Bonjour à tout le monde!

Allez, comme j'ai pris l'habitude depuis un certains temps, je me relance dans un grand one-shot qui part sa taille, sera découpé en trois parties! Mais avant tout, je tenais à dédier cette longue fiction traitant de la surdité à ma petite sourde préférée ;)

Et avant de vous laisser débuter la lecture, je me devais de mettre plusieurs points au clair:

- Un léger OCC, car dans cet univers, Fang est sourde. De ce fait, cet handicap a forcément un impact sur son comportement et sur certaines de ses réactions. Lightning est moins "dure" et "sévère" que de coutume, car dans cette histoire, ses parents ne sont pas morts. De ce fait, elle porte bien moins de responsabilité sur ses épaules. (Cela peut sembler anodin, mais je préfère prévenir les plaintes à venir)
- Cette fiction est inspirée d'un film, mais pour ne pas spoiler l'histoire, je ne le révèlerai qu'à la fin de la 3ème partie. Voyons si vous devinez tout de même lequel c'est ;)

Je crois avoir tout dit donc, je vous souhaite une agréable lecture!


Partie 1

Les mots, la musique et les sons font partie de la vie de tous les jours. Les bruits de la civilisation, le chant de la nature, la caresse des voix... Tout cela nous berce chaque jour sans même que l'on ne se rende compte de leur importance, de leur implication dans notre existence. Ils ont toujours été là ils ont toujours été un acquis. Mais ce n'est qu'une fois que l'on se retrouve privé de ce merveilleux don que l'on se souvient de sa valeur. Ou alors, c'est en faisant face à un démuni qu'on se rend compte de sa chance.

Du moins, c'était ce que je croyais...

- Tu es au courant pour la nouvelle ? demanda Serah en posant sa fourchette sur son panier-repas.
- Quoi, donc ? répondis-je simplement en prenant une bouchée de mon plat.

Assise dans une cafétéria semi-bondée, je déjeunais tranquillement avec ma petite sœur. Contrairement à moi, celle-ci aimait bien être informée des derniers potins du lycée. Il se passait rarement quelque chose dont elle ignorait le secret. Je ne comprenais pas l'utilité de connaître la vie de personnes dont on ne savait même pas le nom. Et le comble, Serah appréciait particulièrement partager ces informations « croustillantes » disait-elle, avec moi. Si elle n'était pas ma sœur adorée, je pense que j'aurais déjà attenté à sa vie.
Roulant des yeux, j'attendis que ma cadette me dévoile sa grande découverte. Non, je ne me cachais pas du fait que cela m'exaspérait et m'ennuyait à en mourir. J'avais déjà la gentillesse de l'écouter. Je n'allais tout de même pas faire semblant d'être ravie de découvrir de futiles rumeurs. Il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin ! Et de toute manière, j'étais bien trop franche pour pouvoir jouer la comédie. Cela, Serah le savait parfaitement et c'était aussi pour cela qu'elle ne m'en tenait pas rigueur.

- Il paraît qu'elle est sourde et muette, déclara finalement Serah d'un air désolé.
- Et alors ? rétorquai-je en continuant mon repas, imperturbable.
- Et c'est triste pour elle ! Claire, tu ne pourrais pas avoir un semblant de compassion ? Tu te rends compte à quel point cela doit être affreux de ne pas entendre ? Cela doit être un terrible manque.
- Comment peut-elle être en manque de quelque chose qu'elle ne connaît pas ?

Le regard assassin, que me lança ma cadette, me fit comprendre qu'elle n'appréciait guère ma repartie. Qu'avais-je dit de travers encore ? Certes, perdre l'un des cinq sens était une chose rude. Mais dans le cas où on ne l'avait jamais possédé, c'était une tout autre chose. Je me rendis compte que je ne pourrais en aucun cas me passer de mon audition, j'étais née ainsi. Je pensai aussi que cela devait être de même pour une personne sourde et muette. On vit comme on a appris à vivre.
Ayant fini le repas, que m'avait gentiment préparé Serah, je rangeai tranquillement mon panier-repas. Puis, je regardai ma montre afin de calculer le temps qu'il me restait avant la reprise des cours. J'avais au moins une demi-heure devant moi.

- Je vais prendre l'air, annonçai-je en récupérant mes affaires.

Au même moment, un grand blond s'installa à la table. Passant son bras autour des épaules de ma sœur, un sourire satisfait s'afficha sur son visage. Il embrassa tendrement Serah avant de se tourner vers moi.

- Bah, sœurette, tu t'en vas déjà ? questionna-t-il, déçu.
- Je ne suis pas ta sœur, Snow, rétorquai-je sévèrement pendant que j'enfilais ma veste noire et mon écharpe rouge. Et je pense que je t'ai assez supporté pour aujourd'hui.
- Mais c'est la première fois de la journée qu'on se croise.
- C'est bien ce que je dis. Bon, à plus tard.

Alors que le petit-ami de ma sœur me faisait de grands signes pour me saluer, ma cadette me lançait encore son regard désapprobateur. Que pouvais-je y faire ? Je n'appréciais vraiment pas Snow que je considérais être une mauvaise fréquentation pour Serah. Mais si elle l'aimait comme elle le disait – ce dont je souhaitais être une passade – je ne pouvais m'y opposer. Elle avait seize ans désormais. Il fallait donc que je cesse de la considérer comme une gamine de cinq. Mais sortir avec un terminale alors qu'elle n'était qu'à sa première année de lycée, ce n'était vraiment pas convenable.

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Lorsque je sortis du bâtiment, un terrible vent glacial souffla. Retranchant mon menton dans mon écharpe, je frissonnais légèrement. En ce début d'hiver, le temps se faisait bien froid. Bientôt, les premières neiges tomberont avec l'arrivée de l'hiver. Je passais mes mains dans les poches de ma veste avant de reprendre ma route. C'était inhumain de nous obliger à porter des jupes par un temps pareil. Je n'avais rien contre les uniformes, au contraire. Mais il fallait savoir l'adapter selon la météo ! Enfin, tant que je resterai en mouvement, cela devrait aller.
Certes, je pourrais rester bien au chaud dans une classe surchauffée, mais j'aimais le grand espace. Le froid ne me faisait pas peur et je possédais un corps solide qui ne tombait que rarement malade. Et rester dans une pièce, avec des personnes plus énervantes les unes que les autres, allait nuire à ma santé mentale. Le choix était vite fait.

Alors que je me promenai dans l'arrière-cour du lycée, je m'arrêtai brutalement. Par cette basse température, très peu d'étudiants s'aventuraient hors des murs chauds. Je fus donc extrêmement surprise de voir une personne se tenir sous l'immense chêne. Cet arbre était l'emblème de notre école. La graine fut plantée à l'ouverture de l'établissement. Mais mon attention ne se portait pas sur ce monument, mais plutôt vers la jeune fille qui s'y adossait.
Ses cheveux corbeaux ondulaient ou bataillaient jusqu'à ses épaules. Sa peau hâlée était peu courante parmi la population locale. Plutôt grande, son corps dessinait ses courbes avec arrogance. Je ne reconnus pas l'individu et pourtant, j'avais plutôt une bonne mémoire. D'autant plus que cette étrangère portait l'uniforme de notre lycée. Une fine chemise noire ornée d'une cravate semi-défaite rouge à deux rayures sombres, une jupe classique à carreau dans le même ton que le haut. Mais contrairement à moi, cette fille n'avait pas mis son gilet. Elle voulait attraper la mort ou quoi ?

Soudain, comme ayant senti mon regard persistant, cette dernière leva les yeux dans ma direction. Je découvris des iris d'un vert incroyable, aussi beaux que des émeraudes. Me dévisageant simplement, celle que je compris être la nouvelle arrivante me sourit chaleureusement. Mal à l'aise, je sentis le chaud me monter aux joues. Je détournai la tête et après quelques secondes pour me ressaisir, je repris ma route. Je réagissais vraiment comme une gamine parfois.

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Lorsque la sonnerie annonçant la fin des cours tinta, je lâchai un long soupir de soulagement. Je n'étais vraiment pas studieuse, même si mes notes en témoignaient du contraire. Simplement, je n'aimais pas faire les choses à moitié. Tout devait être parfait. Pourtant, je n'étais pas une adepte de théories. Ce que j'adorais surtout, c'était la pratique. Et de toute manière, les études n'étaient pas faites pour moi. Cette année de lycée infernale à terminer, j'irais m'enrôler dans la police ensuite. L'action, il n'y avait que ça de vrai.
J'étirai mes bras et regardai par la fenêtre. Le terrain de sport commençait déjà à se remplir. Malgré le temps plus que frais, cela ne paraissait pas décourager les sportifs. Il en était de même pour moi, j'avais besoin de mes exercices quotidiens sinon, je pense que je deviendrais quelqu'un de violent.
Passant mon sac par-dessus l'épaule, je quittai gentiment la classe. À peine avais-je dépassé la porte que j'entendis des pas rapides dans ma direction. Je fus presque tentée de m'enfuir en courant, mais je me retins.

- Lightning ! s'écria une voix derrière moi.

Je me retournai donc vers Lebreau en posant une main sur ma hanche. Celle qui m'interpellait s'arrêta en face de moi, un immense sourire séducteur sur les lèvres. Ça y est, elle allait encore me sortir son baratin habituel !
Je dus me retenir de grogner par agacement et à la place, je décidai littéralement de couper l'herbe sous les pieds de mon amie.

- Je suis dans le club d'athlétisme et j'y resterais, soupirai-je doucement.
- Hé, mais attends au moins mes arguments, rouspéta mon interlocutrice en faisant la moue.

Lebreau n'était pas une fille très grande, mais son fort caractère semblait compenser ce détail. Ses courts cheveux noirs et ses yeux noisette faisaient d'elle l'une des filles les plus populaires du lycée. Mais elle n'avait pas beaucoup d'admirateurs, car si ces derniers osaient l'importuner, la punition était sévère. J'avais même entendu dire que certains avaient fini à l'hôpital.

- Lightning, les Nora ont besoin de toi, reprit Lebreau avec un sérieux déconcertant – j'aurais presque pu y croire. Il faut que tu rejoignes le club de musique. Ton don au violon ne doit pas rester inexploité !
- Et faire partie d'un groupe punk-rock serait honorer ce talent ? répliquai-je, peu convaincue. De toute manière, tu sais parfaitement que mon truc, c'est la course.
- Oui, je sais, je sais... Ce n'est pas pour rien que toute l'école t'a surnommée Lightning. Pour ta vitesse et ton côté destructeur...

J'émis un grognement de dédain. La seconde raison de mon titre me semblait complètement déplacée. Je n'avais encore tué personne que je sache. Contrairement à Lebreau, les gens n'avaient pas besoin de me connaître avant de savoir que j'étais dangereuse. En général, ils préféraient éviter de croiser ma route. Je n'allais pas m'en plaindre de toute manière, j'étais plutôt du genre asocial.

- Franchement, ajoutant ton talent musical et ta notoriété, les Nora feront un tabac assuré, argumenta la noiraude avec certitude. Allez, rejoins notre club !
- Il en est hors de question ! intervint une voix féminine.

Surprises, Lebreau et moi, nous nous retournions vers l'arrivante. Rehaussant ses petites lunettes, une femme grande et élancée s'avança vers nous. Habillée d'un tailleur très classe et certainement très cher, elle tenait un porte-document sous son bras gauche. Systématiquement, mon amie se mit sur la défensive, une moue boudeuse déformait son visage. Elle fit face à la blonde, s'interposant entre moi et elle.

- Et pourquoi ne pourrait-elle pas rejoindre le club de musique ? questionna froidement Lebreau en fixant son interlocutrice droit dans les yeux.

Tout simplement parce que mademoiselle Farron perdrait son temps dans une activité si futile, rétorqua l'arrivante en toisant de haut la petite étudiante avant de tourner un regard désapprobateur dans ma direction. Il en va de même pour le club d'athlétisme.
Je secouai la tête, exaspérée. Croisant les bras, je tentai de reformuler mes insultes afin de ne pas devenir vulgaire sous la colère. Après tout, il était encore de mon ressort de choisir quelle activité je voulais exercer après les cours. Bon sang ! Et c'était comme ça tous les jours depuis la rentrée.

