Chapitre II : Kronos
L'homme ne se retourna même pas, mais j'étais certaine qu'il savait que je le suivais. Il me paraissait immense, je devais lever les yeux presque vers le ciel pour le regarder. Lorsque nous eûmes franchit le portail de la ville, il se dirigea vers une grosse moto noire. Celle-ci était tellement abîmée cabossée qu'il était impossible de savoir de quelle marque elle était. Il l'enfourcha et fit tourner la clé. Le moteur répondit par un rugissement et un nuage impressionnant de fumée s'échappa du pot d'échappement.
Il sembla se rendre soudain compte de ma présence. Il me regarda de nouveau un instant puis me lâcha un seul mot,
- Monte.
Je ne me fis pas prier et je me pressai de grimper sur la petite place derrière lui. A peine eus je le temps de me cramponner qu'il démarra en trombe et fila vers le sud. C'est alors que les murs de la ville disparaissaient derrière nous que je me rendis compte que je n'y retournerai peut-être jamais, et que je ne savais pas non plus ce qui m'attendais.
Je me penchai sur le coté afin de laisser le vent et la pluie me fouetter le visage. Je me sentais libre, même si mon futur était incertain. Je ne m'exposai pas longtemps, le froid se fit sentir et je fus bientôt gelée. Mes mains étaient crispées sur le rebord ou je m'accrochais et je les sentais s'engourdir peu à peu. Mon siège n'était pas confortable non plus et je fus bientôt prise de courbatures. J'ignorais depuis combien de temps on roulait mais le paysage qui défilait à une vitesse ahurissante devenais de plus en plus sec et l'air se fit moins humide et plus chaud. Je ne pensais même pas à avertir l'homme de mes douleurs, je savais qu'il n'en aurait cure. Je vis le soleil commencer sa longue descente pour se coucher, marquant l'arrivée de la nuit. Je n'en pouvais plus, qui était donc cet homme pour rouler toute la journée sans s'arrêter ? C'est alors que j'aperçus de nombreuses lumières d'une ville gigantesque. La moto s'engagea vers la sortie, rejoignant de nombreux autres véhicules qui faisait la file pour rentrer. Je reconnu tout de suite l'architecture bien connue, nous étions à Rome. Après avoir attendus notre tour pour rentrer pendant ce qui me parut des heures et d'avoir sinué dans les magnifiques rues de la capitale, la moto s'arrêta devant un immeuble gigantesque. Sans doute le plus imposant. Des caméras de surveillance étaient installée de chaque coté des porte vitrées de l'entrée et deux hommes en noir se tenaient devant.
L'homme coupa le moteur et descendit d'un bond comme s'il n'avait fait un tour que de quelques minutes. J'eus en revanche plus de mal, après avoir réussi à lâcher le rebord ou mes doigts s'étaient agrippés, je descendis en titubant de la moto. Mes jambes ne me répondirent cependant pas et je m'écroulai par terre. L'homme qui commençait déjà à avancer vers l'entrée ne se retourna à peine, lâcha un petit sifflement d'exaspération et continua sa route. Je me relevai tant bien que mal et couru en titubant pour le rattraper. Les deux gardes du corps à l'entrée s'écartèrent immédiatement et nous franchîmes les portes vitrées. Nous débouchâmes dans une grande salle ronde avec en son centre un imposant bureau ou se tenait une jeune femme blonde, les cheveux relevés en chignon et très bien habillée d'après ce que je pus voir. Elle ne leva même pas les yeux de la paperasse imposante dans laquelle elle était plongée et lança d'une voix claire :
- Number four le patron vous attend dans son bureau.
L'homme ne répondit même pas et contourna le bureau pour se diriger vers une série de trois ascenseurs différent, moi trottinant à sa suite. C'était étrange, la réceptionniste l'avait appelé par le même numéro que le chiffre romain qui défigurait une partie de son visage.
Il appuya sur le bouton pour monter et les portes d'un ascenseur s'ouvrirent presque dans la seconde. Il s'engouffra à l'intérieur et pressa le numéro d'un étage que je n'eus pas le temps d'apercevoir, sans prendre aucune attention à moi. Pour le moment cela m'arrangeait bien, je préférais passer inaperçue en attendant de voir ce qu'il allait faire de moi.
Les portes finir par s'ouvrir pour révéler un long couloir, comportant plusieurs portes dont une à son bout. Le « number four » parcouru le couloir sans hésiter et frappa à la porte du fond.
- Entrez ! Répondit une voix.
