Re-moi !

Histoire de faire avancer les choses un peu...premier chapitre, où on commence à se placer dans l'esprit de toute la fic. J'admets que le prologue faisait pas mal cliché, et assez sérieux quand même. Ce qui n'est pas tout à fait comment j'écrirai la suite...j'espère en tous cas.

Bref, Diablo ne m'appartient pas. Que ferais-je d'un seigneur démon, je vous le demande...


Chapitre 1:

Le camp des rogues

Natalya frissonna. Encore une nuit dehors à surveiller la palissade. Et puis, il pleuvait. Mais c'était nécessaire si on voulait survivre. Déjà qu'elles n'étaient pas beaucoup à avoir fui à temps... Natalya se secoua mentalement : ce n'était pas le moment. Elle scruta encore une fois les plaines sombres. Pas un bruit, pas un mouvement. Juste la brise nocturne chargée de l'odeur fétide de carcasses en décomposition. Cela ne la dégoûtait même plus. C'était son quotidien depuis quelques mois. Sous le commandement de Kashya, les Soeurs survivantes s'étaient retranchées dans un camp fortifié dans la Lande Sanglante. Rebaptisées les rogues, elles se raccrochaient désespérément à leur foi en Akara leur Grande prêtresse, la plus âgée et la plus sage de toutes. Mais même elle commençait à perdre espoir et malgré ses efforts pour le cacher aux autres, Natalya, comme le reste des rogues, sentait bien sa résignation. Personne cependant ne disait ses doutes à voix haute, de peur de briser cette illusion d'espoir. Seule Charsi la forgeronne gardait le sourire et c'était un baume sur le coeur que d'entendre sa voix joyeuse couvrir les coups de marteau sur son enclume alors qu'elle réparait une armure ou confectionnait des pointes de flèches.

Natalya sourit. Rien que pour Charsi, le combat en valait la peine. Elle fut brutalement tirée de ses pensées par un bruit inhabituel dans la Lande. Une sorte d'aboiement rauque accompagné d'un son comme le grondement du tonnerre. Natalya siffla l'alerte. Cinq rogues, arcs bandés, se rangèrent à ses côtés tandis que le camp entrait en effervescence. Kashya, sabre en main, finit de crier ses ordres et se positionna derrière les archères. Le silence revint. Le bruit intrus se rapprochait. La pluie empêchait d'en voir la cause. Natalya sentit son coeur accélérer. Ce bruit ne lui était pas connu. Ce n'étaient ni les ricanements des Déchus, ni le râle des zombies, ni même les grognement des Rats-épics. Sans doute des démons venus de plus loin, plus puissants.

Le bruit se tut. La tension montait. Les yeux hagards voulaient percer les ténèbres et le rideau pluvieux pour pouvoir enfin trouver leur cible. Enfin, ils apparurent.

Ce n'étaient pas des démons. C'étaient deux hommes. Le premier était bâti comme une montagne. Vêtu uniquement d'un pagne et de bottes, son torse musculeux zébré de cicatrices était barré d'une lanière de cuir qui supportait une imposante hache de guerre suspendue dans son dos. Ses bras portaient des tatouages bleus entre l'épaule et le coude. Son large visage surmonté d'une queue-de-cheval noire souriait avec bienveillance à son compagnon qui lui parlait d'une voix trop basse pour que Natalya l'entende. Cet homme-là semblait presque frêle à côté de l'autre malgré ses larges épaules et sa forte constitution. Son ami marchait d'un pas lourd, lui posait les pieds avec légèreté. Vêtu de peaux de bêtes, il tenait à la main un bâton dont il s'aidait pour marcher. Ses cheveux poivre et sel coupés court, mouillés, se dressaient sur sa tête à la manière des pics d'un hérisson et des cernes soulignaient ses yeux gris comme un ciel d'automne. Tous deux étaient visiblement de bonne humeur.

Kashya se ressaisit la première.

«Halte ! aboya-t-elle en direction des deux voyageurs. Identifiez-vous !»

Ils s'arrêtèrent, surpris, et observèrent les six archères et leur capitaine. Ils levèrent les mains en signe de reddition.

«Du calme mesdames ! dit le géant. Nous venons en paix !

-Identifiez-vous ! réitéra Kashya.

-Je suis Derek du clan Jarilath, guerrier des Terres de l'Effroi, répondit-il, et voici Vatanen le druide, des Collines Brumeuses.

