Wakfu
Digne de la Couronne
Chapitre Deux
Retrouvailles
« Certaines personnes feraient n'importe quoi juste pour voir si c'est possible. Si vous mettez un gros bouton quelque part, avec un panneau disant 'Bouton de la Fin du Monde. PRIERE DE NE PAS TOUCHER', la peinture n'aurait même pas le temps de sécher. »
― Terry Pratchett
« Qu'est-ce que tu veux dire par, 'ils ne sont pas là' ? »
« Je veux dire qu'ils ne sont pas là, » dit Amalia négligemment. Je suis là moi, pensa-t-elle avec une certaine irritation. Est-ce que ça n'est pas suffisant ?
Yugo baissa les yeux. « Mince. Je pensais pouvoir les trouver ici. »
« Oui eh bien, ils sont partis. Ils ont chacun leur propre vie tu sais. »
« Hmm, » marmonna Yugo tandis qu'il se rasseyait sur son fauteuil. Ils étaient toujours dans la salle du conseil, et ce n'était pas exactement l'endroit qu'aurait préféré Amalia pour leurs retrouvailles. Son père était parti.
« Est-ce qu'ils t'ont dit où ils allaient ? » s'enquit le garçon.
« Ruel est parti quand on lui a interdit de creuser partout pour chercher un trésor, » dit-elle. « Il a hurlé des insanités à propos d'ingratitude et de comment il ferait mieux d'aller trouver de l'or ailleurs, et au final, c'est ce qu'il a fait. Eva et Pinpin sont partis de leur côté, et depuis je n'ai pas eu de nouvelles. »
Yugo croisa son regard, l'air soudain inquiet. « Elle est pas censée être ton garde du corps normalement ? »
« Et elle l'a été pendant les huit dernières années, » acquiesça Amalia en hochant la tête. « Elle a bien mérité quelques vacances. Un congé sabbatique, ou quelque chose du genre. Ceci dit, je suis un peu inquiète qu'elle ne m'ait pas encore écrit. Je veux dire, ça fait déjà deux mois. » Elle soupira. « Je suppose que peu importe où ils sont, ils sont très occupés. Et toi, qu'est-ce que tu deviens ? »
« Ça va super bien ! Papa Alibert s'occupe toujours de Chibi, et Phaeris a trouvé une caverne dans les montagnes pour prendre soin de Grougal. A cause de lui les gens ont commencé à appeler la maison 'L'auberge du Dragon,' et ils viennent du monde entier pour lui parler. »
« Le pauvre, » murmura Adamaï.
« Et y'a encore mieux, » continua Yugo. « Tu savais que les portails Zaap avaient été fabriqués par les Eliatropes ? »
« Moui. » Elle se rappelait vaguement que Qilby l'avait mentionné. Ça n'était pas vrai pour autant, mais c'était logique.
« Eh bien maintenant, moi aussi je peux le faire ! » s'écria Yugo, fier comme un coq.
Amalia cligna des yeux. « Quoi, vraiment ? Comment tu as appris ça ? » Les portails Zaap, permanents et indestructibles, aussi vieux que le monde lui-même, étaient une des seules preuves que les Eliatropes aient jamais existé. Aussi rares qu'ils soient, souvent cachés dans des marais ou des endroits quasiment inaccessibles, ils facilitaient énormément les longs voyages. Sans eux, Amalia n'était pas sûre qu'elle aurait quitté son foyer, ni qu'elle aurait connu la moitié du monde au-delà des frontières de son royaume.
« Je pensais que c'était super difficile, mais en fait non, » expliqua Yugo. « Et je comptais en construire un nouveau ici. »
Amalia considéra les possibilités. De nouveaux Zaaps pouvaient tout changer pour les aventuriers errants, les caravanes de commerce, tout le monde. « Ça, c'est quelque chose que je ne veux pas rater, » lança-t-elle.
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Une petite foule de Sadida s'étaient rassemblés près d'un des portails qui existaient déjà dans le royaume, observant les préparatifs. Adamaï donnait ses ordres pour la construction de l'arche du portail.
