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CHAPITRE II
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A la tombée du jour, Minos reprit le chemin de l'astroport avec sa suite.
Sur le trajet il annonça à son aide de camp, qu'il serait dès à présent chargé d'une mission d'inspection du front, assortie d'un nouveau pouvoir!
— ... et vous veillerez surtout à ce que la guerre ne s'éternise pas, insista le généralissime. Notre logistique est bien trop dépendante des Sylvidres pour que nous nous permettions ce luxe...
J'en prends bonne note, mon général !
Et pour mettre tous les atouts de notre coté, je vous ai affecté comme aide de camp le Lieutenant Kolos.
A ce nom, le dandy fronça les sourcils.
— Kolos !? Mais mon génér...
— ... il a certes échoué à capturer intacte la base militaire, ainsi que la princesse ... Mais il a brillamment réussi tout le reste.. Et c'est le meilleur officier de terrain que nous ayons..
— Comme il vous plaira, mon général.. répondit laconiquement le colonel.
Quelques instants plus tard le convoi, arrivait sur la piste circulaire et se scindait en deux : une partie regagnait le vaisseau de commandement, pendant que le véhicule de Minos se dirigeait vers une grande soucoupe rose dont la forme n'était pas sans évoquer celle d'une toupie, et s'arrêta devant.
L'adjoint descendit et après un dernier salut à son chef, se dirigea vers l'Hydargos.
Tout en jetant un dernier regard à l'astronef, Minos se dit à lui même :
— Il est quand même ironique que ce soit moi qui ai insisté pour donner le nom de cet éthylique crétin, à l'une des rares soucoupes amirales qui nous restait... Mais c'était ça, ou le 'Dantus Acheron' ! (1) conclut-il en grimaçant, avant de faire signe au chauffeur de repartir.
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C'est au moment où il pénétrait dans l'ascenseur magnétique, que le nouvel Inspecteur-aux-armées vit arriver la navette de Kolos, de retour de sa longue et infructueuse traque au 'train-fantôme'.
Quand il vit le petit vaisseau se poser à coté de l'Aphélie et le bouillant lieutenant en descendre, le colonel ordonna au liftier de rester au sol et de diriger sa cabine vers le nouvel arrivant.
— Alors Kolos!... on se balade pendant les heures de services ? lui jeta d'un ton condescendant le dandy aux cheveux longs... Je vous croyais chargé d'un inventaire ?... Faut-il croire que le butin résultant de vos 'exploits' était à ce point maigre, qu'il vous laissait le temps de baguenauder ?
Le 'pépiniériste', se retourna d'un coup.
En voyant le visage blême de rage de ce dernier, le dandy se mit à sourire :
... Si tel est le cas... et bien sachez que 'Il farniente' c'est terminé !... Vous avez été placé sous mes ordres, et j'ai bien l'intention de vous mener à la baguette, mon petit ami!
Au prix d'un grand effort sur lui même, Kolos réussit à garder le contrôle de lui-même :
— A vos ordres mon colonel...
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A cet instant, derrière celui-ci, Herossa et Midori surgirent, après avoir contourné l'Aphélie.
Les deux sylvidres, toute à leur contemplation du vaisseau Euphorien, passèrent devant les Végiens sans leur prêter attention.
— Dites donc vous deux !... Je suis transparent.. ou quoi ?.. éructa l'officier supérieur tout en exhibant ses galons, à moitié cachés sous son imposante crinière.
Midori se retourna, et lui répliqua d'un ton faussement contrit:
— Je vous prie d'excuser notre impolitesse, mon Colonel... De dos, nous vous avions pris pour l'une de nos subordonnées !
Devant la figure rageuse de son supérieur, Kolos ne put réprimer un rictus jouissif : "Et vlan dans ta gueule !"
— Au plaisir colonel... dit la Sylvidre en s'en allant
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— C'était qui ce butor ? demanda Hérossa.
