Titre : Wild Roses 1/4
Fandom : Saint Seiya
Personnages/Couples : Aphrodite/Shura/DeathMask, Milo/Camus
Rating : PG
Genre : amitiés juvéniles, les jolies colonies de vacances
Avertissements : shônen ai, quelques OCs, langage pas très châtié dans les parties suivantes
Disclaimer : L'univers et les personnages de Saint Seiya appartiennent à Masami Kurumada, Shueisha et Toei.
Date : juillet 2011
Résumé : Série de drabbles sur les jeunes années d'Aphrodite et ses petits camarades.
Petit challenge personnel : chaque drabble compte 100 mots.
WILD ROSES
Première partie : Apprentissages
1.
Alrescha, chevalier d'or des Poissons, fut le dernier parmi ses compagnons d'armes à prendre un apprenti. Déjà malade et soutenu par son serviteur, il parcourut les routes d'Europe à la recherche de celui qui porterait un jour l'armure du douzième gardien du Sanctuaire. Du nord au sud, d'est en ouest, il sonda le coeur des mortels à la recherche de l'étincelle qui ferait naître un grand cosmos.
Il la trouva dans un petit village situé dans les contrées septentrionales de la Suède, dont la longue nuit hivernale était éclairée par les flammes dorées et tremblotantes des rouges bougies de Noël.
2.
L'arrivée d'Aphrodite sur les terres du Sanctuaire causa un émoi parmi les gardes et les aspirants chevaliers, plus habitués à la rudesse de leurs maîtres et à la brutalité de leurs entraînements, qu'à la timide délicatesse qui se lisait dans les traits de porcelaine du petit Suédois. Quelques voix s'élevèrent pour exprimer leur mécontentement ; certaines mauvaises langues suggérèrent à Alrescha de recouvrir ce visage si féminin d'un masque emprunté à une femme chevalier. Le douzième gardien sourit, passa un long doigt pâle sur la joue enfantine. Un jour, pressentait-il, la beauté d'Aphrodite serait la plus redoutable de ses armes.
3.
Les premières semaines d'Aphrodite au Sanctuaire furent pour lui un supplice. Entre insultes, moqueries et passages à tabac, les autres apprentis ne lui laissaient aucun répit. Il ne voyait pas l'intérêt de se plaindre au douzième chevalier, visiblement très affaibli et sans aucun doute incapable de le défendre. Après avoir caressé l'idée de fuir à travers les montagnes et celle de se jeter du haut d'une falaise, il finit par adopter la seule attitude que lui permettait sa constitution encore fragile : toiser ses agresseurs d'un regard hautain, et leur opposer un silence qui disait tout le mépris qu'il ressentait.
4.
— Tu ne devrais pas les laisser te traiter ainsi.
Aphrodite leva la tête, essuya du revers de la main le mince filet de sang qui maculait le coin de sa bouche. Il venait de se faire coincer par trois disciples plus âgés et parmi les plus assidus à faire de sa vie un enfer.
— J'ai l'habitude, dit-il en haussant les épaules. De toute façon, je ne suis pas assez fort pour les battre.
L'autre garçon, plus grand, plus maigre, fronça ses fins sourcils.
— Alors je serai tes poings, le temps que tu deviennes plus fort, décida Shura.
5.
Shura, le solitaire disciple d'Algedi du Capricorne, s'était découvert une solide vocation de défenseur de la veuve et de l'orphelin, en particulier si celui-ci était affublé de grands yeux pâles et mélancoliques, et d'une chevelure aux soyeuses boucles turquoise. Sous les regards ironiques de ses aînés, il suivait comme une ombre l'apprenti suédois, et corrigeait tous ceux qui osaient proférer des insultes à l'encontre de son protégé. Aphrodite ne disait rien, poursuivait son chemin en affichant un air de royale indifférence. Shura ne s'offusquait pas de cet apparent manque d'ingratitude, et reprenait de plus belle sa surveillance silencieuse et fidèle.
6.
Le chevalier du Verseau, plus proche voisin de la douzième Maison, venait souvent rendre visite au maître des lieux.
— Es-tu sûr de ton choix ? demandait-il à son pair. On dit que ce garçon n'est pas taillé pour les combats, que son caractère est loin d'être fiable et qu'il a même vampirisé le malheureux apprenti du Capricorne.
— J'aurais plutôt dit qu'il s'était fait un ami, sourit Alrescha. Et crois-moi lorsque je t'assure qu'il sera un grand Saint. Peut-être pas au sens où tu l'entends, mais il accomplira son devoir jusqu'au bout.
Soucieux, Pontios garda pour lui ses réticences.
7.
