Chapitre 1

Elle détestait les vols long courrier. Ce n'était pas tant la durée du vol qui la gênait, mais surtout le décalage horaire. Quoique dans ce sens là, il était plus supportable qu'au retour.

Comme toujours, l'aéroport John Fitzgerald Kennedy était bondé, et elle dut se frayer un passage jusqu'aux tapis pour récupérer ses bagages. Elle patienta quelques minutes avant de voir apparaître sa grande valise de marque et son vanity case. Elle les déposa sur son chariot sur lequel elle avait déjà mis ses bagages à main. Cela fait, la jeune femme se dirigea vers les guichets de sortie. Une longue queue l'attendait.

Un quart d'heure plus tard, sa patience mise à l'épreuve, elle arriva enfin devant l'employé des douanes.

« Bonjour madame, voyage d'affaire ou de tourisme ? » demanda celui-ci en prenant les documents que lui tendait la jeune femme.

« Business, et c'est mademoiselle » rétorqua-t-elle avec un joli sourire.

« Pardon mademoiselle » rectifia-t-il en lui rendant son sourire.

Il vérifia l'authenticité du passeport et du visa, Il jeta un œil sur les feuilles jointes que la jeune femme avait préalablement remplies, et après s'être assuré que la photo correspondait bien à la personne qu'il avait en face de lui, il apposa un tampon et lui rendit les documents.

« Bon séjour à New York mademoiselle Dumont »

« Merci et bonne journée à vous »

Elle passa très rapidement la formalité de contrôle des bagages et se dirigea vers la sortie. Elle entra dans le premier taxi libre et une fois installée, elle donna le nom de son hôtel au chauffeur qui avait préalablement remisé les bagages dans le coffre.

Une fois que le véhicule eut quitté l'aéroport, elle fixa son regard sur le paysage qui défilait. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas remis les pieds aux USA et encore plus dans la grande pomme. Cette réflexion la conduisit naturellement à repenser à la raison de sa venue dans ce pays.

Elle était là pour un contrat très juteux !

Elle sourit. C'est la première fois qu'on lui offrait une telle somme pour tuer quelqu'un. Elle ne connaissait pas encore sa cible, mais en l'occurrence, elle devait avouer qu'elle n'en avait cure. Pour un montant pareil, elle tuerait le pape.

En fait non. Jusqu'à maintenant, elle n'avait exécuté que des méchants. Elle s'en était faite une règle. Même si elle y avait pris énormément de plaisir. Mais là, elle était prête à bafouer ses principes, car si tout se déroulait selon ses plans, ce serait son dernier contrat.

Une retraite bien méritée !

Cela faisait plus de dix ans qu'elle exerçait « ce métier », et il était temps qu'elle raccroche. A ce jour, personne n'avait encore pu identifier « Judy la Belge », mais la chance pouvait tourner, et elle ne comptait pas prendre ce risque.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre et évalua la circulation. Elle avait un rendez-vous important et il n'était pas question d'arriver en retard. C'est sa réputation qui était en jeu.

« Vous pensez que nous pourrons atteindre mon hôtel d'ici une demi-heure ? » questionna-t-elle le chauffeur.

« Nous y serons d'ici vingt minutes au plus madame » lui répond-il avec un sourire

« C'est parfait alors » remercia-telle en décidant de ne pas le reprendre sur le titre qu'il avait employé.

Elle se remit à observer les rues bondées de la grosse pomme. Elle aimait l'ambiance de cette ville. Elle était toujours très animée, et cela quelque soit l'heure. On ne s'y ennuyait jamais.

Et puis, c'était la ville où habitait son écrivain de romans policiers préféré.

Elle avait hâte d'ailleurs de découvrir le nouveau chapitre de sa saga, et comble de bonheur, la sortie officielle devait avoir lieu cette semaine. Avec un peu de chance elle pourrait assister à une des séances de dédicaces.

Elle sourit à cette éventualité, parce qu'en plus d'aimer ses livres, elle le trouvait plutôt à son goût. C'était tout à fait son type d'hommes, et confiante en son charme, elle se voyait bien passer du bon temps avec lui. A cette idée, elle fut parcourue d'un frisson.

Elle fut ramenée à la réalité par la voix du chauffeur qui avait stoppé son véhicule.

« Vous êtes arrivée madame, et en moins de vingt minutes » lui sourit-il

« Ah, merci, c'est parfait »

Elle lui paya sa course en lui octroyant un généreux pourboire et sortit du taxi. Elle attendit que le groom de l'hôtel récupère ses bagages, et pénétra dans l'hôtel. Elle se dirigea vers la réception où un homme d'une quarantaine d'année l'accueillit avec un sourire convenu.

« Bonjour madame, soyez la bienvenue au Four seasons »

« Bonjour, vous devez avoir une chambre réservée au nom de MADEMOISELLE Dumont » répondit-elle en insistant bien sur la civilité.

