-Chapitre 1-
La pièce était sommaire et servait de vestiaire aux membres du personnel du club. Des penderies sur roulettes étaient alignées contre un des murs et étaient remplies de plusieurs sortes de vêtements : les uniformes des serveurs, les costumes des hôtes et hôtesses, des manteaux... En face, des coiffeuses de loge aux miroirs lumineux, tout le nécessaire pour se préparer à entrer dans le monde de la nuit. Jaejoong était seul, au beau milieu, et finissait de s'habiller. Il avait moulé sa silhouette élancée dans un ensemble noir près du corps. Le pantalon en cuir mettait ses cuisses en valeur, et sa veste était taillée sur mesure, décolletée presque jusqu'au nombril, et les bords reliés par des lanières épaisses jusqu'à la gorge. Il avait dégagé son front, ses cheveux noirs relevés avec du gel. Un peu de khôl sur les yeux, et il était prêt à sortir. Il ouvrit la porte et ne put s'empêcher de pousser un long soupir désabusé : un homme de grande taille, aux épaules larges, se tenait devant lui, droit comme un I, l'air solennel dans son costume noir simple tiré à quatre épingles.
— Taecyeon, marmonna Jaejoong, toujours là…
— Ce sont les ordres du boss, répondit-il du tac-au-tac.
— Je sais, soupira-t-il de nouveau.
Taecyeon n'était qu'un homme de main. Posé et doux la plupart du temps, mais bâti dans un roc et toujours prêt à frapper fort si besoin. Il faisait partie de la force brute de l'organisation. Jaejoong ne comprenait toujours pas pourquoi il était continuellement sur ses talons alors qu'ils se trouvaient dans l'enceinte même du quartier général, mais cela faisait des mois qu'il subissait un tel traitement, alors il s'en accoutumait, même s'il ressentait une certaine frustration. Tant pis. Jaejoong traversa le long couloir à grands pas, guidé par une musique de club assourdie par les murs. La structure du bâtiment était simple : tout l'immeuble appartenait à l'organisation mais les niveaux étaient hiérarchisés. Tous les membres n'avaient pas accès à tous les étages. En fait, Jaejoong faisait partie des rares à pouvoir se rendre partout sans qu'on ne lui demande une autorisation spéciale délivrée par le patron : il avait un statut unique et tout le monde le connaissait et s'inclinait devant lui avec respect. Du moins en apparence.
Le rez-de-chaussée était la vitrine de l'organisation, avec un bar branché et un night-club en vogue. L'entrée était gardée par des videurs aussi larges que des armoires. Les bureaux se trouvaient au premier étage, divisés en plusieurs sections. Les étages au-dessus étaient les appartements privés des hauts membres : le Président y vivait, le Vice-président aussi, ainsi que Jaejoong, parmi tous les autres. La plupart d'entre eux possédaient également des logements à Séoul et y avaient installé leurs familles. Le tout dernier étage était réservé aux « filles » : aux hôtes et hôtesses qui proposaient des services privés aux clients. Le night-club était la vitrine, en effet, mais la prostitution était un des cinq piliers qui finançaient l'organisation. L'enseigne Le Lys Blanc ne devait pas sa réputation et sa richesse au business propre et réglementaire : sur les cinq piliers deux seulement étaient légaux : le divertissement et l'immobiliser, mais l'organisation reposait énormément sur les trafics tels que la prostitution, la drogue et les armes. La Fraternité du Lys Blanc n'était pas différente d'une bande criminelle.
Jaejoong passait rapidement devant les membres du gang sans les regarder et ils le saluèrent tous solennellement. Cependant, quelques mots murmurés en douce dans son dos n'échappèrent pas à ses oreilles. « La putain du patron » ils disaient. Jaejoong fit comme si de rien n'était. Il avait déjà entendu ces mots, c'était son titre officieux dans la bouche de certains. La grande porte du night-club était proche, et Taecyeon était toujours derrière lui. Il ne l'avait pas vu donner un regard noir à tous ceux qui lui avaient manqué de respect, mais cela ne changeait rien. Il croisa de nombreux clients qui ne firent pas attention à lui, la musique entraînante commença à devenir assourdissante et enfin il se mêla à la foule à l'intérieur. Les gens buvaient et dansaient avec insouciance.
Il ne prit pas de verre, ne répondait pas aux sourires, ne fit pas mine non plus de vouloir danser et profiter de l'ambiance. Peu à peu, certains regards furent attirés par lui mais il les ignora tous. Ses yeux, noirs et glacials, se posèrent sur la scène. Il était là. Yunho. Celui qu'ils appelaient tous « boss », « patron », « président ». Il était seul sur cette scène, illuminé par les spots, flamboyant, acclamé par tous. Il dansait plus ardemment que les autres, sensuellement, au rythme de la musique. Son débardeur noir lui collait au torse, et il mouvait son corps sans aucune pudeur. Il aimait l'effet qu'il produisait sur les autres, lui qui était si envoûtant. Ses hanches, ses jambes, chaque mouvement était précis, fluide. La foule l'admirait, clients comme membres de l'organisation. Jaejoong pouvait jurer qu'ils étaient tous amoureux, hommes et femmes, de ce corps mâte et musclé.
