- C'est moi, tu m'ouvres ?
Il y eut un petit déclic et la porte de l'immeuble se déverrouilla. Lizzie entra et sa bouche s'ouvrit de stupeur malgré elle lorsqu'elle découvrit les lieux. Elle monta dans l'ascenseur, pressa le bouton numéro 17 et se laissa porter au dernier étage du bâtiment.
En sortant de l'ascenseur, elle croisa deux types, aussi immenses que baraqués, qui la saluèrent. Ils étaient de toute évidence les déménageurs auxquels Sara avait fait appel mais Lizzie n'en menait pas large par autant. Elle leur rendit leur salutation dans un timide sourire puis se dirigea rapidement vers l'appartement dont la porte était restée ouverte. Elle toqua tout de même et appela Sara en même temps qu'elle pénétrait dans l'appartement en essayant de se frayer un chemin parmi tous les cartons posés un peu partout dans l'entrée.
Elle était plantée debout au milieu du salon, occupée à prendre connaissance des lieux d'un regard ébahi, quand Sara surgit du couloir.
- Alors ? demanda cette dernière. Qu'est-ce que t'en dis ?
Lizzie se retourna vers elle, bouche grande ouverte et yeux écarquillés.
- T'as vraiment une chance insolente toi ! s'exclama Lizzie, sidérée. Comment tu fais pour toujours arriver à dénicher la perle rare ? Il est dément cet appart' ! Et tu le payes vraiment le tarif qui était indiqué ?
- Ouais ! confirma Sara.
- Il est pas là ton coloc' ?
- Non, il travaille.
- Tu me montres ta chambre ?
- C'est par là.
Sara fit signe à Lizzie de la suivre.
- Bon sang ! Elle est grande ! Tu vas être une vraie reine là-dedans ! prédit Lizzie en découvrant la pièce qui ne contenait pour l'instant qu'un lit et quelques meubles.
- J'ai pas fini de tout mettre en place, précisa Sara, mais oui, ça devrait être chouette !
- Et sa chambre à lui, tu l'as vue ? demanda Lizzie avec un petit sourire.
- Non ! Et j'ai pas à la voir, ça me regarde pas.
- Mais tu pourrais juste jeter un coup d'œil pendant qu'il est pas là. On en apprend beaucoup sur les mecs en voyant l'état de leur chambre.
- Non ! C'est très malsain. Je verrais sa chambre s'il décide de me la montrer. Lizzie, où tu vas ? interrogea Sara en voyant son amie sortir de la pièce.
- Moi je vais me passer de son autorisation.
- Lizzie je te l'interdis ! C'est privé, t'as pas le droit !
Mais Lizzie avait déjà disparu dans le couloir et Sara plongea son visage dans ses mains avec dépit lorsqu'elle l'entendit ouvrir une porte. Après quelques secondes, elle réapparut.
- Viens voir, murmura-t-elle à Sara, le regard empli de malice.
- Non !
- Mais si ! Viens voir ! Ça va tuer personne, et il le saura pas.
- C'est une question de principe. J'irai pas… non Lizzie, arrête ! ordonna Sara.
Lizzie l'avait attrapée par la main pour la traîner de force vers la chambre de Michael. Sara résista autant qu'elle le put mais sa bourrique d'amie avait une force de cheval, sûrement héritée des nombreuses années de judo qu'elle avait derrière elle. Alors qu'elle se sentait partir dans le couloir, Sara décida de fermer les yeux. Et elle garda paupières closes quand Lizzie la plaça de force à l'entrée de la chambre de Michael.
- Regarde !
- Non !
Redoutant de découvrir un élément embarrassant qui changerait à jamais sa façon de voir son colocataire, Sara s'obstinait à conserver ses yeux fermés.
- Sara ! Regarde ! insista Lizzie.