L'homme ouvrit tout de suite la porte pour révéler un bureau luxueux. De grands cadres étaient accrochés un peu partout, comportant pour la plupart des portraits. C'était une pièce circulaire dont le fond était percé de nombreuses fenêtres, laissant apercevoir la ville en contre bas et le soleil couchant. La pièce avait en son centre un bureau en bois poli, croulant sous des papiers, des stylos et quelques sculptures. Derrière se bureau était assis un homme, d'une quarantaine d'années. Il avait les cheveux grisonnant, lissé en arrière, un énorme cigare en bouche et à son doigt, une chevalière en or. Je n'avais jamais vu aucun parrain de la mafia mais il ne fait aucun doute que c'était ainsi que je me le représentais. Je commençai à prendre peur. Qu'est ce qu'il m'avait pris de suivre un parfait inconnu ?
- Ha c'est toi, lança l'homme d'un ton affable.
- Ma mission a été un succès répondit l'homme en guise de réponse.
- Parfait !
Il paraissait très content, un large sourire s'étendit sur son visage puis il prit un air suspicieux.
- Et ce que je t'avais demandé de ramener, tu l'as aussi ?
L'homme sortit un petit paquet de sa poche et le déposa sur le bureau. L'autre le pris avec avidité et le déballa pour en sortir un diamant plus gros que mon poing, étincelant au rayon du soleil couchant. J'écarquillai les yeux d'étonnement.
- Parfait répéta-t-il. Je suis content que tu ais pu le récupérer, cela aurait pu commettre toute négociations.
C'est alors qu'il tourna son regard vers moi.
- Et qu'est ce que c'est que ca? Lança-t-il d'un air un peu dégouté.
Le « numéro quatre » haussa les épaules.
- Je l'ignore, une rescapée de l'orphelinat.
- Cela ne te ressemble pas, rétorqua-t-il.
Il m'observa par-dessus son bureau.
- Hum, on va toujours voir son potentiel, qui sait, elle pourra peut-être nous être utile. Tu peux partir à présent.
L'homme tourna les talons et je lui emboitais le pas quand le patron m'interpella.
- Non toi tu reste ici.
Je m'arrêtai tremblante. Qu'allais-t-on me faire maintenant ? J'entendis la porte du bureau se refermer. L'inconnu n'avait prêté aucune attention à moi. Je me sentis seule, tandis que le patron continuait à m'observer avec intérêt. C'est alors qu'il décrocha le téléphone à côté de lui et composa un numéro. Je n'entendis même pas ce qu'il dit à son interlocuteur, déjà je sentais les larmes venir. Je n'étais qu'une idiote. Et j'allais maintenant être inspectée par des personnes louches et faisant très certainement partie de la mafia. L'homme se leva de son fauteuil et se dirigea lui aussi vers la sortie.
- Suis-moi, dit-il simplement.
Il prit l'ascenseur et nous descendîmes de quelques étages. Les portes s'ouvrir sur une pièce différente de toute les autres. Ici, aucune marque de richesse, les murs et le sol étaient en béton armé, parfois défoncé à quelques endroits. Au centre se tenait un homme qui nous regarda entrer. En retrait se tenait un vieillard, courbé sur sa canne.
- C'est pour CA que tu nous appelé? Demanda celui-ci en me dévisageant plein d'animosité.
- Je veux juste savoir si elle a le potentiel. C'est le numéro quatre qui nous l'a ramenée en revenant de mission.
- Lui ? Répondit le vieillard avec étonnement. Ca c'est plutôt exceptionnel, d'habitude il ne s'attache à personne.
S'attacher ? Me dis-je. He bien, il devait avoir le sens de la relation. Il ne m'avait à peine adressé un mot et m'avait abandonné aux mains de cet espèce de maffieux. Et il fallait que j'arrête de pleurer, sinon ils allaient sans doute me mettre à la porte. Ce n'est surement pas le genre de personne à avoir des sentiments.
- Mario, demanda le boss à l'autre homme, pourrais-tu voir ce qu'elle sait faire ?
- Bien sûr, répondit celui-ci d'un ton doucereux avec un sourire sadique.
Il se retourna vers le fond de la pièce et revint avec deux épées assez primitives en main. Je sentis mon sang se glacer et mon corps tout entier fut pris de convulsion. Ils allaient me tuer, j'en étais sûre maintenant.
- Comment t'appelles-tu ? Me demanda le boss pour la première fois.
- Kira. Pitié ne me tué pas, répondis-je en bégayant.
- Hé bien Kira, nous allons voir de quoi tu es capable pour te défendre. N'y va pas trop fort, Mario.
