Et voilà le premier chapitre de Forever Young !
L'histoire met du temps à se mettre en route, mais c'est voulu, et vous pourrez rencontrez le colocataire de Newt dans le prochain chapitre ;)
En revanche, Thomas n'apparaîtra pas avant plusieurs chapitres...
Bonne lecture!
D'après la lettre que Newt avait reçue pour son logement (d'ailleurs, il l'avait à peine survolée), son colocataire était censé arriver la même jour que lui.
Était-ce une perspective excitante ? Non.
Voulait-il en finir au plus vite afin de pouvoir officiellement détester ce petit enfoiré ? Oui.
Alors Newt prit son mal en patience et attendit.
Il attendit longtemps, tapant du pied avec impatience contre le parquet ciré, jusqu'à ce que son estomac ne se mette à gronder voracement. La patience ne faisait pas partie des vertus de Newt, en plus, il détestait les riches par dessus tout. Et les gosses de riches.
Or, il se trouvait que son futur colocataire était un gosse de riche ET qu'il se permettait d'arriver en retard et d'abuser de la patience de Newt. Non Mais où était le respect ? Autant dire que ce retard inattendu renforçait l'image déjà toute faite qu'il avait de son futur colocataire.
Bordel, mais où diable était ce petit connard ?
À bout de nerfs, Newt décida de déballer ses affaires pour passer le temps - une grande première. Habituellement, au retour des vacances, ses valises restaient posées dans un coin de la chambre, bourrées de vêtements froissés et de sous-vêtements sales, et restaient ainsi pendant des semaines entières, parfois même des mois. Ce n'était que lorsqu'il se réveillait un matin et se demandait : « Tiens, où est donc mon t-shirt Bob Marley ? » qu'il se décidait enfin à défaire ses bagages.
C'était un des plus grands défauts de Newt : toujours à procrastiner et à oublier.
Et pourtant, aujourd'hui, il avait pris la surprenante décision de vider ses valises et ses cartons. Et sans vouloir se vanter, il s'en sortait plutôt bien. Il suspendit soigneusement ses chemises sur des cintres, plia et empila ses pantalons et prit même le temps de déplier ses draps, ses housses de couette et ses taies d'oreiller pour faire son lit.
Une fois que sa chambre lui parut suffisamment rangée (et beaucoup trop vide et spacieuse à son goût), il se mit à arpenter les autres pièces comme un touriste en vacances. Il se rendit ainsi bien vite compte qu'il n'y avait pas grand chose à faire dans cet appartement. Alors, après avoir râlé contre cette suite beaucoup trop royale, le blond trouva le moyen de se débarrasser de tous les tableaux trop perturbants pour sa santé mentale fragile qui ornaient les murs du salon (rien à foutre qu'il existait un mythe grec où Zeus changeait de forme - un oiseau qui baisait une fille restait beaucoup trop traumatisant), et peu à peu, l'atmosphère étouffante commença à se dissiper, laissant peu à peu place à un espace plus…accueillant.
Peut-être y avait-il encore de l'espoir, finalement.
-X-
Newt était arrivé ici depuis exactement trois heures (et il avait obstinément refusé quatre appels de sa mère), et il avait miraculeusement jeté dans la benne à ordures tous les cartons miteux qui avaient servi à emballé ses affaires.
Cet exploit lui procurait un sentiment de victoire.
Mais aussi de solitude.
Parce que même s'il avait déjà décidé que son futur colocataire serait le fléau de son existence, il ne pouvait s'empêcher de s'énerver contre son absence injustifiée. Il n'était toujours pas arrivé, et le soleil commençait déjà à disparaître derrière les appartements universitaires qui se profilaient sur le campus. Cela ne pouvait signifier qu'une chose…Newt allait être contraint de passer la soirée seul, à s'ennuyer. Sans ami ou quelconque distraction.
Avant d'arriver dans cette satanée université élitiste, il avait pris l'habitude de passer ses journées avec son groupe d'amis ou en compagnie de ses quatre petites soeurs. Il avait grandi dans une famille nombreuse où il était impossible de passer du temps seul. Newt était donc habitué à être constamment entouré de monde, si bien qu'il ignorait totalement ce que cela faisait de se retrouvé seul. Et voilà qu'il se retrouvait brutalement livré à lui-même dans un appartement à deux heure de sa ville natale.