« Il doit faire cette hauteur, et être parfaitement rond, » détailla le dragon. « Vous voulez le construire en bois c'est bien ça ? »
« Bien sûr, » répondit Armand. « Cependant, n'est-il pas un peu … petit ? »
Adamaï se tourna vers lui, l'air offensé. « Je sais c'que j'trafique. Les formes archaïques sont peut-être plus esthétiques, mais même si c'est pas forcément très chic, c'est comme ça qu'on l'fabrique. »
Armand haussa un sourcil. « Euh, oui bien sûr, personne ne met en doute votre compétence maître Adamaï. Je dis juste qu'il est plutôt petit comparé aux autres. »
Adamaï regarda le Zaap original juste à côté, puis celui qu'il était en train de concevoir, puis à nouveau l'original. Le sien était plus petit d'un bon mètre. « Ah. De toute façon, c'est trop tard maintenant. »
« Vous ne pouvez pas tout simplement le refaire ? »
Adamaï fit non de la tête. « Il doit correspondre parfaitement à son partenaire. Si celui-là est plus grand, eh bien, dans le meilleur des cas ça ne marchera pas. »
« Et dans le pire ? »
« Vous serez définitivement raccourci, » répliqua Adamaï. « Et mort, aussi. »
« Ah. Je vois, » fit Armand. « Continuez donc. »
« Vous avez déjà construit le Zaap partenaire ? » s'enquit Amalia. « Où ça ? »
« Emelka, » répondit Yugo. « On a fait le premier dans mon jardin avant de venir. Ce matin j'ai promis à Papa Alibert que je serais de retour à temps pour le dîner. »
« Attends voir, vous avez fait le voyage de Emelka jusqu'ici en une seule journée ? » s'étonna Amalia, impressionnée. « Quand j'ai fait la même route avec Eva, il m'avait fallu plus d'une semaine. »
Yugo sourit fièrement. « Et ça prendra plus jamais aussi longtemps ! »
« Très bien, c'est parfait, » dit Adamaï une fois que l'arche fut terminée. « Eh frérot, tu veux t'occuper de la suite ? »
Yugo s'étira. « Allez, pourquoi pas. » Il sortit une plume bleue de sa poche. Il ferma les yeux, et la plume commença à briller. Yugo gribouilla des runes draconiques sur l'arche en bois d'une main peu entraînée. Il lui fallut quelques minutes pour en venir à bout. « Eh Ad'. Tu veux bien vérifier ça pour moi ? »
« Alors voyons voir ça … Ap'p nomm hed nossiam aal edh serhp Ahklemeh ah yessial iahj eeuq paz erthual a iomm ennemmhe, » lit Adamaï. Il se tourna vers Yugo.« C'est pas comme ça qu'on écrit erthual, qui t'a appris ça ? »
« Toi, » répondit Yugo platement.
« Oh, vraiment ? » Adamaï fronça les sourcils. « Eh ben c'est vraiment pas glorieux. Laisse moi juste corriger ça là … et aussi cette partie là ... et je ferais aussi bien de réécrire tout ce morceau là, et … voilà, fini. »
« Maintenant la partie amusante ? » demanda Yugo, les yeux pleins d'espoir.
« Maintenant la partie amusante, » répondit Adamaï avec un sourire malicieux.
« Bien, tout le monde recule, » ordonna Yugo. « Si ça marche, il devrait y avoir un gros flash lumineux, et un petit trou dans l'univers, ou quelque chose comme ça. »
« Si ça marche ? » répéta Amalia. « Je croyais que vous aviez déjà fait ça avant ? »
« Tous les Zaaps fonctionnent par paire, » expliqua Yugo. « Et ça, c'est la première paire. Elle est pas complète tant qu'on a pas fini celui là. »
« Admettons. Et si ça ne marche pas ? »
« Si ça marche pas, alors il devrait y avoir beaucoup de fumée, » dit-il. Puis il ajouta en marmonnant pour ne pas être entendu, « et une bonne partie de cette fumée, ce sera nous. »
« Quoi ? »
« Prêt ? »
« Non, attendez ! »
« Prêt ! » répondit Adamaï.