Plus loin, installé au bar, Siwon observait la scène avec attention, un verre de whisky à la main. Il était le Vice-président de l'organisation et, même si ce soir-là il profitait d'un peu de répit plutôt que de rester dans le bureau, il ne s'adonnait pas à ce genre d'excentricité. Yunho et lui étaient deux jeunes trentenaires à la tête d'une société douteuse, ils étaient complémentaires mais quand il s'agissait de décompresser ils étaient différents. Il hocha la tête en soupirant devant le spectacle de son Président. Un jeune homme passa devant lui pour s'installer à ses côtés. La silhouette fine et gracile, les cheveux noirs tombant sur la nuque, il portait des vêtements élégants et loin d'être bon-marchés. Son visage était légèrement maquillé, le teint pâle, mettant en valeur son petit tatouage en forme de lys étendu le long de son cou sous son oreille droite. Il commanda la même chose que son Vice-président.
— Il y a du monde ce soir, commenta-t-il innocemment.
— C'est bien pour ça qu'il fait son show, répondit Siwon avant de boire une gorgée de son verre.
— On ne le changera pas.
— Tu ne devrais pas être en haut, Heechul ?
— C'est ma pause.
Il grimaça lorsqu'il avala un peu de son whisky. La chanson venait de se terminer et Yunho descendit de l'estrade, un sourire de fierté éclairant son visage. Il fut vite entouré de ses admirateurs. Certains d'entre eux étaient des habitués, notamment dans la flatterie. Un groupe de jeunes filles lui tournaient autour, posant sans pudeur leurs mains sur son torse, espérant attirer son attention. Jaejoong observait tout cela d'un air stoïque.
— Regarde-les, reprit Heechul avec un sourire sardonique. Elles espèrent toutes devenir la reine.
— A la place de la reine, finit Siwon en faisant un signe de tête vers Jaejoong.
— Elles n'ont aucune chance, aucune femme, aucun homme n'arrive à la hauteur de Jae.
— Il n'a même pas besoin de lever le petit doigt.
Les yeux de Yunho croisèrent enfin ceux de Jaejoong. Il laissa derrière lui ses admirateurs, il n'y avait prêté qu'une maigre attention, et il s'avança rapidement vers le jeune homme qui l'attendait sans broncher. Son sourire arrogant prit une autre teinte. Il posa ses mains sur la taille de son vis-à-vis, son front contre son front, avant de l'embrasser avec passion.
— Voilà, l'affaire est pliée, sourit Heechul avant de finir son verre. J'ai bien fait de descendre. Mais le boulot m'appelle maintenant.
Siwon suivit son regard vers un homme d'affaire qui semblait patienter dans un coin.
— Je vais te rapporter des sous, conclut Heechul en partant.
L'ambiance du club retourna à la normale. Les déçues reprirent leurs activités, certaines avec dépit, pas surprises de voir quelqu'un d'autre leur voler l'attention de Yunho. Celui-ci restait langoureusement collé à Jaejoong, ignorant consciemment tout ce qui les entourait. Il l'embrassait avec ivresse, lui caressait les hanches, ne laissant aucun doute sur ses intentions.
— Tu t'es bien amusé ? murmura Jaejoong.
Il n'était pas jaloux. Il était habitué au comportement de Yunho et savait qu'il ne toucherait jamais ses admiratrices, ni ses admirateurs. Il lui répondit par un sourire et le prit par le bras pour le conduire à l'écart, jusqu'aux toilettes. Il glissa un mot à Taecyeon au passage, lui demandant de ne pas les suivre mais de ne laisser personne venir les déranger. Il fit entrer Jaejoong dans une cabine, le plaqua contre le mur fougueusement avant de reprendre ses baisers, plus profonds, plus torrides. Il détacha une à une les sangles qui barraient le torse de son compagnon pour mieux pouvoir goûter à sa peau. Jaejoong soupirait d'aise à son contact. Yunho savait très bien où le toucher, où l'embrasser, à quel rythme, comment jouer avec lui. Ses lèvres chaudes parcouraient son corps. Délicieuses. Électriques. Jaejoong frémissait d'impatience. Il fit glisser sa main sur le ventre plat et dur du Président, chercha le bouton de son pantalon pour le dégrafer. Il le caressa lentement, il le sentit se raidir entre ses doigts. L'excitation était déjà à un niveau si élevé qu'ils ne réfléchissaient plus. Jaejoong avait l'impression d'étouffer dans cette petite cabine, le corps de Yunho pressé contre le sien. Le bouton de son pantalon fut défait rapidement à son tour et la main de son amant, irradiante, lui rendit ses caresses.
Le désir était palpable, leurs respirations saccadées qui se répondaient en écho étaient la seule chose qui rompait le silence des toilettes désertées. Jaejoong se retourna violemment, se cognant presque contre le mur. Le pantalon baissé jusque sous les fesses, il attendait, gonflé de désir, que Yunho le prenne, le dos cambré. Yunho sortit un flacon de sa poche il l'ouvrit avec précaution avant d'en respirer les vapeurs. Il soupira d'aise et l'avança vers Jaejoong qui l'imita. Il rapprocha légèrement son bassin, le frottant contre le caleçon enflé de son amant, l'intimant à commencer. L'effet du Poppers était immédiat, il s'introduisit lui-même un doigt dans son intimité, préparant son corps à ce qui l'attendait. Ses chairs étaient déjà ouvertes, son esprit presque engourdi par les vapeurs, il gémit lorsqu'il sentit le membre de Yunho se poser tout doucement contre son orifice. Il aimait jouer de cette façon, faire monter le désir. Cette fausse hésitation était délibérée. D'un mouvement de hanche, Jaejoong lui permit lui-même d'entrer en lui. Yunho finit dans un coup sec, une main tenant le ventre de son amant, l'autre agrippée à son cou. Il allait et venait contre ses reins, lui arrachant un cri de plaisir à chaque mouvement.
