Dean hésita en pénétrant dans la pièce principale. Sam était intenable depuis qu'il avait mis le nez dans la bibliothèque de la batcave. Son petit frère était au Nirvana ici. Il avait déjà commencé à réorganiser les archives des hommes de lettres. Et, malheureusement, il avait mis tout le monde à contribution. Dean ne savait pas s'il devait être heureux de voir son frère s'égailler ou partir en courant pour ne pas se retrouver enseveli sous ces vieux grimoires.

Il s'arrêta sur le seuil de la bibliothèque au son d'un murmure d'une conversation.

Castiel s'était montré, il y a quelques jours… Le lendemain de l'affaire avec l'ordre de Thulé, en fait. Dean ne savait pas quoi penser de l'apparition de Castiel. Sam, non plus, d'ailleurs… Même s'il n'en avait rien laissé paraitre. Donc, ils l'avaient accueilli sans questions.

La présence de Castiel le mettait mal à l'aise. D'un autre côté, Dean était heureux que l'ange soit ici (et sein d'esprit). Il n'aimait, tout simplement, pas les émotions que Cas faisait surgir chez lui. Depuis un bon moment déjà… Dean ne voulait pas y penser. Or, la présence constante de Castiel ne l'aidait pas. Pas plus que les regards évaluateurs de Sam. Son refus de s'attarder sur les sentiments que l'ange faisait naitre en lui était une des raisons qui poussaient Dean à éviter la bibliothèque comme la peste.

Castiel avait aidé Sam à passer à travers les archives des hommes de lettres. Dean était parvenu à échapper à cela jusqu'à maintenant. Mais il savait qu'il n'y couperait pas beaucoup plus longtemps. Un jour ou l'autre, il passerait à la casserole…

Et, il avait réalisé que Castiel était bien parti pour rester. Donc, il ne pourrait pas continuer à l'éviter indéfiniment. Et Dean Winchester n'était pas un lâche ! Il ne se cachait pas !

Alors, il entra dans la fosse aux lions.

Castiel se tenait penché sur un livre qui devait avoir un siècle. Sam fouillait, quant à lui, dans un tiroir, les sourcils froncés.

« Salut, les filles ! Vous trouvez de belles choses ? »

« Dean. » Le salua Cass de son ton neutre habituel.

Sam releva la tête une fraction de seconde pour évaluer l'humeur de son frère et le trouva étrangement calme. Pour son plus grand soulagement ! Franchement, il lui tardait que ces deux là ouvrent les yeux sur leurs sentiments… et les affrontent. Cela devenait gênant d'entrer dans une pièce pour les trouver en train de se fixer des yeux. Sam avait eu des doutes depuis longtemps sur leurs véritables sentiments l'un pour l'autre mais ils s'étaient, tous, levés durant la période où ils avaient cru que les Léviathans avaient tué Cass. Allez, qui irait préserver un vieil imperméable de cette façon si ce n'est par amour ? Mais, apparemment, l'ainé des Winchester semblait être resté aveugle à son amour pour l'ange.

Sam secoua la tête dans son coin alors que, derrière lui, un silence paisible s'installait. Reformulation ! Qu'un duel de regards amoureux et sexuel s'établissait.

Franchement ! Après toute cette histoire du Purgatoire et le retour miraculeux de Cass : Sam aurait cru que ces deux là auraient, finalement, agi sur leurs sentiments. Mais non ! Au lieu de cela, Sam devait se confronter, chaque jour (plusieurs fois) au genre de scène qui se déroulait, en ce moment même, dans son dos.

« Hé, Cass… Sam t'a laissé une pause ? »

Avant que Castiel n'ait pu répliquer, Sam revint à eux, les yeux ancrés sur un coffret qu'il tenait dans ses mains. Il le déposa sur la table, avec une prudence méfiante qui réveilla les instincts de Dean. Le chasseur s'approcha, rapidement, de la table alors que Sam tournait son attention sur Castiel.

« C'est bien de l'énochien, n'est-ce pas ? Et le sceau de Gabriel… »

« Effectivement. »

Dean fronça les sourcils et se posta près de son frère tandis que Castiel étudiait la boite de plus près.

« C'est une arme du paradis. Enfin, c'est une façon de parler. »

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » S'agaça Dean.

Castiel inclina la tête sur le côté alors qu'il quittait le coffret des yeux.

