Je soupirais de soulagement en rentrant sur mon territoire. Stiles n'était plus bien loin… Ces neuf jours loin de lui avaient été une torture, mais c'était cependant nécessaire pour maintenir la paix sur mon territoire. Mon loup s'apaisait déjà, sachant que très bientôt il serait dans les bras de son compagnon…

Malgré le départ de la meute d'Alphas qui avait respecté le miracle que le cosmos m'offrait en m'envoyant un compagnon, je n'avais pas voulu prendre de risques. En m'épousant et en acceptant que je le marque comme mien, Stiles avait le droit à une protection de ma part. C'était pour cette raison que j'avais démarché les meutes voisines. A nous tous, donc dix meutes dont nous étions -géographiquement parlant- au centre, nous constituions une super-meute d'un peu plus de soixante loups. Ce n'était pas négligeable… Quand une meute voulait s'attaquer à l'un de nous, elle devait affronter soixante loups coordonnés. C'était un argument de poids pour dissuader plus d'un…

Mais ça ne nous avait pas empêché de connaitre trois attaques, dans nos cinq années de pacte. Rien de très dangereux. Nous nous étions immédiatement réunis, et Stiles avait à chaque fois mis au point les stratégies. Certes, il n'était pas un loup, mais toutes les meutes l'adoraient… et puis avec sa méthode nous n'avions pas perdu un seul membre… Le reste du temps nous n'étions pas la meute centrale, celle qui coordonnait toutes les autres. J'avais été plus qu'heureux de laisser ça à Steven, loup surentrainé à la tête de quinze Alphas. Moi je préférais me consacrer à ma petite meute qui accueillerait bientôt son cinquième membre.

Plus qu'une protection infaillible, cette super-meute était vite devenue une communauté soudée, une sorte de famille agrandie. Tout le monde connaissait tout le monde, nous partagions les infos rares que nous pouvions trouver dans des livres, nous nous informions mutuellement des approches de meutes ou de chasseurs, mais il nous arrivait le plus souvent de téléphoner à une meute juste pour une conversation anodine.

Il n'était pas rare non plus qu'une meute se déplace sur un territoire allié pour une visite de courtoisie ou un séjour. La meute qui venait le plus souvent chez nous était elle que Scott était parti fonder avec Isaac, et c'était toujours une semaine au minimum. Il n'y avait pas une seule meute de notre alliance qui ne soit pas venue loger au moins trois fois chez nous. Et tous les six mois nous avions cette grande réunion, qui tenait plus du camping entre amis que du colloque sérieux. On ne parlait pas vraiment stratégie lors de ces rassemblements… C'était certainement ce qui rendait notre super-meute si forte : pas de rivalité dans notre clan, tout le monde connaissait tout le monde par son nom, alors la volonté de protéger les autres était sincère.

L'absence de Stiles avait été très remarquée d'ailleurs. Tout le monde m'avait posé une foule de question, ce qui n'avait fait qu'accroitre le vide que j'éprouvais. Je savais déjà que j'allais avoir la visite de Steven dans le mois. Toutes les meutes auraient bien voulu passer, mais c'était trop d'agitation sur une durée réduite, et Steven restait un patriarche respecté, il avait la priorité. Pas comme si allait empêcher Scott de passer pour autant… Il avait été tellement déçu de constater l'absence de son meilleur ami que j'avais pensé un instant qu'il bouderait le reste du rassemblement…

Je ralentissais en arrivant aux bois. On ne savait jamais trop qui pouvait surgir de l'obscurité… Et puis c'était l'occasion de profiter aussi… Je pouvais déjà sentir les cœurs palpitants des quatre membres de ma meute… Ils m'avaient senti…

Il ne me fallut plus trop longtemps pour me garer près de la maison. Stiles m'attendait là, assis sur les marches du perron, et deux paires d'yeux brillaient depuis les branches d'un arbre.

_ Ha ha !m'exclamais-je avec un grand sourire. Mais qui voilà ?

_ Papa !

