- Ronald, voyons, ce n'est pas la mer à boire !

- Tu parles. C'est pas à ta mère que je vais devoir l'annoncer.

- Evidemment, parce qu'elle est au courant depuis plus d'une semaine ! Tu as d'ailleurs de la chance qu'elle n'ait pas encore envoyé une lettre à Molly pour se réjouir de la nouvelle.

- Bah tiens, ça m'aurait bien arrangé …

- Arrête de marmonner dans ta barbe et habille-toi ! Si ça continue, on n'aura plus besoin d'annoncer quoi que ce soit tellement ce sera visible.

Le jeune couple arriva au Terrier en transplanant, comme tous les dimanches. Arriver un peu en avance laissait toujours le temps à Hermione d'aider sa belle-mère en cuisine et à Ron de battre son père aux échecs, avant l'arrivée de Ginny, Harry et James. La jeune femme pensait que cette semaine, ce serait également l'occasion idéale pour parler à Molly et Arthur de la petite chose qui grandissait en elle.

C'était sans compter son mari et son légendaire entêtement. Il souhaitait absolument annoncer la nouvelle à sa sœur et son meilleur ami en même temps qu'à ses parents, et pensait que le dessert –une magnifique charlotte aux poires- serait le moment idéal. Sans doute trouverait-il le courage de tout dire lorsque son neveu serait assis sur ses genoux, le bout de chou et ses crapahutages lui donnant la force d'avouer tout haut que bientôt, lui aussi en aurait un comme ça.

Dès leur arrivée dans la grande maison Weasley, Ginny et Harry vinrent enlacer leurs amis, tandis que le jeune James courait dans les bras de sa grand-mère. Les embrassades passées, les couples allèrent s'asseoir autour de la table basse du salon pour discuter en grignotant des amuse-bouche concoctés par Molly. Arthur servit du Whisky-Pur-Feu à son fils et à son beau-fils, et une citronnade aux trois femmes ainsi qu'à lui-même. Le Médicomage l'avait mis en garde, plus d'alcool pour Monsieur Weasley. Ron se racla la gorge.

- Harry, est-ce que je peux te parler une minute ? C'est à propos d'une affaire, il me faut ton point de vue …

- Vous ne pourriez pas arrêter de penser au travail dix minutes durant, n'est-ce pas ?

Hermione regarda Ginny, compatissante.

- Ma pauvre Gin … On savait qu'ils étaient comme ça quand on les a épousés, non ?

Harry posa un baiser sur le front de sa femme en se levant. Ron fit de même.

- Je te l'emprunte seulement cinq minutes Ginny. Vous pourrez parler de nous avec Maman, pendant ce temps !

Ron sortit du salon, suivi de Harry, pour monter jusqu'à son ancienne chambre. Là, il en était sûr, ils ne seraient ni dérangés, ni entendus. L'excuse du travail fonctionnait toujours lorsqu'ils voulaient se parler seul à seul, les Aurors étant tenus au secret quant à leurs affaires. Les deux amis s'installèrent sur le vieux lit du rouquin.

- Alors ? T'as l'air ailleurs depuis tout à l'heure. T'arrêtes pas de regarder James comme la huitième merveille du monde. Certes il est aussi beau que son père, mais tout de même ! Qu'est-ce qu'il t'arrive, Ron ?

- C'est … Putain promets-moi de garder le secret, mec.

- Ouais, d'accord. Du calme Ron, tu commences à m'inquiéter.

- Hermione est enceinte.

Abasourdi, le Survivant cligna des yeux à plusieurs reprises. Il resta silencieux quelques secondes.

- Ron, mais c'est super !

Le jeune homme prit son ami dans ses bras, en guise de félicitations, mais se recula rapidement lorsqu'il sentit que son étreinte n'était pas partagée.

- Quoi ? T'es pas heureux ? Par Merlin Ron faut que t'annonces ça à tes parents, et fissa !

- Hm …

Sans même en attendre plus, le brun se leva, serra rapidement son ami dans ses bras, et l'enquît de retourner au rez-de-chaussée retrouver le reste de la famille. James se jeta au cou de son oncle, et celui-ci, lui ébouriffant les cheveux, s'assit à nouveau autour de la table basse. Il sourit à son épouse, à son meilleur ami, puis prit une grande inspiration, qui aurait pu concurrencer le dernier souffle d'un condamné.

- Maman, Papa, Ginny, Harry, James … La famille … Comment dire ? Disons juste que. En fait. Eh bien.

- Accouche, Ron, on a faim nous dis !

Les oreilles de Ron rougirent, il baissa la tête, cherchant les mots et essayant de dissimuler cette peur grandissante, celle qu'on ressent lorsqu'on ne se sent pas prêt, celle qu'on ressent lorsqu'on apprend qu'on va devoir s'occuper d'une petit être et qu'on n'est pas foutu de s'occuper de soi-même. Tout simplement la peur qui s'insinue en nous pour nous ôter toute force, la même qu'il avait ressentie, le jour où il avait combattu l'échiquier géant. Et il était monté sur ce cavalier ! Il l'avait battu, l'échiquier ! Il avait battu McGonagall ! Et il n'en avait retiré que quelques blessures très superflues.

Souriant de nouveau, le rouquin embrassa son neveu dans les cheveux, comme si en plus de ce souvenir, voir l'enfant s'épanouir lui avait redonné la force. Il prit la main de Hermione dans la sienne, la serrant doucement, sentant son sang pulser sous ses doigts. Il releva les yeux vers ses interlocuteurs.

- James va avoir un cousin.

Personne n'eut le temps de rien que déjà Molly, les yeux pleins de larmes, s'était levée et avait enlacé les futurs parents, emprisonnant par la même occasion son petit-fils. Il fallut attendre une bonne minute avant qu'elle ne se recule et embrasse sa belle-fille sur les deux joues.

- C'est merveilleux … Par Merlin, je suis la plus heureuse des mères !

- Tu veux être encore plus heureuse Maman ?

Toutes les têtes se tournèrent vers Ginny, qui avait plongé ses yeux dans ceux, incompréhensifs, de Harry.

- James va aussi avoir un petit frère …