certainement à la manière qu'il avait d'être à la fois posé, calme, discret, sans jamais s'arrêter de bouger. Il courait comme un dératé sans perdre une miette d'une grâce féline, il courait avec frénésie sans jamais qu'un de ses pas ne trouble le silence.
En voyant Burt, on ne pouvait pas vraiment s'imaginer qu'il avait été le gagnant de la 59ème édition des Hunger Games. Il était rond, son aspect inspirait plus le père de famille aimant que le gladiateur habile dans le maniement des armes.
Son visage s'était fermé dès qu'il avait vu Mike.
Il s'attendait à ce que les gamins soient des ingrats, des crétins, des enfoirés. Malheureusement, il semblait que le sort s'acharnait toujours plus sur des adolescents intelligents, au regard perdu, désespéré, comme s'ils ne savaient pas vraiment ce qu'ils venaient faire là. Des gamins qui auraient dû finir leurs études, obtenir une bourse, devenir médecins, avocats, instituteurs.
Des gamins comme Mike, en somme.
Les deux s'étaient regardés un instant sans savoir quoi dire. Puis Burt avait procédé comme il se l'était répété maintes fois, expliquant quelques règles basiques de survie, posant quelques questions essentielles à son élève. Le plus dur étant de rendre ceci concret sans être familier, de le mettre face à ce qui l'attendait sans le plonger dans une longue torpeur.
La parade s'était déroulée d'une manière merveilleuse. Mike Chang étant déjà doté d'un certain charisme, il avait suffi de lui offrir l'une de ces tenues brillantes pour qu'il resplendisse. Ses sourires n'avaient même pas l'air forcés.
Et l'entraînement avait débuté.
Mike enchaînait les séances de musculations avec celles de sprint. Il était efficace, rapide, enregistrait chaque information, agissait avec méthode, avec organisation, comme il l'avait toujours fait durant sa scolarité, appliquant les conseils que ses parents lui avaient toujours donnés. Ses parents qui ne doutaient pas une seconde que leur enfant allait faire une grande carrière, allait devenir quelqu'un de fantastique. Ses parents qui ne doutaient pas une seconde que leur fils allait être le gagnant des Hunger Games.
Ce n'était pas le cas de la fille de son District.
Il la connaissait de vue. Bien évidemment. Le District 12 était une zone reculée, pauvre, étroite. Tout se savait. Tout circulait, par un système compliqué de bouche-à-oreilles. Brittany Susan Pierce était une gamine qui suscitait les ragots de ménagères.
Petits, elle et Mike étaient dans la même classe. Mike avait un an de plus et les deux premiers niveaux se partageaient une grande salle peinte en bleue. Brittany était, il s'en rappelait, d'une vivacité et d'une ouverture d'esprit stupéfiante pour une gamine de quatre ans. Là où d'autres gamins s'escrimaient à dessiner ce qu'ils connaissaient-leurs maisons, leurs parents, leurs candidats préférés aux Hunger Games-Brittany, elle, réalisait d'atypiques mélanges de couleurs, inventait des créatures idylliques, répliquant aux mécontents qu'il s'agissait d'un monde auquel ils n'auraient jamais accès.
Dans la classe supérieure, elle se révéla désastreuse dans toutes les matières. Les mathématiques, les lettres, tout ceci n'était pour elle qu'une accumulation de hiéroglyphes dont l'inutilité et la laideur justifiaient qu'elle ne les retienne pas. Mike, lui, gobait tout ce qu'on lui racontait, soulignait la date en rouge, avait conscience d'avoir de la chance d'aller à l'école, c'est ce que ces parents s'entêtaient à lui répéter.
Brittany et Mike étaient deux élèves isolés, chacun dans leur côté de la cours de récréation. Lui, un livre épais posé sur ses genoux, elle s'entraînant avec une corde à sauter multicolore qu'une tante lui avait offert.
A sept ans, Brittany quittait l'école. Ses parents étaient trop pauvres pour continuer de payer les frais de scolarité. La petite blonde avait dû apprendre à chasser, à ramener à sa famille de quoi se nourrir, à vendre ses proies. Là encore, elle n'avait pas franchement réussi. Elle ne valait rien dans ce domaine, ses flèches tombaient systématiquement à côté des oiseaux, ses lames ricochaient sur la peau des bêtes. Elle ne ramenait rien, et continuait de peser sur les bras de ses parents.
