Les martyrs modernes travaillent aux RP de Stark Industries
Être responsable des relations publiques chez Stark Industries était un défi quotidien, Douglas A. Starseeker le savait bien avant d'accepter le poste. Il aurait fallu qu'il eût vécu dans une cave quelque part dans le Sahara pour ne pas savoir quel genre de personnalité avait l'homme à la tête de l'entreprise. Ce qu'il avait en revanche découvert à force d'usure des nerfs et de travail acharné après sa promotion, c'était que la difficulté allait même plus loin : être responsable des relations publiques chez Stark Industries, c'était être confronté aux douze travaux d'Hercule chaque jour.
Et si le lion de Némée était les innombrables procès intentés chaque jour contre Stark Industries ou contre Stark lui-même (tâche heureusement partagée avec le très compétent service juridique), l'hydre de Lerne la presse people dont les titres et têtes doublaient à chaque victoire, la biche de Cérynie Mademoiselle Potts après qui il ne cessait de courir, et les lubies quotidiennes de Stark les oiseaux du lac Stymphale, alors ce « J'ai privatisé la paix mondiale. » était sa descente aux enfers personnelle pour y mater Cerbère.
A l'humble avis de Douglas, pour un génie, Monsieur Stark pouvait être un complet abruti parfois. Qui va se vanter d'avoir spolié l'armée de sa prérogative sur la guerre lors d'une audience officielle alors que le tiers du chiffre d'affaire de sa compagnie est directement tiré des relations économiques avec différentes instances étatiques ? Hein, qui ? Stark Industries ne fabriquait peut-être plus d'armes, mais cela ne voulait en aucun cas dire que l'armée ne restait pas un de ses plus gros contractants en terme d'électronique, programmes et technologie de pointe. Sans compter d'autres institutions étatiques comme la recherche, le génie civil ainsi que l'intérieur, américains et étrangers, également au nombre de leurs partenaires commerciaux. Qu'avait Stark contre la diplomatie, exactement ?
Voilà exactement la question qui taraudait Douglas depuis la diffusion, en direct, de l'audience. Depuis plus longtemps, en fait.
De toutes les actions de Tony Stark auxquelles il devait donner un sens pour correspondre à la politique de Stark Industries, ce « J'ai privatisé la paix mondiale. » gagnait facilement la seconde place des plus ardues, juste après son « Je suis Iron Man. » L'audience sénatoriale dans son ensemble était une horreur. Sûr, les midinettes en chaleur et les adolescents rebelles étaient fan de l'attitude provocatrice, mais les hommes d'affaire assurant les revenus sûrs et constants comme les chercheurs et scientifiques permettant les avancées dont Stark Industries se targuait préféraient avoir affaire avec un homme les respectant. Et, surtout, agissant comme s'il les respectait.
Pas pour la première fois, Douglas se demanda combien de temps l'entreprise pourrait encore se reposer sur son rayonnement quantitatif à défaut de qualitatif.
Pas pour la première fois, Douglas se demanda si son patron ne se foutait pas de sa gueule à lui en ne lui ayant accordé aucune augmentation depuis cinq ans.
Par pour la première fois, Douglas se demanda s'il n'y avait pas un moyen que Stark Industries désavoue son principal actionnaire en toute légalité.
Pas pour la première fois, Douglas se raisonna que, allons-bon, il pourrait être en train de s'intoxiquer au monoxyde de carbone dans une mine, que Stark créait quand même pas mal de trucs qui participaient chacun à leur aune à l'élargissement de leur catalogue et que Stark Industries était un tyran en son bon droit sur le marché de l'énergie et de la technologie, ce qui garantissait une certaine marge de survie de son emploi.
« J'ai privatisé la paix mondiale. » « J'ai privatisé la paix mondiale. » Bon sang comment allait-il bien pouvoir interpréter ça ? Il inventerait quelque chose, il inventait toujours quelque chose ; il n'avait, après tout, pas trouvé ses diplômes dans un paquet de chips et il était au bénéfice d'une très solide expérience, mais combien de nuits blanches avant ça ?
Il aurait juste voulu, parfois, avoir l'impression que son patron avait du respect pour son travail.