La protection de Shura offrit à Aphrodite une certaine forme d'intégration, à défaut de respect. Peu le savaient, mais le garçon s'entraînait dur, s'obstinait jusqu'à l'inconscience pour affermir son corps et son esprit. Shura l'aidait beaucoup dans son apprentissage. Un jour cependant, une nouvelle main lui fut tendue.
— Je m'appelle Milo, salua le garçon en lui offrant un grand sourire. Soyons amis !
Aphrodite accepta avec quelque réticence, mais finit par apprécier la compagnie de l'apprenti volubile et extraverti, si différent de Shura. Ce dernier en conçut d'ailleurs une forte jalousie, l'amenant à s'interroger sur son amitié pour Aphrodite.
8.
Aphrodite s'inquiétait de la tournure que prenait son entraînement. Alors que les autres chevaliers d'or supervisaient de près la formation de leurs disciples, lui n'avait pratiquement plus vu son maître depuis leur départ de Suède. Cloîtré dans le temple des Poissons, Alrescha semblait avoir oublié jusqu'à son existence. Seul Ligys, le serviteur, se souciait un tantinet du garçon... lorsqu'il n'était pas accaparé par les soins prodigués au chevalier ou à ses roses.
L'humeur sombre, Aphrodite fusillait du regard la douzième Maison, maudissait ce maître faible et invisible qui se refusait à lui, et soupirait après des rêves peuplés d'armures d'or.
9.
Alrescha était souffrant. Une maladie insidieuse rongeait ses forces, empoisonnait son sang, et l'avait en quelques mois rendu méconnaissable aux yeux de ses pairs. Sa haute stature avait fondu comme neige au soleil, ses longs cheveux blonds s'étaient striés de fils d'argent, sa peau devenue diaphane paraissait incolore et transparente. Ligys l'avait supplié d'abandonner ses devoirs de chevalier au mépris de son honneur, et de se rendre dans un hôpital afin de subir des soins longs, douloureux et inutiles, tous deux le savaient fort bien.
— Mon fidèle Ligys, soupirait Alrescha. J'ai trop à faire et trop peu de temps...
10.
La jalousie de Shura atteignit des sommets insoupçonnés lorsqu'il dut faire face à l'entrée fracassante dans la vie d'Aphrodite d'un petit Italien braillard et bagarreur dénommé Angelo.
— Chiche que tu te dégonfles au dernier moment ! lança ce dernier en guise de défi.
Aphrodite attrapa au vol un rouleau de papier toilette, et Shura se retint pour ne pas coller son poing dans le sourire imbécile qu'arborait Angelo. Le problème, c'était qu'Aphrodite ne lui pardonnerait pas d'avoir amoché le visage de son nouvel ami.
Et au matin suivant, le temple de la Vierge arborait une décoration des plus... hygiéniques.
11.
Le ravalement de façade du quatrième temple, opéré au nez et à la barbe de Darshan de la Vierge, valut à Aphrodite un tout nouveau respect de la part de ses semblables. Le garçon naguère timide et réservé s'encanailla peu à peu au contact d'Angelo et de Milo, toujours prompts à imaginer des passe-temps à la moralité très discutable. Tous les chevaliers d'or firent les frais un jour ou l'autre de leur inventivité sans limite. Même le sage Shura, qui ne voulait pas perdre son ami Aphrodite, dut se soumettre aux défis et tours pendables des trois chenapans du Sanctuaire.
12.
L'un de leurs exploits les plus mémorables fut la substitution de la réserve personnelle de retsina de Pyrrhos, chevalier du Taureau, dont la force était tout aussi reconnue que la finesse de ses goûts en matière de grands crus. Pour ce faire, le diabolique quatuor embrigada Camus, le studieux disciple de Pontios du Verseau. Le garçon fut chargé d'endormir la vigilance du Taureau par de doucereuses et tortueuses questions sur la production vinicole et spiritueuse de son beau pays. Pendant ce temps, Milo, Angelo, Aphrodite et un Shura plus que réticent se glissaient dans les caves situées sous le temple...
13.
— À toi l'honneur ! s'écria Milo en tendant une bouteille à Camus.
Celui-ci eut les joues en feu dès la première gorgée, et le disciple du Scorpion en gloussa de ravissement. Tous voyaient bien que le jeune Milo en pinçait sérieusement pour son glacial camarade.
Shura fixait la langue rose et pointue d'Aphrodite, qui passait et repassait sur ses lèvres pour recueillir les gouttes d'amer breuvage. Sa contemplation prit fin lorsqu'un Angelo ivre et hilare se vautra sur le Suédois. De dépit, Shura songea à noyer sa jalousie dans la boisson. Il vomit au bout de la cinquième gorgée.