-Que voulez-vous ?

-Voir si ce qu'on raconte est vrai.

-C'est-à-dire ?

-Que le capitaine des rogues est une femme à barbe...»

Les regards d'incompréhension qu'il reçut lui firent hausser les sourcils d'un air incrédule. Le sourire de Kashya était amer, mais elle abaissa son sabre.

«Des comiques, hein ? Les dieux savent qu'un peu de bonne humeur serait bienvenue en ces temps sombres. Vous pouvez entrer mais je vous surveille.»

Les rogues laissèrent passer les deux étrangers. Vatanen donna une tape amicale sur l'épaule de Derek et ils entrèrent ensemble dans le camp. Sur un signe de leur capitaine, les rogues reprirent leurs postes. Natalya, relevée par son amie Amplisa, se chargea de faire visiter le camp au duo.

«Voici le foyer principal, commença-t-elle. C'est là que se réunissent la plupart des rogues quand elles ont quartier libre ainsi que les gens de passage. Tenez justement voilà Warriv.

-Warriv ? demanda Vatanen. C'est un nom oriental. Est-ce un marchand ?

-Oui, sa caravane a été bloquée ici par la fermeture du Monastère. Il attend que la situation s'améliore. Kashya avait peur qu'il soit un poids mort mais sa compagnie nous aide tous à mieux supporter cette vie. Il est très bon conteur vous savez.»

Vatanen opina. Derek marcha sur Warriv et lui tendit une main de géant. Les phalanges du marchand craquèrent sous la force de la poigne. Mais l'homme ne laissa rien paraître, affichant un sourire de bienvenue.

«Salut étrangers, dit-il. Il est bon de voir de nouveaux visages dans les circonstances actuelles. Je dois avouer que les sujets de conversation commencent à manquer à force de toujours parler avec les mêmes personnes.

-Et comment donc ! s'exclama Derek. Je m'étonne que vous ne vous soyez pas encore étripés, empilés les uns sur les autres comme vous l'êtes !

-Ou à défaut de cela, que vous n'ayez pas encore épuisé vos vivres, fit remarquer Vatanen en jetant un regard désapprobateur au barbare qui riait de bon coeur. Je doute qu'il reste encore beaucoup de végétaux comestibles ou de gibier tant la terre elle-même est corrompue.

-Une judicieuse observation, opina Warriv. En vérité, nos vivres s'amenuisent à mesure que le temps passe mais les rogues ont réussi à sauver un troupeau de vaches et je possède moi-même quelques bêtes de trait, que l'on pourrait sacrifier en cas de nécessité. Sinon, chacun s'efforce de cultiver des légumes à sa mesure. Mais vous avez raison, il ne pousse plus grand-chose.

-Et je suppose que le fer pour les armes et les armures proviennent de l'équipement des démons que vous abattez.

-En effet, bien que la plupart du temps, celles-ci sont si misérables que presque rien n'est récupérable. Cela me rappelle un proverbe de mon pays...

-Merci Warriv, coupa Natalya sentant venir un long discours, mais nous devons aller voir la Grande Prêtresse.

-Oh, fit-il, un peu déçu, eh bien à plus tard.»

Derek et Vatanen suivirent Natalya plus profondément dans le camp. Ils regardaient avec tristesse les rogues qu'ils croisaient, ces femmes si jeunes et pourtant si éprouvées. Derek s'étonnait de leur air fragile et de leur regard éteint. Comme elles étaient différentes des femmes de son peuple ! Celles-ci, élevées comme des hommes, ne se laissaient jamais abattre, le combat était leur quotidien, elles riaient de leurs blessures et hurlaient leur douleur lorsqu'un ami tombait à la bataille et leur honneur se lavait dans le sang. Comme tout barbare qui se respecte. Vatanen, lui, sentait le désespoir de la nature elle-même. Le vent lui apportait le gémissement des arbres brûlés et abattus, l'odeur de putréfaction de carcasses d'animaux massacrés pour le simple plaisir de détruire, le goût du sang répandu en abondance dans les plaines. Tout cela lui montait à la tête et il devait fréquemment réprimer des haut-le-corps. Il fallait absolument détruire ce fléau contre-nature.

Ils arrivèrent dans la partie nord-est du camp à une tente plus grande que les autres, séparée par un muret. Un arôme de décoctions médicinales s'en dégageait, ainsi que des gémissements de douleur par intermittence.