Mais devant l'obstination coriace de son amie, elle dut une nouvelle fois employer la manière forte. Elle saisit sournoisement la peau fine à l'arrière du bras de Sara pour la lui pincer. Sara poussa un cri de douleur et ses yeux s'ouvrirent d'un coup dans un réflexe qu'elle ne put empêcher. Et le mal était fait. Cependant Sara resta interdite face à la banalité de ce qu'elle voyait.
- Mais… elle n'a rien d'extraordinaire cette chambre, réalisa-t-elle en même temps qu'elle frottait d'une main l'arrière endolori de son bras.
- Mais c'est ça qui est bien, expliqua Lizzie. C'est une chambre normale de mec normal. Pas de figurines de super-héros, pas de poster en taille réelle de Pamela Anderson, pas de déco façon « maison close à la sauce sadomaso », c'est même pas le bordel, et ça sent pas mauvais. J'en ai vues des piaules de mecs et je peux t'assurer qu'une chambre comme celle-là c'est rare ! Tout ça pour te dire que tu peux être tranquille, ton coloc' est clean !
- Merci Lizzie, ironisa Sara. Grâce à toi j'ai porté atteinte à la vie privée de mon colocataire juste pour découvrir un truc que je soupçonnais déjà fortement !
Elle secoua la tête avec désolation puis s'en retourna à son emménagement. Elle entreprit de déplacer les cartons de l'entrée vers sa chambre tandis que Lizzie partait au salon pour s'asseoir sur le grand canapé beige dont elle testa le moelleux à la manière d'une acheteuse potentielle.
- Je t'en voudrais pas si tu décides de me donner un coup de main, tu sais ! lui lança Sara.
Lizzie releva la tête dans sa direction, prête à parler, mais la vue de l'homme qui venait d'arriver à la porte de l'appartement l'en empêcha. La voyant ainsi muette, Sara se retourna et découvrit Michael qui tentait d'entrer en enjambant les cartons éparpillés sur le sol.
- Désolée, j'ai pas encore fini de tout ranger, s'excusa-t-elle aussitôt.
- C'est pas grave. C'est de ma faute, je suis rentré un peu plus tôt que prévu aujourd'hui. Mais prends ton temps pour t'installer.
Michael aperçut Lizzie qui le fixait, visiblement subjuguée, depuis le canapé. Le contact visuel étant établi entre son colocataire et son amie, Sara en profita pour faire les présentations.
- Lizzie, voici Michael. Michael, voici mon amie Lizzie.
- Elizabeth Parker, se présenta-t-elle plus complètement en se levant pour tendre son bras vers Michael.
- Elizabeth Parker, répéta-t-il en échangeant une poignée de mains avec elle. Et sinon, votre vrai nom, c'est quoi ?
Lizzie rigola et jeta un coup d'œil vers Sara.
- Non, Parker c'est mon vrai nom à moi. Sara me le pique souvent mais elle a dû vous expliquer pourquoi elle fait ça.
- Oui, confirma Michael.
Il repartit dans l'entrée pour se défaire de son manteau et Lizzie en profita pour s'approcher de Sara.
- Je confirme, t'as vraiment déniché la perle rare, lui glissa-t-elle dans un murmure entre ses dents, et sans quitter Michael des yeux. Ce qu'il est canon !
Puis il revint au salon et Lizzie fit un petit pas pour s'écarter de Sara.
- Vous êtes médecin aussi ? tenta Michael.
- Oui. On travaille ensemble avec Sara.
- Vous vous connaissez depuis longtemps ?
- Bien trop longtemps, souffla douloureusement Sara.
Michael sourit et Lizzie roula des yeux.
- On s'est rencontrées à la fac de médecine, expliqua-t-elle. On partageait la même chambre. Et je peux vous dire que Sara est très facile à vivre. C'est la meilleure des colocataires qu'on puisse rêver. Si vous êtes gentil, elle vous fera sûrement ses fameuses madeleines connues dans le monde entier ! Non, bon, elles sont peut-être pas connues dans le monde entier mais elles le mériteraient. Moi je tuerais pour une de ses madeleines !