— le bras droit de ce cher Minos : 'Monsieur le Marquis'!
— Le 'Marquis' ?
— C'est l'un des surnoms que lui ont donné ses compatriotes, avec :'Le Français', 'Valmont' et aussi : 'La-Merde-dans-des-bas-de-soie', pour ceux qui l'aiment bien !.. Son nom officiel est : De Plessis-Bellière !... Le Colonel Philippe De Plessis-Bellière...
— C'est bien la première fois que j'entends un patronyme pareil chez les Végiens ?
— Rien d'étonnant, vu qu'il s'agit d'un personnage de roman!
— Ah! Ils sont donc capables d'écrire..
Midori ricana :
— Tu rigole ! C'est d'un roman Terrien dont il s'agit.
— Ces primates seraient donc capables de s'intéresser à autre chose que leur nombril?
— Quand ça les caresse dans le sens du poil... Oui !
— Tu m'intrigues.. Donne moi des détails...
— Ce roman raconte les péripéties d'une aristocrate terrienne, dans une époque très ancienne Plessis-Bellière c'est le soudard de haute lignée, au profit duquel elle abandonnera liberté et fortune... en toute connaissance de cause!... Tu comprendras donc sans peine la séduction qu'un tel personnage peut susciter auprès de ces bourrins.
— Tu m'étonnes! Les écrits de ce terrien avaient tout pour rencontrer l'âme du végien lambda!
— Tu n'y es pas, Hérossa!... Ce sont ceux d'une terrienne..
— !?Ah... alors.. les attaques contre la Terre... c'était pour ça ?
— Hé hé! Qui sait!
— 'A nous les petite femmes de la terre.. Si naïves et soumises !'.. pouffa de rire Hérossa.. bien vite imitée par Midori!
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De la grande soucoupe amirale, surgirent une moyenne et une dizaine de petites soucoupes qui descendirent sur le village fortifié et entreprirent de le détruire à coups de rayons.
Elle prit la fuite, le long d'une avenue, au côté d'une foule terrorisée; mais le plus grand des attaquants, leur barra toute retraite, en se posant devant eux. Les deux coquilles, formant la soucoupe s'écartèrent, laissant apparaître un golgoth de forme humanoïde, relié par les épaules à ses carapaces. Sur le pourtour de ces dernières, surgirent des griffes articulées (2).
Le robot se pencha et simultanément il changea d'apparence en se transformant en une sorte de cylindre, doté de six bras prolongés par des pointes.
Mais au moment où il allait frapper, un gigantesque crâne humain surgit de nulle part happa le golgoth, avant de le broyer longuement entre ses dents !
Phénicia se réveilla en sursaut.
" Ouf ! Je suis toujours sur le vaisseau d'Eméraldas. "
Toutefois, cela ne lui enleva qu'une partie de son angoisse, car elle appréhendait que ce cauchemar ne soit le reflet direct de ce que subissait son peuple.
Avec amertume elle se dit:
"Je me sens comme Cassandre... cette terrienne légendaire : je vois venir les catastrophes tout en étant impuissante à les contrer.. "
Elle posa son regard sur la soldate, qui dormait toute habillée sur le canapé.
" Aphélia!... Tu te prives de tout repos correct pour veiller sur moi, alors que dans deux-trois jours, ou même seulement quelques heures, tu seras la première à te porter volontaire pour retourner au combat.. "
Elle étouffa un sanglot:
"... mais je promets que la Princesse d'Euphor prendra sa part du fardeau !"
Après un dernier regard à son amie, elle ferma les yeux et se rendormit.
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Quand elle les rouvrit, quelque heures plus tard, le soleil baignait la chambre de sa lumière (à travers deux grands hublots).
— Bonjour Phénicia! lui dit une Aphélia aux cheveux encore ébouriffés, tout en posant un plateau repas sur le lit!
Bien que gênée au fond d'elle-même, la princesse répondit avec chaleur aux attentions de son amie et fit honneur au petit déjeuner.