Nos enfants se ruèrent sur moi après avoir souplement sauté à terre. Oui, nos enfants… Gaïa et Milo, les deux enfants que Stiles m'avait donnés de sa première grossesse. Je serrais fort ma progéniture adorée dans mes bras. Cinq ans déjà… Dans le clan tout le monde les appelait « les jumeaux », bien que ce soit inexact, et ils étaient la priorité absolue de toutes les meutes, les petits préférés…

Nos petits louveteaux étaient l'exact opposé l'un de l'autre, et c'était en ça qu'ils se complétaient. Gaïa avait hérité de mes cheveux bruns, qui glissaient le plus souvent librement dans son dos, et de la peau pâle de Stiles. Avec ses grands yeux innocents, elle pouvait obtenir ce qu'elle voulait de son petit monde. Scott, son parrain, se faisait toujours avoir… Moi j'avais un peu plus d'expérience pour dire non, puisque je connaissais le modèle d'origine : Stiles. Quant à mon compagnon il était parfaitement immunisé puisque c'était lui qui avait inventé ce regard… Gaïa n'était que douceur, comme son père, mais sortait les griffes à la moindre menace, sans réfléchir au rapport de force. Comme Stiles…

Milo lui était plus canaille. Moi plus jeune, et Scott adolescent… C'était certainement pour ça qu'Isaac, son parrain, s'amusait autant à le regarder jouer. Il tenait beaucoup de moi, mais avait hérité des pommettes de son père, ce qui lui donnait cet air fragile ou terriblement confiant selon ce qu'il voulait montrer aux gens. Lui était plus brusque que sa sœur, à toujours chercher à batailler, mais il était un frère attentif et ils partageaient ce besoin de protéger les siens. Cependant il était plus calculateur pour y parvenir…

Un loup avait déjà fait les frais de ce terrible tandem. C'était un ajout au clan que nous constituions entre les dix meutes, et il était venu, seul, se présenter à nous. Sauf que c'était sur « les jumeaux » qu'il était tombé en premier… Gaïa s'était tenu devant lui, attirant son attention alors qu'il progressait dans les bois, et Milo avait sauté sur son dos pour le plaquer au sol. Le malheureux avait failli y perdre le bras… Si Stiles n'avait pas été à proximité de nos garnements, il l'aurait certainement perdu. Le froid n'avait pas duré plus d'une heure après l'incident. Ce nouveau loup, Joachim, avait succombé en voyant les yeux larmoyants des enfants chamboulés d'avoir contrarié leur Daddy

_ Est-ce que tu as vu mon Parrain ?me questionna Gaïa en s'agrippant à mon cou de plus belle.

_ Et mon Parrain ?

_ Et Steven ?

_ Est-ce qu'il y a des bébés loups ?

_ Erica était là ?

_ Et le barbecue ?

Je rigolais en posant un baiser sur les deux petites têtes. Nos louveteaux étaient habitués à venir aux rassemblements. Ils en avaient déjà fait quatre, et à chaque fois ils semaient la même pagaille. Mais tout le clan s'en amusait, conquis par ces deux bouilles innocentes… J'étais quand même surpris de leur maturité. Pas une seule larme depuis que je leur avais annoncé qu'ils ne feraient pas le rassemblement cette année, pas de caprice, rien. Enfin si, une larme quand j'étais parti, mais ça s'arrêtait là. Ils auraient pu se sentir puni, mais non…

Ce n'était pas que je ne voulais pas les amener… Ils m'avaient terriblement manqué… Mais je ne pouvais pas laisser Stiles tout seul, et lui ne pouvait définitivement pas venir. Son ventre s'arrondissait son la pression du cinquième membre de la meute, et cette grossesse le fatiguait énormément. Déjà qu'il supportait difficilement de devoir se restreindre à la propriété durant ses grossesses, alors si en plus il était seul… Et puis ça me rassurait de savoir que nos terreurs, nos petits alphas en devenir, veillaient au grain…

Mon regard se posa sur mon mari. Toujours assis sur les marches, il n'avait absolument pas l'intention de me regarder. Mon cœur se serra à ce constat. Cependant mes deux petits anges s'agitaient moins dans mes bras, et bâillaient avec conviction. Quoi qu'ils aient fait pour occuper leur journée, ça les avait épuisés, et ça avait aussi lessivé mon compagnon. Et ça ce n'était pas bon dans son état…

_ Mes amours je vous laisse un peu d'avance pour aller enfiler votre pyjama, et j'arrive vous border.

