Disclaimer : Pirates des Caraïbes appartient à Disney.

Rating : tout public

Note : cette histoire fait plus ou moins suite à la fic Les Maîtres d'Armes mais il est inutile de l'avoir lue pour comprendre l'intrigue.

Les Duellistes

Chapitre 1

Weatherby Swann a une idée

« Les premiers invités ne vont pas tarder à arriver, miss Elizabeth, et vous n'êtes toujours pas prête ! » pesta sa femme de chambre, Estrella, en arrangeant fébrilement une mèche de cheveux qui tombait pourtant parfaitement.

Elizabeth soupira et s'arracha aux bons soins de sa servante. Elle jeta un regard morne au miroir qui lui renvoya l'image d'une adolescente osseuse de seize ans.

« Vous vous êtes donnée suffisamment de mal, et c'est parfait… Du moins autant qu'on peut l'espérer. Comme si ce dîner en valait la peine. »

Estrella eut un petit sourire.

« Il y a encore moins de deux ans, vous vous plaigniez d'être traitée comme une enfant en ne pouvant assister aux réceptions de votre père, et à présent que vous en avez la permission…

– Je m'y ennuie comme un rat mort. Les rares fois où quelqu'un d'intéressant nous honore de sa présence, il est assis à l'autre bout de la table.

– Ce lord Granby et son fils, qui seront là d'un instant à l'autre…

– … sont deux sombres crétins et l'ami du fils, ce… comment, déjà ? Robert Renton. Je le déteste.

– Il m'a eu l'air d'un charmant jeune homme, quand nous l'avons croisé ce matin. De toutes façons, c'est si rare que des gens si distingués nous rendent visite dans les colonies ! Vous ne voudriez pas leur donner l'impression que nous sommes des sauvages ?

– Si cela pouvait les convaincre de rentrer chez eux ! Non, Estrella, cette soirée s'annonce sous les pires auspices. Si seulement Will Turner pouvait être là !

– Ne soyez pas ridicule, vous savez bien que ce n'est qu'un simple apprenti forgeron et…

– Je le sais parfaitement et je trouve cela parfaitement stupide… Si encore le capitaine Norrington était présent, mais il doit être encore en mer.

– Oh, mais pas du tout ! L'Intrépide est rentré au port ce matin même, et le Gouverneur s'est hâté de lui transmettre l'invitation. »

Le moral d'Elizabeth remonta légèrement. Norrington, bien qu'il soit un peu trop moralisateur et compassé au goût de la jeune fille, était une des rares personnes à la traiter en adulte et lui prêter une oreille attentive, voire à lui faire part de son expérience en mer.

« Oh, oh, une voiture vient de s'arrêter dans la cour, s'exclama Estrella, après un coup d'œil à la fenêtre. Descendez, descendez… Sans courir ! »

Elizabeth n'avait de toute manière guère l'intention de se presser. La voiture n'était autre que celle des Granby. Elle rejoignit son père sur le perron de leur manoir juste à temps pour ne pas paraître impolie.

Lord Granby était un petit homme au teint couperosé et aux mains moites, parlant toujours très fort de sujets qui lui échappaient complètement. Lui et Weatherby Swann se saluèrent néanmoins chaleureusement, puis il se précipita pour faire le baisemain à Elizabeth, qui tenta de son mieux de ne pas avoir l'air trop dégoûtée. Son fils, Adam Granby, un jeune homme un peu plus âgé qu'Elizabeth au regard terne et son meilleur ami, Robert Renton, suivirent.

« Quelle délicieuse soirée, déclara Renton à l'adresse de la jeune fille. J'espère qu'au cours de celle-ci nous aurons plus amplement le temps de discuter. Je suis certain que vous serez ravie d'entendre parler de la dernière mode à Londres. Il est si dur de rester à la page, quand on vit ainsi éloignée de la civilisation. »

Elizabeth s'apprêtait à répliquer vertement, au risque de s'attirer les remontrances de son père quand de nouveaux venus la tirèrent d'embarras. Mrs Wedley et sa fille venaient de faire leur apparition, suivies de près par le capitaine Norrington et son chien fidèle, le lieutenant Gillette.

