Bienvenu pour une nouvelle aventure.
Comme l'indique son titre, ce chapitre n'est qu'une présentation, une mise en bouche. Il arrive trop souvent que les nouveaux personnages ne soient pas considérés comme des êtres particuliers; à part entière. J'ai donc voulu vous plonger dans un univers spécifique: son univers.
Alors bonne lecture à tous les amis. En espérant que cela vous plaise.


Présentation.

Le chaud vent d'été s'engouffrait par la fenêtre de la chambre laissée grande ouverte. Il faisait voler les rideaux de soie produisant un bruissement tout à fait charmant puis continuait sa course effrénée dans le couloir de l'appartement. Les portes claquaient sur son passage, les serviettes en papier qui jonchaient le sol se soulevaient dans une danse voluptueuse. Il était parfois si violent que les cadavres de bière se mettaient à rouler nonchalamment, tintant lorsqu'ils s'entre-choquaient. Comme s'il lui insufflait un souffle de vie, le vent réveillait l'endroit, donnant la parole à toutes les choses qui l'occupaient. Il arriva en bourrasque dans le salon, envoyant valser contre le mur les portes de verre avant de renverser un fin cendrier emplit de mégots qui se brisa à terre. Un grognement sourd se fit entendre et la brise s'échappa, tel un voleur pris en faute, par la baie vitrée. Elle effleura au passage, dans une puissante caresse, les peaux douces et blanches des trois corps étendus à même le sol au milieu des restes d'une soirée bien arrosée. À peine enfuie, l'un des corps se mit à bouger, doucement, difficilement; il avait mal. A chacun de ses mouvement, ses nerfs se tendaient et lui suppliaient, par une douleur aiguë, de cesser toute activité. Le sol dur sur lequel il s'était reposé quelques temps ne l'avait pas aidé à évacuer la tonne d'alcool ingurgitée la veille, ni à détendre ses muscles endoloris par des heures passées à se déhancher. La tête lui tournait et la chaleur l'étouffait. Il désirait arracher tous ses vêtements, mais que restait-il à arracher si ce n'est une petite culotte et un soutien gorge imbibés de vodka? Lentement, le corps tremblant se releva et se dirigea, titubant, vers le tourne-disque qui n'avait cessé de fonctionner depuis que les trois corps s'étaient effondrés sans crier gare au centre de la pièce. Puis, il se saisit d'une bouteille de coca-cola cachée au fond du réfrigérateur: toujours prévoir de la gueule de bois.
L'eau caressait le corps, s'incrustant dans tous ses pores, écartant peu à peu l'odeur froide de la cigarette et de l'alcool pour laissait place à celle du gel douche. Tantôt froide, tantôt chaude – l'esprit n'arrivait pas encore à se décider –, elle tombait avec force sur le haut du crâne, stagnant ensuite sur les yeux clos, dégoulinant sur le nez aquilin, s'infiltrant dans la bouche rouge sang entrouverte, gouttant au bout du menton, tombant sur la pointe des seins, se cachant dans le creux du nombril, alourdissant les cheveux blonds raidis par le poids, dessinant la courbure des fesses, roulant le long des cuisses pour finir par s'étirer paresseusement jusqu'à la pointe des pieds dans un dernier appel à la luxure.

Les cheveux trempés, la serviette rêche autour de la poitrine, la bouteille de coca à la main; l'esprit un peu plus en éveil se dirigea vers les deux corps encore avachis sur le sol du salon. Le premier qu'il rencontra était celui d'une femme d'une vingtaine d'années environ, qui ressemblait, à cet instant, plus à une marionnette désarticulée que l'on aurait jetée au fond d'une remise qu'à un être humain. Ses membres formaient des angles remarquables qui firent grimacer l'esprit. De la bouche largement ouverte s'échappait une odeur nauséabonde et un ronflement insupportable. De la bave avait coulé le long du menton pour former une tache blanche sur le tapis gris qui couvrait une partie de la pièce. «Sexy, vraiment», souffla la voix rauque de la blonde. Les cordes vocales ont toujours du mal à se remettre des soirées. «Allez Buscatto, debout!», dit-elle, un peu plus énergiquement en appuyant avec le pied sur le ventre dénudé que l'alcool avait rendu collant et luisant. «Beurk». Les coups se firent plus insistants mais le corps s'obstinait à demeurer dans cette douce torpeur. Est-il possible de s'étouffer avec sa propre bave? Parce que ce fut bien la seule réaction que l'esprit obtint en réponse à ses bousculades. «Bordel Buscatto, tu te maries ce soir! Bouge toi!». Le corps renifla avec dédain et se roula un peu plus dans sa bave sous le regard las et navré du seul être conscient de l'appartement. La vodka faisait toujours autant de dégâts.
Un bruit sourd se fit entendre près de la baie vitrée. L'autre corps s'était éveillé et se massait la tête vigoureusement, assis en tailleur. Il rattrapa par réflexe la bouteille de coca qui venait de lui être lancée, et tout en attachant sa longue chevelure brune emmêlée, tenta de se lever. «Parfait!», s'exclama l'autre, «Réveille ta soeur, elle se marie dans six petites heures. Je vais m'habiller». En sortant, elle fit claquer ses doigts dans un bruit sec et le cendrier se répara, comme par magie, puis s'envola, pour reprendre sa place initiale. Comme par magie.