Les deux frères se tinrent face-à-face, chacun d'un côté opposé du Zaap, les bras tendus, leurs paumes touchant presque le mur invisible qu'ils s'apprêtaient à créer. Les mains de Yugo brillèrent d'une lumière bleue, celles d'Adamaï en violet. De l'électricité jaillit entre eux pour atteindre les bords de l'arche, s'étendant progressivement comme une toile d'arachne. Et ensuite ...
« Yugo ! »
Une lumière blanche aveuglante jaillit du portail tandis que l'espace-temps se pliait à la volonté du peuple draconique. Quand Yugo reprit ses esprits, il était allongé sur le sol une dizaine de mètres plus loin. Il se redressa et s'assit, l'air hébété. « Adamaï ! T'es vivant frérot ? »
« J'espère bien, » grogna Adamaï. « Parce que si c'est ça l'au-delà, on s'est bien fait avoir ... »
« Mais c'est pas possible, à quoi vous pensiez ! » s'énerva Amalia. « C'est déjà assez difficile de vous voir manquer de vous faire tuer en voulant sauver le monde à tout bout de champ, mais de là faire quelque chose de tellement … tellement … Iop ... »
« Iop ? » répéta Adamaï, incrédule. « Avec quel genre de Iop tu as traîné récemment pour pouvoir dire une bêtise pareille ? »
« Ça a marché ? » s'enquit Yugo. Un voile transparent remplissait à présent le Zaap, aussi réfléchissant que la surface d'un lac.
« On dirait bien, » dit Adamaï. « C'est ce qui devait arriver non ? »
« Une pulsation d'énergie, un flash lumineux, les runes ont disparu ... » Les yeux de Yugo brillèrent de bleu lorsqu'il utilisa sa vision de Wakfu. Les runes draconiques réapparurent. « Oui, tout concorde. Ça a marché. » Il tendit le bras pour toucher la surface du portail avec son doigt, mais le Roi s'avança, posant sa main sur l'épaule du garçon pour l'arrêter.
« Une autre chose importante qu'un Roi se doit de comprendre, » dit-il, « C'est quand il doit déléguer. » Le Roi prit sa poupée végétale et la lança à travers le portail. Il ferma les yeux et resta silencieux un instant. « Oui. Cela fait un long moment que je n'ai pas été à Emelka, et je ne reconnais plus vraiment le paysage, mais cela me semble suffisamment sûr. Félicitations à tous les deux, c'est du beau travail. »
La poupée revint de leur côté du portail, gambadant tranquillement. Amalia s'approcha de son père. « Papa, tu serais d'accord pour que je passe la nuit à l'auberge d'Alibert ? » demanda-t-elle avec son sourire le plus innocent. « Il y a des choses que je voudrais demander à … Phaeris, oui, c'est ça. Beaucoup de choses. » Le Roi la fixa avec suspicion tandis qu'elle continuait. « Je voulais attendre jusqu'à ce que Eva soit revenue, mais tu sais, maintenant que c'est à deux pas d'ici, ça n'est pas comme si j'avais besoin d'un garde du corps n'est-ce pas ? »
Le roi soupira. « Très bien. »
« Chouette ! Super ! Je vais récupérer mes affaires. » Amalia partit en courant, tandis que la plupart des Sadida alentour retournaient vaquer à leurs occupations.
« Elle ne compte pas revenir demain, n'est-ce pas Yugo ? » demanda le Roi calmement.
Yugo hésita. « Non, » dit-il. « Je suis désolé, mais ... »
« Tu n'as pas besoin de t'excuser Yugo. Elle a beaucoup changé depuis qu'elle a commencé à voyager avec toi, et pas forcément en mal. Mon seul souci est qu'il lui manque un garde du corps ... » Il croisa le regard de Yugo avec un air sévère. « Jusqu'au retour d'Evangelyne, c'est à toi que je donne cette responsabilité. Est-ce que tu acceptes ? »
Yugo hocha la tête solennellement. « Je ferai en sorte qu'il ne lui arrive rien. »
Le roi ferma les yeux et eut un petit rire désabusé. « Tu ne peux pas promettre ça sans te parjurer Yugo, ça n'est juste pas possible quand on connaît Amalia comme je la connais. Tout ce que je te demande, c'est de la ramener en vie. »
« C'est promis. » Il leva les yeux l'instant d'après en réalisant quelque chose. « Hé, est-ce que ça fait de moi un chevalier ? »
Amalia arriva, traînant ses bagages. « Qu'est-ce qui ferait de toi un chevalier ? » Elle avait troqué ses habits de princesse pour quelque chose de plus adapté au voyage.