- Professeur Nabaat, repris-je lentement. Avec tout le respect que je vous dois, je n'ai nullement l'envie de rejoindre le club d'escrime que vous dirigez. Comme je l'ai dit à Lebreau, j'adore l'athlétisme. D'ailleurs, je vais être en retard pour l'entraînement. Donc, si vous voulez bien m'excuser.

Prenant congé, je m'empressai de m'éclipser. Jihl Nabaat, professeur de français et entraîneuse du club d'escrime, me jeta un regard noir, serrant colériquement ses documents. Si elle avait pu tuer avec ses yeux, je serais certainement déjà agonisante sur le sol. Cette belle femme avait tout pour elle, on ne comptait plus le nombre d'étudiants prêts à lui baiser les pieds. Elle avait l'habitude d'avoir tout ce qu'elle convoitait. Sauf moi. Et l'enseignante n'appréciait guère les refus.
L'escrime était une discipline intéressante, mais elle ne me procurait pas autant de bien que la course à pied. Quitte à devoir choisir, je préférais même la musique à l'épéisme.

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Après m'être rapidement changée dans les vestiaires, je fonçai comme une flèche vers le terrain de sport. Tout le monde avait déjà fini les échauffements et s'était déjà attelé à leur exercice de prédilection. Mon entraîneur me vit approcher, certainement surpris par mon arrivée tardive. La liste des présences entre les mains, il la posa contre sa hanche avant de me dévisager. Amodar était l'un des rares professeurs de ce lycée que j'appréciais à sa juste valeur. Un peu rondouillard, il avait perdu sa stature d'athlète qui avait fait de lui un champion à une époque. Ses cheveux semi-rasés lui offraient un visage parfois très amical, parfois très effrayant. Il valait mieux toujours rester dans le camp de ce dernier.

- Désolée du retard, déclarai-je en retirant mon gilet sportif que je posais sur le côté. Je me suis fait coincer dans le couloir par le club de musique et d'escrime.
- Oh, cette harpie de Nabaat m'avait promis de ne plus t'importuner, railla l'entraîneur d'athlétisme qui m'étudia minutieusement.
- Ce n'est pas la peine de me regarder ainsi, je vous l'ai dit, je ne compte pas quitter le club.
- C'était tout ce que je voulais entendre, jeune fille. Va donc t'échauffer maintenant.

Le froid commençait déjà à endolorir mes muscles. Munie d'un training et d'un t-shirt, j'allais finir congelée, si je ne commençais pas à m'activer tout de suite. Je débutai donc par quelques tours de terrain à petit trot afin de me mettre en condition. Rapidement, mon corps se réchauffa à mon plus grand bonheur. Chacun de mes souffles se transforma en buée une fois hors de mes lèvres.
Un peu plus loin, je pouvais apercevoir un groupe d'individus habillés en kimono blanc, faire des tours du lycée. C'était le club de judo qui avait lui aussi, entamé son entraînement. Leur coach était Yaag Rosch, un ancien marine qui ne leur rendait pas la vie facile. Une touche d'inquiétude m'ébranla lorsque je vis, en bout de la file, Serah.
Cette dernière avait souhaité rejoindre le même club que son petit-ami. Enfin, cela était la partie officieuse, car officiellement, elle avait dit vouloir se défendre seule. Prétextant par la même occasion que je la couvais un peu trop. Cette expérience ne pourra que forger son caractère, mais je ne pouvais pas m'empêcher de me soucier de ma cadette.
De toute manière, Snow était ceinture noire dans sa catégorie, je ne pense pas qu'un malotru oserait toucher un cheveu de ma sœur. Au moins, pour une fois, je pouvais remercier le blondinet.

Après quelques étirements, je me mis sur la piste de sprint. À ce moment-là, Hope Estheim, un jeune collégien et assistant du club d'athlétisme, me rejoignit avec un chrono en main. Il me sourit chaleureusement et me salua :

- Bonjour, Lightning. Prête à battre tous tes records ?
- Plus que jamais, répondis-je simplement. Quand est-ce que tu rejoins le club en tant que coureur ?

Le jeune garçon se contenta de rires nerveusement par rapport à ma question. Plutôt petit et maigrelet, il était très timide et avait tendance à s'effacer devant les autres. Étant le fils du directeur de l'école, beaucoup d'étudiants avaient de stupides préjugés envers Hope. Certains pensaient que la moindre de ses réussites n'était due qu'à son père. Mais cela était complètement faux !
Un jour, j'avais entrevu l'un de ses entraînements secrets qu'il faisait souvent une fois tout le monde parti. De ce que j'en avais vu, je savais pertinemment que ce gamin avait un potentiel incroyable. Seulement, il fallait que Hope prenne plus confiance et d'assurance. D'ailleurs, son visage angélique lui offrait déjà quelques admiratrices. Qu'est-ce que ce sera une fois qu'il aura terminé sa croissance et mûrit !

M'extirpant de mes pensées, je me mis en position de départ. M'accroupissant légèrement, je tendis ma jambe gauche après avoir bloqué les pieds sur le starting-block. Mes doigts se posèrent juste derrière la marque de départ. Je vidais mon esprit et me concentrai sur mon objectif : la ligne d'arrivée. Tout sembla disparaître autour de moi, il ne restait plus que les battements ralentis de mon cœur.
Hope appuya sur la détente et le signal de départ fut lancé. Comme si le coup de feu m'avait propulsée, je démarrai comme une flèche. Plus rien n'existait autour de moi, mis à part la piste et la ligne d'arrivée. Les vents dans les cheveux, une impression de légèreté... C'était comme si je volais. Mon esprit semblait séparé de mon corps et jouissait d'une plénitude totale. Quand je courais, plus rien n'avait d'importance sauf la vitesse. Je voulais aller plus vite. Je devais aller de plus en plus vite. Tout mon être l'exigeait, toute mon essence l'intimait... Alors, mon corps obéissait.

Lorsque je franchis l'arrivée, c'était comme changer de monde. Mes muscles redevinrent plus lourds. Ma respiration plus forte et plus saccadée formait de petits nuages de vapeurs. Mon cœur bataillait encore frénétiquement, se croyant encore en pleine course. Mon esprit revint sur terre alors que le bruit de mon entourage frappa mes oreilles. L'extase éphémère de l'adrénaline venait de se dissiper.

- À deux secondes, tu aurais battu ton regard, déclara Hope qui courut me rejoindre.
- OK, alors on remet ça, répondis-je en partant vers la ligne de départ. Et cette fois, je battrais ce foutu record.

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Après une heure de courses effrénées, mon corps réclamait un repos bien mérité. Les mains sur mes hanches, je tentais d'offrir l'oxygène qui semblait manquer à mes poumons. Intérieurement, je bouillais de frustration. À quelques microsecondes près, j'aurais renouvelé mes scores personnels. C'en était rageant !
Le front en sueur, je fus tentée de l'essuyer avec mon brassard. Mais au même moment, Hope, en parfait assistant qu'il était, me tendit une serviette. Je le remerciai d'un simple mouvement de la tête. Tout ce qu'il me fallait maintenant, c'était une bonne douche. Mais l'entraînement était bien loin d'être terminé. On n'était qu'à la mi-temps.

Tranquillement, je m'approchai du petit bar improvisé et attrapai rapidement un gobelet d'eau. Les autres membres du club étaient tous attroupés autour de la table à boisson. Les rires et les conversations fusèrent de tous les côtés, comme à leurs habitudes.
Buvant tranquillement dans mon coin, j'évitai tout simplement de me mêler aux autres. Je n'étais pas incapable de communiquer normalement, mais je n'étais nullement attirée par les bavardages inutiles. Bien sûr, si quelqu'un venait m'adresser la parole, j'y répondrais poliment. Mon visage ne sachant pas mentir, mon intérêt inexistant serait rapidement démasqué.

- Hé, regardez, c'est la nouvelle là-bas, déclara l'une des filles du groupe de saut.

Sans pouvoir m'en empêcher, je tournai le regard dans la direction que ma camarade pointait du doigt. L'entraîneur Amodar était en train de discuter avec une jeune fille. Je reconnus immédiatement l'étudiante que j'avais aperçue un peu plus tôt dans la journée. Et comme tout à l'heure, cette dernière ne portait pas beaucoup de vêtements sur le dos.
Peu intéressée, je déclarai à Hope :

- Saut en hauteur pour la suite.
- Je te suis, répondit-il avec enthousiasme.

En temps normal, les gens préféraient n'avoir qu'une seule discipline athlétique de prédilection. Mais ce n'était pas une règle absolue. Pour ma part, j'en avais deux. Le sprint et le saut en hauteur, même si je maîtrisais moins la deuxième catégorie. Mais je me défendais plutôt bien et j'aimais diversifier mes exercices. Et vu que tout le monde était en pause, l'équipement était libre.
Hope s'empressa de finir son verre en plastique et récupéra ses affaires. Alors que je jetais mon gobelet dans la poubelle, les bribes d'une conversation vinrent jusqu'à mes oreilles.

- Elle parle au coach, déclara un garçon du groupe de lancers. Vous pensez qu'elle veut se joindre à nous ?
- J'ai cru entendre qu'elle était sourde et muette, commenta son ami en croisant les bras.
- Dans ce cas, elle va avoir du mal à crier mon nom, la jolie.

Les deux jeunes hommes gloussèrent comme des idiots pour une blague d'un très mauvais goût. Sans vraiment savoir pourquoi, je sentais la colère bouillir dans mes veines. Si je ne me maîtrisais pas un minimum, je pense que mon poing se serait déjà collé contre ce sourire suffisant.

- Un problème, Farron ? argua l'un des garçons, peu amène.

Maudit soit mon visage qui dévoilait un peu trop facilement mon agacement. Une grosse perte de temps se profilait à l'horizon. Je n'avais ni le temps, ni l'envie de converser avec deux primates. Mais ce qui m'agacerait encore plus était que ces êtres primitifs puissent imaginer m'impressionner en prenant bêtement une voix menaçante. Vous faites une grave erreur, les garçons.
Croisant les bras, je toisai mon interlocuteur, l'air impassible. Ce dernier bomba le torse, se redressant dans toute sa hauteur. Il devait bien faire une tête de plus que moi et le double de mon corps en largeur. Il aurait peut-être dû choisir le club de football américain plutôt que l'athlétisme avec une telle carrure.

- Alors, Farron, t'as rien à me répliquer ? reprit fièrement mon adversaire.

Que tu es un imbécile ? Que l'ère de l'Homo Erectus était révolue ? Que j'aimerais autant discuter avec toi que de me retrouver en tête à tête avec Snow ? Je n'avais même pas envie de gaspiller ma salive pour un abruti pareil. Alors que j'allais tout de même rétorquer quelque chose, l'entraîneur décida de s'immiscer à la conversation.

- Ça suffit maintenant, Parker, gronda Amodar avec sévérité et autorité. Je t'ai à l'œil, alors je te conseille de te tenir à carreau !

Je ravalai donc un grognement frustré. Bien évidemment, voir une armoire à glace s'attaquer à une frêle jeune fille, on s'attendait forcément à une intervention divine. Je n'avais besoin de personne pour m'occuper de ce gorille sans cervelle.
Mais je savais aussi pertinemment que si Amodar intervenait, c'était qu'il avait peur que je me blesse. En vue des compétitions inter-lycée qui approchaient, il me voulait dans ma meilleure forme. Beaucoup d'espoirs et d'attentes reposaient sur mes épaules, je me devais de mener mon école vers la victoire. Enfin, c'était ce que l'on m'avait gentiment demandé de faire.

- Il ne faudrait pas abîmer le petit poulain d'Amodar, marmonna Ben Parker en passant à côté de moi.
- Tu aurais mieux fait de garder ta langue bien au fond de ta gorge ! rétorquai-je en me retournant brutalement.

Sans crier gare, mon poing atterrit en plein dans la figure de mon camarade. Surprise et sonnée, la grosse masse de muscles tomba à terre. Mon sang battait furieusement contre ma tempe et ma respiration commençait à devenir agressive. Je dus faire un effort titanesque pour ne pas me jeter sur mon adversaire afin de lui ruer des coups qu'il méritait amplement.
J'étais une personne impulsive et rapidement, je regrettai mon geste puéril. Comme une idiote, j'étais entrée dans le jeu du primate. Serah me reprochait souvent de ne pas être assez diplomatique durant les conflits. Elle venait encore d'avoir raison.