Le soleil venait de se coucher et comme à son habitude, le monde de la nuit s'éveillait: prostituées, strip-teaseurs, drogués, barmen...tous, comme chaque soir, étaient présents. Cependant ce soir là était différent, il s'agissait d'un événement. Du toit de la mairie de Londres, la blonde les observait approcher, amusée. Les jumelles Buscatto avaient toujours eu des relations quelque peu douteuses, mais à voir l'effervescence qui naissait aux portes de l'hôtel de ville, personne n'aurait pu douter qu'il s'agissait là de véritables amis. C'est ce qu'elle avait toujours préféré dans le monde de la nuit : cette solidarité qui faisait peur au monde du jour. Elle sourit. Après avoir embrassé une dernière fois du regard l'horizon qui se faisait de plus en plus noir, elle écrasa de son talon rouge sa cigarette et dévala les escaliers. Elle entra sans ménagement dans un bureau, où se tenait en son centre la mariée, anxieuse. La potion qu'elle lui avait fait boire à son insu n'avait pas permis d'effacer entièrement de son visage les effets de l'alcool. Elle n'en demeurait pas moins belle et digne. Comme à son habitude. «Tous tes copains sont là Buscatto! Ne les déçois pas!», s'exclama la blonde, espiègle. L'autre lui lança un regard noir alors qu'elle s'asseyait sur le bureau d'un certain Timothy Young. «Me regarde pas comme ça, j'déconnais.». Pour seule réponse, elle eut droit à un grognement rauque qui redoubla son amusement. La soeur Buscatto, Eleanor de son prénom, entra à ce moment là. Elles portaient toutes les deux les mêmes robes d'un rouge aguicheur et d'une forme qui laissait supposer que ce mariage se déroulerait à mille lieux de toutes conventions catholiques. Elles se détaillèrent un moment, une grimace déformant leurs visages harmonieux.

« - Rappelle moi encore une fois pourquoi tu as choisi ces robes là précisément soeurette? demanda Eleanor, la voix emprunte de reproches.
- Tant qu'à être provocateur, autant l'être jusqu'au bout, tu ne crois pas? lui répondit-elle, telle une évidence. Et puis, vous êtes sacrément sexy comme ça!».
Avant même d'essayer, elle abandonna l'idée d'expliquer à la frangine qu'un mariage, avant d'être un quelconque événement médiatique extraordinaire, se devait d'être l'un des plus beaux jours d'une vie; et partie se poster à la fenêtre.

« - Pourquoi est-ce que j'ai accepté d'être ta demoiselle d'honneur déjà? demanda la blonde après s'être une énième fois regardée dans le miroir, tout en tirant sur sa robe qu'elle trouvait décidément trop courte et trop moulante.
- Premièrement parce que je t'ai sauvé la vie et que pour cela tu me dois une reconnaissance éternelle. Elle se tourna vers la brune, un rictus aux lèvres, le sourcil levé, les bras croisés sous la poitrine, attendant la suite avec amusement. Ensuite, mais cela n'est qu'accessoire, parce que je suis ta préférée et que tu savais que j'allais te rendre terriblement...canon! Elle lui prit le bras et sortit du bureau pour se diriger vers le jardin où se déroulait la cérémonie, sourires aux lèvres. Et enfin, et il me semble que nous avons là la raison la plus évidente et la plus importante; dit-elle en s'arrêtant devant la porte d'entrée, parce que tu adoooores les mariages gays et que tu rêvais d'être à celui qui serait le plus incroyable de toute l'histoire d'Angleterre!».

Elle éclata d'un rire doux et franc, lui plaqua un baiser sonore sur la joue et, après un clin d'oeil, s'engouffra dans l'allée des mariés pour prendre sa place aux côtés d'Eleanor et d'Emily Rawlins, futur membre de la terrible famille Buscatto. Le spectacle autour d'elle était incroyable, jamais elle n'aurait cru voir un jour réunies au même endroit et dans une entente parfaite toutes les grandes figures du monde de la nuit. Le maire semblait entièrement dépassé par les événements: devant lui se tenait tous les plus grands malfrats londoniens qu'il s'évertuait à coincer depuis des mois; en vain. Les deux jeunes filles à marier étaient-elles donc des leurs? Il n'en avait pourtant jamais entendu parler. Les médias étaient présents à chaque coin du jardin. Comment avaient-ils su? Il lui semblait que tous savaient un quelque chose qu'il ne parvenait seulement pas à soupçonner. Mais il faillit réellement frôler l'apoplexie lorsqu'il la vit prendre place en tant que seconde demoiselle d'honneur. Elle. La plus remarquée des jeunes recrues des services secrets. Il l'aurait reconnue entre mille. On lui avait tellement parlé d'elle, de ses méthodes loin d'être conventionnelles mais indéniablement fructueuses. Depuis quand était-elle rentrée de mission? Il la croyait morte... Et que faisait-elle avec tous ces gens?

Amy Thompson était décidément le flic le plus incroyable qu'il lui était donné de rencontrer. Et lui, le maire le plus perdu qu'il lui ait été donné de connaître.

Cla'_