« Rien, » coupa le Roi. « Et non Yugo, ça ne fonctionne pas comme ça. Soyez prudents. » Il les regarda s'en aller tandis que Yugo, Adamaï et Amalia empruntaient le portail vers un autre continent.
A quelques pas de là se tenait l'auberge d'Alibert, la maison que Yugo connaissait si bien, et son premier endroit préféré au monde. « Cool ! On est à la maison ! »
Adamaï renifla l'air. « Et en plus de ça, on arrive juste à temps pour le dîner. »
Yugo et Adamaï se précipitèrent vers la maison, une grande bâtisse avec quelques chambres supplémentaires qui pouvaient être louées aux voyageurs. Ce n'était pas le plus bel endroit dans lequel la princesse avait pu résider, mais elle avait vu bien pire pendant ses voyages, et il y avait une atmosphère accueillante. Amalia lança un regard vers le Zaap derrière elle. Le voile transparent qui le remplissait normalement avait disparu, et maintenant elle ne se trouvait plus à deux pas de chez elle. Cependant il suffisait juste d'un petit cristal de Wakfu pour le réactiver.
« Hé Amalia, tu viens ? » appela Yugo.
« J'arrive ! »
Le soleil s'était couché depuis longtemps, et la plupart des voyageurs également. Les seuls restants étaient un petit groupe d'Osamodas qui s'inclinèrent respectueusement devant Adamaï avant de se retirer. Alibert se tenait à l'entrée de la cuisine, et son visage s'éclaira dès qu'il les vit entrer.
« Papa ! » s'écria Yugo, sautant dans les bras de son père adoptif.
« Yugo, mon petit piou ! » répondit l'aubergiste aux larges épaules. Il attrapa le garçon au vol pour le lancer au dessus de lui. « Je ne pensais pas que tu serais revenu aussi vite. »
« Une fois qu'on a connecté les Zaaps, il restait plus qu'un pas à faire ! » Depuis son berceau, le petit Chibi tendit les mains. Yugo le prit dans ses bras et le lança en l'air pour le rattraper ensuite, exactement comme Alibert l'avait fait avec lui. « Et toi Chibi, comment ça va ? Je t'ai manqué aussi ? »
Le bébé émit un gargouillement qui ressemblait à « Gougam ! »
« Eh non, » dit Yugo tristement, le reposant dans son berceau. « Il n'y a que Grougal qui te manque. » Il se tourna vers Alibert. « Si son premier mot est 'Grougaloragran', il mérite une médaille. »
Alibert sourit, remarquant soudain la présence d'Amalia. « Princesse Amalia ! Pardonnez-moi, je ne suis pas habitué à recevoir de nobles personnes dans mon humble auberge. Je parie que vous avez faim. Laissez-moi donc vous préparer à manger. »
« Je vais t'aider, » offrit Yugo. Ils disparurent tous les deux dans la cuisine.
Adamaï s'assit à une des tables libres. « Tu ne vas pas les aider toi aussi ? » demanda Amalia.
Adamaï eut un reniflement dédaigneux. « Je suis un Dragon. Cuisiner est indigne de moi. »
« Ah oui ? » lança Yugo depuis la pièce voisine. « Eh bien manger ce que tu cuisines, ça aussi c'est indigne de moi. »
Adamaï leva les yeux au ciel, et sous le regard incrédule d'Amalia, il saisit un couteau posé sur la table pour le lancer de toutes ses forces directement vers son frère. Yugo l'intercepta avec un portail pour le renvoyer en sens inverse. Adamaï l'attrapa par la poignée avec une main experte, et les deux frères se mirent à en rire.
« Je vous jure, » fit Amalia. « Si vous vous survivez l'un à l'autre, ce sera un miracle. » Cela ne les fit que rire davantage, et Amalia secoua la tête, affligée. « Bon alors, quelle-est donc cette quête dans laquelle vous m'embarquez ? Vous ne m'avez pas donné beaucoup de détails. »
« C'est vrai. Tu te rappelles du conseil qui s'est réuni pour résoudre le, euh, problème de la nation Eliatrope ? » Adamaï avait dit les derniers mots avec une amertume mal dissimulée.
