Dum spiro...

Chapitre 1 : Les grandes douleurs ne savent que se taire.

Katara se réveilla en sursaut, entourée de flammes. Elle crut à un rêve, puis les cris parvinrent à ses oreilles. Du feu partout. Elle voulut sortir de cette pièce mais se retrouva coincée lorsqu'un pan du plafond s'effondra. Elle l'entendait hurler son prénom, elle répondit, appelant à l'aide de toutes ses forces quand elle sentit une présence dans son dos. Elle n'eut pas le temps de se retourner qu'une flèche se planta dans son dos. Le sang coula. Elle recula, tentant de s'éloigner de son attaquant. Elle sentit l'air brûler sa blessure. L'attaquant s'approchait dangereusement, un couteau à la main. Des larmes coulèrent sur les joues de la jeune femme, une dernière pensée pour Saya, priant la lune Yue que la petite fille ait survécu. Une pensée pour lui et Katara se laissa basculer à travers la fenêtre, dans le vide, vers la mer. Au moins, elle mourrait dans son élément.

Le dernier son qu'elle entendit fut la voix qui hurlait son nom.

L'eau la frappa de plein fouet, et Katara perdit connaissance.


« Aang, tu tiens à peine debout. » Suki tentait de raisonner le jeune avatar depuis leur départ. À peine réveillé après son combat contre Azula dans les grottes de Ba Sing Se, Aang avait exigé de partir à la recherche de Katara. Iroh se tenait à côté de lui, les traits tirés par l'inquiétude. Zuko avait choisi d'aider l'avatar dans les grottes mais le combat avait mal tourné, Aang avait été touché, Katara avait à peine eu le temps de commencer à guérir sa blessure qu'un pan de cristal vert s'effondrait, elle avait crée un mur de glace pour protéger Iroh et Aang avant d'être faite prisonnière avec Zuko.

Iroh ne dormait plus depuis ce jour, attendant que le jeune avatar se réveille. Il aurait voulu empêcher cette expédition mais il ne pouvait supporter d'ignorer le destin de son neveu.

« Je ne m'arrêterai que lorsque Katara sera saine et sauve. » Le ton ne laissait place à aucune objection.

Suki se réveilla dans la nuit et vit Sokka, assis à côté d'elle qui regardait dans le vide. L'air de la nuit était de plus en plus doux au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient de la nation du feu. Depuis le début de leurs recherches la tension montait de plus en plus. Toph ne parlait pas. Aang passait ses journées sur son dirigeable pour tenter de gagner de l'avance et Sokka sombrait petit à petit dans une dépression intense.

« J'aurais dû être là ». Suki savait de quoi il parlait, elle tenta de l'enlacer mais il se dégagea d'un geste sec.

« Si j'étais resté au lieu de rejoindre mon père... »

« Tu n'aurais pas pu faire grand chose de plus. » Il ne répondit pas. Elle avait raison, il n'aurait pas été d'une très grande aide, mais l'absence de Katara lui pesait considérablement. Leur groupe était parti plein de confiance de la retrouver mais les jours passaient sans qu'ils n'arrivent à récupérer la moindre information sur les prisonniers faits à BaSingSe.

« On va la retrouver Sokka. Ce n'est qu'une question de temps. Les informations sont gardées secrètes mais il ne faut pas désespérer. » Il lui sourit faiblement et même elle ne croyait pas à ses paroles. Katara était l'une des personnes les plus fortes qu'elle connaissait. Elle aurait déjà dû avoir trouvé un moyen de les contacter.

Toph se leva tôt ce matin-là. Du genre trop tôt pour une quelconque personne normalement constituée et à une heure indue si l'on suivait l'horloge biologique de Sokka. Le moral des troupes était au plus bas. Twinkle Toe était INSUPORTABLE. Pourquoi Sugar Queen ne les avait-elle pas contacté depuis le temps ?! Elle se dirigea vers la ville la plus proche et sentit rapidement l'odeur alléchante de la nourriture et donc d'une taverne. Elle utilisa un brin de maîtrise de la terre pour s'élever à hauteur du comptoir et héla le responsable.

« Excusez-moi, j'aurais besoin de renseignements. »

« Désolé ma petite demoiselle mais ici, on consomme, et si tu ne consommes pas tu peux partir. »

« Je voudrais juste savoir si vous aviez entendu parler des prisonniers faits à BaSingSe ? »

La pièce bruyante de l'activité matinale se fit silencieuse. Elle sentit les gens s'éloigner d'elle tandis qu'une paire de pieds bruyants se rapprochait d'elle. Le crissement du métal lui indiqua qu'il s'agissait d'un soldat. Génial, fallait avoir un garde du feu dans les parages.