Un coup sec sur la porte les sortit de leur bulle. Instinctivement, Yunho posa la main sur la bouche de Jaejoong pour couvrir ses gémissements de plaisir. Il ne s'arrêta pas pour autant.
— Quoi ? demanda-t-il sèchement.
— P… Patron… il faudrait…
— Je suis occupé, personne ne doit venir me déranger.
— Mais…
Il y eut du mouvement de l'autre côté de la porte, comme s'ils étaient plusieurs à attendre. Un nouveau coup, plus fort et moins hésitant.
— Lee est en bas, fit la voix de Siwon. C'est urgent.
Yunho ouvrit la porte à la volée, ses vêtements légèrement chiffonnés. Jaejoong était dos au mur, essayant de contrôler sa respiration. Il était évident qu'ils s'étaient tous les deux rapidement rhabillés, ou plus précisément, Yunho n'avait pas laissé le choix à son compagnon. Siwon ignora volontairement le regard noir de son patron alors que les deux subalternes qui se trouvaient derrière lui avaient reculé d'un pas par instinct de survie.
— Bonsoir Jaejoong, sourit le Vice-président alors que le jeune homme détourna son visage qui avait pris une teinte rouge. Désolé de vous déranger pendant vos affaires.
— Qu'est-ce que Lee veut ? rétorqua Yunho.
— Tu verras par toi-même si tu descends.
Siwon faisait partie des rares personnes de la Fraternité du Lys Blanc qui se pouvaient se permettre de parler au Président sur un ton aussi détaché sans craindre sa colère. Yunho exprima son mécontentement par un soupir avant de reprendre son calme. Il fit un signe aux hommes de main qui s'inclinèrent avant de partir à grands pas, laissant place à Taecyeon qui n'avait pas dû quitter son poste devant la porte des sanitaires pendant tout ce temps. Personne n'eut le temps de dire quoi que ce soit qu'un des hommes réapparut avec une chemise blanche propre et une veste de costume noire. Yunho les enfila par-dessus son débardeur, l'air de rien.
— Je te rejoindrai plus tard dans la chambre, dit-il à Jaejoong.
Ce-dernier haussa les épaules et s'apprêta à sortir, toujours embarrassé d'avoir été interrompu et surpris en plein acte.
— Taecyeon t'accompagne, ajouta Yunho.
— Je sais encore retrouver mon chemin dans l'immeuble où je vis, répliqua Jaejoong.
L'embarras se changea en colère. La frustration d'être toujours collé à un sous-fifre du patron lui revenait en pleine figure.
— Il va falloir qu'on discute du traitement que tu me fais subir…
— Amène-le à ma chambre, coupa Yunho en regardant Taecyeon droit dans les yeux.
Le garde du corps cilla légèrement : cette situation ne lui plaisait pas non plus mais il obéissait sans se poser de question. Il n'y était pour rien mais les yeux de Jaejoong, aussi brillants et profonds que deux saphirs noirs, lui jetèrent à cet instant des éclairs meurtriers. Il s'éloigna furieusement, passant devant Yunho sans rien lui dire. Taecyeon le suivit, et tandis qu'ils se rendaient aux étages supérieurs, le Président et le Vice-président de l'organisation descendirent au sous-sol. L'accès à cette partie du bâtiment était limité et interdit au public. L'atmosphère y était nettement plus sombre, les membres ne cachaient plus les motivations du Lys Blanc derrière des faux-semblants.
A l'inverse, les étages supérieurs, notamment les appartements privés, étaient plus clairs, décorés avec soin, équipés de tout ce qu'il fallait pour le confort de ses occupants. Les membres du Lys Blanc de bas rang occupaient des chambres, dont chacune avait une salle de bain, et devaient partager la cuisine, mais certains privilégiés avaient toute une suite privative avec une kitchenette, la plus spacieuse étant celle de Yunho, évidemment, qu'il partageait avec Jaejoong. Bien que fâché, ce fut à cet endroit que ce-dernier se rendit. Il s'était tout de même un peu calmé et ne fit aucune remarque assassine lorsque Taecyeon l'accompagna jusqu'à la chambre. Cependant, il demeurait agacé et l'envie de titiller son pot-de-colle était trop forte. Jaejoong s'installa lascivement sur le lit, prêt à accueillir son amant en douceur lorsqu'il déciderait de le rejoindre. Il ne défit pas ses vêtements pour autant. Allongé sur le côté, les courbes de son corps accentuées par sa tenue, il avait le bras nonchalamment posé sur sa hanche. Le garde-du-corps le regardait, impassible.
— La vue te plait ? demanda Jaejoong. Tu crois que le patron apprécierait ?
— Monsieur le Président aime particulièrement votre personne, alors il n'y a aucun doute, répondit Taecyeon, obéissant, comme si la question était anodine.
— Et toi, qu'est-ce que tu aimes ? insista-t-il d'une voix douce en faisant glisser sur doigt sur la ligne de sa taille fine.