Comment allait survivre à cette soudaine solitude ?
Au bout d'un moment, le blondinet décida de quitter l'appartement pour aller faire un tour au centre-ville. Il avait besoin de sortir, d'explorer, d'aller manger quelque part pour envoyer à Winston, son meilleur ami, toute une ribambelle de photos pour le rendre jaloux et le faire regretter de ne pas être venu avec lui. Parce que merde, il fallait bien que quelqu'un soit jaloux de lui, même s'il n'avait pas le moral.
Mains dans les poches, il sortit donc de chez lui et, tout en évitant les attroupements de plus en plus de denses de gosses de riches sur le campus, s'éclipsa par le portail avant de traverser la rue pavée en direction du centre-ville.
-X-
Newt secoua la tête et se frotta les tempes en grimaçant. Un mal de crâne atroce commençait à pointer le bout de son nez, et les questions qui résonnaient dans sa tête comme une litanie pernicieuse n'aidaient en rien à l'apaiser. Devrait-il profiter de l'opportunité unique que Janson lui offrait pour se bâtir un avenir sûr et pouvoir aider sa famille ? Ou bien devrait-il l'emmerder et claquer cette tune dans des conneries sans se soucier des conséquences ? Ces deux questions en particulier assaillaient et malmenaient sans pitié son cerveau fatigué. Ses pensées luttaient les unes contre les autres. La raison contre la folie.
Et tandis que ça tiraillait le fond de son esprit (après tout, il fallait bien qu'il se décide à analyser un peu sa situation, parce que le semestre commençait dans trois jours), Newt essaya de se vider l'esprit en se concentrant plutôt sur la tasse de thé posée devant lui. Il trouva d'ailleurs le moyen de se brûler la langue avec le liquide et d'en renverser sur son pantalon. Mais il n'y prêta pas attention, beaucoup trop occupé à observer ce qui l'entourait.
Néanmoins, son intérêt pour le décor pittoresque du café ne dura pas longtemps, et après avoir consulté sa page Facebook pour la septième fois en sept minutes et dévisagé méticuleusement chaque client du café (bon sang, mais où étaient les mecs canons de cette ville ?!), le blond s'en alla avec une tâche de thé en forme de chat sur la cuisse et un air de profond ennui sur le visage.
Il avait en premier lieu prévu de rentrer directement chez lui en écoutant son iPod, coupé du monde et des événements tragiques qui le frappaient (non, non, il n'était pas dramatique du tout), mais l'ennui eut bien vite raison de lui, et il se retrouva finalement à prendre des selfies sur la route, à l'extérieur du campus.
L'un des buts de ces photos était de narguer Winston, mais il en prit aussi parce qu'il aimait beaucoup cette petite rue calme et peuplée, bordée de lampadaires en fer forgé, de pots de fleurs géants et de grands murs qui se dressaient fièrement autour du campus. Une douce fragrance de café, de fleurs et de pain chaud flottait doucement dans l'air.
Cet endroit n'était peut-être pas si terrible que ça, finalement.
Mais alors qu'il prenait la pose pour prendre un énième selfie, un sourire insolent étirant ses fines lèvres, le blondinet se figea soudain en entendant le bruit d'un moteur ancien briser la quiétude de la rue. Il tourna la tête de gauche à droite, intrigué, s'attendant à voir surgir un petit véhicule antique conduit par un gentil vieux monsieur coiffé d'une casquette et fumant la pipe.
Mais soudain, le vrombissement augmenta à pleine puissance, et un crissement de pneu retentit.
Par pur réflexe, Newt remonta immédiatement sur le trottoir et fit volte-face, juste à temps pour voir la source de ce boucan accélérer en passant à côté de lui.
Il s'agissait d'une antique voiture des années trente ou quarante, couleur crème, une Rolls Royce décapotable dont les les sièges en cuir blanc luisaient à la lumière de la lune.
Ses passagers, qui n'étaient manifestement pas de gentils vieux messieurs (ils étaient trois) étaient installés confortablement à l'intérieur. Un garçon en costume pastel et une fille vêtue d'une élégante robe et d'une veste coûteuse étaient vautrés ensemble à l'avant. Quant au troisième, il était à l'arrière, perché sur le dossier de la banquette. Un vrai danger public, celui-là. Sa tête brune était renversée en arrière, et il riait à gorge déployée en levant à bout de bras une putain de bouteille de champagne. Les yeux exorbités, Newt les suivit du regard jusqu'à ce qu'ils tournent sauvagement au coin de la rue, disparaissant brusquement.
