CHAPITRE 1 :

Il était 12H00 et l'on pouvait sentir l'effervescence qu'il régnait dans le lycée du Golfe de Saint-Tropez. Des groupes d'élèves sortaient à toute vitesse afin de se trouver la meilleure place sur l'herbe, chauffée par un soleil de printemps particulièrement radieux. Après plusieurs minutes de recherche je trouvais la place idéale, juste à proximité des courts de tennis. Très satisfaite de moi je m'allongeais et pris un bain de soleil bien mérité. Mais mon bonheur fût de courte durée, un de mes amis me fit remarquer que le groupe ennemi de tous et surtout détesté de tous se dirigeaient vers l'emplacement où nous nous trouvions mon groupe et moi-même. Cela ne laissait rien entrevoir de bon.

- Hé Jedusor ! Cette place est la notre alors dégage de là, toi et tes canards !, me lança le chef du groupe.

Et voilà c'était repartit pour un tour. Voilà maintenant une année que nos deux groupes se faisaient la guerre. Il faut bien avouer qu'elle a débuté le jour où j'ai décidé de larguer le chef. Eh oui ! Je sortais, moi Emmy Jedusor, avec le mec le plus craint de tout le Lycée. Les professeurs eux-mêmes n'osaient prononcer une seule remarque à son égard, seulement car c'était le fils du maire. Mais pour couper court je ne supportais pas l'idée de sortir avec quelqu'un qui s'était fait une notoriété en s'attaquant à des plus faibles que soit. Et un jour je ne pus plus le supporter et je l'ai laissé tomber. Je suppose que certain voyant mon acte comme du courage se sont allié à moi et mon groupe était né. Mais quand je dis mon groupe, c'est plutôt notre groupe car il n'y avait ni chef, ni laissé pour compte. Et depuis ce jour la lutte était acharnée.

Ce jour là, j'en avais plus qu'assez de nos comportements puérils et je tentais le tout pour le tout.

- Dis Julien, lançais-je, tu ne crois pas que les guerres devraient être résolues par les salauds qui les déclenchent ?

Le prénommé me regarda d'un air abruti.

- Je te lance un défi. On fait un match de tennis en un set gagnant. Si je gagne tu nous laisse en paix ...

- Et si je gagne ?, me coupa-t-il

- Tu fais ce que tu veux de moi.

Je savais pertinemment que cet argument lui ferait accepter le défi. Cela ne faisait que un an que je pratiquais mais j'avais bien plus de dextérité que la plupart des joueurs confirmés. Le match fût acharné bien plus que je ne l'avais espéré, il faut bien avouer que pour Julien cela faisait des années qu'il pratiquait étant donné son statut social. Je dois bien avouer que j'ai bien cru perdre, jusqu'au moment où j'ai remarqué que mon adversaire ne jouait pas à la loyale. Le match se déroulait selon les règles de l'autoarbritage. Mon coup de prédilection était les balles de fond de court, mais curieusement toutes mes balles étaient out aux dires de mon adversaires. Si il y a bien une chose qui m'horripile, c'est la triche. Ne pas admettre la vérité c'est pire que tout. A partir de ce moment je savais que je gagnerais et ce fût le cas. Battre quelqu'un à la loyale est ce qu'il y a de plus gratifiant selon moi.

A la fin du match Julien hurla de rage, une rage vis-à-vis de moi surtout, du fait que je puisse le surpasser. Rien que cette idée l'emplissait de haine qui n'était pas réciproque pour ma part malgré tout ce qu'il m'avait fait subir.

Comme convenu, le perdant partit, mais il ne put s'empêcher de m'insulter. Depuis que je me souvienne, j'ai sur le front, une petite cicatrice en forme d'éclair, que je tentais de masquer par tous les moyens. Il va de soit que Julien trouvait très amusant de m'appeler "SCAREFACE", faut bien dire que c'était approprié c'est pourquoi je préférais en rire. Cette hilarité se propageait également à ces sujets. Mais pour moi cette moquerie générale était vraiment insignifiante. Je préférais regarder Julien s'éloigner.