Le regard du jeune homme s'attarda un peu trop sur ces courbes volontairement aguicheuses et le sourire de Jaejoong s'élargit. Il le vit rougir et regarder légèrement au-dessus de la tête de lit.
— Vous êtes toujours sublime, si c'est cela que vous demandez, dit-il avec difficulté.
— Tu es vraiment très gentil comme garçon, fit Jaejoong en toute sincérité.
Il n'avait plus le cœur à l'importuner, après tout, il ne faisait qu'obéir à Yunho. Celui qui devait payer n'était pas Taecyeon, et Jaejoong pouvait très bien se permettre de faire ravaler sa fierté au Président de la Fraternité du Lys Blanc.
En bas, Yunho entra par une porte gardée par deux armoires à glace. C'était un bureau sommaire : il y avait une large table en métal avec quelques papiers étalés dessus, et une seule chaise. Un homme d'une cinquantaine d'années était à genoux sur le sol, et deux hommes de mains du Lys Blanc l'entouraient avec animosité. Une jeune femme semblait attendre dans un coin, les mains dans les poches de son pantalon noir. Ses longs cheveux bouclés avaient une légère teinte violette qui reflétait la lumière blanche du néon accroché au plafond. Ses vêtements moulaient son corps aux formes généreuses et elle avait noué les pans de son chemiser sous sa poitrine, la mettant en valeur. Elle salua Yunho d'un signe de tête.
A la vue du Président de la Fraternité du Lys Blanc, l'homme à genoux pâli et s'inclina automatiquement.
— Lee Cheonhwa, cher ami, fit Yunho avec un large sourire. Je suppose que si tu es là c'est pour me rembourser l'argent que tu me dois.
A en juger par le regard effaré de son vis-à-vis, sa présence n'était pas due à un règlement de dette. Un des deux hommes de main, nommé Kangin, attrapa Lee par l'épaule et montra la jeune femme du regard.
— Il avait bien une grande quantité d'argent dans ses poches, mais pour se payer du bon temps avec Hyosung.
— Je ne suis au courant de rien, répondit-elle en haussant les épaules. Personne ne m'a dit qu'il avait des dettes.
Yunho soupira bruyamment. Siwon, de son côté, prenait des notes dans un dossier avec un petit sourire en coin. Le Président s'assit sur le bord du bureau d'un air décontracté.
— Penses-tu que je suis une association caritative, Lee Cheonhwa ? demanda-t-il.
— Non monsieur.
Lee Cheonhwa avait l'âge d'être le père de Yunho, pourtant il demeurait à genoux à ses pieds en tremblant.
— Est-il logique d'aller dépenser ton argent sur mes filles alors que tu as une dette à me payer ? J'essaie de comprendre… pourquoi n'es-tu pas venu directement me donner cet argent ? C'était si simple.
Il soupira à nouveau mais son sourire ne s'effaça pas pour autant. Il regardait l'homme avec affection, pourtant. Il se baissa pour se mettre à sa hauteur, posant une main chaleureuse sur son épaule.
— Tu ne peux pas prendre du bon temps avec une de mes filles alors que tu me dois de l'argent, tu le sais ça. Cela ne remboursera pas ta dette…
— Je sais mais je…
— Après tu viendras me dire que tu as besoin de plus de temps, coupa Yunho sur un ton paternel. Par deux fois je t'ai donné des délais, est-ce que je peux le faire une troisième fois ? Tu abuses de ma gentillesse, Lee Cheonhwa.
Son regard s'assombrit, son sourire disparut. Yunho se redressa, dominant le cinquantenaire de toute sa carrure.
— Les gens diront « le Président du Lys Blanc est naïf, on peut lui emprunter de l'argent sans problème, on a tout notre temps pour rembourser, il nous fait généreusement crédit, il est gentil… » Sauf que je ne peux pas me permettre d'avoir une telle réputation. Tu me demandes de l'argent, je te le prête, je te fais confiance pour être remboursé dans les délais que je fixe, et par deux fois tu m'as manqué de respect. C'est la troisième fois aujourd'hui.
— Je suis désolé ! s'écria Lee Cheonhwa en s'aplatissant contre le sol. J'ai eu tort ! Laissez-moi une dernière chance, je ne vous décevrai pas cette fois.
Il y eut un long moment de silence où Yunho observa longuement l'homme prosterné à ses pieds. Son visage se détendit.
— Très bien. Une dernière chance.
Alors que le regard de Lee Cheonhwa s'illuminait à cette nouvelle, Yunho s'accroupit juste devant lui.
— Je te laisse un dernier délai, murmura-t-il à son oreille. Deux jours.
Il sortit discrètement de sa poche intérieure un petit couteau. Son vis-à-vis eut à peine le temps de se rendre compte de ce qu'il se passait que Yunho planta la lame dans le sol avec précision, tranchant au passage le petit doigt de sa main droite. Il se mit à crier, de surprise, de douleur, d'incompréhension, tenant sa main sanguinolente contre sa poitrine. Le visage de Yunho, qui s'était relevé comme si de rien n'était, redevint froid, impassible.
— Deux jours, répéta-t-il sèchement. Et chaque jour où tu ne me paieras pas ce que tu me dois, tu perdras un doigt.