« Et pourquoi tu poses cette question, gamine ? » cracha-t-il. Toph ravala la liste d'insultes qu'elle lui réservait et endossa l'attitude de gentille jeune fille sage de bonne famille.

« Je suis Toph BeiFong. De la famille BeiFong » quelques commentaires se firent entendre à cette annonce. « J'ai ouï dire qu'une de mes camarades d'une très bonne famille avait été faite prisonnière mais je suis persuadée que rien ne lui arrivera, ses parents et elle-même n'ont jamais rien fait pour s'attirer les foudres de la nation du feu. Ma mère est cependant inquiète, voyez-vous il s'agit de sa filleule et je … je voulais juste tenter de récolter des informations pour la rassurer. » Elle avait envie de vomir rien qu'à s'écouter dire de telles niaiseries avec sa voix fluette et timide. Mais bon, elle entendit quelques marques de compassion. Rien de la part de monsieur armure néanmoins.

« Ce qui arrive aux prisonniers et l'affaire seule du FireLord Ozaï. »

« Mais... mais... je pensais que si je trouvais un soldat... comme vous... Vous sauriez quelque chose. » sanglota-t-elle.

Des murmures désapprobateurs se firent entendre à l'encontre du soldat qui grommela.

« Rah ! De toute façon l'annonce va être bientôt faite. Le prince Zuko a renoncé au trône en échange de la vie sauve des prisonniers et à condition que ceux qui n'avaient pas pris part au conflit soient libérés. » Toph poussa un soupir de soulagement qui resta bloqué dans sa gorge lorsqu'elle entendit le ricanement du soldat. « Sauf pour la jeune waterbender. Même le prince ne peut pas interférer. Son sort réside entièrement dans les mains de Lord Ozaï. Mais rassure toi mistinguette. Ton amie est très probablement sur le chemin du retour à l'heure où nous parlons. »

Toph força un sourire et un remerciement avant de partir. Mais elle se retourna au dernier moment.

« J'ai entendu dire que le prince Zuko s'était retourné contre sa sœur. Comment a-t-il réussi à obtenir de telles faveurs ? »

« Tu connais beaucoup de choses pour une simple aristocrate du royaume de la terre ! Il a assuré que son oncle lui avait fait une sorte de lavage de cerveau. À mon avis, c'est toujours pas parti. Qui céderait sa couronne pour une poignée de paysans ».

Toph retourna au campement où tout le monde s'éveillait à peine. Iroh tentait de détendre l'atmosphère malgré le désespoir dans lequel il se trouvait. « Il est vivant ». Le vieil homme se retourna brusquement. « Comment ? ».

« Je suis allée à la taverne du village... J'ai réussi à avoir quelques informations. »


3 ans plus tard

«C'est de l'art ! » lança Teo en s'approchant de Toph.

« Très drôle rollerguy. » répondit-elle tout en jetant le bout de métal qu'elle froissait et défroissait.

« Aouch ! Quelle violence dans le propos. Allez, dis-moi tout. Qu'est-ce qui ne va pas ? »

« C'est le troisième anniversaire depuis BaSingSe.. »

Teo resta silencieux. Il avait oublié. Voilà pourquoi Aang avait disparu dans la matinée. Toph se leva et le jeune garçon admira l'adolescente qu'elle devenait, ses cheveux étaient plus longs, sa stature restait assez rigide mais elle avait gagné en taille. Il lui saisit la main.

« Trois ans depuis sa mort. Katara détesterait ce qu'on est devenu. Aang qui ne reste pas en place. Sokka qui va de combat en combat et moi qui... » elle ne finit pas sa phrase et commença à s'éloigner puis il l'entendit hurler sur de jeunes recrues au loin. Il détestait ce jour de l'année. Toph était une jeune fille forte, elle formait tous les nouveaux résistants d'une main de fer, même ceux qui la dépassaient en âge se pliaient à ses ordres. Elle était Toph BeiFong, après la fuite de ses parents devant les armées du Feu elle avait récupéré toute leur fortune pour la mettre au service de la résistance, seule à maîtriser le métal elle tentait de l'enseigner à de nouvelles recrues sans grand succès. Toph était la seule qui avait gardé la tête hors de l'eau après la mort de Katara. Mais chaque année, en ce jour fatidique elle se laissait emporter par le chagrin. Ses instructions manquaient de force mais aucun n'osait en profiter contre elle. La mort de la jeune waterbender avait tout changé pour le Gaang et pour la résistance.


3 ans auparavant

Sokka voulait hurler, crier, courir, se battre, n'importe quoi mais il resta immobile devant le corps de sa sœur. Son corps était déposé dans le sanctuaire de l'île de l'avatar Roku. Les moines gardiens gisaient inconscients à leurs pieds mais personne n'y prêtaient attention. Aang esquissa un geste pour découvrir le tissu qui recouvrait le visage de leur amie mais Iroh l'en empêcha.