Quand elle eut fini, la soldate lui demanda:
— Phény! est-ce tu te sentirais d'attaque pour recevoir des visiteurs ?... Nous avons besoin de ta signature pour débloquer nos avoirs placés dans les banques de Rubis... Le colonel Dillinger compte là-dessus pour nous ré-équiper...
La princesse acquiesça en silence.
... ... par ailleurs notre ambassadeur souhaiterait avoir un entretien avec toi!
— Aucun problème.. je le recevrai également.
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Alors que son amie se penchait pour se lever.
— Aphélia avant d'aller les chercher, je te conseille de solidement fermer ta veste, si tu ne veux pas que tous ces messieurs perdent le fil de ce qu'ils souhaitent me dire !... dit Phénicia d'un ton amusé en voyant le vêtement s'ouvrir, dévoilant largement les ravissantes rondeurs de la sous-lieutenante !
Cette dernière en resta figée:
"!? Elle est à nouveau capable de plaisanter ?... c'est merveilleux !"
Aphélia acheva son mouvement, et tout en rabattant les pans de son habit, elle répondit avec un petit rire:
— Ah, ça ?... C'est à cause de Sark, si chevaleresque... si maladroit... qui a ruiné les fermetures de ma veste d'uniforme...(3)
Aphélia se dirigea vers la porte, et ajouta, juste avant de sortir dans le couloir:
— ...mais ce n'est pas grave : à titre de pénitence, il se fera un plaisir de me filer sa chemise...
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Eméraldas et Dillinger prenaient leur petit déjeuner ensemble, tout en faisant le point sur l'évolution de la situation sur Euphor.
— … et d'après les communications que votre ordinateur a pu intercepter, expliquait le colonel.. plus les quelques contacts radio que j'ai pu avoir avec nos troupes, les Végiens et les Sylvidres continueraient à progresser sur la plupart des continents, mais pas aussi vite que ce qu'on pouvait craindre... Passé le choc de la surprise initiale, nos force terrestres et aériennes se sont bien ressaisies...
L'officier s'interrompit un instant, pour manger une viennoiserie, avant de poursuivre:
... Par ailleurs il semblerait que entre mes vieux 'copains aux oreilles en pointe' et vos 'amies en chlorophylle', il y ait un peu d'eau dans le gaz : Ils rechigneraient tous les deux à engager toutes leurs forces dans la bataille, comme si chacun d'entre eux espérait faire supporter la 'douloureuse' à l'autre...
Eméraldas répondit d'un pauvre sourire : " oui, mais tout cela ne durera qu'un temps... vous le savez aussi bien que moi Colonel.."
— Capitaine! poursuivit l'officier sur un ton redevenu grave.. J'aurais un service à vous demander : pourriez-vous emmener la princesse Phénicia sur la Planète Terre, à son ancienne base de l'île de Honshū, et cela, le plus tôt possible?
Notre amie qui s'y attendait, répondit :
— Oui colonel !... Le Queen Eméraldas sera prêt à partir, dans quatre ou cinq heures!
— Merci capitaine !... Auprès de ses anciens camarades de combats de la Patrouille des Aigles, elle y sera beaucoup plus à l'abri, qu'ici..
... En, dernier recours, j'aurais pu l'y faire amener avec une navette, mais votre vaisseau est infiniment plus sûr que ceux des Rubiniens, ou la demi-épave utilisé par Aphélia et ses hommes.
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Alors que Dillinger se levait de table pour prendre congé:
— Colonel! pourriez-vous me confier cette vieille navette ? lui demanda la pirate, toute en pianotant sur un syPhone..
— ! ? bien sur...
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Peu après la fin son entretien avec Phénicia, l'ambassadeur décida d'aller saluer et remercier la capitaine du vaisseau pirate.
Quand le diplomate entra dans la cabine, il trouva notre amie assise devant son bureau et occupée à transférer des fichiers informatiques, dans une dizaine de syPhones.