Il essuya son petit couteau avec un mouchoir et le rangea à nouveau dans sa poche intérieure. Il se retourna vers Hyosung et Kangin.
— Je ne veux plus qu'il s'approche des Hôtesses, ordonna-t-il.
La jeune femme ne paraissait pas perturbée par ce à quoi elle venait d'assister. Elle ne posa même pas les yeux sur Lee Cheonhwa qui gémissait, recroquevillé sur lui-même. Elle sourit à Yunho avant de partir rejoindre le night-club. A son tour, le Président de la Fraternité du Lys Blanc s'apprêta à quitter les lieux. Il planta son regard dans celui de Siwon.
— Débarrasse-moi de celui-là, lui dit-il. Ensuite, je monte dans ma chambre. Celui qui viendra me déranger avant le lever du soleil finira dans le fleuve. Me suis-je bien fait comprendre ?
— C'est on ne peut plus clair, sourit son Vice-président. Passe une bonne nuit.
— J'y compte bien, répondit Yunho sur un ton léger.
Yunho s'en alla sans accorder un dernier regard à l'homme dont il venait de priver un doigt. Il gravit les étages, ignora tous ceux qui le saluèrent sur son passage, et il arriva à son appartement. Quelqu'un l'attendait, il en avait oublié la colère de son compagnon au moment où ils s'étaient quittés. Il vit Taecyeon, immobile, planté comme un piquet devant la porte de sa chambre.
— Je te remercie, lui dit-il. J'espère qu'il ne t'en a pas trop fait voir des vertes et des pas mûres.
— Non monsieur.
— A la bonne heure ! Tu peux disposer et rejoindre… qui tu as envie de rejoindre, hésita le Président de la Fraternité du Lys Blanc en essayant de se souvenir si le garde-du-corps entretenait une relation avec qui que ce soit.
Le jeune homme s'inclina et quitta l'appartement tandis que Yunho entra dans sa chambre. Jaejoong était allongé sur le lit, son attention portée sur un magazine qu'il parcourait avec nonchalance.
— Tu es encore habillé ? se plaignit Yunho.
Jaejoong leva les yeux vers lui et l'accueillit avec un sourire. Il jeta le magazine et se redressa, s'approchant un peu plus de Yunho sans quitter le lit.
— C'est plus amusant quand c'est toi qui m'enlèves mes vêtements, expliqua-t-il doucement.
Yunho s'avança vers le lit jusqu'à ce qu'il soit suffisamment proche pour que Jaejoong puisse le toucher. Il lui caressa le torse avec envie, commença à déboutonner sa chemise, fit descendre sa main sur le pantalon. En toute sensualité, Jaejoong cherchait à attiser le désir de son amant. Il se mordait la lèvre avec envie tandis que Yunho se laissait faire complètement.
— Tu es déjà si dur, constata le jeune homme, presque avec étonnement en dégrafant le pantalon. Qu'as-tu fait juste avant qui a pu t'exciter à ce point ?
— Tais-toi et continue, marmonna son vis-à-vis en s'agrippant à sa chevelure.
Un sourire se dessina sur le visage de Jaejoong. Il s'humidifia les lèvres avant de les poser sur le membre tendu de son compagnon. Un gémissement de plaisir s'échappa de sa bouche pendant qu'il l'engloutissait sur toute sa longueur. Il marqua un court arrêt, le temps de surmonter le rejet naturel de sa gorge. Ses mains ne se lassaient pas de parcourir le torse de Yunho, et il fit remonter la chemise et le débardeur avec pour pouvoir le caresser à même la peau. Les doigts du Président se resserrèrent dans ses cheveux tandis qu'il se laissait aller. La tête penchée en arrière, il appréciait la douce torture que lui procurait Jaejoong en-dessous de la ceinture. Il le sentait aller et venir sur son sexe avec délectation. Il allait. Il venait. Langoureusement. Sa langue experte connaissait par cœur ce qui lui faisait plaisir, ces petits endroits précis où tout contact lui faisait perdre pied. Caressante, elle s'attarda longuement sur la petite fente, traçant des cercles autour. Jaejoong suçota le gland, presque timidement, avant de le prendre de nouveau en bouche jusqu'à la base, tandis qu'une de ses mains tenait délicatement l'autre partie de son sexe. Il continua, encore et encore, cherchant à le faire jouir dans sa bouche. Les râles de Yunho résonnaient dans la chambre, il accompagnait les mouvements de tête de Jaejoong avec ses mains.
Jaejoong s'arrêta avant qu'il n'atteigne le point de non retour. L'esprit encore engourdi, Yunho le prit par le cou et le fit se redresser, l'amenant à sa hauteur. Il l'embrassa fougueusement et arracha une à une les sangles de sa veste noire pour lui en débarrasser. Jaejoong finit de le déshabiller en même temps, dans la précipitation, tellement le désir les enflammait l'un comme l'autre. Yunho le dévorait. Littéralement. Ils avaient basculé sur le matelas, le cou de son amant à portée de bouche. Il lui lâcha les lèvres pour goûter à la peau tendre et salée de sa gorge. Il sentit les jambes de Jaejoong enserrer sa taille, son bas-ventre venant se frotter contre son érection. Il laissa ses lèvres papillonner sur le torse de Jaejoong, s'attardant sur ses tatouages, notamment celui en forme de lys sur son pectoral droit.