D'une obéissance exceptionnelle, mes deux louveteaux bondirent souplement et détalèrent, ne faisant une halte qu'à hauteur de leur daddy pour l'embrasser et obtenir un baiser de bonne nuit en retour. Ce fut le premier sourire que je vis sur les lèvres de mon amant depuis mon arrivée, et une fois le duo disparu dans la maison il détourna encore une fois le regard de moi. J'étais assez surpris. Nous étions mariés depuis sept ans, ensemble depuis encore plus, et pourtant je ne l'avais jamais vu aussi distant. Nous ne valions pas mieux que les autres couples, nous avions nos disputes… Or, contrairement au commun des mortels, nous savions qu'il y aurait toujours une issue avantageuse puisque nous étions faits pour être ensemble, et non séparés.

Je m'approchais de mon aimé sans brusquerie et m'asseyais à côté de lui. Encore une fois, je rencontrais un mur. Stiles regardait à l'opposé de ma direction. Pourtant je n'avais pas l'impression d'avoir fait quoi que ce soit pour le contrarier ou le blesser… L'adultère n'était même pas vaguement envisageable, et j'aimais penser que je faisais tout pour lui faire plaisir.

_ Bonsoir mon amour, chuchotais-je.

J'avais envie de le prendre dans mes bras, de caresser la bosse que formait son ventre pou abriter notre fille, et de l'embrasser tendrement, mais je n'étais pas certain de l'accueil. Déjà que mon salut se perdait dans le vide…

Ce froid m'était douloureux. Ça ne ressemblait pas à Stiles… Même si je n'étais pas le plus ouvert de tous les hommes, je vivais pour le bonheur qu'il m'offrait en se jetant dans mes bras pour m'accueillir après une absence… Mon loup couinait, s'interrogeant sur l'absence de chaleur de son compagnon. Priant pour qu'il ne s'agisse que de la fatigue, je me relevais pour aller coucher nos enfants. Ils étaient épuisés, mieux valait ne pas les faire attendre.

Quand j'arrivais dans la chambre, je trouvais mes louveteaux assis sur leur grand lit, changés, peignés, sommairement toilettés, prêts à aller dormir. Pourtant ils avaient l'air nerveux. Dès que j'eu refermé la porte derrière eux, Gaïa me sauta dessus.

_ Il faut pas laisser daddy dormir !

Je restais sans voix, ne comprenant pas trop ce que ça voulait dire. Stiles aimait follement nos enfants, et ils lui rendaient bien… Alors pourquoi voulaient-ils le priver de sommeil ? C'était mesquin, et absolument pas dans leur nature…

_ Il est fatigué !m'expliqua Milo paniqué. Il faut pas qu'il s'endorme !

_ Mais enfin, mes amours…, m'étonnais-je. Daddy est fatigué, il a besoin de dormir.

_ La maman de daddy aussi était fatiguée, et elle s'est endormie et elle ne s'est jamais réveillée !pleura Gaïa épuisée.

Je comprenais mieux maintenant… C'était comme ça que mon beau-père avait expliqué à ses petits-enfants adorés pourquoi il avait perdu sa femme. Ils étaient un peu jeunes pour faire face à la mort… Mais ils avaient cette sorte de méfiance envers le Shériff maintenant, ne comprenant pas pourquoi il avait laissé leur grand-mère s'endormir.

Je commençais à remettre les choses à leur place… C'était pour ça qu'il y avait des cernes sur les trois visages que j'adorais… Ça expliquait pourquoi mon aimé était épuisé, et pourquoi nos enfants les petits tombaient de fatigue… Les « jumeaux » avaient dû se relayer pour le tenir éveillé la nuit, se privant d'un sommeil de qualité… Ils voulaient sauver leur daddy…

_ Mes amours…, soufflais-je attendri.

Eux qui étaient si énergiques, je ne pouvais qu'imaginer le sacrifice que ça avait été pour eux de renoncer à leurs nuits. Ils ne pouvaient même pas se relayer puisqu'ils dormaient ensemble, l'un réveillant l'autre… Mais ça n'était rien à leurs yeux pour que leur daddy reste avec eux, et c'était véritablement touchant. Mais maintenant il fallait que ça cesse. Ils avaient besoin de dormir, et Stiles aussi, surtout dans son état.

_ Votre Daddy n'est pas fatigué comme ça, leur expliquais-je tendrement. Il va vous donner une petite-sœur, c'est ça qui le fatigue. Il a besoin de dormir.