Elizabeth pinça les lèvres. Will Turner ne pouvait espérer assister à une réception chez le Gouverneur, mais Gillette, un simple fils d'aubergiste mal embouché avait ce privilège grâce à ses galons de lieutenant obtenus on ne savait comment.

La jeune fille échappa au papotage de Mrs Wedley et aux gloussements de son idiote de fille pour rejoindre Norrington, qu'elle gratifia de son premier sourire sincère depuis que la soirée avait débuté.

« Capitaine ! Je suis vraiment heureuse de vous voir ! déclara-t-elle.

– Moi de même, Miss Swann. Il me semble que vous avez encore grandi depuis la dernière fois où nous nous sommes vus. »

Le Gouverneur s'avança vers eux d'un pas bondissant, un sourire réjoui collé au visage.

« Allons, allons, le repas va être prêt ! Quelle chance que vous soyez de retour ! Mon projet aurait eu une toute autre allure si vous aviez été absent !

– Votre projet ? demanda l'officier, un soupçon d'inquiétude dans la voix, tandis qu'Elizabeth levait un sourcil.

– Vous verrez, vous verrez, vous serez ravi ! continua Swann avec enthousiasme en le traînant vers la salle à manger. J'ai eu une idée formidable pour nous distraire, si loin de notre chère Angleterre ! ».

Norrington eut un sourire crispé, et Elizabeth ne put s'empêcher de pouffer, sachant parfaitement qu'il se remémorait la dernière idée formidable du gouverneur : un pique-nique dans les hauteurs qui surplombaient Port-Royal, et qui avait tourné à la catastrophe. Le pauvre capitaine avait passé sa journée à défendre les dames de la bonne société d'une horde d'insectes en furie, avec comme bouquet final un plongeon dans une espèce de marécage glauque à la rescousse de Miss Wedley qui « avait accidentellement glissé » (Elizabeth l'avait toujours soupçonnée de l'avoir fait exprès pour attirer l'attention de Norrington).

Coincée entre Norrington et Mrs Wedley, Renton louchant dans son décolleté en face d'elle, Elizabeth ne passa pas un très bon moment. Elle avait essayé de poser des questions à Norrington sur sa récente expédition, mais Mrs Wedley lançait des toussotements désapprobateurs dès que l'histoire promettait de devenir sanglante, et Renton interrompait sans arrêt l'officier, étalant ses relations à l'Amirauté, donnant l'impression qu'il y faisait la pluie et le beau temps, ce qui lui valu un sourire sarcastique de la part de Norrington, qui n'en croyait visiblement pas un mot.

Enfin, le père d'Elizabeth se leva pour dire quelques mots. Après les toasts d'usage, il se décida à faire profiter le monde de son idée formidable.

« Avec deux excellents bretteurs venus de Londres nous rendre visite, fit-il avec un geste en direction de Renton et du jeune Granby, et les talents dont nous disposons ici (un sourire à Norrington et Gillette) j'ai pensé qu'un tournoi d'escrime serait une merveilleuse distraction pour tout Port-Royal. Voilà donc mon idée : les participants auraient une semaine pour s'inscrire, après quoi, un tirage au sort désignera les adversaires, et les combats se dérouleront dans les règles de l'art. J'en ai déjà discuté avec notre cher maître d'armes, Obadiah Gilmore, qui a accepté de tenir lieu d'arbitre. Une fois le gagnant désigné, un grand bal aura lieu ici-même. Tous les participants seront naturellement invités ! »

Le cœur d'Elizabeth fit un bon dans sa poitrine. L'idée de son père n'était pas si mauvaise, et il lui en venait une encore meilleure…

« Est-ce que le tournoi est ouvert à tous ? demanda-t-elle d'une voix neutre plus tard dans la soirée, alors qu'elle et son père regardaient Norrington et Gillette descendre l'allée, le capitaine soutenant son lieutenant qui avait légèrement forcé sur le xérès.

– À tous ceux pratiquant le noble art de l'escrime, naturellement. Pas de bagarreurs des tavernes, dans mon tournoi. Pourquoi donc ? Tu ne comptes pas t'inscrire, au moins ?

– Moi ? Bien sûr que non ! » protesta Elizabeth.

Une fois au lit, elle se laissa aller à rêver. Will prenait toujours des leçons d'escrime avec Norrington. Il pouvait participer au tournois, et de ce fait, qu'il gagne ou non, il serait forcément invité au bal de clôture, apprenti forgeron ou pas.

