CHAPITRE 2 : LA LETTRE
Tous les soirs après l'entraînement, Shiyu allait travailler au kombini, il rangeait les rayons, la remise et les marchandises livrées, plus quelque livraison à domicile et la tenue de la caisse. Lorsque le fleurise fermait, tous les soirs sans jamais y déroger, Shunrei passait à la petite épicerie afin de se prendre une boisson. Cette habitude aurait pu être l'occasion pour Shiryu de se faire connaître d'elle, d'échanger quelques mots et enfin faire connaissance mais à chaque fois qu'elle entrait, le jeune homme se cachait rapidement entre les rayons, nerveux à l'idée d'être si proche de l'objet de son désir.
Ce soir-là ne fit pas exception, lorsqu'elle quitta le magasin, il sortit de sa cachette. L'homme qui tenait la caisse l'apostropha soudain.
« Tu es désespérant Shiryu… Chaque soir c'est le même cirque avec toi… » Dit-il en secouant la tête.
Shiryu était las. Pourquoi personne ne le laissait tranquille plutôt que de se mêler de ce qui ne les regardait pas.
« Je sais mon oncle… Je sais… » Répondit-il en soulevant un gros carton de conserves.
« Tu es toujours le même petit garçon timide et rougissant qu'à l'époque où tu l'as vu pour la première fois ! » se moqua-t-il.
Les parents de Shiryu étaient morts dans un accident de voiture quand il était très jeune et il avait donc été recueilli par son oncle Dokho, qui possédait le petit marché. C'était là, d'ailleurs, qu'il avait vu Shunrei pour la première fois.
A l'époque, nouvellement venu dans cette petite ville, il ne connaissait personne et la tragédie survenue, il s'était beaucoup renfermé sur lui-même, ne parlait pas beaucoup et ne souriait jamais, il avait à peine six ans. Dokho racontait la malheureuse histoire de l'orphelin à l'une de ses clientes, auprès de qui une petite fille attendait sagement. Cette petite fille l'avait regardé, lui avait souri et fait un signe de la main. Son sourire était si sincère, si lumineux, elle avait réchauffé son cœur meurtri et depuis ce moment, depuis cet instant, il l'avait aimé et n'avait plus jamais osé se retrouver en face d'elle, se contentant de l'observer en secret.
Shunrei avait toujours été très appréciée par son entourage et ses camarades de lycée. Tout le monde la disait douce, docile et généreuse. Shiryu craignait qu'un jour un garçon ne lui propose de sortir avec lui et qu'elle n'accepta avant qu'il n'ait réussi à trouver le courage de se déclarer à elle. Une fois le magasin fermé, il avait dîné et était maintenant installé à son bureau, une feuille blanche en face de lui. Il tentait de trouver les mots pour lui exprimer ses sentiments. S'il n'arrivait pas à les lui dire, il parviendrait peut-être à les lui écrire…
Le lendemain matin, une nouvelle journée de cours allait commencer. Shiryu sentait son cœur battre à toute allure. Aujourd'hui il allait se déclarer auprès de Shunrei, il ne parvenait plus à taire tous ces sentiments. Malgré la peur d'être rejeté, il devait assumer ce qu'il ressentait, et après tant d'année où il s'était contraint au silence il avait enfin trouvé les mots pour exprimer son amour. Il avait passé une grande partie de la nuit à écrire cette lettre, il n'avait plus qu'à attendre l'opportunité de pouvoir la lui donner. Durant toute la première partie de la matinée il n'avait que cette idée en tête, attendre la pause du matin, allé trouver Shunrei dans le couloir qui menait à sa salle de cours, et lui tendre l'enveloppe. Il ne cessait de la toucher à l'intérieur de sa veste, pour s'assurer qu'elle était bien là.
Après ce qui lui sembla une éternité, la pause vint enfin, il prit une profonde inspiration et sortit de sa classe afin d'aller à la rencontre de sa belle. En sortant il heurta un jeune homme par inadvertance.
« Pardon… » Bredouilla-t-il sans vraiment faire attention et reprenant sa route.
« Ah ouais ! Tu ne t'arrêtes même pas pour dire bonjour ?! » L'apostropha l'autre.
Shiryu se retourna alors, « Oh Seiya… Excuse-moi, je ne faisais pas attention… » Dit-il au jeune homme accompagné d'un autre étudiant, tous deux faisaient partis de ses meilleurs amis.
« Merci, on a vu ! » insista Hyoga.
« Bah, laissez tomber ! Depuis ce matin il a la tête ailleurs ! » Intervint Okho qui sortait à la suite de Shiryu en lui donnant une claque dans le dos. Les quatre jeunes hommes étaient tous en troisième année mais dans des salles différentes.
« Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » Interrogea le blond.
« R… Rien du tout… » Bredouilla Shiryu rapidement, s'il voulait pouvoir donner sa lettre à Shunrei ce matin, il devait faire vite, il n'avait pas le temps de rester avec ses amis.
« Ouais tu parles ! » s'exclama Okho, « C'est le grand jour pour notre Shiryu ! Il s'en est enfin trouvé une paire et il va aller voir Shunrei ! » Informa le grand brun.
Seiya et Hyoga écarquillèrent les yeux de surprise en regardant Shiryu, « Non ! Enfin ! Il était temps ! Félicitation ! Tu t'es enfin décidé ! » L'acclamèrent-ils en souriant.
Shiryu commençait déjà à rougir d'embarras. Il n'avait jamais raconté le penchant qu'il avait pour Shunrei, mais alors que lui et ses amis étaient encore à l'école primaire, ils avaient trouvé dans son agenda une photo de la jolie petite fille qui avait été prise lors d'une excursion scolaire et que Shiryu s'était alors procuré. A l'époque il avait bien tenté de se trouver des excuses pour expliquer la présence de cette photo dans ses affaires, mais rien n'y avait fait, les jeunes garçons avait dès lors trouvé un moyen de le torturer, accompagné bien sûr de son oncle pour qui le sujet était comme une distraction voué à tourmenter Shiryu.
« Mais non ! » tenta-t-il de nier, « Ça n'a rien à voir ! »
« Ah oui ? Tu en es sûr ? » Questionna Okho avec un sourire narquois, « Dans ce cas, qu'est-ce que c'est que cette enveloppe que tu n'arrêtes pas de tripoter depuis ce matin ? »
« Une lettre ?! » s'exclama Seiya, « Eh bien ! C'est du sérieux ! » ri-t-il.
« Mêlez-vous de vos affaires ! » se fâcha le jeune homme.
« Tu pourrais pas allé la voir directement franchement ? » appuya Hyoga, « C'est juste une fille ! »
« Je n'ai pas de lettre et je n'avais pas l'intention de faire quoi que ce soit ! » insista Shiryu dont le teint avait viré au rouge pivoine.
« Et c'est quoi ça alors ? » se moqua Okko en se saisissant vivement du papier avant que Shiryu n'ai pu réagir.
« Oh ! Donne-la-moi ! Je veux la lire ! » S'excita Seiya en se jetant sur le jeune homme qui brandissait fièrement l'enveloppe.
« Arrêtez ça ! » voulu se défendre l'amoureux en récupérant la lettre d'un geste sec.
Tandis que les trois étudiants tentaient de récupérer le trésor de leur ami, un garçon c'était approché d'eux en appelant Shiryu et Okko.
« Et les gars ! Faut que je vous parle ! » C'était Ikki, il était en quatrième année et était le capitaine de l'équipe de combat du lycée. « Tenez les nouveaux horaires des entraînement ! » les informa-t-il,
« Avec la prochaine compétition inter-lycée on a rajouté quelques séances pour le mois prochain ! »
La compagnie détourna alors son attention de leur jeu, alors que Shiryu tentait de retrouver une attitude placide.
« Ce soir après les cours on en a un, n'oubliez pas les gars ! » insista le capitaine.
« Pfffff, vous les mecs du club de combat qu'est-ce que vous pouvez être sérieux avec vos entraînements ! » critiqua Seiya, « Au softball on est nettement plus cool, pas vrais Hyoga ?! »
« Qu'est-ce que tu dis gamin ?! » s'exclama Ikki en coinçant la tête du jeune homme et la frottant avec force.
« Ah non Ikki arrête ça ! Arrête ça ! » Se débattit le jeune sous les rires de ses comparses.
Ils furent interrompus par la sonnerie avertissant de la reprise des cours.
« Bon je vous laisse ! » annonça Ikki en libérant Seiya de sa prise, « Faites pas de bêtises les jeunes ! » avertit-il en partant pour retourner dans sa classe.
« Mouais… Nous aussi on y va… » Maugréa Seiya.
« Eh Shiryu ! Tu nous diras comment ça s'est passé avec ta princesse ! » Lança Hyoga en riant.
Tout en retournant dans sa salle de cours, Shiryu pestait, à cause de l'intervention de ses amis, il n'avait pas pu aller voir la douce jeune fille, décidément il n'arriverait jamais à se confesser… soupira-t-il intérieurement.