« Je suis arrivé avant vous. Son visage a été brûlé ». Suki hoqueta et Sokka tremblait de tout ses membres.

« Vous êtes sûrs que c'est elle ? C'est peut-être un mensonge ! » s'énerva Toph. Pourquoi tout le monde acceptait-il ça sans broncher ?!

« Toph... » commença Sokka.

« Quoi ? ! Tu es content de te dire que ta sœur est MORTE ?! On n'a aucune preuve ! Seulement des témoignages évasifs de prisonniers rescapés et un corps sans visage ! Sugar Queen n'est pas morte ! Il en faut plus qu'un stupide Fire Lord pour l'avoir. Vous m'écoutez ?! Bon sang mais réagissez ! »

« Toph... elle a son collier, et ses vêtements, et la même coiffure. » Suki tentait de calmer sa jeune amie qui se débattait dans ses bras.

« Non ! Non ! Non ! C'est un mensonge. »

Sokka s'avança enfin vers le corps, saisit le bras et remonta la manche et il vit la tâche de naissance de sa sœur sur le haut de son avant bras droit. Presque invisible mais elle passait son temps à s'en plaindre durant leur enfance. Il se moquait même d'elle à cause de ça. Sokka se laissa envahir par le chagrin et éclata en sanglots. De rage et de désespoir.

Les pas des soldats se firent entendre. Aang appela Appa qui se positionna près d'une ouverture que Toph avait créée. Ils s'installèrent en silence et avec un dernier regard, Iroh embrasa le corps de la jeune fille. « Puisses-tu reposer en paix. Jeune Katara ».


2 ans plus tard.

Sokka fendit à droite, lança un coup de pied sur son adversaire de gauche. Il para un coup mais ce dernier le toucha au flanc. Dans un cri de douleur il se jeta sur son adversaire et abattit son épée qui brisa l'armure et attaqua l'épaule du soldat. Le village du Royaume de la Terre était en feu. Tous fuyaient sans espoir. Lorsque la comète de Sozin était arrivée, le Fire Lord en avait profité pour détruire la capitale d'Omashu où le roi Bumi avait repris le contrôle. Les habitants n'avaient nulle part où aller sans se confronter aux troupes du pays du Feu. La résistance et le pôle Nord avaient repris le contrôle de petits territoires ça et là des terres de la Terre et des nomades de l'Air mais la situation était toujours aussi instable. Sokka sentit le sang couler sur son flanc et savait qu'il devait vite sortir de ce combat s'il voulait rester en vie. Il aspergea ses attaquants de sable avec son pied et commença à fuir. Une bombe fumigène lancée par un des combattants de la Liberté lui assura une couverture.

Le campement regorgeait de réfugiés qu'il fallait diriger vers des endroits plus en sécurité. Les couvents, les petits villages ignorés, les campements cachés.

« Monsieur, Monsieur ». Sokka faisait face à deux jeunes garçons d'une dizaine d'année qui le regardaient avec un regard rempli de respect. « On veut aider la résistance à combattre. On veut aider le Loup d'Acier ». Sokka ferma les yeux de tristesse. Toujours plus jeunes, toujours plus résolus. Il afficha un grand sourire et leur dit : « Le combat ne soit pas encore pour vous, gamins. Mais allez à la tente de soin aider un peu, si vous êtes efficaces on vous enverra voir la Vandale Aveugle pour vous former, si vous n'avez pas peur d'elle. ». Les deux garçons se précipitèrent vers la tente en question où une enfant plus jeune qu'eux les guida en leur donnant des torchons propres. Aucun Honneur plus grand que de servir sous les ordres des compagnons de l'Avatar pour les membres de la résistance. Sokka soupira. Voilà des mois qu'il n'avait pas revu Aang, et Toph changeait un peu plus à chacune de ses visites. Et Katara... il refusait d'y penser, surtout pas aujourd'hui. Il se dirigea vers le stand de nourriture où une soupe sans goût était servie.

« Que donnerais-tu pour de la viande grillée ? » Il se retourna et vit Suki se tenir devant lui, un lapin dans chaque main.

« Un baiser suffira-t-il ? »

« Diantre mon cher ! Mes baisers sont bien plus chers ». Sokka sourit et embrassa Suki. Elle seule lui permettait de retrouver le sourire. Ils s'éloignèrent de la foule, Suki riant tandis que Sokka déblatérait un de ses jeux de mots sur la viande.