Blessé à la joue et dans son amour propre, Ben se releva avec outrance. Les yeux pleins de rage, il brûlait de colère et voulait me le faire payer au centuple. Alors qu'il s'approchait de moi, je ne me laissais pas impressionner et je ne me reculais pas. J'étais prête à me défendre coûte que coûte. Mon corps était chaud et avide d'action.
Mais alors que le combat allait reprendre, sans grande surprise, des personnes intervinrent. Trois amis de Ben le retinrent par les bras. De mon côté, je sentis que quelqu'un m'avait attrapé mon poignet et posé une main sur mon épaule. Tout mon corps se tendit et je me retournai vers la personne assez folle pour oser m'interrompre.

Mon regard croisa des orbes émeraude. J'avais cru sentir mon cœur cesser de battre durant un millième de seconde. Il n'y avait bien que la nouvelle étudiante pour être assez téméraire pour m'entraver. Les élèves de cette école savaient parfaitement qu'il ne fallait en aucun cas m'approcher et encore moins, me toucher !
L'étrangère me sourit gentiment en tapotant mon épaule afin de me calmer. Ce fut tout l'effet contraire. Mon sang bouillit et me monta rapidement à la tête. Je n'avais nullement l'envie d'être méchante avec cette fille, mais si elle continuait sur cette voie, je ne répondrais plus de rien.
Alors que j'allais me défaire de sa prise, Ben hurla :

- Lâchez-moi, il faudrait bien que quelqu'un dise à cette salope d'arrêter de prendre les gens de haut !

Cette attaque verbale détourna toute mon attention de la nouvelle. Tuant littéralement le garçon des yeux, j'aurais voulu bondir et le défigurer à jamais. Mais étonnamment, l'étrangère possédait une force incroyable et m'empêchait tout mouvement.

- Oh, la ferme ! Tu es tellement pathétique, Parker, ripostai-je en cessant de me débattre en vain. Parler dans le dos d'une sourde n'a pas été trop difficile pour toi ? Tu ne t'es pas trop mouillé le pantalon ?
- Mais on s'en branle, Farron ! rétorqua Ben avec dédain. De toute manière, elle ne peut même pas nous entendre.
- Est-ce une raison suffisante pour lui manquer de respect ? C'est bien plus facile de s'en prendre à plus faible que soi, hein ? Et pourquoi ne choisirais-tu pas plutôt de venir me dire mes quatre vérités en face ? Non ? Pourquoi ? Parce que je peux répliquer, abruti !

Voulant continuer à cracher ma désapprobation, je sentis la main qui se tenait sur mon épaule, glisser le long de mon dos avant de m'attraper par la taille. Puis, un corps chaud se fit sentir derrière moi ainsi qu'une forte poitrine. Ma salive me parut difficile à avaler soudainement. Mes muscles se tendirent comme un arc bandé.
Que cherchait-elle à faire ? Peut-être qu'une personne dépourvue de paroles s'exprimait plus facilement par des gestes. Quoi qu'il en soit, son acte me mettait terriblement mal à l'aise. Ce contact déconcertant, cette chaleur rassurante...
Ses boucles noires me chatouillaient les épaules tandis que son souffle tiède caressait mon cou. Lorsque je la dévisageai en fronçant des sourcils, cette dernière secoua lentement la tête. Pendant que je bataillais pour ne pas rejeter brutalement ce contact inconnu, l'entraîneur s'avança entre Ben et moi. Son visage sévère était empreint de colère et de déception.

- Lightning, je peux comprendre ta réaction face à la puérilité de ton camarade, mais ce n'est pas une raison suffisante pour céder à la violence, débuta le sermon d'Amodar.

Ben émit un petit gloussement victorieux et dédaigneux. Immédiatement, le coach lui jeta un regard noir qui le calma net. Ses amis se reculèrent lentement, abandonnant le jeune garçon face à son juge.

- Et toi, sache que ton comportement est digne d'un gamin de primaire, reprit Amodar d'une voix tranchante. Je ne sais pas ce qui me retient de t'expulser du club. Ce n'est pas le premier conflit dont tu es à l'origine, Parker.
- Parce que je suis le meilleur, répondit audacieusement Ben.

Un petit rire tonna de la part de l'entraîneur. Un rire peu amène et peu rassurant qui effraya plus d'un membre du club. Voyant la tête que faisait le garçon de l'équipe de lancers, j'imaginais facilement que celui-ci devait regretter son arrogance.
Derrière moi, la nouvelle élève devait s'être rendue compte que le calme m'était revenu. Lentement, elle relâcha sa prise autour de mon poignet et de ma taille. Puis, lorsqu'elle s'éloigna légèrement de moi, mon corps frissonna de froid. La dissipation de sa chaleur se faisait rapidement sentir.

- Le meilleur, hein ? répéta Amodar, amusé. Alors, grand champion, fais-nous donc une démonstration de tes fantastiques prouesses.

Désignant le terrain adéquat de la main, il invita son étudiant à se mettre en exécution. Après avoir relevé fièrement la tête, le garçon suivit son entraîneur.

Bien évidemment, tous les membres du club suivirent les deux protagonistes. Je ne savais pas ce qui poussait leur curiosité à suivre le mouvement. Cela n'allait pas être la première fois que Ben allait exercer le lancer de javelot. Certes, il était plutôt bon dans son domaine, mais de là à dire qu'il était le meilleur. Personnellement, je décidai d'assister à la démonstration dans l'espoir que mes mauvaises ondes influencent sa performance et le ridiculisent. Cela ne coûtait rien de rêver.
Devant une telle audience, le lanceur ne put s'empêcher de faire le beau. Comme un coq dans son poulailler, il se pavanait orgueilleusement, javelot en main, qu'il brandissait comme une arme de guerre. Amodar le remit immédiatement à sa place en frappant le crâne du sportif qui se croyait dans un défilé.

Un peu en retrait de la masse de personnes, j'attendis patiemment que cet imbécile se persuade à projeter son pique. On perdait un temps précieux qui appartenait à notre entraînement. Alors si Monsieur voulait bien se décider...
Finalement, au bout de quelques minutes, Ben lança enfin son javelot qui décrivit un magnifique arc de cercle dans le ciel. Le public retint son souffle jusqu'à ce que le projectile atteigne la terre froide et dure. 68,93 m, un score plutôt bon pour un idiot comme lui, même si les champions mondiaux arrivaient entre 80 et 90 mètres. Sans parler du record mondial qui atteignait l'incroyable distance de 98,48 m.
Tout le monde se mit à applaudir le garçon qui fit de grandes révérences. Fier de lui, Ben affichait un sourire arrogant et plus qu'horripilant. Puis, son regard se tourna vers la sourde qui jaugeait le poids d'un javelot. Le rictus du jeune homme s'élargit encore plus.

- Ma jolie, tu sais que tu risques de te blesser en jouant avec une telle lance, si tu ne sais pas t'en servir correctement, déclara Ben dont l'expression était plus écœurante que jamais.

Le regardant gentiment, l'étrangère lui offrit un magnifique sourire charmeur. Sans comprendre pourquoi, Ben se mit à rire comme un idiot tout en frottant l'arrière de sa tête. Et avant même que nous saisissions les choses, elle s'était élancée sur la piste et avait projeté le javelot haut dans le ciel. Bouche-bée, tout le monde suivit la courbe de ce sublime lancer jusqu'à la fin. La pointe se planta dans le sol avec souplesse.
Rapidement, Hope se pencha par-dessus le javelot afin de mesurer le score. Puis, se tournant vers les membres du club, il annonça avec émerveillement :

- 69, 32 mètres !

J'écarquillai les yeux, stupéfaite et sans voix. On nous charriait, là ! Dans la catégorie féminine, cette distance avait sa place sur le podium mondial qui tournait autour des 62 et 72 mètres.
Tout le monde applaudissait et sifflait en l'honneur de cette belle performance. La personne à l'origine de cette prouesse se tourna vers Ben et lui fit un clin d'œil aguicheur avant de s'éloigner de la piste. La tête que fit cet idiot était sans prix. Un point pour la nouvelle !
Désirant éclater de rire, je ne pus m'empêcher d'esquisser un sourire moqueur. Mais mon amusement fut de courte durée lorsque je vis l'entraîneur m'appeler d'un bref signe de la main. Et mince, allais-je aussi me faire sanctionner ?

Alors que je m'avançais tranquillement vers le coach Amodar, celui-ci se tenait auprès de la nouvelle étudiante. Il se tourna vers moi et tendit le bras afin de m'inviter à leur conversation.

- Ah, Lightning, déclara-t-il avec enjouement, les yeux suppliants. J'ai besoin de toi pour convaincre cette petite perle de rejoindre notre club. Je te présente donc Fang Yun. Et voici, Claire Farron.

Je saluai de la tête cette personne dont je pouvais enfin coller un nom. Celle-ci garda son éternel sourire chaleureux avant de faire de même. Mal à l'aise, je me tournai vers mon entraîneur, peu convaincue d'être la meilleure personne à choisir pour enrôler une nouvelle recrue.

- Je ne connais pas la langue des signes, vous savez ? fis-je remarquer en jouant inconsciemment avec mes doigts. De toute manière, je ne pense pas être la bonne personne pour cette mission.
- Ne t'inquiète pas, elle sait lire sur les lèvres, expliqua Amodar avec enthousiasme alors que Fang acquiesçait. Et je t'ai choisie, car qui mieux qu'une championne pour encourager une autre championne ?
- Je pensais que Parker était votre champion, rétorquai-je ironiquement avec un sourire moqueur.
- Ce n'est pas un mauvais bougre, mais en compétition, il ne fait pas le poids contre les meilleurs.

Un soupir s'échappa de mes lèvres. Ben était peut-être le meilleur de notre club, mais il n'avait aucune chance face aux autres compétiteurs provenant de divers lycées. Durant mes deux participations aux compétitions inter-lycée, j'avais raflé deux médailles d'argent. Cette année, mon coach et moi visons la première place. Mais bien sûr, si Fang rejoignait les nôtres, notre équipe se retrouverait à coup sûr avec une nouvelle personne de l'équipe sur le podium.
Me tournant donc vers la recrue qu'il fallait absolument enrôler, je la toisai un instant avant de demander :

- Tu ne veux vraiment pas rejoindre notre club ?

La nouvelle étudiante secoua la tête en signe de négation. Je portai ensuite, mon attention vers mon entraîneur.

- J'ai fait tout ce qui est en mon pouvoir, Patron, concédai-je avec un accablement peu convaincant. Je suis désolée.

Le coach passa la main sur son visage sans dissimuler son amusement mêlé à de l'exaspération. Puis, il éclata d'un rire grave et gai qui lui était propre, sachant parfaitement qu'il ne pouvait rien me demander de plus.
Ravie d'avoir pu me rendre utile, je pris congé et me dirigeait vers la zone dédiée aux sauts athlétiques.

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L'entraînement prit finalement fin à mon plus grand regret. Je n'avais battu aucun de mes records personnels aujourd'hui. Un résultat bien décevant, mais qui ne faisait que renforcer ma détermination à m'améliorer. La prochaine séance était dans deux jours, j'avais donc amplement le temps de récupérer et de me préparer.
Alors que j'essuyai mon visage avec une serviette, je vis soudainement les membres du club courir comme si la mort était à leur trousse. Interloquée, j'observais cet étrange phénomène sans savoir comment l'interpréter. Le comble de la logique, ils se dissipèrent tous de part et d'autre. Quelle mouche les avait piqués ?

- Le patron a dit qu'il doublait les entraînements pour qu'ils fuient tous comme ça ou quoi ? grommelai-je à Hope.