14.
À bêtise exceptionnelle, châtiment en conséquence. Le vénérable Shion opta pour une punition à la hauteur de la faute. Très exactement : de la hauteur du premier temple jusqu'à celle de son palais.
— Camuuus !
— Lâche-moi ! Je te déteste !
— Aphrodite, tu n'as pas frotté cette marche.
— Ah, zut.
— Si tu veux, je la ferai à ta place...
Un remerciement suivi d'un battement de cils, et Shura se sentit fondre avant de se remettre à laver les marches sacrées.
— Figlio di putana ! Je le ferai rôtir en enfer, ce fichu pope !
15.
Restés exceptionnellement seuls, Angelo et Aphrodite se livraient à de secrets et maladroits travaux pratiques de sciences naturelles.
L'Italien approcha son visage inquisiteur de celui de son camarade.
— C'est pas possible que tu sois un mec, murmura-t-il en louchant de manière fort peu gracieuse.
— Je suis un garçon ! se récria Aphrodite.
Angelo, qui n'attendait que ça, eut un sourire diabolique.
— Prouve-le ! lança-t-il en tendant la main vers le pantalon du Suédois.
L'autre avança lui aussi la main, mais dans un tout autre but.
Plus tard, Angelo arborerait sans gloire un mystérieux œil au beurre noir.
16.
— Toi l'Espagnol, je peux pas t'encadrer !
— Le sentiment est réciproque, rital.
— Chaque fois que je te vois, je rêve de t'expédier dans les neuf cercles de l'enfer.
— Le jour où j'aurai Excalibur, je te découperai en rondelles de salami.
— Tu es aussi rabat-joie que le vieux Pope !
— Et toi tu nous attires les pires ennuis !
— Ah mais Aphrodite ne s'en plaint pas, de mes ennuis.
— Et si tu arrêtais de lui tourner autour, pour une fois ?
— Parle pour toi !
— Non, toi parle pour toi !
17.
— Toi l'Espagnol, je peux toujours pas t'encadrer !
— Le sentiment est encore réciproque, rital.
Angelo s'essuya la bouche du revers de sa manche et prit un air dégoûté. Shura fit de même, et ajouta un regard meurtrier de son cru en direction du jeune apprenti. Dans un bouillonnement d'hormones adolescentes et frustrées, ils avaient commencé à se battre pour les beaux yeux du charmant mais inaccessible Aphrodite.
La bagarre avait pris un tour inattendu lorsqu'Angelo avait fourré sa langue dans la bouche entrouverte de son adversaire. D'abord figé de surprise, Shura s'abandonna très vite à l'audacieux baiser italien.
18.
Dix mois avaient passé, durant lesquels les jeunes apprentis avaient vécu sans le savoir les moments les plus doux et les plus heureux de leur formation. Aphrodite sut que les choses allaient changer dramatiquement lorsqu'il se retrouva aux portes du Sanctuaire. La petite silhouette d'Angelo s'éloignait aux côtés de son maître ScarFace, le chevalier d'or du Cancer, pressé de retrouver sa Sicile natale. Aphrodite frémit en percevant des bribes d'une conversation entre adultes.
— Est-il bien prudent de laisser cet enfant entre les mains de ScarFace ? s'inquiétait Pyrrhos du Taureau.
— Je crains que non, soupirait Pontios du Verseau.
19.
Les adieux du jeune Camus et de son secret soupirant Milo furent dignes des meilleures tragédies classiques. Les hurlements de désespoir du petit Grec résonnèrent jusqu'au sixième temple, perturbant la séance de méditation matinale du chevalier de la Vierge.
Le départ de Shura pour les massifs pyrénéens s'avéra moins spectaculaire. Tandis que maître Algedi saluait ses pairs, Aphrodite et Shura demeuraient côte à côte en silence. Les mains moites, Shura se donnait mentalement du courage pour se déclarer à son camarade, mais les mots adéquats se refusaient obstinément à lui. Vaincu, il baissa la tête et murmura péniblement "je t'écrirai".
20.
— Tu as terminé tes bagages ? demanda Ligys en passant près de sa chambre.
Aphrodite hocha la tête, et songea avec une certaine amertume que le pluriel était peu approprié pour qualifier la vieille valise posée à ses pieds.
— Où allons-nous, Ligys ?
— Nous partons pour le Danemark.
— Est-ce que... maître Alrescha nous accompagne ?
— Bien entendu. Il supervisera ton entraînement.
Le garçon huma doucement et fit une moue dubitative. Entre un serviteur tatillon dont le seul talent se résumait à l'horticulture et un maître souffrant, il se demanda s'il parviendrait vraiment à devenir chevalier.