Je n'appréciais pas vraiment le Lycée, même si j'aimais être avec mes amis, que j'étais une des premières de ma classe, je sentais au plus profond de moi que je n'étais pas à l'aise. Je ne pouvais expliquer ce sentiment. Alors je me suis illustrée dans des domaines que j'aimais plus que tout, le sport. J'avais donc intégré le tennis club de Sainte-Maxime, où je résidais, également dans le club de natation du lycée et par dessus tout le club de badminton. C'était mon petit plaisir qui survenait deux fois par semaines après les cours. J'adorais ce sport pour deux raisons. Tout d'abord car c'est un sport où la force n'a pas vraiment sa place et puis parce que j'avais réussi à m'imposer aisément. J'étais la seule fille de l'équipe et comme personne ne m'égalais je m'étais attirée le respect du reste de l'équipe. La seule personne qui répugnait le fait que j'y soit entrée n'était autre que celle à qui j'avais ravi la place de numéro un et qui n'étais autre que Julien. Bien entendu il n'était pas du genre à perdre face à une fille et encore moins face à moi. Ce soir-là je brillais avec une version acrobatique que j'utilisais généralement au tennis et que j'avais adapté pour le badminton. Cela avait le don d'énerver mon principal adversaire de la soirée. En effet mon ex-copain, encore lui ne se laissait pas faire, et j'ai du disputer pas moins de dix matchs contre lui que j'ai tous remporté sans trop de difficultés.

Une fois que notre professeur déclara que le l'entraînement était terminé, je me dirigeais vers les vestiaires qui m'étaient attribués, me dévêtis et me glissais sous un jet d'eau bien chaud. Je savourais chaque goutte tombée sur mon corps. Dans ces moments j'avais presque l'impression que mon corps était en pleine lévitation. Au bout d'un quart d'heure, je me résignais à quitter ce doux moment de plénitude. Je me rhabillais et ouvris la porte. La seule chose que je pus constater , ce fût un poing énorme qui avançait vers mon visage. J'esquivais sans aucun problème mais c'était sans compter un second crochet qui me frappa au ventre. Ce coup accéné me coupa la respiration net. J'en tombais à genoux et observais plusieurs personnes pénétrer et refermer derrière eux la porte des vestiaires.

- Tu croyais vraiment que je te laisserais partir après l'humiliation de cet après-midi ?, me dit une voix glaciale.

Je levais les yeux. Julien me regardait d'un air triomphant. Puis il fit signe à ses acolytes qui m'empoignèrent et m'obligèrent à me relever. Julien se mit à me frapper. Et le plus flippant c'est que plus il frappait, plus il semblait y prendre du plaisir. Après une dixène de minutes ceux qui me tenaient, lâchèrent prise et se mirent à glousser comme des idiots en me voyant ramper par terre. Je m'appuyais au mur et tentais de me relever, mais je ne pus que les suivre dans leur hilarité.

- Qu'est ce qui te fais rire ?

- C'est toi !, je hoquetais silencieusement. Ta réputation va en prendre un sacré coup !

- Comment ça ?

- A ton avis, comment vont le prendre les autres élèves quand ils apprendrons que pour tabasser un "fille" tu t'es fais aider de quatre copains. Quand ils sauront enfin que tu n'es qu'un lâche ...

- Tu n'es même pas capable de te relever et tu la ramène encore, me dit-il hors de lui.

Et sur ces dernières paroles il me balança un coup au ventre et me laissa gisant sur le sol.

J'attendis quelques minutes et avec le peu de force qu'il me restait je me relevais afin de rentrer chez moi. Un chez moi que je haïssais ou du moins où j'avais, depuis peu, peur d'aller. Lorsque j'étais toute petite je suis allée dans une famille d'accueil juste après le décès de ma mère. Je n'avais alors qu'un an. Ma famille ne m'aimait pas et me le montrait bien. A l'age de six ans mes parents d'accueil ou du moins ma mère me relégua à la cave, c'est pourquoi j'ai appris très vite à être indépendante et débrouillarde. En plus de toutes mes activités je travaillais certains soirs de la semaine et encore le week-end. Cela était dû en autre à un intérêt trop soudain à mon égard de la part de mon père, et cela m'effrayais littéralement. C'est pourquoi si je parvenais à rentrer le plus tard chez "moi", cela ne me dérangeais le moins du monde, si je pouvais l'éviter. J'observais ma montre, 8h00. Je devais encore donner un cours de musique. Depuis plusieurs années je pratiquais à peu près tous les instruments musicaux et maintenant que j'avais atteins le niveau j'avais été autorisé à faire part de mes connaissances. Mon cours se termina à 9H00. En marchant très lentement cela pouvais me faire arriver aux environs de 11H00. C'était parfait.

Comme je l'avais prévu j'arrivais devant la maison à 11H15. Je me dirigeais vers la cave, ouvris la porte, alluma la lumière de mon modeste salon et constatais que mon père d'accueil attendait, assis dans mon fauteuil. Il se leva et se plaça derrière moi. Je pouvais sentir son souffle chaud contre ma nuque.

- M'éviterais-tu ?

- N... Non. Pourquoi v... vous pensez ce... cela ?

Il alla fermer la porte, que j'avais laissé ouverte. J'avais comme l'impression que ma soirée n'était pas prête d'être finie.