Le lendemain soir, Elizabeth s'échappa de son cours de latin et se précipita en direction de la demeure de Norrington. Elle était certaine que Will aurait une leçon ce jour-là, comme toujours quand le capitaine était de retour. Il fallait absolument qu'elle lui parle du tournoi, n'étant pas convaincue que Norrington le ferait. Il était toujours aimable avec Will, mais avait également tendance à le considérer comme quantité négligeable. Il ne lui viendrait pas à l'esprit que le garçon pourrait être un concurrent envisageable.

Elle ne s'était pas trompée, jugea-t-elle en franchissant le portail ouvert. Des bruits de lames s'entrechoquant retentissaient dans toute l'allée.

« Hep-là, mademoiselle ! »

Un vieux valet de pied à l'air grincheux venait d'apparaître à la porte.

« Je souhaite parler au capitaine Norrington et à Mr William Turner », répondit-elle d'un ton hautain.

Le vieil homme la planta sur le perron et disparut à l'intérieur. Le choc des lames cessa et quelques minutes plus tard, le valet réapparaissait en lui faisant signe d'entrer.

Norrington et Will l'attendaient dans la salle d'armes, en sueur. Le jeune homme rougit fortement et balbutia un bonjour tandis que l'officier regardait Elizabeth avec un petit sourire un brin désapprobateur.

« Vous ne devriez pas venir ainsi seule sans prévenir, Miss Swann.

– Bonjour à vous aussi, capitaine. Je venais seulement parler du tournoi. En avez-vous touché quelques mots à William ?

– Quel t…tournoi ? bégaya le garçon, toujours empourpré ?

– On dirait que non. Père organise un tournoi d'escrime et j'ai pensé à t'inscrire. Ce serait magnifique, n'est-ce-pas ? Et il y aura un bal pour clôturer l'événement.»

Avec une légère déception, elle constata que Will n'avait pas l'air aux anges. Ne voyait-il pas qu'ils auraient ainsi l'occasion de passer du temps ensemble sans qu'on y trouve à redire ? Il serait un invité comme un autre. Mais Will cherchait du regard l'approbation de Norrington.

« Pourquoi pas, fit celui-ci. Ce ne serait pas une mauvaise idée que le jeune William soit confronté à d'autres adversaires que moi. En fait, Miss Swann, cela lui ferait le plus grand bien ! Mais votre père a-t-il donné son accord ?

– Oh, oui, il a dit que c'était possible ! » affirma Elizabeth d'un ton assuré.

Eh bien, il ne se doutait pas encore qu'un simple apprenti forgeron participerait à un tournoi auquel assisterait le tout Port-Royal, mais il avait bien dit que le concours était ouvert à tous ceux pratiquant l'escrime… Et elle était certaine que Will était un excellent escrimeur.

« Je… Je crois que ça me plairait, avoua le jeune homme, mais… Tous les participants seront plus âgés et expérimentés que moi, non ? »

Elizabeth adorait Will, mais il y avait des fois où elle en avait plus qu'assez de son manque de confiance.

« L'important, c'est de participer, déclara Norrington d'un ton pompeux. On ne progresse que face à des adversaires supérieurs, et vous découvrirez d'autres techniques. Même si vous êtes éliminé au premier tour, l'expérience aura été enrichissante.

– Will ne sera pas éliminé au premier tour ! protesta Elizabeth. Je suis persuadée qu'il est bien meilleur que Renton, et que les Granby père et fils, et que le lieutenant Gros-plein-de-soupe…

– Si vous voulez parler du lieutenant Gillette, sachez qu'il a fait énormément de progrès », intervint Norrington, lançant à nouveau son sourire où se mélangeaient amusement et désapprobation.

Elizabeth haussa les épaules d'un air dédaigneux. Gillette était un abruti, tout le monde le savait, sauf Norrington, bizarrement.

« Oui, ça me plairait bien, répéta Will d'un ton un peu plus assuré, cette fois-ci. Où dois-je m'inscrire ?

– Ne t'en fais pas pour cela, fit Elizabeth. Je l'ai déjà fait. Bonsoir messieurs. »

À suivre