Newt se tenait là, muet de stupéfaction, portable à la main, le selfie insolent toujours affiché à l'écran.
Nom de Dieu. Il avait l'impression de rêver.
Est-ce qu'il venait vraiment de voir trois gosses vêtus de vêtements hors de prix passer dans une voiture vintage en conduisant comme des tarés et en riant comme s'ils se moquaient du monde entier ? Tout en brandissant une bouteille de champagne dans les airs ?
Bordel…
Cette école BCBG-je-me-lèche-le-cul-moi-même arrivait à être LE stéréotype du vice et de la cupidité. Sa population n'était qu'une foule de morveux pourris gâtés vêtus de costumes faits sur mesure et dépourvus de toute bienséance ou de finesse.
Et lui qui commençait tout juste à aimer cet endroit. La réalité l'avait brutalement giflé de plein fouet.
Avec amertume et dédain, Newt glissa son portable dans la poche de son jean et décida de rentrer, ignorant le pincement qu'il eut au coeur à l'idée de rester seul toute la soirée.
(Non, il ne voulais toujours pas de colocataire.)
(Encore mois après le spectacle de rue qui s'était déroulé sous ses yeux. Si tous les étudiants se comportaient comme ça ici, il n'en voulait pas.)
Mais il était très loin d'imaginer qu'en passant sa soirée seul, une nouvelle facette de sa personnalité allait se révéler à lui.
-X-
Le lendemain, Newt ouvrit les yeux en fronçant le nez, ébloui par un rayon de soleil mal placé qui filtrait à travers les rideaux fermés et s'écrasait durement sur son visage. Il roula sur le dos et s'étira comme un chat en bâillant bruyamment.
La veille, il avait passé la soirée tout seul, sans personne à qui parler. Mais contre toute attente, il avait vraiment aimé ce moment. Il avait même adoré.
Vivre seul était l'une des expériences les plus excitantes de sa vie. Il pouvait laisser ses affaires éparpillées partout dans l'appartement, mettre sa musique à fond et danser en chantant à tue-tête comme un taré sans craindre une seule seconde de se faire réprimander. Il pouvait allumer la télévision d'une taille monstrueuse, mettre le volume à fond ET se balader tout nu sans risquer de se faire surprendre.
Ouaip. Vivre seul était tout simplement incroyable.
Et c'est avec la promesse d'une journée parfaite en tête que Newt bondit avec entrain de son lit. Il se brossa les dents en appréciant cette délicieuse solitude, se gratta les fesses sans gène et dévalisa le frigo sans scrupule. Tout était permis quand on vivait seul.
Un peu plus tard, il s'installa sur l'un des fauteuils en velours pelucheux semblant tout droit tiré de Harry Potter, thé à la main et prêt à planifier sa journée, qu'il avait consciencieusement renommé La Journée Spécial Newt. Une journée dédiée à lui-même, où il écouterait enfin ses besoins et ne ferait pas passer les autres avant lui.
Sans sa mère (qu'il n'avait toujours pas rappelé…7 appels manqués, oups) ni ses soeurs pour le tirer dans cinq directions différentes, le blond avait l'impression d'être un oiseau libre, et il était grand temps que cet oiseau prenne son envol.
Des plans tourbillonnant dans la tête, Newt ouvrit toutes les fenêtres et prit une profonde inspiration, ignorant les passants qui pouvaient aisément scruter son petit sanctuaire. (En une soirée, cet appart' était passé de fruit des enfers à sanctuaire !).
Une Journée Spéciale Newt. Une journée sans colocataire. Merde, tous les jours pourraient être des jours sans colocataire si ce dernier n'arrivait jamais.
« Ce serait une aubaine, marmonna Newt dans un silence apaisant en prenant une dernière gorgée de son thé. »
Alors, naturellement, c'est à ce moment précis que ledit colocataire pointa le bout de son nez.
Voilà :) Alors, qu'avez-vous pensé de ce premier chapitre ?
Merci d'avoir lu et rendez-vous la semaine prochaine pour la suite!
-Ewhylan