- J'adore les madeleines ! s'exclama Michael en regardant Sara avec un grand sourire.
- Ben j'espère que tu les aimes à tous les repas parce que c'est tout ce que j'arrive à faire en cuisine, indiqua-t-elle avant de s'emparer d'un des cartons posés au sol pour partir avec dans sa chambre.
- Non, elle se débrouille bien en cuisine, murmura Lizzie pour rétablir la vérité. Mais c'est un peu le problème de Sara : elle se dévalorise tout le temps. Elle est tout le temps désolée pour tout aussi, je sais pas si vous avez remarqué. Y a que dans son boulot qu'elle est très sûre d'elle, mais à côté de ça… Je crois que c'est à cause de son père…
- Lizzie ! l'interrompit Sara lorsqu'elle revint au salon. T'es à pieds il me semble, alors tu devrais peut-être rentrer avant que la nuit ne commence à tomber, lui suggéra-t-elle.
Son réel souci restant que la conversation qu'elle avait perçue ne se poursuive pas.
- Ouais, t'as raison, je vais y aller, déclara Lizzie qui n'allait pas insister, sachant que la relation entre Sara et son père était un sujet sensible. Ravie de vous avoir rencontré, lança-t-elle à Michael. Et n'ayez pas peur, je suis pas aussi envahissante que j'en ai l'air.
- Vous serez toujours la bienvenue ici, lui assura-t-il.
- Merci, apprécia Lizzie. Tu te souviens que je pars chez mes parents pour le week-end, poursuivit-elle à l'attention de Sara qui hocha la tête, alors on se voit lundi. Salut.
- Salut. Bonne soirée.
Après le départ de Lizzie, Sara se retourna vers Michael.
- Elle est un peu spéciale mais c'est la personne la plus profondément et sincèrement gentille que je connaisse, indiqua-t-elle.
- Je veux bien te croire… Bon, reprit ensuite Michael, est-ce que tu veux que je t'aide à défaire tes cartons ?
- Euh… si tu veux, oui. Regarde parmi ceux-là, il doit y en avoir un avec quelques ustensiles que tu peux peut-être ranger dans la cuisine.
Michael attrapa un des cartons et alla le poser sur la table. Il l'ouvrit mais s'immobilisa aussitôt en découvrant ce qu'il contenait.
- Ah… non… c'est pas des ustensiles de cuisine ça, souffla-t-il en sortant du carton, et du bout des doigts, une petite culotte en dentelle rouge.
Sara pouffa de rire puis s'approcha, lui retira le vêtement des mains et s'empara du carton.
- Je suis désolé, c'est assez gênant, s'hébéta Michael.
- Non. C'est si t'étais tombé sur le carton qui contient tous mes sex-toys que ça aurait été vraiment embarrassant !
Michael écarquilla les yeux.
- Je plaisante ! J'en ai pas, rigola-t-elle avant de repartir dans sa chambre avec son carton de lingerie dans les bras.
Michael mit quelques secondes à se remettre de ses émotions. Il tenta ensuite, avec prudence, d'ouvrir un autre carton. Cette fois il y trouva des objets ayant parfaitement leur place dans une cuisine. Il posa donc le carton sur le plan de travail à côté de l'évier et commença à le vider en essayant de trouver un emplacement rationnel pour chacun des objets.
oOo
- La pizza est arrivée ! annonça Michaelpour prévenir Sara qui s'affairait toujours dans sa chambre.
Elle arriva rapidement au salon, s'agenouilla près de la table basse où était posée la pizza et ferma les yeux avec délectation quand l'appétissante odeur de la préparation vint lui chatouiller les narines.
Il était un peu plus de neuf heures du soir et elle avait enfin terminé de défaire tous ses cartons. Sa chambre était encore quelque peu en désordre mais elle était maintenant officiellement installée.
- Je meurs de faim, déclara-t-elle en s'installant en tailleur à même le tapis de sol.