Le reste de la journée passa rapidement et lorsqu'elle arriva à son terme le jeune homme n'avait toujours pas réussi à mettre son projet à exécution. Donc plutôt que de lui remettre la lettre en main propre, il avait alors décidé de la glisser dans son casier, de toute façon, plus il y pensait et plus il se rendait compte qu'il n'aurait jamais osé se déclarer directement. Il se trouvait donc debout et hésitant devant le casier de la jeune fille, l'enveloppe à la main. Il savait que sa déclaration n'était pas signée, et qu'il n'y avait aucun moyen de savoir qui en était l'auteur, il prit une profonde inspiration et glissa le document à travers l'interstice de l'ouverture du petit placard. Son cœur battait à toute allure alors qu'il lâchait le papier qui était maintenant hors d'atteinte. Dans le couloir vide et silencieux il ressentit soudainement une profonde solitude s'abattre sur lui. Il fut sorti de ses pensées en entendant un groupe d'étudiant se diriger dans sa direction, rapidement il s'éloigna du casier et se dissimula derrière un mur, le cœur battant à toute vitesse. En entendant les voix il s'aperçut qu'il s'agissait de sa douce qui était accompagnée de quelques un de ses amis. Saori, la petite amie de Seiya et Shun le frère d'Ikki.
Comme toujours, la jeune fille était de bonne humeur et affichait un tendre sourire. Lorsqu'elle ouvrit son casier, une enveloppe tomba à ses pieds.
« Tiens ? Qu'est-ce que c'est ? » S'interrogea-t-elle à voix haute.
« Quoi donc ? » demanda Saori.
« Je ne sais pas… Ça vient de tomber de mon casier… » Dit-elle en récupérant le papier blanc.
Shun s'approcha pour voir ce qui attirait tant l'attention de ses amies, « Ouvre la vite ! » s'impatienta-t-il.
Avec délicatesse, Shunrei décacheta l'enveloppe et en tira la lettre puis commença à la lire avec attention.
« Shunrei,
Bien que tu ne saches pas qui je suis, moi je sais qui tu es. Depuis longtemps mon cœur t'a reconnu. Il connait ta douce voix qui fait écho en lui comme le chant des hirondelles dans le vent d'été, ton sourire plus lumineux que mille soleils réunis à leur zénith, l'éclat de tes yeux qui volent le brillant des joyaux les plus précieux. Chaque fois que je te regarde ton image dissipe les nuages les plus épais au milieu de la tempête qui m'agite constamment lorsque tu n'es pas là.
Tout cela pour te dire,
Que je t'aime. »
Le souffle court et les joues légèrement colorées, la jeune fille finit cette tendre lecture. Elle restait muette face à l'émotion des mots qu'elle venait de parcourir.
« Shunrei ! » s'exclama Saori, « Tu as un admirateur secret ! C'est tellement romantique ! » S'extasia son amie.
« Je… je… » Bredouilla la jeune fille stupéfaite.
« Qui que soit ce garçon il a l'air très amoureux de toi ! » s'enthousiasma Shun, « Il n'y a pas de nom ? » demanda-t-il impatient.
« N… Non… Ce n'est pas signé… » Dit-elle incertaine.
« Il doit être vraiment timide… » Souffla la belle jeune fille aux cheveux violets, « Quelle dommage… C'est tellement beau... » dit-elle rêveuse, « Quand je pense que Seiya pour nos six mois m'a offert une balle de softball avec laquelle il a gagné un match ! » Se fâcha-t-elle soudain, « Qu'est-ce que tu veux que je fiche d'une balle ! »
Les trois amis sortirent du bâtiment en riant et en continuant à se demander qui pouvait bien être ce mystérieux admirateur…
Adossé à l'écart contre un mur dans l'obscurité Shiryu soupira… Ça y est… Il l'avait fait. Même si elle ignorait qui il était, elle connaissait ses sentiments. Lentement, il quitta le couloir et partit pour le stade où l'équipe de combat l'attendait…
Après avoir quitté l'emploi qu'elle occupait à la boutique de fleur, Shunrei rentra chez elle. Elle tomba sur son lit en soupirant. Elle récupéra la lettre qu'elle avait soigneusement rangé dans son sac et la relu pour la énième fois. Son cœur dégageait une étrange chaleur et s'agitait à chaque fois qu'elle lisait ces mots. De qui cela pouvait-il bien venir ? Une telle sensibilité… Elle se sentait étrangement heureuse et impatiente de savoir qu'elle inspirait de tels sentiments à quelqu'un… Pourquoi ne l'avait-il pas signé ? Elle aurait aimé savoir qui c'était, le remercier pour ses sentiments… Et qui sait ? Apprendre à le connaître, en tomber amoureuse et… Elle rougit seule dans sa chambre en se recroquevillant sur elle-même.