En quelques secondes, nous fûmes les derniers sur le terrain. Alors que le jeune assistant peinait à porter divers équipements d'athlétisme, je m'empressai de lui prêter main-forte. Attrapant deux ou trois choses, je l'accompagnais jusqu'au local de rangement.
Hope déposa tout son attirail avant souffler fortement après l'effort. Enfin débarrassé de ces lourds poids, il put enfin répondre à ma question :

- Amodar a annoncé que celui ou celle qui arrivera à convaincre la nouvelle de nous rejoindre, deviendra officiellement le capitaine du club.
- Une chasse à l'homme, soupirai-je en posant à mon tour, l'équipement au coin de la pièce. Je plains cette pauvre fille dans ce cas.
- Tu ne vas pas tenter d'avoir le poste ?

Dévisageant le jeune collégien, je lui fis bien sentir la stupidité de sa question. Me voyez-vous diriger une bande d'adolescents turbulents ? Je n'étais déjà pas du genre loquace, alors faire de beaux discours pour motiver les troupes et les encourager... très peu pour moi.
Face à ma réaction, Hope se mit à rire timidement. Il était l'une des rares personnes à ne pas s'offenser de ma froideur et de ma franchise. Au contraire, il faisait partie de ceux qui savaient lire au-delà de ma carapace. À force de m'aider durant les entraînements, ce garçon avait fini par devenir mon assistant personnel. Une chose qu'Amodar ne chercha pas à corriger. Il avait amplement assez d'assistants sous la main. Et si cela aidait son « poulain » comme l'avait dit Ben, à s'améliorer, le coach était ravi.
Amicalement, je frottai la tête de Hope qui se débattit. Avec le temps, j'étais venue à le considérer comme un petit frère. Tout comme avec Serah, j'étais prête à le guider et à le protéger en cas de besoin.

- Alors quand est-ce que je te vois sur le terrain en tant que coureur au lieu de chronométreur ? demandai-je en libérant finalement ma pauvre victime.
- Sérieusement, Lightning, je ne pense pas que...
- Arrête tes salades, je t'ai vu à l'œuvre une fois quand tout le monde était parti. Tu as du potentiel et il serait plus que stupide de ne pas l'exploiter.
- Tout comme toi, avec ton talent au violon, railla le jeune garçon.

J'ouvris ma bouche pour répliquer, mais je la refermais immédiatement. La musique faisait aussi partie de mes rares passions, le violon en particulier. Mais il était hors de question que je rejoigne deux clubs à la fois et surtout, cela donnerait encore une raison de plus à Lebreau de me harceler. Jamais je ne rejoindrais un groupe punk-rock et encore moins quand Snow s'y trouvait. Et le sprint était une activité solitaire qui me convenait parfaitement.
Attrapant l'oreille de Hope, je tirai légèrement dessus en guise de punition. Ce dernier gémit sous ma torture et devint rapidement plus docile.

- J'ai préféré choisir l'athlétisme à la musique, repris-je d'une voix menaçante. Et toi, quelle est ton excuse pour ne pas exercer ton talent ?
- Aucune, Madame, marmonna le collégien en grimaçant.
- Bien. La prochaine fois, je veux te voir sur le terrain en tenue de sport et prêt à en pratiquer.
- Oui, Madame.

Satisfaite, je relâchai ma prise tyrannique. Une fois libre, Hope s'empressa de frotter son oreille douloureuse en me jetant un regard boudeur. Puis, il me sourit timidement avec reconnaissance. Il était conscient que je le malmenais pour son bien. Le sujet clos et mis au point, je quittai donc le local pour rejoindre les vestiaires pour fille.

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Lorsque j'arrivais à destination, la pièce était envahie par la vapeur des douches. Certaines de mes camarades étaient en train de se changer alors que d'autres se lavaient. Sans plus attendre, j'attrapai une serviette propre. Je me déshabillai rapidement et déposai mes vêtements devant mon casier, sur un banc au centre de la salle. Puis, je me jetai sous les jets chauds et relaxants.
Mon corps appréciait l'instant et mes muscles se détendirent systématiquement. Après de rudes exercices dans le froid glacial d'hiver, rien de tel pour se revitaliser. Fermant mes paupières, je laissai couler l'eau chaude sur mon visage et ruisseler le long de mes courbes. De mes mains, je tirai mes cheveux mouillés vers l'arrière.

Dans les vestiaires et les douches, les gloussements et les conversations continuaient de résonner de tous les côtés. Certaines personnes commentaient les entraînements tyranniques d'Amodar. D'autres discutaient de leur désir de se lancer sur des compétitions mondiales. Ou encore, certaines s'imaginaient devenir la capitaine une fois qu'elles auraient capturé la fameuse Fang Yun. Plusieurs plans avaient été échafaudés. J'espère que cette fille court aussi bien qu'elle lance le javelot, sinon...

Je coupai l'eau de la douche avant d'essorer mes cheveux. Puis, j'attrapai ma serviette que je passai tout autour de ma taille, et rejoignis à nouveau les vestiaires. Tranquillement, je marchai jusqu'à mon casier en me demandant si Serah avait elle aussi, terminé son entraînement. Espérant que son premier jour ne fut pas trop traumatisant pour elle. Il fallait que j'aille la retrouver.
Immédiatement, j'ouvris mon casier. À ce moment-là, je découvris quelque chose qui n'avait pas du tout, mais pas du tout sa place, ici. Dissimulée parmi mes affaires personnelles, se tenait Fang. Cette dernière m'offrit un sourire contrit et gêné. Mon premier réflexe fut de refermer brutalement la portière métallique.
Dans ma précipitation, je la claquai tellement vite et fort que le fracas résonna dans toute la pièce, imposant le silence et attirant toutes les attentions sur moi.

- Bah, quoi ? grondai-je en faisant tous les efforts du monde pour garder un air impassible.

Les filles m'étudièrent un instant, puis elles vaquèrent à nouveau à leurs discussions. Heureusement que les gens n'étaient plus surpris de mes attitudes distantes et peu sociables. Sinon, je n'aurais jamais su comment expliquer la présence de Fang parmi mes effets personnels.
D'ailleurs, que faisait-elle là ? Je savais qu'un jour ces immenses casiers sans verrous allaient me poser un souci. Combien de fois avais-je songé à faire une pétition pour qu'on y installe des cadenas ? Comme quoi, il ne fallait jamais repousser au lendemain, ce que l'on pouvait faire immédiatement.
Mon cœur se mit à s'accélérer furieusement face à mon embarras. Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir faire maintenant, bon sang ? Je suppose que si elle s'était retrouvée ici, c'était certainement pour fuir les furies qu'Amodar lui avait lancées aux fesses. Mais Seigneur, de tous les casiers ici présents, pourquoi a-t-il fallu qu'elle choisisse le mien ?
Agacée, je frottai mon visage de ma main droite, retenant un hurlement de rage.

- Il y a un problème, Lightning ? me demanda l'une de mes camarades, ayant certainement remarqué mon désespoir.
- Non, tout va parfaitement bien, mentis-je avec une froideur qui éloigna mon interlocutrice.

La prochaine idiote qui osera me poser une question, je lui arrache les yeux ! Et heureusement pour moi, le message semblait être passé.

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Au bout d'une dizaine de minutes qui me parut interminable et où j'avais dû faire croire que je voulais profiter plus longuement de la douche, les vestiaires se vidèrent enfin. Après m'être assurée que plus aucune personne ne se trouvait dans la place, j'ouvris à nouveau mon casier avec brutalité.

- Tu mériterais que je te brûle vive, menaçai-je dangereusement la fautive de mon calvaire.

Tout sourire, Fang s'éclipsa hors de sa cachette. Puis, ravie de sa liberté, elle étira ses bras et ses jambes. Cela ne devait pas être très agréable de s'enfermer dans un si petit compartiment durant une vingtaine de minutes. Enfin, elle n'avait qu'à choisir un autre endroit aussi !
Soudain, la nouvelle se tourna vers moi et se mit à signer. Je ne pus m'empêcher de remarquer à quel point ses mains se mouvaient avec une grâce envoûtante. Ne m'étant jamais intéressée à cette langue muette, j'étais complètement fascinée. Mais je ne compris pas le sens de ces gestes.

- Ce n'est pas la peine de te fatiguer, intervins-je en secouant la tête. Je ne comprends pas la moindre chose de ce que tu essaies de me communiquer.

La sourde émit un petit étouffement que je supposais être son rire. Ses yeux d'un vert si intense me scrutèrent lentement durant un moment. Et lorsqu'elle s'approcha de moi, je ne pus m'empêcher de me mettre sur la défensive. Face à ma réaction, Fang leva les mains afin de me signifier qu'elle ne me voulait aucun mal. Ce n'était pas ce qui me détendit pour autant.
Doucement, elle m'attrapa le poignet. Cela allait devenir une sale manie à ce rythme ! Puis, elle écarta mes doigts de son autre main. Avec une délicatesse qui me chatouilla presque, la sourde écrivit sur ma paume. Je fronçai des sourcils et me concentrai pour reconnaître les lettres qu'elle dessinait contre ma chair.

- Merci ? demandai-je en arquant un sourcil.

Un hochement de la tête fut la seule réponse de Fang. De suite, je décidai de mettre les choses en ordre.

- Je te préviens, il n'y aura pas de prochaines fois, grommelai-je d'un air sévère. Si tu veux recommencer ton petit numéro, tu choisiras un autre casier. Pas le mien !

Ayant enfin accès à mes vêtements, je sortis mon uniforme de son placard et le déposai sur le banc. Alors que j'attrapai mes sous-vêtements, je sentis encore son regard sur moi. La chaleur me montant aux joues, je me retournai et lui intima :

- Tu peux t'en aller, tu sais ? Elles sont toutes parties.

Aucun geste, aucune réaction... Exaspérée, je m'avançai furieusement vers la voyeuse et allai la forcer à quitter les lieux. Mais dans mon mouvement brusque, ma serviette se décrocha. In extremis, je réussis à la rattraper, gardant ainsi certaines parties intimes de mon anatomie dissimulées à la vue de l'étrangère. Serrant le bout de tissu contre ma poitrine et mon bas-ventre, je ne savais plus où me mettre. Comme à mon habitude, je retournais ma gêne en colère.

- DEHORS !

Encore un étouffement, un rire sourd de la part de la nouvelle étudiante. Bien évidemment, hurler ne servait strictement à rien avec cette fille. Elle ne pouvait pas entendre !
Plus désarçonnée que jamais, je ne savais plus comment réagir. En temps normal, ma froideur faisait fuir la plupart des gens. Et quand cela ne suffisait pas, j'usais de ma voix afin d'éloigner les derniers imprudents. Mais là, ni l'un, ni l'autre ne semblait prendre effet sur Fang. Devais-je faire comme Lebreau ? Devais-je me mettre à frapper ?

Contre toute attente, Fang se dirigea vers la sortie. Se faufilant vers l'extérieur, elle passa la tête dans l'entrebâillement de la porte. Avec un sourire aguicheur et approbateur, elle me fit un clin d'œil avant de disparaître en refermant les vestiaires derrière elle. Bouche-bée, je restai quelques secondes à fixer bêtement la porte maintenant close.
Seigneur, c'était l'instant le plus étrange de toute mon existence !

.

- J'ai mal partout ! gémit Serah lorsque nous descendîmes du métro. Ce Yaag Rosch doit certainement venir de l'Enfer pour nous faire un entraînement pareil !
- Ne t'inquiète pas, avec le temps, tes muscles ne te feront plus souffrir, rassurai-je en évitant de toucher le corps douloureux de ma cadette.
- Oui, ils ne me feront plus mal... Quand je serai morte !

Je ne pus m'empêcher de rire. Malgré les plaintes de ma sœur, je pouvais lire sur son visage qu'elle avait été ravie de pratiquer du judo et de participer à une activité avec Snow. Si cela se trouvait, bientôt, j'allais devoir me tenir à carreau avec elle. Loin de là l'envie de me faire valdinguer par-dessus son épaule ou me retrouver à terre par je ne sais quelle prise.
Après avoir traversé plusieurs pâtés de maisons, nous arrivâmes finalement devant le portail de notre petite demeure. Je vérifiai donc le courrier avant d'ouvrir la grille. Immédiatement, des aboiements vinrent nous souhaiter la bienvenue avec un enthousiasme réconfortant. Provenant du jardin, notre doberman fit le tour de la maison afin de pouvoir nous accueillir convenablement.