L'esprit du jeune homme était transporté par la chaleur de ces caresses. C'était un véritable paradoxe que le contact de Yunho sur son corps était à la fois ce qui lui faisait perdre pied mais aussi ce qui le maintenait à la réalité. Ses baisers, ses mains qui parcouraient chaque centimètres-carrés de sa peau et qui finissaient de le déshabiller intégralement, toutes ces attentions délectables l'amenaient au bord de l'orgasme. Il le sentait descendre petit à petit le long de son corps, traçant une ligne de feu autour de son nombril jusqu'à l'intérieur de ses cuisses. Tout doucement, ses doigts se glissèrent dans les cheveux de Yunho. Ses soupirs de bien-être s'intensifièrent. Il aurait voulu ne pas avoir été interrompu quelques heures plus tôt, mais c'était tout de même mieux d'être dans leur lit plutôt que dans une cabine de toilettes. Il ne put retenir un gémissement de surprise lorsque la langue de son amant s'insinua en lui. Il le voulait déjà entièrement mais il ne devait pas sauter les étapes. Yunho le massait, lui écartait les chairs avec précaution, il semblait prendre un malin plaisir à faire durer les choses. Cela ne pouvait pas continuer de cette façon. Jaejoong se redressa, la main sur la joue de Yunho pour le faire relever lui aussi. Il le força à s'asseoir, dos à la tête de lit et il se mit à califourchon sur ses cuisses. Il ne dit rien mais ne le lâcha pas des yeux, un regard intense s'échangeait entre les deux hommes. Il tenait le sexe de son amant, dressé vers lui, et l'amena lui-même jusqu'au petit orifice dilaté. Lentement, il descendit le bassin jusqu'à ce que Yunho soit en lui jusqu'à la base. Ses mains chaudes qui lui tenaient le dos et les hanches, son souffle tremblant et moite dans son cou, tous les sens de Jaejoong étaient décuplés. C'était lui qui décidait de la cadence, ondulant d'abord le bassin avec une lente langueur. Il étudiait les réactions de Yunho : cela n'était pas pour lui déplaire. Ses doigts s'étaient resserrés sur la chair tendre de ses fesses, les écartant un peu pour faciliter la pénétration. Les mains à plat contre le mur, Jaejoong se concentrait sur ses sensations et sur le visage de son amant qui le regardait toujours avec désir. Les va-et-vient s'intensifièrent, le Président de la Fraternité du Lys Blanc ne se contentait plus de laisser faire Jaejoong et donnait des coups de rein en synchronisation avec ses mouvements. Ils se laissaient aller, ils étaient libres. Les soupirs de Jaejoong se terminaient en des cris de plaisirs, répondant comme un écho aux râles de Yunho. Ils ne se préoccupaient pas des gouttes de transpiration qui coulaient sur leur peau, ni du son claquant de leurs corps qui s'entrechoquaient dans la fougue de leur étreinte. Ils assouvissaient leur désir encore et encore, jusqu'à ce que Yunho ne tienne plus et décide de prendre les rênes.
Il fit basculer Jaejoong vers l'arrière, le retournant sur le ventre, exposant à sa vue son dos recouvert de tatouages. Cela n'avait pas perturbé son amant qui le laissait le manipuler sans se plaindre. Il eut un hoquet de surprise tout de même lorsqu'il rentra en lui d'un coup sec. Il sentait dans cette étreinte toute la tension qui animait les muscles de Yunho, sa puissance et sa fougue. Il savait qu'il se retenait un minimum pour ne pas lui faire de mal. Il lui écartait les fesses à pleine main, les pouces près de son entrée. Il était si proche de la petite mort… Jaejoong le connaissait par cœur, si bien qu'il releva un peu plus le bassin. Il n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit que Yunho se pencha pour venir lui caresser son sexe tendu et esseulé. Il lui prodiguait le même rythme que ses coups de boutoir. Il se sentait venir lui aussi. Encore un peu. Sa voix résonnait encore dans la chambre. Yunho avait enfoncé son visage dans le creux de son cou pour rester concentré sur ce qu'il faisait, l'embrassant d'un souffle tremblant, le mordillant pour étouffer ses propres gémissements. Il y était. Il s'immobilisa, le corps extrêmement tendu, et se délivra dans un cri bestial alors qu'il était enfoncé profondément en lui. Jaejoong jouit à son tour, dans la main étroitement serrée de son compagnon. Ils restèrent dans cette position, immobiles, pendant encore de longues secondes jusqu'à ce qu'ils reprennent leurs esprits. Puis celui qui était en-dessous retomba mollement sur le matelas, essoufflé, et Yunho se laissa glisser sur le côté pour s'étendre contre lui. Il déposa avec tendresse ses lèvres sur son front humide. Les mots étaient inutiles, ils se sentaient en paix.
Les minutes s'écoulèrent, et, le souffle encore tremblant de leurs ébats, ils en perdaient la notion du temps. Yunho faisait glisser ses doigts sur le dos nu de Jaejoong, redessinant les tatouages qui recouvraient sa peau. Songeur, il réécrivait l'inscription « JUNSU » sur le bas du dos, qui faisait face comme dans un miroir à « MICKY ».
— Tu sais, ça ne me plaît pas tellement de voir les noms de ces traîtres pendant que je te baise. Tu te décideras un jour à les enlever ?