_ Mais s'il ne se réveille pas ?s'affola Milo.

Je caressais les joues de mes amours en les portant au lit, les bordant avec attention. Même en sachant que leurs couvertures seraient en boule au pied du lit avant qu'une heure puisse s'écouler, j'aimais les installer confortablement.

_ Il se réveillera, leur promis-je. Quand quelqu'un va tomber dans ce sommeil, rien ne peut l'empêcher de s'endormir, ni le réveiller. Mais quand ça arrive, l'odeur de la personne change pour l'annoncer.

Les « jumeaux » se concertèrent aussitôt d'un regard angoissé et larmoyant. Je compris trop tard que mes mots étaient maladroits. A chaque grossesse l'odeur de Stiles changeait. Mais ils étaient trop jeunes pour comprendre ça. Même si l'éducation que nous leur donnions les plaçait bien au dessus de la norme, nos deux chérubins avaient beaucoup à apprendre…

_ Non, ce n'est pas pour ça que l'odeur de daddy change, c'est parce qu'il porte aussi l'odeur de votre petite-sœur.

Même s'ils n'y comprenaient pas grand-chose, l'adorable duo obtempéra. La fatigue leur pesait, et ils me faisaient confiance pour ne pas laisser leur cher daddy me filer entre les doigts. Il était à nous, et à nous seuls…

Un baiser sur le front de mes petits et je me dirigeais vers la porte. Je ne l'avais pas déjà fermée qu'ils dormaient, terrassés par la fatigue. Je me perdis quelques secondes dans cette tendre contemplation avant de rejoindre mon amant.

_ Stiles, mon amour, soupirais-je d'aise en m'asseyant près de lui.

J'avançais mes bras vers lui mais il me repoussa. Mon cœur s'arrêta presque en trouvant son visage noyé sous des grosses larmes.

_ Je suis un père abominable, sanglota-t-il. Le pire père au monde !

_ Tu es le meilleur des pères Stiles…

Et il était surtout à bout de forces… Mon compagnon respira profondément en essuyant ses joues avec ses manches, irritant impitoyablement la peau.

_ J'ai giflé Milo il y a deux jours… j'ai giflé notre fils Derek !

Je retins un sourire. Le voir bouleversé pour cette broutille forçait le respect. Beaucoup de personnes ne s'embarrassaient pas de culpabilité quand il s'agissait de punir un enfant. Or ces larmes n'avaient rien d'une réaction hormonale. Il s'en voulait d'avoir levé la main sur un de nos louveteaux alors qu'il prônait une éducation basée sur le dialogue. Pour ma part j'avais reçu bien des fessées et gifles sans en être traumatisé, mais la méthode de mon compagnon marchait tout aussi bien, voire mieux, alors je la respectais scrupuleusement.

_ Mon amour, tu es épuisé. Les enfants aussi sont épuisés, alors je n'ose imaginer les caprices qu'ils t'ont faits… Ils dorment en ce moment même. Ils ont veillé toutes ces nuits pour t'empêcher de dormir.

_ Pourquoi auraient-ils fait ça ?renifla presque agressivement mon mari.

_ Parce qu'ils refusent de laisser leur daddy s'endormir comme leur grand-mère…

Stiles s'apprêtait à me sortir une nouvelle remarque cinglante, je la sentais prête sur le bout de sa langue, mais il s'arrêta bouche bée. Il devait avoir trouvé la référence. Entendre son père parler de sa mère à notre progéniture l'avait profondément secoué. Il s'était retrouvé à pleurer en silence contre mon torse, ce qui n'avait certainement pas aidé nos enfants à donner une juste mesure à l'histoire déguisée.

Encore une fois mon amant se trouva vivement ému. Cependant aujourd'hui c'était le dévouement sans limite et inattendu de nos enfants qui causait ses larmes.

_ Il faut que j'aille leur parler !s'exclama-t-il alors qu'il se relevait chancelant.

_ Non, l'arrêtais-je avec autorité. Ils ont besoin de dormir, et toi aussi.