- Salut, mon mignon! rit Serah en caressant affectueusement le chien.

Ce dernier remua sa queue avant de se tourner vers moi. Remarquant mon cartable au sol, à mes pieds, pendant que je scrutais les lettres, il se jeta immédiatement sur mes affaires scolaires. Sans même y prêter attention, je laissai notre compagnon porter mon sac qu'il tenait dans sa gueule par la lanière.

- Merci, Odin, fis-je en traversant le portail que je refermais avec mon talon.
- Hé, pourquoi ne m'aide-t-il jamais à porter mes affaires à moi aussi ? rouspéta jalousement ma sœur en faisant la moue.
- Parce que tu n'es pas en train de prendre le courrier.
- Menteuse ! Odin a toujours eu une préférence pour toi ! Heureusement que j'ai Mog, mon petit chat pour me consoler.

Je roulai des yeux tandis que Serah ouvrait la porte de notre demeure. Odin m'était fidèle, car j'étais celle qui l'avait désiré et éduqué. D'ailleurs, il m'avait fallu un temps fou avant de réussir à convaincre nos parents pour adopter un chien. Et sachant parfaitement que ma cadette aurait souhaité un compagnon tout aussi fiable pour sa personne, je lui avais offert un petit chaton. Et Dieu merci, Odin et Mog arrivaient à cohabiter. Et plutôt bien même.

Sagement, le cartable toujours dans sa gueule, mon chien attendit que Serah déverrouille le passage. Puis, quand la voie fut libre, il fonça à l'intérieur et monta les escaliers en direction de ma chambre. Ma sœur, quant à elle, se fit immédiatement accueillir par Mog qui vint se frotter à ses jambes.
Je fermai la porte derrière moi et retirai mes chaussures. Au même moment, Odin revint de son expédition, la gueule à nouveau libre.

- C'est un brave chien, il range toujours ton cartable dans ta chambre, remarqua Serah en prenant son chat dans ses bras.
- Normal, c'est moi qui l'ai dressé, répondis-je avec fierté.
- Par contre, il n'arrête pas de grogner sur Snow quand il est là. Il l'a même mordu une fois, je crois.
- C'est ce que je dis, je l'ai bien dressé.

Je reçus une frappe de la part de ma petite sœur, ce qui me fit sourire. Ce n'était pas de ma faute si mon chien ressentait mon animosité envers le blondinet. Et en brave ami, il voulait me débarrasser de ce qui m'exaspérait. Je n'allais tout de même pas réprimander un acte que j'approuvais à cent pour cent tout de même.
Et avant que je n'oublie, je tendis une lettre à Serah. Cette dernière haussa des sourcils, interloquée et curieuse.

- Une lettre de la part de nos parents, expliquai-je simplement. Je sais que tu aimes bien être la première à les lire.

Toute excitée, ma sœur déposa son chat à terre avant de m'arracher le courrier des mains. Elle regarda l'enveloppe comme si elle renfermait les plus beaux trésors du monde. Je caressai mon fidèle compagnon tout en admirant avec tendresse l'émerveillement de ma cadette. Son bonheur faisait facilement le mien.

- Tu crois qu'ils sont où cette fois-ci ? demanda-t-elle en ouvrant la lettre avec beaucoup de délicatesse et d'impatience. Dans des grottes inconnues du mont Everest ? Dans les fins fonds de la faune sauvage d'Amazonie ?
- Ça serait tout aussi bien qu'ils se souviennent d'avoir deux filles et qu'ils reviennent de temps en temps à la maison, grommelai-je en me dirigeant vers la cuisine.
- Ils fouillent des temples mayas. Que c'est excitant !

N'étant pas du tout à l'écoute, je soupirai. Traversant la pièce, j'ouvris le réfrigérateur et me sortis une petite bouteille de jus de fruits. Puis, je pris deux verres dans le placard, que je remplis. Je bus tout d'abord ma boisson en toute tranquillité. Ce rafraîchissement plein de vitamines me fit le plus grand bien.
Soudain, je sentis des picotements au niveau de mon mollet gauche. Scrutant l'origine de cette petite douleur, je découvris le chat de Serah qui me donnait des coups de patte afin de me réclamer des câlins. Je relevai les sourcils et lui dis :

- Je crois que tu te trompes de maîtresse, mon petit Mog.

Ce dernier émit un miaulement parfaitement adorable. Ce n'était pas que je ne l'appréciais pas, au contraire, mais j'avais une préférence pour les chiens. Rapidement, Odin pénétra dans la cuisine avant de prendre délicatement le petit brigand dans sa gueule. Le voyou se laissa docilement emporter vers le salon. Je posai donc mon verre vide et attrapai le second avant de suivre les deux bêtes.

Serah était assise sur le canapé et dévorait goulûment la lettre de nos parents. Ces derniers, ayant un goût prononcé pour l'exploration et la découverte, ne cessaient de voyager dans tous les coins du globe terrestre. Pendant que lesdits adultes s'amusaient comme des petits fous dans des trous perdus de je ne sais quel pays, j'avais endossé la responsabilité de veiller sur Serah. Dès que l'occasion se présentait, nos géniteurs nous écrivaient des lettres, nous téléphonaient ou encore conversaient avec nous par le biais d'internet.
Je déposai le verre de jus de fruits sur la table basse et annonçai :

- Bois, ça te fera du bien après tous tes exercices.

Puis, je m'assis à côté de ma sœur, jetant distraitement un œil sur le courrier.

- Alors, ils racontent quoi de nouveau ? demandai-je en m'adossant contre le canapé.
- C'est incroyable tout ce qu'ils peuvent découvrir à chaque destination, répondit Serah sans se décrocher de sa passionnante lecture. Maman a réussi à apprivoiser un lézard géant et papa a découvert une plante encore non-répertoriée. Sinon, rien de nouveau sous le soleil. Ils nous embrassent et nous disent qu'on leur manque.

En bref, la routine. Je me relevai d'un bond et étirai mes bras. Peut-être qu'un jour, ils se rappelleront ce que le terme de « parents » signifie. En attendant, j'allais aller me reposer après cette longue journée.

- Et n'oublie pas de faire tes devoirs, déclarai-je d'une voix maternelle avant de quitter la pièce.
- Oui, oui, répondit évasivement Serah. Et merci pour le jus de fruits.

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Le casque sur les oreilles, je me laissai submerger par la musique. Couchée sur mon lit, je me reposais en toute quiétude, en m'envolant dans un univers de rythmes et de paroles. Non loin de moi, Odin était couché sur un énorme coussin lui étant dédié. Mon fidèle gardien veillait à ce que ma relaxation se fasse sans encombre, sans aucun dérangement.
La chanson envahit mon esprit en la berçant dans un monde coloré de notes délicates. Le chant s'ajoutait à toute cette symphonie avec volupté et concordance. Les mots exprimaient ce que les instruments étaient incapables d'expliquer, ayant comme unique pouvoir celui de prodiguer les émotions. Cet orchestre de sons mélodieux m'emporta à danser mentalement dans leur harmonie.
Tout était si beau dans la musique. Irrémédiablement, mes pensées convergèrent vers la personne qui venait de croiser la ligne de son existence avec la mienne, Fang. Comment était donc son univers sans chant, sans paroles et sans rythme ? Comment voyait-elle les choses sans leur chanson qui leur était propre ?
Sans m'en rendre compte, je m'assoupis petit à petit. Le sourire de la nouvelle fut la dernière image que je vis avant de me faire attirer dans les bras de Morphée.

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- Je vous conseille de garder précieusement cette formule dans vos petits crânes d'étudiant, suggéra le professeur Katzroy d'un ton paternel.

Mon enseignant de physique s'appelait Sazh Katzroy. Son étrange nom m'avait toujours intriguée. Quelle était donc l'origine de cet homme de peau noire et à la coupe afro ? Père célibataire, il élevait seul son fils d'à peine quelques années. Il avait un air plutôt sympathique pour une personne qui parlait le charabia durant ses cours. Mais il y avait une chose en particulier que j'appréciais chez ce professeur.

- Monsieur Villiers ! hurla Katzroy en lançant une craie sur la tête de sa victime.

Snow se prit le projectile en plein milieu du front. Surpris, il perdit l'équilibre et tomba de sa chaise. Vu l'immensité de ses muscles, la chute avait été tout sauf gracieuse.
Assise au fond de la classe, je ne pus m'empêcher d'esquisser un sourire. Ce cher professeur de physique aimait souvent remettre ses étudiants à leur place. Et pas de la plus douce des manières. Dommage pour le blondinet qui aimait toujours se la couler tranquille durant les heures de cours.

- Hé, je ne dormais pas, rétorqua Snow d'un air outré alors qu'il se rasseyait correctement.
- Vous avez de la bave sur le coin de votre bouche, Blanche-Neige, railla Sazh qui reprit ses exercices sur le tableau.

Alors que le dormeur s'essuyait la bouche, la classe se mit à rire en écho. Mais tout le monde se tut lorsque la porte s'ouvrit subitement. Un homme en costume marron pénétra lentement dans la pièce. Des cheveux correctement tirés vers l'arrière, une barbe naissante tout le long de sa mâchoire et une carrure droite qui inspirait le respect. Immédiatement, tous les élèves se levèrent en reconnaissant Bartholomew Estheim, le directeur de cet établissement.
Face à notre salut collectif, le père de Hope nous sourit chaleureusement et il se plaça aux côtés de l'enseignant de physique. Gentiment, Sazh interrompit ses activités et se tourna vers son supérieur.

- Bonjour, Monsieur le Directeur, déclara-t-il poliment. Que nous vaut l'honneur de votre visite aujourd'hui ?
- Une nouvelle élève, répondit simplement Bartholomew qui fit signe à une personne dans le couloir de le rejoindre.

Sous les regards curieux des étudiants, Fang pénétra dans la pièce. Loin d'être mal à l'aise devant tant d'attention, elle se tint près du directeur, les yeux focalisés sur lui ou plutôt, sur sa bouche. Quelques chuchotements se marmonnèrent ici et là, mais le directeur les fit rapidement taire en levant une main. Le silence fut presque immédiat.

- Je vous présente Fang Yun qui désormais comptera parmi les élèves de notre école, débuta monsieur Estheim d'un ton solennel. Votre camarade, ici présente, est certes malentendante, mais elle reste une personne comme vous et moi. Alors, je vous prierai de lui faire un accueil chaleureux.

Puis, le directeur se tourna vers la nouvelle avec un sourire avenant :

- J'espère que votre premier jour parmi nous vous sera agréable. N'hésitez pas à venir me voir si vous avez le moindre souci.

La jeune fille acquiesça avec reconnaissance avant de se tourner devant la classe. Elle nous salua en courbant sa tête. Posant sa main sur l'épaule de la nouvelle afin d'attirer son attention, le professeur de physique lui annonça :

- Bienvenue parmi nous, mademoiselle Yun. Veuillez donc vous installer au fond de la classe, juste devant mademoiselle Farron. Ne vous inquiétez pas, elle peut paraître hostile à première vue, mais jusqu'ici, elle n'a encore mordu personne.

Alors que la classe se mit à rire de la raillerie, je ne pus m'empêcher d'esquisser une grimace désapprobatrice. Je n'étais pas une personne hostile comme il le disait, juste distante. Oh et tant pis, qu'ils pensent ce qu'ils veulent, tous !
Mon enseignant me lança un sourire moqueur et désolé à la fois. Puis, il suivit le directeur dans le couloir, certainement pour discuter de la procédure à suivre lorsque l'on se retrouvait avec une élève comme Fang dans sa classe. Pendant que les deux adultes discutèrent, la nouvelle se faufila entre les rangs afin d'atteindre sa place.
Les murmures fusèrent de tous les côtés et bien évidemment, Fang était la cible des voix basses. Le visage impassible, elle ne semblait pas se rendre compte de l'agitation dans laquelle elle avait plongé ses camarades. Mais alors qu'elle passait devant un garçon, celui-ci se pencha après son passage en sifflant comme un animal en rut.

- Ça, c'est un joli petit cul, commenta-t-il doucement.