- En règle générale je prends mes repas à table, indiqua Michael qui revenait de la cuisine avec une bouteille de champagne à la main, mais quand je commande une pizza ou du chinois j'aime bien manger au salon, c'est une habitude qu'on avait avec mon ancienne colocataire.
- Ça me va tout à fait !
- Alors, reprit-il ensuite en brandissant sa bouteille avec un grand sourire, on le fête cet emménagement ?
Sara hocha la tête avec enthousiasme et Michael s'agenouilla à son tour sur le tapis, ouvrit la bouteille de champagne et remplit deux flûtes. Il en tendit une à Sara et garda la deuxième pour lui.
- J'aurais bien envie de trinquer à Ray Jones, lança Sara en levant son verre, le gentil monsieur qui m'a tout aussi gentiment chasser de chez moi.
- D'accord, rigola Michael. À Ray Jones !
Ils firent tinter leur verre l'un contre l'autre avant d'avaler une gorgée du nectar joliment doré et finement pétillant.
- J'espère sincèrement que nos caractères vont s'accorder, reprit Michael en même temps qu'il reposait son verre sur la table. Mais si c'est pas le cas, saches que je te mettrai pas à la porte avant d'être sûr que tu aies trouvé autre chose.
- Super ! Mais si tu pouvais mettre ça noir sur blanc sur un contrat signé et homologué par une demi-douzaine de notaires, je serais encore plus tranquille ! déclara Sara en ne plaisantant qu'à moitié.
Chacun s'empara ensuite d'une part de pizza pour commencer à manger.
- On peut peut-être essayer de faire plus ample connaissance ? proposa Michael entre deux bouchées de pizza.
- T'as mis ton nez dans mes petites culottes, tu sais déjà tout de moi !
Michael éclata de rire.
- C'est vrai que d'habitude, c'est la dernière chose que je découvre chez une femme,s'amusa-t-il. Oublions cet incident. On a qu'à se poser des questions à tour de rôle et quand y en a une à laquelle on ne veut pas répondre, on boit une gorgée de champagne, d'accord ?
- Oui, accepta Sara. À ton tour.
Michael resta interdit quelques secondes avant de réaliser que Sara avait déjà commencé le jeu et qu'elle avait en effet répondu à sa première question. Il esquissa un sourire, appréciant sa vivacité d'esprit, puis il réfléchit à ce qu'il pourrait maintenant lui demander. Il la joua classique :
- Hum… commençons par le commencement : ta date de naissance ?
- 16 avril 76. La tienne ?
- 8 septembre 74. Euh… t'as toujours vécu à Chicago ?
- Ouais, j'y suis née, j'y ai grandi, passé toute ma scolarité, maintenant j'y travaille, dans le genre fille du pays on peut pas faire mieux. T'as des frères et sœurs ?
- J'ai un frère aîné… enfin « aîné » faut le dire vite, marmonna Michael. Il s'appelle Lincoln. T'es fille unique toi, non ?
Sara esquissa un sourire.
- C'est ça d'avoir un papa de notoriété publique, tu sais déjà plein de choses sur moi en fin de compte.
- Non, c'est juste que je me souviens avoir entendu ou lu je sais plus où que le gouverneur n'avait qu'une fille.
- Oui, confirma Sara avant de chercher une nouvelle question. Hum… tes parents font quoi comme métier ?
- Et bien… en fait j'ai pas connu mon père, il est parti avant ma naissance. Et ma mère est décédée d'un cancer quand j'avais neuf ans.
Sara resta silencieuse, la mine dépitée.
- J'aurais préféré que tu boives une gorgée de champagne, je me sens très gênée là.
- Faut pas. Autant que je te le dise dès maintenant. C'est triste mais c'est comme ça, déclara Michael avec fatalisme. Toi aussi tu… enfin parfois, les journalistes mentionnent également que le gouverneur est veuf quand ils parlent de ton père…
- Oui. Comme toi, j'étais très jeune quand j'ai perdu ma mère. Et mon père, lui, il n'est pas parti mais… il n'a jamais vraiment été là non plus…
Michael pouvait se douter qu'un homme politique ayant les ambitions de Frank Tancredi n'avait pas dû être un père très présent. Il regarda Sara, elle le regardait en retour, et tous deux restèrent à se fixer quelques instants en silence. Il n'était pas très réjouissant mais de toute évidence, un point commun important les unissait : ils avaient grandi seuls.