Même si je l'avais arrêté dans son mouvement, je ne l'avais pas encore dissuadé de monter dans la chambre. Mais je ne pouvais me résoudre à le laisser s'éloigner tant que cette distance entre mon loup et mon compagnon ne se serait pas évaporée. J'avais moi aussi des besoins, égoïstes, certes, mais omniprésents. Il avait juré d'en prendre soin, jusqu'à la mort…

_ Et moi j'ai besoin de mon compagnon… J'ai besoin de tenir mon mari contre moi, de sentir que tout va bien, d'embrasser la fillette que nous allons avoir… J'ai besoin de toi Stiles…

Me voyant si vulnérable, mon amant cessa enfin de me repousser. Il s'installa dans mes bras, ses larmes venant s'échouer sur ma chemise, et se laissa enfin aller. Soupirant d'aise, je caressais ses cheveux, respirant profondément son odeur, éternellement liée à la mienne, ne masquant pas pour autant la touche féminine qui émanait de son ventre gonflé. Avant de céder à la tentation d'aller voir comment ma progéniture évoluait sous ce t-shirt large, je pris mon compagnon dans mes bras pour le porter dans notre chambre et le déposer sur notre lit, tout en douceur. Stiles méritait tout ça : il était mon prince… Il me fallait le soigner non seulement pour mon loup, mais aussi pour ma progéniture. De toute façon même égoïstement et sans obligation je voulais prendre soin de lui, pour le garder auprès de moi.

Bien qu'épuisé, mon mari ne s'endormit pas une fois installé dans notre lit. Quelque chose le tracassait encore, et nous allions devoir en parler si je voulais qu'il se repose enfin… Mais d'abord je voulais embrasser ma fille. Je relevais donc le t-shirt et grimaçais devant ce qu'il cachait. Le ventre rond de mon compagnon était constellé de marques noires, d'hématomes… Le bébé donnait des coups, et visiblement il ne faisait pas les choses à moitié. Culpabilisant de l'avoir laissé aussi longtemps sans soutient, je ne tardais pas à poser mes mains sur la peau étirée, drainant la douleur qu'incombait cette grossesse.

Mon compagnon forçait mon admiration. Si sa première grossesse avait été une partie de plaisir, celle-ci était extrêmement dure, et douloureuse. Pourtant il ne se plaignait jamais. C'était son bonheur à lui de pouvoir m'offrir un enfant, et rien ne pouvait lui arracher ça, pas même le risque de mourir en couche même si l'idée de laisser ses chérubins le refroidissait.

Fasciné par la créature si pure à laquelle j'avais lié ma vie, je me penchais pour l'embrasser avec amour. Notre premier baiser depuis mon retour… J'avais l'impression de respirer à nouveau, surtout quand Stiles fourrait ses doigts dans mes cheveux avec tant d'enthousiasme… Pourtant l'instant fut vite brisé, aussitôt que je ne fus plus en mesure de prendre sur moi sa douleur sans mettre en danger sa vie et celle de notre fille.

_ Et si c'était notre dernier enfant ?

Alors c'était donc ça qui l'angoissait ? Enfin, je pouvais le comprendre… Stiles avait grandi avec un sentiment de solitude qui le poussait à désirer une famille nombreuse, d'autant plus qu'il s'était mis en tête que le cosmos me devait une meute aussi grande que celle que j'avais perdue dans l'incendie…

Or six ans de tentatives infructueuses séparaient cette grossesse de celle des « jumeaux ». Et les conditions avaient changé. Stiles était jeune, mais même en ayant moitié moins d'enfants à porter, il avait deux fois plus de mal. Son corps était inadapté à la gestation et il lui faisait chèrement payer… Il était à parier que la situation empirerait à chaque grossesse…

_ Si c'est notre dernier enfant, alors nous aurons trois magnifiques enfants, en bonne santé et aimés. C'est tout ce qui m'importe bébé. Je n'ai pas besoin d'avoir une équipe de Lacrosse pour être heureux.

Cette plaisanterie n'allégea pas son esprit. Ses mains étaient sur son ventre rebondi, à côté des miennes. Il était encore soucieux…

_ Je veux avoir d'autres enfants Derek. Je m'en fiche de savoir que ça me fera encore plus mal d'une fois sur l'autre, je veux donner encore d'autres frères et sœurs à Milo et Gaïa.

Je frottais mon nez contre le sien pour le calmer. Durant ces années de tentatives infructueuses j'avais appris une chose : nulle parole ne débarrasserait mon compagnon de ses angoisses. Il fallait juste le soutenir, avec douceur et patience.

_ Qu'est-ce qui arriverait si tu me mordais Derek ?