— Ce sont mes frères, répondit Jaejoong au tac-au-tac en se redressant légèrement.
— C'est bien pour cela que je ne leur ai pas arraché la langue, continua Yunho d'une voix douce.
— Dans ta grande mansuétude tu les as laissé vivre leur vie loin de l'organisation, oui, reprit son amant qui cachait à peine un ton ironique. Et depuis, tu m'as enfermé dans cette tour d'ivoire où je suis sans cesse surveillé par tes sbires, comme si j'étais celui qui devait être puni.
Il s'assit pour lui faire face, l'embrassa du bout des lèvres, alors que Yunho se contentait de l'écouter sans réagir. Il n'avait pas oublié le regard de colère qu'il lui avait jeté quelques heures plus tôt, il savait très bien que la situation actuelle ne plaisait pas à son compagnon.
— Je ne peux pas sortir, à moins d'être encadré par non moins de deux de tes gorilles, et même ici je ne suis pas libre de me déplacer comme je le souhaite, dans cet endroit même où je vis.
Il se leva pour se rendre à la salle de bain.
— Tes sbires n'ont qu'un respect apparent à mon égard. Maintenant on m'appelle la « Putain du Patron ».
Yunho ne put retenir un petit rire.
— Après, ce n'est pas totalement faux... murmura-t-il.
Jaejoong le regarda longuement, les yeux arrondis par la colère. Son air sarcastique avait disparu et Yunho baissa la tête en soupirant. Il le laissa faire ses petites affaires dans la salle de bain. La Fraternité du Lys Blanc était son organisation, pourtant il semblait ne jamais rien prendre au sérieux. Il repoussait toute confrontation avec Jaejoong depuis que Junsu et Yoochun étaient partis. Certains les considéraient comme des traîtres, d'autres répondaient que ce qu'ils avaient fait n'était pas si grave. On n'entendit plus que l'eau de la douche couler pendant cinq minutes, puis Jaejoong sortit de la salle de bain avec juste une serviette autour de la taille, le corps luisant à cause de l'humidité. Il prit un paquet de cigarettes sur la commode près de la fenêtre qui donnait sur la ville et en alluma une en regardant Séoul de nuit. Les étoiles étaient voilée, comme toujours, mais les phares blancs et rouges des voitures lui offraient un joli spectacle de lumières. Yunho se leva et le prit par la taille.
— Excuse-moi, je ne devrais pas en rire. Bien sûr que non tu n'es pas une « putain ».
Jaejoong haussa les épaules de dédain. Cela n'empêcha pas Yunho de le presser un peu plus contre lui.
— Après toutes ces années, je pensais que c'était évident pour nous deux. Je n'ai jamais eu personne d'autre que toi, et tu n'as jamais eu personne d'autre que moi.
— C'est peut-être le problème.
— Tu ne le penses pas, continua Yunho avant de lui embrasser l'épaule. Tu es la moitié de mon cœur. Je suis tien et tu es mien.
— Alors pourquoi je paie pour ce que mes frères ont fait? demanda son compagnon en se tournant vers lui.
— J'ai mes raisons.
Il ne voulait pas répondre avec honnêteté, il préférait rester évasif. Alors Jaejoong abandonna toute idée de s'expliquer avec lui et il écrasa la cigarette dans le cendrier posé sur la commode. Yunho ne riait plus, il ne prenait plus les choses à la légère, comme si quelque chose de lourd pesait sur ses épaules. Jaejoong passa ses bras autour de son cou et posa son front contre le sien. Comme si c'était un automatisme, il caressa le tatouage de fleur de lys qui ornait la base de la nuque de Yunho, identique à celui qu'arborait Jaejoong à la poitrine ou même Heechul sous l'oreille.
— J'ai juste l'impression que tu n'as pas confiance en moi, murmura-t-il tout doucement.
— Tu es le seul en qui j'ai confiance ici, corrigea Yunho.
— En m'obligeant à être accompagné vingt heures sur vingt-quatre par Taecyeon? Il est mignon mais bon… ce n'est pas toi.
— Il t'aime bien pourtant, sourit son vis-à-vis.
— Tu mérites une claque, Jung Yunho.
Son sourire contredisait ses paroles. Il l'embrassa avec tendresse et se laissa bercer contre son corps.
— Laisse-moi te faire l'amour comme toi tu aimes, reprit Yunho dans un murmure.
Il le souleva légèrement et l'amena jusqu'au lit, ses lèvres lui caressant le cou. Il l'allongea, inondant son visage de baisers, s'abreuvant de sa peau encore humide de la douche qu'il venait de prendre. Il fit remonter les jambes de Jaejoong presque jusqu'à ses épaules, les tenant par l'arrière du genou. Son membre s'était de nouveau réveillé, prêt pour une nouvelle étreinte.