Soudain, dans un crissement strident de chaise, ce dernier tomba à terre, se cognant le crâne contre une table voisine par la même occasion. Stupéfait et en colère, il regarda son siège qui se trouvait un peu plus loin avant de dévisager le coupable de cette messe-basse.

- Désolé, c'est difficile de maîtriser d'aussi longues jambes que les miennes, s'excusa Snow avec désinvolture. Je ferai plus attention la prochaine fois que je m'étirerais, promis.

Le sourire penaud, si énervant et si caractéristique du blond, s'afficha sur ses lèvres. Son camarade devint rouge de rage, devinant parfaitement que l'accident était intentionnel. Il se releva brutalement, bouillant intérieurement. Mais lorsqu'il voulut envoyer les représailles, le professeur Katzroy claqua la porte d'un mouvement sec. Un geste qui intimait silence et discipline.
Frustré, l'adversaire de Snow dut se résigner à aller récupérer sa chaise et se rasseoir dans le calme.

De son côté, Fang s'était installée à sa place sans même avoir prêté le moindre intérêt à ce qui venait de se produire. S'en était-elle seulement rendu compte ? Le menton appuyé sur sa main, elle scrutait vaguement vers l'extérieur. La première pensée qui me frappa à cette vision, était que je réalisais une chose : cette fille vivait dans un monde à part, un monde qui lui était propre.
Alors que j'étudiais son visage de profil, celle-ci tourna le regard dans ma direction. Honteuse d'avoir été prise en plein flagrant délit de voyeurisme, je baissai les yeux sur mes cahiers. Mais quelle idiote ! À tous les coups, je devais être rouge pivoine ! Bravo, Farron, après le terme « hostile », on allait utiliser « niaise » pour te désigner.

Le cours reprit donc normalement. Tout en m'interdisant de regarder en direction de la nouvelle, je tentais de suivre les explications de monsieur Katzroy. Chose bien difficile à faire lorsque l'objet de ma curiosité se trouvait juste devant moi. Je remarquai d'ailleurs que Fang ne semblait pas du tout s'intéresser à la physique. Les nuages gris et la nature morte à l'extérieur lui paraissaient certainement plus instructifs.

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Pour aujourd'hui, le repas de midi se déroula dans une classe désertée. Accompagnée de Serah et d'un groupe d'amis, j'avais trouvé ce choix plutôt judicieux étant donné qu'en cette saison, la cafétéria était toujours pleine à craquer. Et on ne risquait pas de se sentir dépayser, car Snow et les membres du groupe Nora créaient amplement assez d'animations. Ce groupe se composait du blond, de Lebreau, de Maqui, de Yuj et de Gadot. Une sacrée troupe, si je puis me le permettre.
Snow et Gadot, les deux gros tas de muscles, se défiaient dans un bras de fer viril. Les deux plus jeunes, Yuj et Maqui, encourageaient et hurlaient comme des excités durant la bataille. Et de côté, près de la fenêtre, Serah, Lebreau et moi-même, nous finissions nos repas tout en critiquant l'attitude primitive de ces hommes.

- Quelle bande d'idiots... marmonna l'unique femme des Nora.
- Je ne te le fais pas dire, soupira Serah qui lança un regard désolé en direction de son petit-ami. C'est Snow qui va gagner de toute manière.
- Ah, non, c'est Gadot !

Les deux demoiselles se toisèrent avec défi durant un bref instant, puis elles se jetèrent vers la bataille, s'ajoutant sur la liste de supporteurs. Je roulais des yeux en finissant ma canette de soda. Personnellement, je voterai pour que la table s'effondre sous le poids de ces deux mastodontes. Au moins, il n'y aurait pas de jaloux et je pourrais rire intérieurement.
Lâchant un long soupir, mon attention se dirigea vers l'extérieur. J'avais une vue sur le portail de l'école jusqu'à l'entrée de l'établissement. Il n'y avait pas un chat dehors. Rien de bien étonnant, vu le froid qu'il faisait. Mais je me rendis compte que j'avais parlé trop vite. Plus bas, près d'un arbre, une personne y était adossée. Par sa crinière corbeaux et par son non-port de veste, je reconnus immédiatement Fang.

- Elle est toujours toute seule, commenta Serah qui s'était penchée par-dessus mon épaule.

Ne l'ayant pas entendu arriver, je faillis sursauter de peur. En voyant la sévérité dans mon regard, ma cadette m'offrit un sourire désolé avant de reprendre :

- J'ai entendu dire que la nouvelle ne se laissait pas facilement approcher. Et quoi qu'on dise ou fasse, elle se contente de nous sourire avant de continuer sa route.
- Tu n'es pas en train d'encourager ton gorille ? arguai-je en relevant un sourcil.
- Dis plutôt que tu t'en fiches de ce que je te raconte.
- Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. Simplement, je pense que la nouvelle vit dans un monde qui lui est à part.

Alors que Serah me toisait avec incompréhension, je me contentai de soupirer en guise de réponse. Moi-même, je préférai rester dans mon univers, seule et solitaire. Étant toujours entourée de monde, ma cadette ne pouvait pas réellement comprendre ce besoin de solitude. Cette attirance à se retrancher dans les murs de ses pensées, là où personne d'autre que soi n'avait sa place. Et c'était apparemment la voie qu'avait également choisie Fang.
Ayant rangé toutes mes affaires, je m'apprêtai donc à faire ma promenade digestive habituelle. Mes amis et ma sœur ne s'étonnaient plus de me voir ainsi partir sans aucune raison, sans dire un mot. J'enfilai rapidement ma veste et après avoir tapoté l'épaule de ma cadette, je quittai la classe.

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Le vent glacial se mit à souffler comme pour chasser les rares impudents qui osaient s'aventurer hors des murs chauffés. Mais je ne prêtais guère attention à cet avertissement et m'élançais tout de même dans la cour de l'école. Le ton grisâtre et morne du paysage était, selon certains, triste à voir. Mais je ne voyais pas les choses de la même manière.
Pour moi, la nature s'était figée le temps de reprendre son souffle après trois longues saisons. Tout comme les êtres vivants, elle avait besoin d'un repos mérité avant de revenir en beauté au printemps prochain. Il n'y avait donc rien d'affligeant dans cet univers d'hiver, juste un répit. Cette saison si redoutée nous apprenait la patience, l'attente vers des jours fleuris. Que malgré les apparences, il y aurait toujours l'espoir que la chaleur revienne illuminer nos jours. Du courage, voilà de quoi il fallait nous armer en ce froid glacial.
Là où les gens ne voyaient que de la tristesse, je voyais de la beauté. Et cela ne fera que croître dès les premières neiges. Je les attendais avec impatience...

Je sortis de mes pensées lorsque je me rendis compte que mes pas m'avaient menée jusqu'à l'entrée du lycée. Exactement comme quand je l'avais aperçue à la fenêtre, Fang se tenait contre un arbre, l'air ailleurs. À quoi pouvait-elle bien songer ?
Les mains dans les poches et mon nez derrière mon écharpe, je restai immobile un instant. Tout comme l'hiver, je m'étais figée, curieuse et attirée par cette étrange fille. Il aurait parfaitement pu s'écouler une heure et même deux, sans que je puisse me décrocher de ce tableau et sans que je voie le temps s'écouler.

- Je l'ai vue dans le coin !

Ce son parasitant le calme glacial me surprit et m'extirpa de ma torpeur. Jetant un coup d'œil derrière moi, je vis quelques camarades du club d'athlétisme. Ces derniers paraissaient aux aguets et très excités. Leur regard scrutait les alentours, telles des hyènes à la recherche d'une carcasse dissimulée à dérober. Ces trois élèves étaient des secondes et vu leur entrain, je supposais que l'offre alléchante d'Amodar les avait ferrés.

- Elle ne doit pas être bien loin, je l'ai vue par la fenêtre, reprit l'une des filles du groupe, certaine de ses propos.
- Alors, dépêchons-nous de la trouver avant qu'elle ne nous file entre les doigts comme hier, ajouta son camarade qui lança la marche.

Et c'était reparti pour la chasse à l'homme. Amodar devrait peut-être revoir ses stratégies de recrutement. Si c'était pour traumatiser les nouvelles recrues, il avait touché le gros lot.
D'un pas rapide et déterminé, je m'avançai vers la cible du club d'athlétisme sans me faire remarquer par mes camarades. Ces derniers se rapprochèrent également dans ma direction, je n'avais plus vraiment de temps à perdre.

Alors que Fang me dévisageait étrangement lorsque j'entrais dans son champ de vision, je plaquai l'index sur mes lèvres avant de lui attraper la manche de sa chemise. Puis, je la tirai de l'autre côté de l'arbre, vers les buissons sans la moindre délicatesse.
Je priai pour que les jeunes n'aient pas entendu notre déplacement. Grâce à leur bruyante conversation, je n'avais aucun mal à localiser leur emplacement. Lentement, la petite troupe d'étudiants traça son chemin et s'éloigna de nous. Une fois au loin, ce fut à cet instant que je me rendis compte que mon cœur palpitait comme un fou. Alors que je tentai de reprendre le contrôle de ma respiration, mon regard croisa les iris sauvages de la forêt.

Avec le sourire qu'elle offrait gracieusement à chaque individu, elle me toisait avec amusement et incompréhension. Immédiatement, je me sentis mal à l'aise, ne comprenant pas réellement moi-même ma réaction. Plus étrange encore, mon attention se portait aussi en partie sur sa cravate mal faite dont le nœud pendait bien trop bas en dessous du col.

- Ils faisaient partie du club d'athlétisme, expliquai-je en espérant que Fang pouvait bel et bien lire sur les lèvres. Et ils étaient à ta recherche.

Intriguée, la noiraude leva légèrement la tête pour regarder le petit groupe au loin. Puis, ses yeux indéchiffrables reposèrent à nouveau sur ma personne. Mon instinct me hurlait de prendre mes jambes à mon cou. J'étais comme face à une panthère noire prête à rabattre son piège sur sa proie. Pétrifiée... Ciel, j'étais complètement pétrifiée pour une raison que j'ignorais totalement. Et pourtant, je n'avais rien fait de mal. J'avais juste...
La main de Fang se posa contre ma joue, provoquant un sursaut imperceptible de ma part. Contre toute attente, le contact ne fut pas froid, mais très chaud. J'aurais presque pu croire que ma peau brûlait tant le contraste de température était flagrant. Mon esprit divagua alors que je faisais tous les efforts du monde pour rester concentrée. Sa main était d'une douceur étonnante. Et son regard...
Un rictus se forma sur ses lèvres qu'elle rapprocha dangereusement de moi. Enfuis-toi ! me hurlait ma conscience qui s'alarmait d'un danger imminent. Mais je ne pus. Mon corps ne répondait guère aux signaux d'urgences. Je n'étais plus maître de moi-même.
Délicatement, Fang déposa un baiser sur ma joue. Et sans la moindre logique, je me délectais de chaque seconde durant cet échange.

Revenant enfin à mes esprits, je me reculai légèrement en dévisageant sévèrement la nouvelle étudiante. Je fronçais mes sourcils afin de m'aider à empêcher mon rougissement qui bataillait pour se dévoiler à la surface. Et comme pour m'armer de courage, je serrais mes poings avec nervosité.

- Un merci aurait suffi, tu sais ? déclarai-je d'un ton glacial qu'elle ne pouvait entendre.

L'amusement qui se dessinait sur le visage de Fang, me tapa encore plus sur les nerfs. Mais ce qui alimentait encore plus ma rage était la sensation de chaleur, que je ressentais toujours sur ma joue gauche, là où s'était trouvée sa main un peu plus tôt. Et l'étrange picotement de l'autre côté où avait eu lieu ce contact dérangeant. Je dus me faire violence pour ne pas déposer mes doigts à ces endroits.
Mais ce qui me turlupinait le plus était de savoir la raison d'un tel geste. Était-ce tout comme pendant la dispute avec Ben, une manière de s'exprimer physiquement ? Ou alors, cet acte avait-il un tout autre sens qui était hors contexte avec la surdité de Fang ? À ce rythme, j'allais avoir une migraine.

- Fang ! cria une personne juste derrière moi.