- Tu fais des allergies ? demanda soudainement Sara pour reprendre le cours du jeu.
- Euh… non, pas à ma connaissance. Ou alors si, se souvint subitement Michael. Si, en fait j'en ai une, je suis allergique à ma voisine du dessous.
Sara pouffa de rire.
- Je te jure que ça me file de l'urticaire à chaque fois que je la croise. C'est pas des blagues, lui assura Michael. C'est une ancienne institutrice, très austère, le regard sévère, et toujours tirée à quatre épingles. Elle est à la retraite depuis longtemps mais j'ai l'impression qu'elle considère encore tous les gens qu'elle croise comme ses élèves. Tu sais, elle t'observe comme si elle vérifiait que t'étais bien habillé, que tes mains étaient propres, que t'avais pas de chocolat au coin de la bouche, et réellement, tu te sens comme un gosse qui attend un reproche et la punition qui va avec. C'est horrible !… Tiens, je suis sûr que j'ai des plaques rouges là, rien que d'en parler !
Il écartait le haut de sa chemise pour vérifier l'état de la peau de son torse.
- Arrête tu me fais peur ! rigola Sara.
- Non, mais avec toi ça devrait aller. Tu devrais lui plaire, je suis sûr que t'étais une bonne élève.
Sara afficha une moue sceptique.
- Ben… oui, j'étais pas une mauvaise élève mais… entre avoir de bons résultats et être une élève modèle, y a une petite différence. Et toi ? Je suis pourtant sûre que t'étais un élève modèle, tu dois lui plaire ?
- Oui, je lui plaisais bien au début. Mais un jour… elle s'est retrouvée dans l'ascenseur avec mon frère, expliqua Michael en écarquillant douloureusement les yeux. Et depuis… elle est beaucoup moins cordiale avec moi. Et je sais qu'elle a déjà dû croiser mon neveu plusieurs fois aussi, alors ça n'a pas dû arranger les choses, déplora-t-il.
Il affichait néanmoins un sourire amusé en s'imaginant la vieille Perry face aux Burrows.
- À mon avis ça devrait aller mieux maintenant que j'habite avec toi, déclara Sara. Je suis à peu près certaine que cette femme doit approuver la politique de mon père alors je pourrai essayer d'utiliser mon nom pour redorer ton blason si tu veux.
- Merci, c'est gentil, rigola Michael. Je savais bien que je faisais pas une erreur en t'acceptant ici !
Tout au long de la soirée, par le biais de leur petit jeu, ils échangèrent leurs goûts en matière de cuisine, de cinéma ou encore de musique, discutèrent de leurs études respectives, de leur boulot actuel, de leurs collègues plus ou moins sympas et en arrivèrent à se raconter les voyages qu'ils avaient pu faire.
Il était un peu plus de minuit quand la fatigue s'invita à la fête. Ils débarrassèrent alors rapidement la table en vue d'aller se coucher.
- Prête à passer ta première nuit dans ta nouvelle chambre ? demanda Michael tandis qu'il rapportait les flûtes et la bouteille de champagne à moitié vide dans la cuisine.
- Oui, confirma Sara. Elle est encore pas mal en désordre mais je devrais pouvoir trouver une petite place pour dormir.
- Je crois qu'une chambre qui n'est pas en désordre n'est pas vraiment une chambre, s'amusa Michael. Je viens pas d'emménager mais je pense pas que la mienne soit mieux rangée pour autant.