Mike, de son côté, menait une scolarité des plus brillantes. Sa famille investissait énormément sur lui, il le savait car son père lui tenait un journal hebdomadaire des dépenses du foyer, insistant sur le coût de l'école, sur le résultat qu'ils attendaient de leur fils. Et leur fils ne les décevait pas. Il était le meilleur. Le meilleur en éducation physique, en mathématiques, en histoire. Un enfant sans soucis, sans passions gênantes, un enfant apparemment asexué puisque, à quinze ans, on ne lui connaissait aucune conquête, et ce malgré un physique plutôt agréable, un sourire blanc, un torse musclé. Un bon enfant.
Brittany avait fait scandale une seconde fois, lorsqu'elle avait commis l'erreur de tomber amoureuse de Katniss Everdeen, sa meilleure amie. L'homosexualité, dans une bourgade aussi étroite, était considérée comme un tabou. Mike se rappelait de sa mère et de son père en parler, dans la cuisine. Monsieur Chang tiendrait l'information de par la boulangère, elle-même le sachant par la couturière, ayant pour cliente une cousine éloignée de la mère de Katniss. Mike se rappela avoir ressenti un certain agacement face à la manière dont les gens se croyaient en droit de juger quelqu'un face à quelque chose d'aussi incontrôlable que l'amour. Il savait aussi qu'il avait un vague souvenir de Brittany Pierce, et qu'il lui apparaissait qu'elle était une fille gentille qui méritait mieux que les piques consternées que sa mère lui destinait, dans le salon. C'était l'une des premières fois de sa vie que son avis différait de celui de ses parents.
Il se rappelait aussi du moment de son existence où il avait découvert qu'il aimait danser. Il aimait vraiment. Il s'entraînait dans sa chambre, fermant la porte à clef au cas où sa mère puisse avoir l'idée de vérifier des devoirs qu'il avait bouclés sur le court chemin entre le lycée et la maison.
Il avait pris l'habitude de faire un détour, passant par le hall où les danseuses s'entraînaient tous les jeudis, de seize à dix-huit heures. Il admirait leur grâce de par la grande baie vitrée, mémorisaient leurs mouvements pour pouvoir les reproduire, chez lui. C'est là qu'il avait revu Brittany Pierce, dehors elle-aussi, sa tennis gauche fièrement dressée au-dessus de sa tête, son front plissé dans une concentration perceptible. Elle avait exécuté l'enchaînement en même temps que les danseuses, avec encore plus de talent, encore plus de plaisir.
Il l'avait saluée, sans pour autant être sûr qu'elle l'avait aperçu. Elle paraissait absorbé par ce qu'elle faisait, de la même manière qu'elle l'était, autrefois, lorsqu'elle peignait sur des feuilles épaisses des papillons aux ailes géantes, des papillons qui voleraient plus loin, plus longtemps, qui s'éloigneraient du District 12, de la pauvreté, de la mort, de la conformité étouffante que chaque chose y prenait, et des cases minuscules où les gens rangeaient l'amour, le rire, la musique.
Ainsi s'étaient-il retrouvés, lorsque cette femme hideuse avait lentement, très lentement, pour faire durer le doute, l'espoir jusqu'à la fin, comme s'il existait quelqu'un qui possédait exactement le même nom que les deux élus malchanceux, à l'exception d'une dernière syllabe changeante, d'un accent différent, oui, c'était possible, tout était possible…
Les regards s'étaient tournés lentement, fatalement vers Mike.
Et cette fois il avait compris qu'il ne s'en tirerait pas avec une parade. Il ne s'en tirerait pas en étant plus discret, plus correct, plus lisse ou plus parfait. Le poids de tous ces regards, ceux qu'il avait soigneusement évités depuis tant d'année, voilà ce qui, bien plus que l'éventualité de sa mort, l'avait tant fait trembler.
Brittany, déjà sur l'estrade, ne lui avait pas accordé un seul coup d'œil. Son attention semblait focalisée vers cette jolie fille, au centre. Katniss serrait dans ses bras sa petite sœur, Primrose, sanglotant à la fois de soulagement et de désespoir. A cet instant-là, Brittany savait qu'elle avait tout perdu.
Elle avait refusé d'adresser la parole à Mike dans le train les menant au Capitole. Elle s'était rendue à quelques séances d'entraînement, mais était restée en retrait, dans un coin de la pièce, essayant de deviner lequel de ces pauvres ados allait vaincre tous les autres, lequel, sur vingt-quatre, allait rentrer à la maison, embrasser ses parents, embrasser sa Katniss, s'avachir à nouveau dans son canapé et devenir croyant.