Amalia hocha la tête. A ce moment elle avait été occupée à aider Yugo à retrouver le Dofus de Shinonome, mais elle en avait entendu parler par la suite.
« C'était … décevant, » dit Adamaï en soupirant. « La moitié du conseil nous prenait pour des réfugiés affamés, venus pour mendier dans les rues et voler leur nourriture, et l'autre moitié pensait qu'on était là pour conquérir le monde. »
« Mon père n'est pas comme ça, » protesta Amalia.
Adamaï secoua la tête. « Non, les Sadida nous soutiennent, et les Osamodas me traitent toujours avec cette espèce de vénération que je ne comprend pas. »
« C'est parce que tu fais partie de leur religion, » expliqua Amalia. « Ils croient que toute vie sur terre a été créée par les trois dragons d'Osamodas, et par extension, tous les dragons sont des créatures sacrées à leurs yeux. » Elle s'étonna elle-même d'avoir retenu tous ces faits à priori inutiles sur les autres cultures que ses précepteurs lui avaient infligés pendant des heures.
« Hmm, » réfléchit Adamaï. « Je me demande qui ça pouvait bien être. Peut-être Balthazar ? Ou Grougal. Ou peut-être que ça n'a rien à voir ... »
Yugo réapparut hors de la cuisine, tenant une assiette dans chaque main, la troisième en équilibre sur sa tête. « Le dîner est prêt ! » Sans avertissement, il lança les trois assiettes dans leur direction, et elles atterrirent proprement sur la table. « Super ! Trois sur trois ! »
Amalia sursauta et faillit tomber de sa chaise. « Mais ça va pas non ? Tu as failli tout renverser sur moi ! Si tu veux continuer à lancer des trucs toute la nuit, dis-le tout de suite, comme ça moi je vais manger ailleurs. »
De l'autre bout de la pièce, Yugo ouvrit deux portails pour se laisser tomber directement sur sa chaise. « Je serai sage, » promit-il. Il leur sourit. « Alors, de quoi vous parlez ? »
Amalia regarda son assiette. Elle contenait une blanquette épaisse, fournie et appétissante, et l'odeur seule lui donnait faim. « Adamaï m'expliquait votre quête. »
« Exact, » reprit Adamaï. « Donc pour résumer, la plupart des dirigeants du Monde des Douze ne veulent pas entendre parler du retour des Eliatropes, ils ont trop peur de nous pour ça. Si les Eliatropes reviennent, et qu'on se retrouve entourés de gens qui veulent notre peau, eh bien ... »
« On en arrivera pas là, » interrompit Yugo. « C'est pour ça qu'on va aller partout dans le monde pour les convaincre qu'ils n'ont rien à craindre de nous. » Il tendit sa cuillère pleine de blanquette pour à Az pour qu'il puisse y picorer.
« Donc c'est une mission diplomatique, » dit-elle. Elle avait déjà rencontré la plupart des dirigeants à qui ils voulaient s'adresser.