- Tu plaisantes ! C'est pas du tout le bazar dans ta…
Sara s'interrompit brusquement lorsqu'elle réalisa qu'elle venait de se trahir. Elle perdit son regard dans le vide une petite seconde et pria pour qu'il y ait une chance, même infime, qu'il n'ait pas entendu ce qu'elle venait de dire. Mais quand elle releva doucement la tête vers Michael, elle comprit que de toute évidence, le miracle ne serait pas pour ce soir. Il la fixait avec de grands yeux ronds et un amusement qu'il se gardait bien de laisser paraître. Sara plongea son visage dans ses mains pour se soustraire à son regard.
- Oh mon dieu ! se désola-t-elle.
- Tu sais dans quel état est ma chambre ? Tu as vu ma chambre ? fit mine de s'offusquer Michael pour l'embarrasser davantage.
- Je suis navrée, je… Oh mon dieu je suis morte de honte !
Elle se tourna pour se blottir contre la porte du réfrigérateur. Elle avait bien envie de pleurer.
- Sara…, l'appela Michael en s'approchant d'elle.
Il posa doucement une main sur son bras pour qu'elle se retourne vers lui. Sara se laissa faire, tout comme quand il rabaissa ses mains pour libérer son visage. Le regard de Michael se planta dans le sien et ça ne l'aida pas vraiment à retrouver possession de ses moyens.
- C'est pas grave, lui assura-t-il dans un sourire amusé.
- Si, moi je trouve ça grave, j'aurais jamais dû… Je suis désolée, c'est… c'est Lizzie - oh mais on a juste jeté un œil, s'empressa de préciser Sara alors qu'elle venait en plus de lui avouer que Lizzie avait été de la partie. On n'est pas entrées et on n'a touché à rien ! - mais Lizzie… comment dire… elle juge de la qualité d'un homme à l'état de sa chambre, je t'ai dit qu'elle était spéciale, et elle voulait voir… elle voulait voir…
- Si j'étais digne de cohabiter avec sa meilleure amie ?
- Euh… oui, on peut le voir comme ça. Mais ça m'ennuie parce que… je veux que tu puisses me faire confiance. Et je veux pas tout mettre sur le dos de Lizzie mais je vais le faire quand même parce que sans elle, je t'assure qu'il me serait jamais venu à l'esprit d'aller violer ton intimité.
- Violer mon intimité ? répéta Michael dans un petit rire. T'y vas fort ! C'est quand même pas à ce point-là ! Tu sais, je ferme pas toujours complètement la porte de ma chambre, t'aurais fini par l'apercevoir rien qu'en passant dans le couloir.
Il y eut un petit silence. Malgré l'indulgence manifeste de Michael, Sara semblait encore contrariée par ce qu'elle avait fait et par l'image erronée que cela pouvait renvoyer d'elle.
- Je sais que tu es une personne honnête, lui assura-t-il, comme s'il avait deviné ce qu'elle avait besoin d'entendre. Je me fais pas de souci, et ça remet absolument pas en cause la confiance que je t'ai accordée en te laissant venir vire ici, d'accord ?
Sara hocha la tête.
- Tu fais toujours aussi facilement confiance au gens ? lui demanda-t-elle ensuite.
- Euh… non… Mais par contre je fais très souvent confiance à mon instinct, confia-t-il.
Sara sourit, puis elle lui souhaita une bonne nuit et partit pour rejoindre sa chambre.
- Est-ce que j'ai réussi le test ? demanda soudainement Michael.
Arrivée à l'entrée du couloir, Sara se retourna pour le regarder avec perplexité.
- Est-ce que, d'après Lizzie, je suis apte à vivre avec toi ? reprit-t-il.
- Euh… oui, répondit-elle dans un sourire. Pour reprendre ses termes exacts : tu es clean !
Elle s'engouffra ensuite dans le couloir et ne tarda pas à disparaître derrière la porte de sa chambre. Là elle réalisa que c'était bien la première fois qu'elle aurait pu passer outre l'avis de Lizzie ; que son amie ait trouvé Michael clean ou pas, Sara avait elle aussi un instinct, et elle savait également l'écouter.