Elle avait dix-sept ans, elle était amoureuse, elle vivait depuis des années sur une conception inédite de ce monde, et à présent elle allait mourir.
Mike pensait à elle en enchaînant sa quatrième séance de relais. Il essayait d'éviter tout contact avec les autres, mais ne pouvait échapper à la peau fine de la fillette à qui il passait le relai. Elle était petite, blonde, il avait entendu qu'elle s'appelait Sarah Evans, et il n'y avait rien en elle qui ne soit détestable, rien dans son shampooing à la fraise que Mike ne trouvait pas adorable, rien qui ne puisse le décider à la tuer.
Il regarda autour, cherchant Brittany des yeux. Elle était seule, s'occupait à tirer à l'arc sur une cible dont il ne voyait rien. Il fronça les sourcils, se rapprocha d'elle.
Il constata avec stupeur que chaque flèche poursuivait une trajectoire parfaite avant de se ficher dans le point minuscule qui ornait le centre de la poitrine de la cible.
« N'étais-tu pas supposée être minable ?
Elle se retourna, plongea son regard bleu dans celui de Mike. Il l'avait déjà remarqué à la parade, lorsqu'elle avait revêtu cette robe rouge : elle était jolie.
-C'est une cible en carton, répliqua-t-elle. Ce n'est pas un écureuil.
-Ce n'est pas un homme, laissa entendre Mike.
Son visage se figea en une expression de souffrance entendue.
-Brittany, continua-t-il. Tu dois le faire. Si tu as ce talent… Tu dois l'utiliser. Tu ne dois pas avoir peur.
Il lui parlait comme s'ils étaient amis, avec douceur, avec patience, compréhension. Il parlait comme ceci à tous les gens qu'il estimait, ne serait-ce qu'un peu. Les autres se heurtaient à son silence de pierre. Sa mère, son père, ses maîtres au lycée, se heurtaient à son silence de pierre.
-Ne pas avoir peur de quoi ? Ricana-t-elle. De la mort ?
Elle tendit l'arc en face d'elle, ferma l'œil droit et lâcha la corde. Cette fois, la flèche plongea dans le second point, sur le visage de la cible.
-C'est impressionnant, commenta Mike. Burt sait ce que tu sais faire ?
Elle acquiesça.
-Tu pourras le montrer aux juges. Ils seront impressionnés. Tu es très talentueuse.
-Et toi, que vas-tu montrer ?
Il ne l'avait pas encore décidé. Il était plus rapide et endurant que n'importe quel autre concurrent mais Burt lui avait conseillé d'utiliser une arme pour impressionner les juges. Le poignard était jusque-là celle avec laquelle il se débrouillait le mieux.
-Le couteau, murmura-t-il. Je me débrouille avec.
Brittany bloqua sa respiration.
Elle essaya de s'imaginer comment ça serait, lorsque l'extrémité d'un couteau viendrait tendre sa peau fine avant que l'arme ne la transperce.
-Le couteau, acquiesça-t-il après avoir dégluti. Je suppose que si tu le plantes au niveau du cœur, tu déclenches une hémorragie ?
Mike hocha la tête. Brittany laissa tomber l'arc, se rapprocha de lui.
-En combien de temps décède-t-on d'une hémorragie ?
-Eh bien, si on atteint l'aorte... je dirais, quelques minutes.
Elle réfléchit, fermant les yeux. C'était le seul moyen.
-Est-ce que l'on souffre ? Je veux dire, est-ce qu'on a le temps de souffrir?
Mike parut troublé. Il resta sans voix.
Elle soupira. Elle saisit sa main, la plaça sous son sein gauche. Un geste mécanique, ce qui n'empêcha pas les joues de Mike de s'enflammer.
-C'est là.
-Pa…pardon ? Demanda-t-il.
-C'est là que tu devras planter ce putain de couteau. Je sais que tu coures très vite. Plus vite que tous les autres. Quand le compte à rebours sera terminé… J'ai vu les dernières éditions. Je sais que ça ressemble à une charcuterie immense, alors… Je ne bougerai pas, Mike. Tue-moi rapidement, d'accord ?"
Il avait remarqué qu'elle tremblait à nouveau. De légers tremblements qui se transformèrent rapidement en de longs spasmes d'angoisses.
Mike récupéra sa main et, dans un geste qui n'avait rien de mécanique, enserra Brittany contre lui.
Il sentit quelques larmes couler sur son épaule, mais fut incapable de déterminer à qui elles appartenaient.