Les rayons matinaux du soleil éclairaient la chambre entière, les volets n'ayant pas été fermés la veille. Yunho était partiellement réveillé et caressait machinalement du bout des doigts les pointes des cheveux d'ébène de Jaejoong. Celui-ci était encore plongé dans un profond sommeil, entièrement allongé sur son amant, l'oreille collée contre sa poitrine. Tous les deux dans le plus simple appareil, le drap roulé en boule sur le sol, ils étaient bien. Cela avait des avantages à être son propre patron : Yunho se fichait totalement de l'heure qu'il était ni du travail qui devait l'attendre sur son bureau. Siwon s'en sortirait très bien tout seul. Il ne pensait pas à ces désagréments. Il soupira de bien-être et serra un peu plus Jaejoong contre lui. Il l'entendit murmurer quelque chose inconsciemment mais il ne parvint pas à le comprendre. Si seulement ils pouvaient rester encore ainsi pendant des heures…
Mais il semblerait que quelqu'un en avait décidé autrement, car la porte de la chambre s'ouvrit sans sommation. Siwon apparut, un dossier à la main. Il y eut une fraction de seconde où ses yeux se posèrent sur le corps nu de Jaejoong qui lui montrait son dos, mais Yunho fut suffisamment rapide pour attraper le drap et recouvrir son compagnon, au moins en-dessous de la taille.
— On frappe à la porte quand on a appris les bonnes manières, grommela-t-il.
— Désolé, sourit Siwon, mais il serait temps que tu te lèves. Le soleil s'est levé depuis longtemps, j'ai le droit de venir te déranger sans craindre pour ma vie.
— Laisse-moi décider comment je vais te punir. Mais puisqu'il faut se lever…
Il soupira de mécontentement et essaya de se glisser hors du lit sans réveiller Jaejoong. Il commença par le faire glisser sur le côté, lui tenant la tête avec précaution. Une plainte assourdie par l'oreiller s'échappa de la bouche de l'endormi. Siwon s'était retourné pour leur laisser un peu d'intimité. Il ne vit pas avec quelle délicatesse son Président recouvrait son amant jusqu'aux épaules, ni comment il lui dégagea quelques mèches folles qui lui cachaient les yeux. Il prit quelques minutes pour se débarbouiller et s'habiller, sans tenir compte du fait qu'il était attendu. Siwon ne montrait rien mais il s'impatientait.
— Tu aurais pu partir, je t'aurais vite rejoint, fit remarquer Yunho en ajustant le col de sa veste.
— Tant que je suis ici…
Yunho lui adressa un sourire moqueur avant de se tourner une dernière fois vers Jaejoong.
— N'est-il pas adorable ?
— Depuis dix ans que tu me le dis, j'ai bien compris, soupira Siwon.
Le Président de la Fraternité du Lys Blanc se pencha sur son compagnon qui n'avait pas bougé d'un pouce. Allongé sur le ventre, la tête à moitié enfouie dans l'oreiller, il paraissait si paisible. Ne résistant pas à l'idée de prendre quelques clichés, Yunho sortit son téléphone.
— Sérieusement ? fit Siwon qui n'osait pas crier.
— Je veux l'encadrer.
— Tu es vraiment siphonné, tu sais ça ?
— J'ai coupé des doigts pour moins que ça, rétorqua Yunho en continuant son shooting.
Il releva un peu le drap afin d'avoir une meilleure vue sur le corps de Jaejoong.
— T'es chiant, grommela le jeune homme d'une voix étouffée.
— Tu m'aimes quand même. Prends une pose un peu plus érotique mon chéri s'il te plait…
Jaejoong lui jeta un oreiller à la figure sans même ouvrir les yeux. Yunho avait le sourire jusqu'aux oreilles et il ne tarda pas à ranger son téléphone. Il se pencha pour embrasser Jaejoong avant de partir. Une fois la porte fermée derrière lui, il retrouva son sérieux et commença à lire les dossiers que Siwon lui tendait. Ils descendirent jusqu'aux bureaux en silence, puis le Vice-président osa lui faire part de ce qui lui trottait dans la tête depuis quelques minutes.
— Tu sais, au lieu de le laisser tourner en rond dans cet immeuble, tu pourrais lui faire faire quelque chose de plus concret pour l'organisation.
— Comme quoi ? demanda Yunho sans lever les yeux des pages qu'il lisait.
— Comme ce que tu as fait tout à l'heure, des photos de charme…
— Je t'arrête tout de suite, on n'est pas dans ce marché.
— On pourrait. Je ne te dis pas de le faire tourner un film érotique ou de lui demander de se faire prendre par un mec lambda, même si on pourrait très bien vous filmer tous les deux et que…
— Et après tu dis que c'est moi qui suis siphonné, coupa Yunho qui s'était soudainement arrêté. Depuis combien de temps tu te dis que faire de Jaejoong un acteur porno est une bonne idée ? Que tu te permettes de me parler avec familiarité passe encore, nous sommes amis depuis bien longtemps, nous avons toujours eu des rapports comme ça. Mais tu parles de mon compagnon, je te rappelle. Et ce n'est un secret pour personne.
— J'essaie juste de voir ce qu'il peut apporter à l'organisation, s'expliqua Siwon. Et ne fais pas celui qui est choqué, tu tiens bien une maison close dans cet immeuble.
— Jaejoong n'est pas à vendre, répliqua le Président en fronçant les sourcils.
— Mais Heechul l'est sans problème ?
— C'est son choix, je lui ai proposé d'arrêter. Mais je te rappelle que tu es celui qui le pousse un peu plus à accepter plus de clients. Ton obsession pour les entrées d'argent de la Fraternité devient grave. Mentionne une nouvelle fois de vendre le corps de Jaejoong et on te retrouvera en morceaux dans le lit du fleuve. En toute amitié.
— Je disais ça comme ça, patron, pardonne-moi, finit Siwon en levant les mains en signe de paix.