Mais tout le monde s'était donné le mot pour me surprendre aujourd'hui ou quoi ?
Je me retrouvai afin de dévisager la nouvelle arrivante. Essoufflée, une jeune fille se tenait les genoux, tentant en vain de reprendre son souffle. Sa chevelure rousse était coiffée en deux petites couettes ondulées qui paraissaient indomptables. Lorsqu'elle releva la tête dans notre direction, je ne pus que constater la sculpture pure et innocente de ses traits. Un véritable visage d'ange, exactement comme Serah.
D'un sourire enfantin, elle nous salua brièvement de la main avant de se redresser. Puis, posant les poings sur ses hanches, son visage changea littéralement vers une sévérité peu crédible. Et certainement d'une voix qu'elle voulait menaçante, elle grogna :

- Fang, tu sais que je t'ai cherchée partout ?

La nouvelle se mit à signer de manière toujours aussi gracieuse et intrigante. La rouquine étudia consciencieusement les mouvements en hochant de temps à autre de la tête. Une fois le message terminé, elle haussa des épaules et soupira :

- Tu es sortie prendre l'air et le club d'athlétisme t'es tombé dessus, mais elle t'a sauvée la mise, c'est ça ?

Fang acquiesça en guise de réponse. Pendant ce temps, je restais abasourdie d'apprendre que quelques mouvements de mains avaient pu expliquer aussi rapidement la situation. Puis, l'arrivante se tourna vers moi comme se souvenant de ma présence.

- Tu es la sœur de Serah, non ? déclara-t-elle joyeusement. Je suis dans la même classe qu'elle. Vanille Dia, enchantée !
- Claire Farron, je suis bien la sœur de Serah, répondis-je simplement.

Haussant légèrement les sourcils, Fang parut intriguée. Immédiatement, elle s'empressa de faire passer un message à son amie qui attendit bien patiemment de tout saisir avant de répondre.

- L-i-g-h-t-n-i-n-g, articula lentement Vanille en suivant les signes à la parole. C'est le surnom que l'école lui donne pour sa rapidité en sprint.

Apparemment, rares étaient les personnes qui ne connaissaient pas mon surnom dans cet établissement. Ma médaille d'argent lors de ma première année de compétition avait rapidement fait le tour du bahut. Très vite, ma réputation et ma cote de popularité avaient atteint des sommets. Une chose dont je me serais bien passée, personnellement.
Je remarquais donc que lorsque Vanille communiquait avec Fang, elle accompagnait toujours ses mots avec des gestes de la langue des signes. Que lisait la sourde au final ? Les lèvres ou les mains ? Je me rendis également compte qu'étrangement, les mouvements de la rouquine étaient moins fluides et moins gracieux que ceux de la sourde.
Puis, soudain, les deux demoiselles se tournèrent dans ma direction. Je ne pus m'empêcher de me tendre imperceptiblement. Qu'est-ce que j'avais raté ?

- Fang dit qu'elle comprend d'où te vient ce surnom, expliqua la rousse en me souriant. Elle te complimente sur tes performances de courses.
- Elle n'a rien à m'envier, rétorquai-je en me tournant vers Fang. Ton lancer de javelot était parfait. C'est vraiment dommage que tu ne rejoignes pas notre club.

J'attendis sagement que mon interprète improvisé saisisse le message de la noiraude. Cela ne me dérangeait pas vraiment, car je pouvais profiter de ce bref instant pour observer les « paroles » de Fang. Encore et toujours, je restais fascinée par ce dialecte physique.

- Elle demande si tu comptes la poursuivre comme tes petits camarades, railla Vanille avec une gaieté qui réchauffait le cœur.
- Je sais à quel point cela est désagréable lorsque les gens tentent de nous forcer la main, rétorquai-je avec compassion et exaspération avant de regarder ma montre. Ce n'est pas tout ça, mais les cours vont reprendre alors...
- Tu es dans la classe de Fang, non ?

Oh non, je connaissais déjà ce qui allait s'en suivre. Avais-je une tête de guide ? Vanille connaissait ma réputation en tant que coureuse, mais savait-elle également celle qui me qualifiait de répulsif humain ? Et je suppose que fuir n'était pas une option envisageable, bien que très tentante.
Je roulais des yeux, mais retins tout de même un râle qui aurait été bien peu poli de ma part. Haussant les épaules, je fis signe à Fang de me suivre et sans même attendre sa réponse, je débutai la marche. Cette dernière salua rapidement son amie et me rattrapa.
Intérieurement, la relation qui liait ces deux étudiantes m'intriguait. Mais je n'étais pas le genre de personne qui aimait poser des questions et encore moins, se mêler de la vie d'autrui. De toute manière, Vanille se trouvait dans la même classe que Serah. Et mon petit doigt me disait que l'information arriverait très vite à mon oreille, sans même que je n'aie à demander quoi que ce soit.

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Sans échanger le moindre mot, nous arrivâmes devant la salle de classe. Une fois face à la porte, je me tournai vers la nouvelle pour lui annoncer que nous étions à destination. À peine m'étais-je orientée dans sa direction que Fang se pencha encore dangereusement dans ma direction. Mais cette fois-ci, j'étais déterminée à m'esquiver. Cependant, contre toute attente, cette dernière attrapa ma main et tout comme dans le vestiaire, elle y écrivit un bref mot : merci.
Le cœur en chamade, je relevai les yeux vers la noiraude, surprise. Je ressentais une étrange sensation au fond de ma poitrine. Ce n'était tout de même pas de la déception, si ?

Alors que son visage n'était qu'à quelques centimètres du mien, Fang me fit un clin d'œil malicieux avant de se redresser. Puis, m'offrant un dernier sourire charmeur, elle pénétra dans la classe. Bouche-bée, je la regardais bêtement faire sans pouvoir répliquer le moindre son.
Ravalant ma salive, je pris quelques grandes inspirations pour calmer les palpitations de mon cœur. Une fois à même de paraître impassible, j'entrais à mon tour dans la salle de cours. Non sans éviter le regard de la noiraude lorsque je passais devant sa table qui se situait juste devant la mienne. Mais mon intuition me disait que cette fille était parfaitement consciente de mon petit manège. Pire encore, elle s'en délectait avec beaucoup de plaisir.

M'asseyant à ma place, je remerciai toutefois le Seigneur de me retrouver dans le dos de Fang. Au moins, de cette manière, elle ne pouvait ni me voir, ni me narguer. Je faillis me mordre la langue d'avoir pensé trop vite lorsque je la vis tourner la tête vers la fenêtre. Sans vraiment s'en cacher, de son profil, elle me jetait des œillades railleuses et provocatrices.
J'émis un grognement de gorge tout en sortant mon livre de mathématique qui après un terrible constat, était bien trop petit pour me dissimuler derrière lui. L'après-midi allait être long...

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La bibliothèque était souvent considérée comme un lieu de havre et de paix. Ici, dans ce lycée, c'était toute autre chose. On avait plutôt tendance à entendre la jeune bibliothécaire mâcher assez bruyamment son chewing-gum, des portables biper ou vibrer par-ci et par-là, ou encore des demoiselles pinaillant et radotant en se croyant discrètes.
Rapidement, je traçai ma route à travers les rayons. De toute manière, je savais déjà ce quoi j'étais venue chercher. Sur l'étagère des romans historiques, mon doigt glissa sur les vieilles reliures de ces livres. Puis, je m'arrêtai finalement sur mon objet de quête : La Pierre et le Sabre de Yoshikawa Eiji.
Ce bouquin relatant la vie de Musashi Miyamoto de manière romanesque était l'une de mes œuvres littéraires préférées. Peut-être bien pour le côté historique et descriptif du Japon ou encore, pour la justesse de l'écriture. Toutefois, je devais avouer que les trépignantes aventures de ce célèbre samouraï ne me laissaient pas de marbre. Je devrais peut-être un jour me décider à m'acheter toute la collection au lieu d'emprunter ces livres à moitié mourants ici.

Quittant le rayon des romans historiques, je me dirigeais vers celui qui contenait des hérésies et des niaiseries écœurantes, les romans à « l'eau de rose ». Que personne ne se méprenne sur mes intentions, je venais chercher de la lecture pour Serah !
Marchant de la manière la plus calme et la plus rapide que possible, je me faufilai devant la bibliothèque remplie d'amour doucereux. Sans vraiment regarder, comme ayant peur que cela ne crève mes yeux, j'attrapai un livre au hasard. Tout en espérant que ma cadette n'avait pas encore lu celui-ci, je me glissai rapidement dans un autre rayon. Et de toute manière, elle n'avait qu'à venir choisir elle-même.

Lâchant un long soupir, je relevai les yeux et découvris que je me trouvais dans la catégorie des langues. Cette coïncidence réveilla ma curiosité et je me mis à scruter les étagères avec minutie jusqu'à ce que je tombe sur un ouvrage concernant la langue des signes. J'hésitai un instant, pas trop certaine de ce que je désirais réellement. Me mordant les lèvres, je me demandais ce que je recherchais précisément en me tournant vers une telle documentation. Et puis zut ! J'attrapai le livre et me dirigeai vers le guichet.
La bibliothécaire, toujours avec son chewing-gum, passa mes livres dans le scanner un à un. Le son de sa mastication irritait indéniablement mes oreilles. Ne pouvait-elle pas mâcher la bouche fermée ? J'avais une irrépréhensible envie de l'empoigner par ses cheveux blonds et l'obliger à cracher ce qu'elle mastiquait depuis je ne sais combien de temps.
Soudain, elle leva le regard dans ma direction alors qu'elle tamponnait le livre de Serah.

- Encore pour votre jeune sœur, je suppose, déclara-t-elle ironiquement.
- Exactement, crachai-je d'un ton acerbe en sachant parfaitement qu'elle ne me croyait pas.

N'était-elle pas censée ne pas juger les gens sur leur ouvrage ? Cette femme se riait presque ouvertement de moi. Heureusement qu'il y avait secret littéraire et qu'elle n'avait en aucun cas, le droit de divulguer ce que je louais ici. Enfin, théoriquement... Serah, tu me revaudras ça !
D'un sourire menaçant qui révélait amplement mon agacement, je récupérai mes trois ouvrages que je rangeai immédiatement dans mon cartable. Puis, échangeant un regard assassin avec la bibliothécaire, je quittai cet enfer de faux silence.

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Aujourd'hui, il n'y avait pas d'entraînement avec le club, mais le terrain de sport restait toutefois ouvert pour les quelques pratiquants chevronnés. Et pourtant, rares étaient les membres de l'athlétisme à vouloir faire des heures supplémentaires, surtout pas en hiver. C'était l'occasion rêvée !
J'arrivais devant la sortie du bâtiment des collégiens. Et sans grande surprise, je savais parfaitement que Hope allait être l'un des derniers à en sortir. Président de sa classe, il avait certaines tâches à accomplir avant de pouvoir quitter l'établissement, ce qui m'avait amplement laissé le temps de faire mon excursion à la bibliothèque un peu plus tôt.
Lorsqu'il me vit arriver, une grimace déforma son visage d'ange, ayant anticipé mes intentions. Mais sans lui laisser le temps de se défiler, je passai mon bras par-dessus ses épaules, autour de son cou plus précisément. Resserrant légèrement mon étau, je déclarai :

- Bonjour, Hope. Dis-moi, as-tu quelque chose de prévu après les cours ?
- C'est-à-dire que... bégaya le jeune garçon qui n'arriva pas à improviser une fausse excuse.
- Et bien c'est parfait, car tu as ton premier entraînement qui t'attend.
- Là, tout de suite ? Mais...

Je resserrai encore plus ma prise autour de son cou et lui offris un sourire peu rassurant. Tout le corps du jeune garçon se tendit comme la corde d'un arc.

- Oui, Madame, répondit-il immédiatement avec un faible rire nerveux.
- C'est ce que je voulais entendre, ajoutai-je en le tirant vers le terrain de sport.

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Dans ma tenue de sport, j'attendis patiemment que Hope arrive sur la piste. Mal à l'aise, ce dernier ne cessait de regarder tout autour de lui afin de vérifier que personne ne nous observait. Une main sur la hanche, je roulai des yeux et me dis que sa timidité en était presque maladive.