«C'est là que l'on soigne les blessés, expliqua Natalya, et l'endroit où la Grande Prêtresse passe le plus clair de ses journées et parfois même ses nuits. Je vais voir si elle est là.»

Elle souleva le pan de cuir qui masquait l'entrée de la tente et se glissa dans l'ouverture, laissant Derek et Vatanen sous la pluie nocturne avec un pincement de culpabilité. Mais, raisonna-t-elle, ils étaient tous deux robustes, alors quelques instants de plus ne les achèveraient pas. Par ailleurs, couverts de boue et de poussière comme ils l'étaient, il valait mieux qu'ils n'entrent pas. Son regard se posa sur Aliza, sa meilleure amie, toujours dans le coma depuis qu'elle avait été attaquée par une horde de Déchus, ces petits démons rouges stupides et brutaux. Des larmes menacèrent de lui monter aux yeux mais elle se reprit rapidement et scruta le reste de la tente. Au-delà de l'étendue désespérante des lits de fortune sur lesquels gisaient des corps maculés de sang se trouvait un foyer surmonté d'un chaudron où macéraient des plantes médicinales. Une haute silhouette drapée de violet en touillait le contenu en murmurant des prières. Natalya sourit faiblement. Elle l'avait trouvée. Après lui avoir expliqué les événements, elle l'emmena dehors rencontrer les deux hommes. Ceux-ci étaient en pleine discussion à voix basse lorsque les femmes arrivèrent.

«...de la folie ! protestait Derek. As-tu vu l'état de ces archères ? Elles ne tiendraient pas deux jours hors de leur palissade !

-Qui a jamais parlé de les en sortir ? rétorqua Vatanen sans se départir de son calme. Vu la situation, un petit groupe est plus indiqué.

-Oui, un GROUPE, souligna le barbare. Pas deux clampins armés d'un bâton pourri, d'une hache merdique et d'un grand sourire, un groupe d'au moins trois guerriers expérimentés au plus haut de leur forme !

-Ce serait mieux, en effet, concéda le druide, mais nous n'avons pas réellement le choix.

-Voilà qui est bien dit, intervint la Grande Prêtresse, les faisant sursauter. Mon nom est Akara, poursuivit-elle en inclinant légèrement la tête en guise de salutations. Je suis la Grande Prêtresse de la sororité de l'Oeil aveugle. Natalya m'a déjà informée de vos identités et je m'interroge sur la raison de votre venue. Après tout, il n'est pas fréquent de rencontrer un barbare du nord et un druide des collines par ici.»

Vatanen lança un regard de défi à son barbare de compagnon, appuyé d'un sourire enjôleur. Derek fit mine de bouder pendant un moment, puis capitula, laissant de côté les faux-semblants. Il offrit un large sourire au druide, dont les yeux s'illuminèrent instantanément. Ils se tournèrent à l'unisson vers Akara qui les dévisageait, impassible.

«Nous sommes venus pour vous sortir de cette galère, annonça Derek. Nous sommes à vos ordres, pour le moment.

-Mais seulement tant que ces ordres seront raisonnables, prévint Vatanen. Nous n'irons pas en mission suicide rien que pour vos yeux, et je refuse de participer, ni même de laisser faire, des actes insensés, fût-ce pour tuer Diablo lui-même.»

Akara les regarda avec stupéfaction, puis comme les deux hommes restaient silencieux, elle sourit pour la première fois depuis des mois.

«Je vous remercie, braves voyageurs. J'avais perdu espoir que nos appels à l'aide aient été écoutés. Je suis ravie qu'au moins une de nos messagères ait rempli sa mission. A présent...»

C'est alors que Vatanen éternua violemment, surprenant une patrouille de rogues non loin. Une flèche manqua le druide de peu et alla se ficher dans un poteau de la tente. Ils décidèrent collectivement de remettre cette discussion à plus tard et Natalya les conduisit à une parcelle libre où ils dressèrent une tente. Ils échangèrent des voeux de «bonne nuit» et l'archère laissa les deux amis à leur repos. Elle alla trouver sa propre tente et se glissa sur la natte qui lui servait de couchette. Elle sombra dans un lourd sommeil sans rêves, emportant ses soucis pour les quelques heures qui restaient avant l'aube.