Le vent fouettait les vêtements de Zuko. Le sel de la mer se sentant dans les embruns qu'il transportait. Il avait pris l'habitude de venir sur cette falaise tous les ans, un besoin de se souvenir des événements qui l'avaient amené à perdre tout ce qui faisait de lui un prince, et tout ce qui faisait de lui Zuko. Sa survie avait nécessité qu'il renie son oncle, celle des prisonniers de guerre qu'il renonce à son trône. Il n'avait plus que son père pour le mépriser et sa sœur pour le haïr. Le son des vagues lui rappelait que ses sacrifices n'étaient rien comparés à celui de la jeune waterbender.

Tout d'un coup l'air se mit à enfler, Zuko n'eut pas le temps de lever la tête qu'une bourrasque le projeta en arrière. Il retrouva son équilibre et s'accroupit en position d'attaque puis aperçut les robes oranges du jeune Avatar, avant qu'il ne puisse émettre le moindre son ce dernier se jeta sur lui, le plaqua au sol avec sa maîtrise de l'air et commença à le frapper de ses poings.

« TU AURAIS DÛ TE BATTRE POUR ELLE ! »

Zuko grogna sous la puissance de l'air qui l'oppressait, les coups pleuvaient, il finit par décrocher un coup à la mâchoire de l'Avatar.

« J'ai essayé ! ». Il lui lança une série de boules de feu, tentant de garder de la distance entre eux, mais Aang était bien trop emporté dans sa rage pour s'en soucier. Il envoya un bloc de pierre dans le torse de l'ancien prince qui ne put plus respirer, gela ses pieds et se rapprocha lentement, le poing enflammé.

« Tu aurais dû mourir à sa place. » Il abattit son poing en plein ventre et Zuko s'effondra murmurant un faible « Je sais » alors que la silhouette floue d'Aang s'éloignait de lui.


3 ans et 5 mois après les événements de BaSingSe.

Iroh se baladait sur la plage, perdu dans ses pensées. Le jeune Avatar était encore une fois parti en reconnaissance pour les membres de la résistance sur le front. Il était rare que toute la résistance se retrouve en un endroit, mais les attaques de la Nation du Feu s'intensifiaient dernièrement, ce qui avait valu cette réunion. Le vieil homme se tenait loin des lignes de combat pour l'instant, Aang avait encore besoin d'améliorer sa maîtrise du feu, il la tirait encore trop de la colère et de la douleur des événements de BaSingSe.

« La solitude des temples de l'Air vous ont tant marqué que cela vieil homme ? »

Iroh sourit en voyant Toph s'approcher de lui, la jeune fille devenait de plus en plus belle avec le temps qui passait et prouvait chaque jour que son jeune âge ne la rendait pas moins digne de son rang dans leur armée.

« Pas en votre charmante compagnie. »

Toph lui offrit un de ses rares sourires.

« Toujours le mot charmeur hein ? Vous vous rendez compte que vous avez genre cent ans de plus que moi. » Iroh rigola doucement avant de se saisir du bras de la jeune earthbender.

« Vous avez bien assez de prétendants à effrayer comme cela. »

Ils avaient développé une amitié peu commune qui faisait ressortir l'aspect le plus doux de la jeune fille et donnait une sorte de sérénité au général accablé par les événements. Personne n'était assez fou pour interrompre leurs discussions. À part Sokka, il devait avoir appris le tact avec l'élan-lion à dents de sabre quand il était coincé dans la terre. Suki finissait toujours par le faire quitter la table avant que Toph ne se décide à lui faire avaler un tas de boue.

« Comment se passent les retrouvailles ? » s'enquit Iroh ?

« Mieux que je ne pensais, Aang est plus calme et Sokka prend ses responsabilités à cœur tout en restant le Sokka qu'on aime tant. Peut être que ... »

Iroh se tourna vers la jeune fille qui venait de stopper net. Elle retira son bras de celui du vieil homme et avança rapidement au loin.

« Venez ! Je sens un bruit de cœur. Quelqu'un est échoué sur la plage ! »

Iroh se précipita auprès de la figure allongée face contre le sable qui se dessinait devant ses yeux. Seuls de courts cheveux châtains étaient visibles, elle portait une longue robe rouge abîmée par le sel de la mer et des marques de sang. Comment diable était-elle arrivée sur ce rivage ? La terre la plus proche de l'île se trouvait à des kilomètres. Toph semblait hésitante, n'osant pas toucher la jeune femme. Iroh posa une main sur l'épaule de la blessée et la retourna. Il laissa échapper un hoquet de surprise. « Ce n'est pas possible. »

« Iroh ... » le ton était plus semblable à une supplication qu'à une question. Comme si Toph savait déjà de qui il s'agissait.

Devant eux, le pouls faible et respirant avec difficulté se trouvait Katara. Avec trois ans de plus.