Elle l'a porté, nourri de son sang durant presque neuf mois, son corps s'adaptant pour le nourrir, lui et son double, sans que ni l'un ni l'autre n'en pâtissent.
Elle a caressé attentivement les deux bosses, n'en oubliant aucune, jamais, les aimant si fort, pareillement.
Elle a souffert des heures durant, puis, a trouvé la force et le courage de pousser encore, pour le faire naitre lui, quelques minutes après son frère.
Elle l'a allaité, comme son frère, malgré la gémellité, malgré les 3 ainés à s'occuper, malgré la fatigue et les difficultés.
Elle a veillé sur les cauchemars, les dents qui sortent, les rhumes, les otites et les fièvres inexpliquées.
Elle n'a pas compté ses nuits, ni sa peine.
Elle lui a apprit à marcher, à courir, à parler.
Elle a cousu, tricoté, raccommodé.
Elle l'a lavé, langé, essuyé, mouché, torché.
Elle a supervisé les leçons, obligé à faire les devoirs, surveillé discrètement les jeux entre frères.
Elle s'est extasiée sur les bouquets de fleurs et présents hideux, a porté avec fierté les colliers de nouilles et a affiché les dessins malhabiles.
Elle a cuisiné sans relâche, tous les plats qu'il aimait.
Elle a tout pardonné, tout excusé.
Elle l'a aimé.
Tant aimé.
Elle a crié, hurlé, tempêté, mais elle l'a adoré.
Elle a eu peur, elle a été découragé, mais jamais son amour ne s'est tari.
Elle a été fière et elle a eu honte.
Elle l'a protégé tant qu'elle a pu, de toutes ses forces.
Elle a puni et récompensé, elle a encouragé et réconforté.
Elle a écouté, comprit, même et surtout ce qui n'était pas dit.
Jamais elle n'a jugé.
Elle l'a même regardé partir vivre sa vie, sans montrer son angoisse.
Elle a beaucoup pleuré, mais bien plus rit encore.
Pour ça.
Tout ça, tant d'amour, d'efforts et d'abnégation, pour en arriver là.
Le regarder rire et puis tomber si soudainement.
Si lourdement qu'elle a comprit tout de suite.
Le voir mourir.
La chair de sa chair, son sang, sa fierté, son bonheur et sa souffrance.
L'enfant qu'elle a nourrit de son sang, de son lait, de sa cuisine mais surtout de son amour.
L'un de ceux sans lesquels elle ne peut imaginer vivre.
Tant d'années, tant d'espoir et de complicité réduits à ça.
Le néant.
La mort de son enfant, devant elle, impuissante et inutile.
Bien sur elle l'a lavé, habillé et coiffé, une ultime fois.
Elle a même su être forte, pour le jumeau survivant, dont la peine à nulle autre n'était comparable.
Mais ne lui demandez pas d'aller mieux.
Ne lui demandez pas de cesser de pleurer: elle n'a plus que ses larmes
Ne lui demandez pas d'oublier.
Parce que souffrir, penser à lui, s'abimer dans ses souvenirs, c'est la dernière façon qu'elle a de l'aimer.
Et ne demandez pas à une mère de ne plus aimer son enfant.
Même si il est mort.
Surtout si il est mort.
