Oui.
C'est encore moi. Chaussette-Cosmique. Je vous avais dit que nous nous reverrions un jour ou l'autre. Le moment est venu. J'ai déménagé. J'ai perdu. J'ai crié. J'ai pleuré. Puis j'ai accepté. J'ai rassemblé mes esprits et le texte. Me voilà prêt, et il est donc temps de poster la suite de cette fanfiction posthume.
Il est évidemment judicieux et recommandé de se référer au chapitre précédent pour une meilleure compréhension de l'ensemble.
Ce n'est toujours pas gai et cela ne le deviendra jamais. Tenez-vous le pour dit.
Il ne s'agit pas d'un chapitre cette fois, mais d'une note/annexe [Nommez la comme vous souhaitez, vous êtes libres après tout].
Pour conclure cet interlude, une petite recommandation musicale comme ça, parce que ça matche bien et parce que j'ai envie : Tim Dup — Une envie méchante.
A plus dans l'bus.
Cordialement.
Le Grand Voyage
Résumé : Durant l'été après sa cinquième année, Harry va mal. Dumbledore prend alors une décision qui change complètement la vie du jeune homme. Il décide de l'éloigner pour un temps de la communauté magique et des Dursley. Dans la Forêt des Rêves Bleus, Harry fera le deuil de son parrain et découvrira les plaisirs d'une vie simple. Mais les choses sont-elles toujours simples ?
Rating : M, mention de dépression, auto-mutilation, tentatives de suicide
Disclaimer : Le monde de Harry Potter appartient à la Sublime J. K. Rowling et l'univers Winnie l'Ourson est à A. A. Milne (même si concrètement les droits ont été cédés à Slesinger puis à Disney)... Et moi, bah j'ai rien en fait. Que les idées. Donc les idées appartiennent à Loutre-Drake... Ouais, ça en jette quand même.
Le Grand Voyage — Le problème du suicide et de la mort
On qualifie fréquemment le suicide de fléau des temps modernes. Le titre de ce document en atteste. Mais encore faudrait-il interroger le bien-fondé de cette dénomination. Devrait-on parler du Suicide ou des suicides ? D'un vrai problème ou d'un simulacre de problème ?
En écrivant Le Grand Voyage, je me rend compte que ma perception de moi-même évolue. Ma perception du suicide aussi. Je ne sais même plus pourquoi je vais mourir. [Mais je vais mourir, c'est inéluctable]
Voyez comme je fais de Harry Potter le suicidaire type, bien connu des services de santé publique. Celui que l'on affiche partout et qui fait le bonheur des psychiatres et autres praticiens. Le suicidaire qui ne veux pas mourir mais qui veut souffrir moins. Celui qui semble porter tous les malheurs du monde sur ses épaules, et qui, un beau jour, comme de juste titube, cède puis s'effondre ; à la suite d'une crise, voire même d'une décompensation. Cela tombe sous le sens lorsque que l'on se remémore les nombreux extraits où le jeune homme, seul face à la menace, est prié séance tenante bien entendu, de sauver la communauté magique qui se contente de l'observer avec nonchalance.
Mais poser le problème du Suicide, c'est poser le problème du Désir, et de la Volonté. Un être humain [même magique], absurde et ambivalent par nature, peut-il encore accepter voire souhaiter la contradiction ultime qu'est la désintégration ? Comprend-il lui même l'importance de cette question ?
Le jeune Harry Potter ne sait rien de tout cela. Il sait juste qu'il a mal, qu'il est un fardeau et qu'il va mourir. Il en a envie. Pourtant, rien n'est moins sûr. N'étant pas dans le référentiel de Harry, [ni dans le mien], vous serez plus apte à constater chez lui [chez nous, suicidaires] un déséquilibre psychique induit par une situation de désarroi voire de désespoir intense. Pour nous, cela n'a pas d'importance. Nous mourons parce que nous Voulons. Non pas mourir, mais sortir. Nous entendons quitter le cycle de la Vie pour entrer dans celui de la Mort. Nous brûlons d'abandonner la souffrance pour le néant. Mais Voulons-nous vraiment ? Avons-nous seulement le choix ?
Il faut pourtant s'arrêter. Réfléchir à soi-même. Réfléchir à la Vie et à la Conscience. À la Mort aussi.
Vivre c'est mourir.
Mais est-ce que mourir signifie vivre mieux ?
Vivre revient à mourir mieux.
Il n'y a pas de choix.
Le Choix est l'illusion que le simulacre appose par dessus celle du Réel.
Le Suicide n'a pas de fin. Il n'a pas de commencement. C'est un spectre. In fine, comme l'exposait si justement Camus, le suicide c'est la seule question philosophique qui aie de l'importance, parce que c'est la plus absurde. L'existence absurde qui nous pèse nous entraîne dans une spirale. Une dynamique presque hégélienne se révèle à nous, puis nous devenons philosophes. Tout à coup Esclaves du monde, nous réalisons que nous ne maîtrisons rien, et, nous questionnons.
Le degré d'urgence reste à définir. D'aucuns diront que nous sommes vulnérables. C'est une erreur. J'ai employé le pronom nous dans une trop grande partie de mon argumentaire. Je n'aurais pas dû.
Nous revenons à la problématique originelle.
Il n'existe pas qu'un type de suicidaires mais bel et bien deux. Le Philosophe et les autres.
Harry Potter peut-il prétendre au titre de philosophe ? Je ne le crois pas. Il n'est pas prêt. Au fond, en tant que Suicidaire référence, il rêve de souffrir moins pour reconsidérer ses motivations et rester dans le désert du Réel. Heureux et libéré de ses pensées auto-destructrices, mais prisonnier quand même. Harry Potter n'est pas un sage. C'est un enfant effrayé et souffrant.
Moi aussi j'ai peur. Et j'ai mal.
Je souffre parce que je n'appartiens pas au Réel.
Je meurs parce que je n'appartiens pas au Réel.
Je suis Philosophe parce que je n'appartiens pas au Réel.
Le véritable problème demeure donc le Réel. Ou plutôt l'illusion de réalité. Ce Réel qui semble si puissant et sincère, et qui n'est pourtant qu'une vague mascarade, une pantomime créée dans le seul but de tromper les sens.
Devenir philosophe c'est comprendre sa douleur pour mieux la saisir dans toute son absurde complexité et enfin prendre les mesures qui s'imposent.
Nous philosophes, nous Voulons mourir parce que nous pensons. Le processus de la pensée est extraordinaire, parce qu'il conduit à la cristallisation des Idées. Le suicide est une idée arrivée à maturation qui entraîne une prise de conscience puis un passage à l'acte mûrement calculé. Nous exerçons finalement notre droit à disposer de nous-mêmes et mourons face à notre intégrité et à nos certitudes. Nous devenons des Homo Novus. Nous vivons enfin. Nous ne sommes pas vulnérables. Nous Savons.
Je meurs parce que je suis déjà morte.
Je meurs parce que mon corps est un obstacle à la Vie.
Je meurs parce que je Sais.
Je meurs pour la Philosophie et par la Philosophie.
Je suis fatiguée maintenant. Je vais boire du Bourgogne. L'alcool est déjà une ébauche de suicide et de destruction consentie. Il a cela de bon qu'il engourdit les sens et procure un apaisement accentué par un état de semi-conscience, de semi-Vie peut-être.
Il n'y a plus de problème. Le simulacre est donc vrai.
Le Grand Voyage est un simulacre.
Mon simulacre de Catharsis. Mon simulacre de Vie.