Après les présentations d'usages le distingué quinquagénaire se lança dans un long discours de remerciement, qu'elle écouta patiemment, jusqu'à sa conclusion:
— ...et enfin sachez que la nation Euphorienne tout entière vous sera éternellement reconnaissante pour avoir soustrait à temps la Princesse, des mains de ses agresseurs, et ainsi sauver le Royaume de la souillure et du déshonneur...
Eméraldas eut un haut-le-coeur:
— Quand cette guerre sera finie, vous rendrez des comptes sur ce que vous avez osé dire ! siffla-t-elle, les yeux brillants... Vous rendrez des comptes pour avoir osé ravaler une agression contre une femme, au rang d'une tache sur un drapeau !
. Tremblant devant la violente réaction de la pirate, l'ambassadeur bredouilla des excuses... mais elle ne voulut rien entendre et lui adressa une fin de non recevoir :
— Sortez monsieur!
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Après une rapide inspection de la coque de son vaisseau à l'aide d'une petite plate-forme volante (4), Eméraldas avait reporté toute son attention sur les préparatifs de départ de la vieille navette, qui s'était fait refaire une santé par les bons soins des robots mécaniciens.
Aux deux robots choisis pour la piloter, elle confia une mallette contenant les syPhones qu'elle avait préparés pour les besoins de leur mission, puis s'en alla retrouver le colonel et son adjointe qui l'attendaient au pied de l'élévateur à rayon, en compagnie d'Aphélia et Sark!
— Pour assister le sous-lieutenant Aphélia dans sa mission, j'ai désigné le caporal Sark que vous connaissez déjà!
Notre amie adressa un sourire amical au sous-officier intimidé, avant de tendre une valise aux deux officiers supérieurs et de distribuer à chacun un syPhone:
— Rassurez-vous, ils ont été reprogrammés de façon à ce qu'il soit impossible aux Sylvidres d'y accéder, via leurs propres appareils.
Tirant son gravity-saber et le tenant devant elle, Eméraldas salua une dernière fois Dillinger et Quorra, avant de rengainer et de monter dans le rayon élévateur, en compagnie de Sark et Aphélia.
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Tout en saluant les trois silhouettes qui s'élevaient vers l'énorme fuselage, le colonel dit à son adjointe :
— Avec ces trois-là, auprès d'elle, la princesse n'a rien à craindre!
— Pour Eméraldas et Aphélia, je suis entièrement d'accord avec vous mon colonel... par contre votre idée de leur adjoindre Sark, me laisse un peu dubitative!
—...et vous avez tort, Major !... Sark est certes un gaffeur de première... mais c'est aussi le plus dévoué de nos boucliers humains! ... lors de notre fuite, il n'a pas hésité à offrir le rempart de son corps à une ennemie qui ne lui était rien!... et un peu plus tôt il en avait fait de même pour Aphélia.(5)
Il se tourna vers Quorra:
— avec lui au coté de la princesse, j'aurai la certitude qu'il y aura toujours quelqu'un pour écoper une balle ou un rayon, à la place de notre future reine!
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(1) Là, Minos fait allusion à l'un de ses vieux rivaux : le défunt concepteur des 'Monstogoths' - Gravement blessé au combat par Phénicia, et que ce même Minos, s'était empressé d'achever à coups de couteau, avec la complicité d'Horos (voir Goldorak ep.51, 52 & 53) - l'Achéron du tome 1, n'est que le neveu!
(2) Golgoth 10 (voir : Goldorak ep.10).
(3) Voir: "La Bataille pour Euphor", ch.11, dans la section: 'UFO Robo Grendizer' (Surprise au lit lors de l'attaque de la base militaire, Aphélia n'avait pas eu le temps d'enfiler le moindre dessous).
(4) Albator 84, ep.7 & 11.
(5) Voir: "La Bataille pour Euphor", ch.10.