La morsure… Nous ne l'avions pas évoquée ensemble depuis un moment. Cependant le contexte était différent : Stiles se sentait à bout de forces et il avait besoin d'être plus fort… J'en avais parlé à Deaton lors de sa première grossesse, donc j'avais déjà une petite idée.

_ Tu seras toujours capable de porter des enfants, même après la morsure…

_ Il y a un mais, n'est-ce pas ?devina mon compagnon.

_ Mais si je te mords maintenant, dans ton état, il y a de fortes chances pour que tu perdes le bébé. La morsure réorganise ton organisme, et quand une femme enceinte la reçoit son corps éjecte l'enfant.

Mon aimé avait pâlit au cours de mes mots, mais il avait besoin de savoir la vérité. C'était assez violent, mais il avait toujours su gérer ce genre de nouvelles. Rapidement une détermination nouvelle s'empara de lui.

_ J'irais au bout de cette grossesse. Je m'en fiche que ce soit dur, je le ferais.

Je n'en avais pas douté un seul instant. C'était un père avant tout, avant même d'être mon époux. Jamais il n'aurait privilégié son intérêt quand celui de son enfant était en jeu. Je n'avais rien appris quand il était devenu « daddy », je le savais déjà quand je l'avais rencontré, quand je l'avais vu se poster à côté de Scott pour l'épauler alors que son meilleur ami était devenu une machine à tuer…

_ Je peux te mordre après ton accouchement, proposais-je en caressant sa joue. Tes grossesses seraient certainement plus simples après…

Mon loup s'agitait en sentant le changement d'humeur de mon compagnon. Il trépignait, attendant une communion que les phéromones dégagées par mon mari proposaient… Mais Stiles était fatigué, et sa santé était ma priorité. Nulle durée d'abstinence ne pouvait justifier que je prenne ce risque.

_ J'ai tellement envie de toi Derek… mais je suis lessivé…, geignit mon aimé au bord des larmes.

_ En ce moment tu as surtout besoin de te reposer. Je suis rentré Stiles, je vais m'occuper de vous.

Je lui prouvais en lui retirant toutes les affaires qui ne lui étaient pas nécessaires pour dormir avant de rabattre les couvertures sur lui. Après un tendre baiser, je l'abandonnais le temps de vérifier que nos enfants dormaient toujours, et je revenais me glisser dans notre lit après m'être dévêtu.

_ Milo et Gaïa seront encore fatigués demain, alors nous passerons notre journée au lit, tranquillement. Je vous porterais à manger, et on restera collés les uns aux autres, à végéter tout simplement.

Mon époux soupira d'aise en se blottissant dans mes bras. Mon loup pouvait enfin se calmer, sûr que son compagnon allait bien et ne comptait pas s'éloigner. Une fois l'engagement consommé, la perte du compagnon signait la mort du loup, et de l'humain qui portait cette part animale en lui. Le loup s'en inquiétait toujours, bien que cette situation soit extrêmement rare.

_ Et après ?

Je réfléchissais tout en embrassant le front de mon compagnon. Il n'y avait rien d'autre que je souhaitais faire le lendemain. Une journée de repos en famille me paraissait idéale… Seulement c'était une erreur de croire qu'on pouvait demander à Stiles de rester au lit toute la journée…

_ Après on pourrait marcher jusqu'au bassin, en début de soirée, histoire qu'ils se dépensent un peu et on pourrait faire un pique nique sur place… Intéressé ?

_ Moui…, ronronna mon compagnon.

Amusé, je frottais mon nez contre le sien. J'avais vraiment l'impression d'avoir un chaton près de moi par moment… Mais ce n'était qu'une impression. Une part loup s'était développée chez lui à sa première grossesse, et ne l'avait plus quitté depuis. Il n'était pas capable de se transformer pour autant, mais il était bien plus qu'un simple humain, et ça ne pouvait que faciliter sa transformation. Ce qui m'étonnait en revanche, c'était que cette part lupine n'avait pas augmenté avec cette nouvelle grossesse.

Enfin, il n'était pas temps de penser à ça. Tout ce que je voulais c'était que mon aimé se porte bien, que notre enfant arrive en bonne santé, et que notre famille s'en trouve encore plus unie. Ce qui était certain c'était que même si par ses membres je n'avais pas la meute la plus imposante, j'avais en tous cas la plus solide…