C'est alors qu'il s'éloigna vers le fond de la pièce avec le vieillard et s'assit sur l'une des chaises disposées là. Je croisai le regard de Mario. Le sourire sadique qui s'étendait sur son visage ne me fit pas du tout croire qu'il allait y aller doucement. Il me jeta l'une des deux épées, la plus petite, et garda l'autre en se mettant en position d'attaque. Je n'avais aucune notion du combat à l'épée. Pourquoi utiliser ce mode de combat archaïque à la d'un fusil? Ca aurait pu finir plus vite. J'eus à peine le temps de ramasser l'épée au sol que je vis qu'il se jetait déjà sur moi, l'épée levée. J'ignore comment je m'y pris mais je réussis à relever mon arme et à parer le coup. J'eus à peine le temps de me féliciter ce geste qu'il relevait déjà son arme pour un autre coup. Je me relevai en vitesse et m'éloignai de quelque pas.
Je n'avais aucune chance contre un adversaire pareil du haut de mes cinq ans. C'était déjà un exploit de pouvoir lever l'épée, d'un certain poids. Il continua à m'assener des coups de plus en plus forts. Je ne savais qu'à peine parer et encore moins attaquer. Ce qui devait arriver fini par arriver. Je n'eus pas le temps de parer le coup suivant et il s'abattit avec violence sur mon flanc gauche. Je hurlai de douleur. Je sentis le sang chaud couler le long de ma jambe, ma vue se brouilla légèrement et mes genoux heurtèrent le sol.
Je levai les yeux vers son visage. Il souriait avec satisfaction, comme s'il avait gagné un grand combat. Quelle satisfaction y avait-il donc à défaire quelqu'un d'inexpérimenté quand on est un expert ?
- Tu as de la chance, dit-il, ma lame est émoussée, sinon je t'aurais coupée en deux.
Il releva à nouveau son arme. Il allait à nouveau frapper et le prochain coup, épée émoussée ou pas, me serait fatal. Je tournai la tête vers les deux hommes au fond. Il regardait la scène sans broncher. J'allais donc être tuée devant eux et personne ne s'en soucierait. Je reportai mon attention sur la lame, je la vis, comme au ralenti, s'abattre sur moi. Je voulu fermer les yeux. Après tout ma vie n'avais aucune importance. J'avais été abandonnée dans un orphelinat, personne ne voulait de moi. C'est alors que l'image de Marc s'imposa à moi. Je comptais quand même pour quelqu'un.
- Noooooonn ! Hurlais-je.
La lame de mon adversaire sembla se stopper dans son élan, tout comme mon adversaire d'ailleurs. Je ne pris pas le temps de réfléchir. Empoignant la lame de mes deux mains, je me levai et l'abattis de toutes mes forces sur son épaule. Pendant un moment il ne se passa rien. Puis mon adversaire bascula vers l'arrière en hurlant de douleur, lâchant son épée du même coup. Du sang jailli de sa blessure qui semblait profonde. Contrairement à lui, on ne m'avait pas donné de lame émoussée. Pendant que le dénommé Mario se tordait de douleur à terre, le patron et le vieillard se levèrent d'un bond de leur chaise et me rejoignirent.
La douleur de ma blessure commençait déjà à s'atténuer. Je ne sentis plus sang couler, relevant mon t-shirt, je remarquai que la blessure s'était déjà refermée. Le patron vu ca aussi, en me rejoignant.
- Incroyable ! Lança-t-il. Comment se fait-il que ta blessure ne saigne plus ?
- Je guéri vite, marmonnais-je.
A l'orphelinat, lorsque la directrice avait découvert que ma guérison était extrêmement rapide, elle m'avait demandé de n'en parler à personne. En voyant le regard des deux hommes, je compris pourquoi. De la convoitise brillait dans les yeux. Comme un garçon devant lequel se tiendrais un énorme gâteau au chocolat. Les deux hommes échangèrent un regard et le vieillard pris la parole, sans se soucier de Mario qui se tordait toujours de douleur à leurs pieds.
- Sais-tu ce que tu viens de faire fillette ?
- Non répondis-je.
- Je n'avais encore jamais vu ca de ma vie mais il semblerait que tu es capable de contrôler le temps.
Je restai sans voix. Jamais je ne penserai que je ne pus avoir quelque don que ce soit, si ce n'est de guérir rapidement.
- Qui sont tes parents ? Demanda-t-il avec intérêt.
- Je n'en sais rien. Je ne me souviens que de l'orphelinat ou j'ai grandis.
- Dans la ville où le numéro quatre était en mission, rajouta le patron. Il y a eu un incendie apparemment.
- Un incendie, surement pas involontaire, renchérit le vieillard. Et si c'était lui qui l'avait créé ?
Les deux hommes se regardèrent d'un air étrange. Je ne cherchai même pas à les comprendre. Je me sentais épuisée.
- Viens avec moi, demanda le patron.
Nous reprîmes l'ascenseur tandis que le vieillard marmonnait dans sa barbe en partant dans la direction opposée. Nous retournâmes dans son bureau ou il s'assit, allumant un autre cigare.
Petite, sais-tu ce qu'est la société Kronos ? Me demanda-t-il.