Le réceptionniste tapa sur le clavier de son ordinateur et se tourna vers la jeune femme.

« En effet mademoiselle Dumont, vous avez bien une réservation pour la suite Manhattan ».

« C'est parfait, merci »

« Pourriez-vous me donner votre passeport et une carte de crédit ?» demanda-t-il à la jeune femme tout en appuyant sur un bouton.

Judy lui tendit les documents demandés et jeta un regard circulaire pour apprécier les lieux. C'était la première fois qu'elle descendait dans cet hôtel. Elle l'avait choisi parce qu'il était situé entre Park Avenue et Madison Avenue, à deux minutes de Central Park et des boutiques de luxe de Madison et de la 5ème avenue. De plus sa suite bénéficiait d'une vue imprenable sur Central Park. Et, le restaurant gastronomique était de renommée mondiale. En effet Joël Robuchon en est le chef.

La jeune belge récupéra sa carte de crédit que lui tendait le concierge et se tourna vers le garçon d'étage qui était arrivé entre temps et qui avait pris en charge les bagages de la jeune femme. Ensemble ils se dirigèrent vers les ascenseurs. Après quelques secondes de patience, ils pénétrèrent dans le premier qui se présenta. L'employé appuya sur le bouton de l'étage où se trouvait la suite. Arrivés à destination, ils attendirent que la porte s'efface et sortirent. La porte de la suite se trouvait face à l'ascenseur. Le garçon ouvrit celle-ci à l'aide de la carte magnétique et pénétra dans la pièce suivi de la jeune femme.

A peine franchie le seuil, Judy inspecta les lieux et admira les lignes pures et racées de la suite, ode à la sobriété et l'élégance. Pas d'imprimés fleuris, d'arabesques ou d'entrelacs mais une grande simplicité dans le choix des couleurs. Des beiges et des marrons glacés, du saumoné ou une couleur caramel et ivoire très Art Déco. Le tout jouant les contrastes entre simplicité et des détails au luxe discret mais délicieusement raffiné. Du papier mural le Corbusier, des meubles en sycomore anglais et des draps de lits du Rivot Carmegini recréait un style épuré. Elle remarqua aussi la délicatesse des jolies compositions florales, tulipes, orchidées blanches qui simples ou plus élaborées apportaient un peu de fantaisie. Posées sur une table basse, une coiffeuse ou devant le miroir de salle de bain, elles embaumaient l'air d'un parfum léger et subtil.

Satisfaite, elle pénétra plus franchement dans la pièce se débarrassa de son manteau qu'elle déposa sur un des fauteuils. Elle attendit que le garçon d'étage termine d'installer ses affaires. Celui-ci sortit de la salle de bain quelques instants plus tard.

« Puis-je faire autre chose pour vous mademoiselle » demanda-t-il alors.

« Non merci, ça ira jeune homme » lui sourit-elle en lui tendant un billet de vingt dollars.

« Merci mademoiselle, et je reste à votre service » dit-il en lui rendant son sourire et en sortant de la suite.

Une fois seule, Judy vérifia l'heure et constatant qu'elle était dans les temps se dirigea vers la salle de bain pour commencer à se préparer pour son rendez-vous.

Elle sortit une demi-heure plus tard habillée d'une robe noire à fines bretelles et laissant ses épaules dénudée. Elle avait opté pour un chignon qui laissait échapper quelques mèches. Elle s'empara d'une veste courte de la même couleur que ses chaussures rouges à hauts talons, qu'elle enfila en sortant de la suite. Elle prit l'ascenseur et d'un pas décidé, elle se rendit au bar de l'hôtel où son contact devait lui faire livrer des documents.

Comme ils en avaient convenu, elle s'installa au bar, commanda un mojito et patienta en surveillant les alentours. A l'heure dite, un jeune homme employé d'UPS se présenta dans le bar. Il se dirigea directement vers elle.

« Mademoiselle Carine Dumont ? »

« Oui, c'est moi »

« J'ai des documents à vous remettre »

« Oui merci, je les attendais »

« Veuillez signer là alors » lui dit-il en présentant son appareil et en tendant un stylet à la jeune femme.

Il lui remit alors le paquet et sortit du bar. Judy s'empara du verre que le barman lui avait servi entre temps, en but une gorgée et le reposa. Elle décacheta l'enveloppe et sortit les documents en vérifiant qu'il n'y avait personne à proximité. Une fois rassurée, elle prit connaissance du contenu. Avant de regarder les photos, elle s'attarda sur le dossier qui les accompagnait. Elle le parcourut et fronça les sourcils à la lecture de celui-ci.

Le mode opératoire requis était des plus compliqué, mais il devait y avoir des raisons à cela. Et avec le temps elle avait appris à ne pas se poser de questions. Elle remit le dossier dans son enveloppe et s'attarda sur les deux photos. En découvrant la photo de l'homme, elle poussa un petit cri de surprise et commença à blêmir.

« Oh non, pas lui ! »