- Allez, échauffement, mon garçon, annonçai-je en lui désignant le terrain de la tête.
- Es-tu vraiment certaine que c'est une bonne...
- Vas-y ou je te botte le cul pour te faire avancer !

Sachant parfaitement que je ne faisais jamais de menaces en l'air, Hope se décida à aller faire quelques tours de terrain afin de chauffer son corps. Mais ses pas étaient mous, peu assurés. À ce rythme, il deviendra un glaçon. Sans plus attendre, je l'accompagnais durant son échauffement. Avec ma présence à ses côtés et ma participation à son exercice, le petit blond se sentait moins seul et donc, moins gêné. Il y avait encore du travail avant que ce petit devienne l'homme affirmé qu'était son père.

Après une vingtaine de minutes d'exercices afin de mettre nos corps en condition, je laissai le débutant reprendre son souffle.

- Que choisis-tu comme discipline alors ? demandai-je en tendant une bouteille d'eau à Hope. Sprint, endurance, relais, course de haies ? À moins que tu ne veuilles jouer dans la catégorie des sauts ou des lancers ?
- Je préfère la course, me répondit Hope qui but une gorgée rafraîchissante. Et j'aimerais me lancer dans le même domaine que le tien.

Un sourire se figea au coin de ma bouche et je repris :

- J'ai du souci à me faire alors. Mais crois-moi, je ne céderai pas la couronne aussi facilement.
- Je compte bien la décrocher à la loyale et non par la pitié, rétorqua fièrement Hope qui s'empressa avec une motivation agréable à constater, de se mettre sur la ligne de départ.

Je me munissais donc de mon chronomètre et rejoignis le garçon vers la piste. Nourrissant de grands espoirs en ses compétences, j'attendais énormément de sa part. Et plus que tout, je voulais qu'il me surprenne ainsi que tout le reste du club.

Après une demi-heure d'acharnement sans repos, j'arrêtai le chronomètre et constatai avec satisfaction un temps très prometteur. Hope possédait un potentiel fou en tant que coureur. Il avait néanmoins à apprendre et habituer son corps à cet exercice intense et court, durant lequel il devait donner son maximum. Un diamant brut, voilà ce qui le représentait parfaitement. Il ne restait plus qu'à le peaufiner et lui offrir une forme spectaculaire.

- C'était parfait, continue comme ça, déclarai-je en tapotant fièrement l'épaule du garçon. On fait une pause, OK ?
- D'accord, répondit faiblement Hope, complètement à bout de souffle.

Il se jeta sur sa bouteille d'eau comme un rescapé ayant survécu à un désert ardent. Tout en l'observant, je songeai réellement à aller toucher un mot à Amodar. Cette graine de champion ne pouvait germer que si l'on se décidait à la planter. Mais bien sûr, je ne me permettrais pas d'agir sans le consentement de Hope.
Alors que j'étirais mes muscles qui commençaient à s'endolorir à cause du froid, je remarquai qu'une spectatrice nous observait sur le côté du terrain, assise dans l'herbe. Trop obnubilés par notre entraînement, Hope et moi n'avions guère remarqué cette personne. Depuis combien de temps Fang nous observait-elle ? Surtout que cela faisait un moment que les cours étaient terminés désormais.
Remarquant qu'elle avait toute mon attention, la nouvelle me sourit et me fit un signe de la main. Mais c'était qu'elle se moquait ouvertement de moi, celle-là !

- Je reviens, annonçai-je à Hope avant de me diriger vers notre spectatrice.

Rapidement, je rejoignais Fang qui, toujours sans bouger, m'observait arriver avec son éternel amusement. Cette fille se riait-elle vraiment de tout ?
Alors que le vent glacial soufflait des plus belles, je me mis à frissonner rien qu'en étudiant les vêtements de la noiraude. Jupe et chemise... Comment pouvait-elle survivre à un froid pareil avec aussi peu de tissus sur le dos ? Cette étudiante dépassait l'entendement. Moi-même, je serrais mes bras autour de ma taille afin de conserver le peu de chaleur qu'il me restait.

- Tu vas attraper la mort dans cette tenue, tu sais ? grommelai-je alors que mes dents menaçaient de claquer. Qu'est-ce que tu fais ici ? Et pourquoi est-ce que je te pose la question alors que même si tu me répondais, je ne comprendrais pas ?

Mon interlocutrice haussa les épaules de manière théâtrale. Face à sa moquerie évidente, je ne pus réprimander un rictus railleur. Je détournai mon regard d'elle et secouai la tête, décontenancée. Cette fille était bien plus que mystérieuse, elle était incompréhensible !
Exaspérée, je retirai mon écharpe rouge. Le froid contre ma peau se fit immédiatement sentir, mais je ne m'en souciais guère. Puis, m'avançant vers Fang, je passais le tissu chaud autour de son cou en faisant un tour avec.

- Tu me donnes froid à t'habiller ainsi, expliquai-je avec sévérité.

Les yeux ronds, la nouvelle étudiante parut surprise par ma réaction et par mon geste. Elle baissa le regard, étudiant minutieusement mon écharpe qu'elle caressa du bout de ses doigts. Durant un instant, je crus même la voir en humer le parfum, mon odeur. Mais je ne pus confirmer mon observation, car l'air rieur me dévisagea à nouveau, me déconcertant.
Fouillant dans une poche de sa jupe, Fang sortit un petit bout de papier qu'elle déplia avant de me le montrer. D'une écriture fluide et simple, je pouvais y lire un mot qui me devenait de plus en plus familier : merci.

- Tu adores te moquer de moi à ce que je vois, constatai-je en réprimant mon désir de mettre le petit mot en miette avant de reprendre d'un ton semi-amusé. Si tu veux, la prochaine fois, je t'apporterai une ardoise.

Son unique réponse fut bien évidemment son rictus charmeur que je commençais à connaître par cœur. Secouant la tête, je levai mes mains en l'air avant de retourner auprès de Hope. J'avais mieux à faire que de parler à un sourire, aussi beau soit-il.

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Une fois rentrée chez moi, épuisée de ma journée, je partis m'enfermer dans ma chambre. Mais à peine avais-je fermé la porte que j'entendis des grattements de l'autre côté. Je ris doucement avant de rouvrir :

- Excuse-moi, Odin.

Mon compagnon fit mine de ne pas s'offenser de mon oubli et se faufila jusqu'à sa couche. Posant mon cartable sur mon bureau, je sortis mes affaires. Je repoussai le livre à « l'eau de rose » de Serah sur le coin de la table comme si c'était un spécimen contagieux. Puis, mon attention s'arrêta sur le second ouvrage que je tenais entre mes mains : la langue des signes.
Irrémédiablement, ma curiosité fut la plus forte et je me décidai à allumer mon ordinateur portable. Dans le mouvement, j'attrapai une télécommande et allumai aussitôt ma chaîne Hifi qui démarra une douce mélodie. Après avoir réglé le volume du son, mon regard se tourna vers mon écran informatique.

Alors que je me laissai envoûter et apaiser par la musique, j'ouvris internet et tapais quelques mots dans le moteur de recherche. En quelques secondes, des dizaines de sites s'affichèrent sur ma page. Une information me percuta de plein fouet et je fronçai des sourcils, stupéfaite.
Contrairement à la croyance populaire, la langue des signes n'était pas universelle, loin de là. Tout comme les langues orales, elle divergeait selon les pays et les coutumes. Mais qui était l'imbécile qui avait fait courir une telle rumeur ?
Soudain, quelqu'un frappa à ma porte. Par pur réflexe, je refermai ma page de recherche et me tournai vers l'entrée de la pièce.

- Oui ? demandai-je.

Serah ouvrit la porte et entra dans ma chambre. Sans la moindre gêne, elle s'élança sur mon lit avant de s'y installer en tailleur. Je tournoyai sur ma chaise de bureau afin de lui faire face, les bras croisés. Puis, me rappelant de la chose qui se trouvait sur mon bureau, j'attrapai le livre de romance que je lançai immédiatement à ma cadette.

- La prochaine fois, tu iras t'en chercher toi-même, avertis-je sévèrement. Il est hors de question que je continue de participer à ce genre de trafic illicite.
- T'es dure, marmonna Serah d'une moue boudeuse. Ces livres-là vendent du rêve et de la beauté. Ce n'est qu'en les lisant que l'on se sent transporter par l'amour et que...
- Seigneur, je sens mon déjeuner remonter...
- Ça va, j'ai compris ! Cœur de glace, va !

Ma sœur me tira la langue, ce qui m'amusa intérieurement. Quoi qu'elle en dise, je ne pensais pas pouvoir la considérer autrement qu'à une gamine. Le jour où elle clamera haut et fort son indépendance, je crois que je n'y survivrais pas.

- Je suppose que tu n'es pas venue me voir pour que je critique tes goûts littéraires, repris-je d'un air narquois. Allez, parle !
- Exactement, je suis venue de conter mon fabuleux après-midi, déclara Serah en prenant une voix magistrale et qui attrapa un oreiller qu'elle serra dans ses bras.
- Et qu'est-ce que notre grande Seigneurie a fait de son après-midi que je la jalouse hardiment ?
- J'ai été faire les boutiques avec Noel.
- Aïe, je ne vais pas pouvoir m'en remettre.

Un oreiller arriva dangereusement dans ma direction, mais je réussis tout de même à l'intercepter sans encombre. Je levai les mains afin de rendre les armes, tenant bien trop à la vie pour finir sous une avalanche de coussins et de peluches. Satisfaite, Serah se mit à me raconter son instant shopping de la journée avec ce fameux Noel.

Noel était un camarade de classe et ami d'enfance de ma sœur. Tous deux s'entendaient comme larron en foire. Ils étaient terriblement proches tous les deux, et ce, depuis leur plus jeune âge. D'ailleurs, je m'étonnais sur le laxisme de Snow qui ne bronchait pas d'un poil face à cette relation que je qualifiais instinctivement de fusionnelle.
J'avais fait part à Serah de mon avis sur sa relation avec son ami d'enfance, mais cette dernière réfutait catégoriquement mes théories. Cependant, je savais parfaitement ce que je voyais et je connaissais ma cadette mieux que quiconque sur cette terre. Un jour, elle aura à choisir entre le blondinet ou le brun.
Surtout que plus le temps passait, plus Noel prenait de l'assurance et de la maturité. Il arrivera bien à un moment donné que celui-ci se déclare à Serah. Et à ce moment-là, je n'aimerais sérieusement pas être à sa place.

- Oh, sinon, Vanille m'a dit qu'elle t'avait rencontrée aujourd'hui, continua Serah. Et tu ne devineras jamais ce que j'ai appris !
- Allez, surprends-moi, répondis-je avec peu d'enthousiasme.
- Il se trouve que Fang et elle avaient habité dans le même quartier lorsqu'elles étaient plus jeunes. Elles se connaissent plutôt bien en fait.

D'où le fait que la rouquine savait parler la langue des signes. Soit parce qu'elle l'avait appris avec son amie, soit pour une autre raison. Mais je restais intimement conquise par la première option.

- Du coup, on s'est dit qu'on pourrait faire une sortie à quatre, elles et nous, ajouta Serah qui ne se défila pas de mon regard désapprobateur. Bah, quoi ? Elle ne connaît personne dans le bahut, ça serait sympa.
- De toutes les personnes qui vont à cette école, pourquoi se serait moi ? grognai-je en croisant les bras.
- Parce que tu es dans la même classe qu'elle. Et que vu que je suis dans la même que Vanille, qui sera notre interprète, le plan est parfait.
- Si tu le dis...

Ravie, Serah bondit hors de mon lit et vint me déposer un baiser sur la joue. Puis, elle se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit joyeusement. Mais avant de refermer, elle passa sa tête dans l'entrebâillement et m'avertit d'un ton menaçant :

- Il est interdit de poser un lapin !

Je soupirai et fis signe à ma sœur de partir. Une fois celle-ci éloignée, je retournai sur mon ordinateur afin d'approfondir mes recherches. Mon esprit divaguait entre les informations qui défilaient sur mon écran et la fameuse sortie à quatre que j'allais devoir subir.


Et nous voilà à la fin de la première partie? Cela vous a-t-il plu? Ayant déjà terminé ce one-shot, dois-je me dépêcher de poster la seconde partie? ;)