« La première partie, oui, » acquiesça Yugo. « La deuxième, c'est de retrouver Ruel, Eva et Pinpin, si on arrive à savoir où ils sont. »
Amalia n'était pas très sûre d'être d'accord avec cela. Ruel était bien trop radin pour se rendre présentable avec de nouveaux vêtements ou une hygiène décente. Quant à Tristepin, il allait probablement trouver le moyen de déclencher une bagarre partout où ils iraient. « Il y a une troisième partie ? »
Yugo hocha la tête. « Il y a six Dofus dans le monde, et ils ont besoin du Wakfu du Dragon et de l'Eliatrope pour éclore. Sur les six, il n'y en a qu'un seul qui est entier. Le mien et celui d'Adamaï a déjà éclos, celui de Grougal et Chibi aussi. Ceux de Phaeris, Balthazar et Shinonome sont à moitié remplis. Donc il reste celui de Nora et Efrim. J'ai aucune idée d'où il est, mais quelqu'un a déjà rassemblés tous les Dofus par le passé. »
« Oui, Ogrest, rien que ça, » dit Amalia. « Attends voir, tu comptes quand même pas grimper sur le Zinit et lui demander poliment où est-ce qu'il les a vus pour la dernière fois ? »
« Bien sûr que non ! Mais s'il a pu les rassembler, ça prouve que nous aussi on peut y arriver. » Yugo prit une bouchée de sa blanquette. « Et puis, je suis sûr qu'Ogrest est pas aussi mauvais que tout le monde le dit. »
Amalia fit la grimace. La témérité de Yugo la laissait souvent sans voix. « De toute façon, c'est ce qu'on devra faire en dernier. » Elle termina sa blanquette, la trouvant excellente. « Mais, tu penses que ça va marcher ? »
« J'espère bien. Si on a besoin de marchander, on peut toujours leur offrir les Zaaps. On pourrait aller de Brakmar à Bonta en quelques minutes ! Dès qu'ils auront compris à quel point on peut les aider, ils vont vite nous accepter. »
Amalia secoua la tête. « Ça ne sera pas aussi facile. Je connais bien les politiciens, et ils ne vont pas forcément apprécier que tu essayes de les rapprocher. Tout ce qui peut réduire les distances pour les voyageurs et les marchands profitera également aux armées, aux espions, aux bandits, ou même aux épidémies ... »
« Aimez votre voisin, mais n'abattez pas la haie ? » suggéra Adamaï.
« Exactement. »
Yugo se renfrogna, mais seulement pour un instant. « Alors on a qu'à sauver le monde encore quelques fois. On a pas besoin que tout le monde nous soutienne de toute façon. Tant qu'ils ne s'allient pas tous contre nous, tout ira bien. »
Amalia se leva. « Si on savait à l'avance comment ça va se passer, ça ne serait pas une aventure pas vrai ? Je suppose qu'on se met en route tôt demain matin ? »
« Ouep. »
« Parfait. Eh bien, bonne nuit. »
« Bonne nuit. »
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Après avoir nettoyé leur table et lavé leurs assiettes, ou plutôt après qu'Adamaï ait regardé Yugo s'occuper des tâches ménagères, les deux frères partirent se coucher à leur tour. Le dragonnet bâilla un bon coup. « Alors … tu comptes le dire à quelqu'un ? »
Il n'y avait qu'une chose dont il pouvait être en train de parler. Yugo secoua la tête. « C'est pas vraiment quelque chose que les gens ont besoin de savoir. »
Adamaï ferma les yeux et se détendit dans son lit. Il eut un petit rire narquois. « Il n'y a pas à avoir honte tu sais. C'est pas si grave que ça d'être un Roi. »
Yugo fit la grimace. Son frère avait toujours cette façon de poser toutes les questions qu'il aurait préféré éviter. « Je sais, » dit-il. « C'est juste que ... »
Dix mille paires d'yeux regardant leur sauveur, dix mille angelots furieux volant pour venger leurs pères et mères, un peuple oublié attendant d'être libéré.
« Je ne suis pas vraiment le Roi. Pas pour l'instant en tout cas. »
« Donc tu attends d'avoir ton royaume et tes sujets, c'est ça ? » présuma Adamaï. « Je vois. Mais rappelle toi, un Roi ça n'est pas seulement un dirigeant. C'est aussi un symbole. Et tant que tu ne te révéleras pas, le monde continuera de penser que c'était Qilby notre Roi. »
« Oui, » dit Yugo avant de s'endormir. « Je sais. »
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a/n Donc nous y voilà. Je ne suis pas très sûr de savoir comment les Zaap fonctionnent dans la série comparé au jeu vidéo, mais j'ai suivi cette idée qu'ils étaient construits et reliés par paires. S'ils avaient fonctionné comme dans le jeu, je suppose que pendant la série ils n'auraient pas eu besoin de passer la moitié de leur temps à voyager. Vous pouvez vous amuser à traduire le langage draconique, si vous savez comment cela fonctionne. (Ndt : moi je sais, et j'ai traduit l'original qui était en draconique-anglais vers le draconique-français. Si vous voyez ce que je veux dire. C'était pas important mais ça m'amuse.)