« C'est un cadeau que Dieu avait confié à Michel pour l'aider dans son jugement des âmes. Suite à l'apocalypse. La rumeur au paradis disait que Gabriel l'avait volé à son frère. Étant donné que le sceau de Gabriel est bien sur le coffret, elle se révèle vraie. Il a mi l'objet à l'abri de cette façon. »

« Tu sais comment cela fonctionne, exactement ? » Lui demanda Sam.

Castiel regardait, avec révérence, l'artefact. Sam et Dean s'agitèrent parce qu'ils percevaient, eux aussi, le pouvoir qui semblait pulser de la boite, maintenant. Combien de pouvoir pouvait contenir ce coffret ? Cette puissance était à un tel point que, même eux, des humains, ils la ressentaient.

« C'est écrit ici. La boite puise son énergie dans la grâce d'un archange et dans l'âme de son utilisateur. L'humain, s'il la touche, est envoyé dans un voyage spirituel. Ce voyage spirituel est destiné à évaluer le chemin qu'il a parcouru. »

« Vraiment ? » Grogna Dean en se penchant un peu sur le coffret magique.

« Est-ce qu'elle est en état de marche ? » S'inquiéta Sam.

Castiel plaça sa main au-dessus du coffret sans chercher à la toucher. Il effectuait, certainement, une sorte de scan angélique.

« Je pense qu'elle peut permettre un voyage. Je perçois une trace résiduelle de la grâce de Gabriel. Je ne crois même pas que le reste de grâce soit suffisante pour réaliser un voyage complet. »

« Lorsque tu parles de voyage spirituel… De quoi s'agit-il, exactement ? »

« Je ne peux pas t'en dire davantage. Je suis désolé, Sam. Cela dépasse mes compétences. Son fonctionnement complet met inconnu. C'est un artefact qui ne peut être manipulé que par un archange. Je suis surpris que Gabriel l'ait laissé aux mains des hommes de lettres. »

Au silence de Sam, Dean releva la tête. Il plissa immédiatement les yeux à l'émotion intense inscrite sur le visage de son petit frère. Ce n'était pas la première fois qu'il le remarquait. Les rares fois où le sujet du faux embrouilleur était soulevé, Sam affichait cette étrange expression que Dean ne parvenait pas à placer. Mais il était certain que quelque chose s'était passé entre Gabriel et Sam. Quelque chose dont son petit frère ne lui avait pas parlée.

Dean reporta son attention sur Castiel qui continuait son inspection.

« Je suis intrigué par cette inscription. »

Il indiqua, utilement, une série de symboles incompréhensibles à leur attention.

« Il est dit que toute personne en contact avec le voyageur verra ses souvenirs, liés à son périple, bloqués jusqu'à ce que le voyageur réintègre sa place. Cela me fait me questionner sur la nature de ce voyage. »

« Moi, j'ai une solution simple ! On remet la boite dans son coffre et on l'oublie. »

Dean, sur ces mots, tendit la main pour prendre la boite. Sam écarquilla les yeux.

« Dean, non ! »

Ce faisant, il projeta sa main en avant pour éloigner Dean de l'arme céleste. Malheureusement, il ne fit que toucher, lui aussi, l'artefact. Immédiatement, une lumière blanche-dorée irradia du coffret pour envelopper les humains. Instinctivement, Sam resserra son emprise sur l'anse dorée du coffret. Dean, quant à lui, poussa un profond juron.

Pour ce que l'instant lui sembla duré à la fois quelques secondes et une éternité. Il leur sembla être en apesanteur puis la gravité les rattrapa avec rudesse.

« Bordel ! » S'exclama Dean en tombant face la première sur le sol.

Sam, nauséeux et sonné, se réceptionna à genoux sur le sol qui, selon son expérience, ne pouvait appartenir qu'à un motel bas de classe.

« Tu ne penses pas qu'avec Cass, on aurait pris l'habitude de ce genre de voyage depuis le temps ? » Maugréa Dean sans chercher à se déplacer, le cœur encore au bord des lèvres.

Sam ignora son frère et ses râles et releva, avec prudence, la tête… Pour réaliser que l'on braquait trois armes sur eux… Et que derrière ses armes, il y avait des figures bien connues.

Sous le choc, Sam frappa Dean à l'épaule.

« Lâches moi ! » Répliqua son frère, grincheux.

« Dean ! »

A l'urgence de son frère, Dean releva, finalement, la tête pour se heurter au même spectacle écrasant que son petit frère.

Là, face à eux, au bout des flingues, se trouvaient leurs jeunes versions et Bobby.

« Et bien, merde, alors. » Ne trouva-t-il qu'à dire.